Du coquelicot à la fleur de pavot?

Tous les ans, on le voit réapparaître sur les manteaux et les chemises de tous les bien-pensants soucieux de leur image, vers la fin octobre ou le début novembre: le coquelicot. Cette fleur représente un hommage aux sacrifices des soldats de la Première guerre mondiale, qui fut par la suite étendu aux autres guerres d’importance.

Mais pourquoi le coquelicot? Simplement parce que les terrains crayeux de la Flandre furent surchargés de chaux pendant les combats, ce qui constitue le sol le plus fertile qui soit pour cette fleur. Ainsi, elle apparut durant la guerre, en même temps que les morts, et elle disparut par la suite, lorsque la chaux fut bien absorbée par le sol.

Le lieutenant-colonel John McCrae écrivit le poème « Au champ d’honneur » en mai 1915, et c’est à partir de celui-ci que commença dans l’imaginaire collectif ce lien entre la fleur et les guerres.

Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.

Nous sommes morts,
Nous qui songions la veille encor’
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici,
Au champ d’honneur.

À vous jeunes désabusés,
À vous de porter l’oriflamme
Et de garder au fond de l’âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d’honneur.

L’honneur, la patrie, le sacrifice. Des guerres où on se battait pour nos valeurs, pour notre liberté. Une guerre où les soldats étaient des héros, dont les actions étaient célébrées et acclamées car elles étaient justes. Une vraie guerre, de vrais soldats courageux, au front pour nous.

Rien à voir avec la guerre en Afghanistan, cette guerre de l’empire de la drogue. Une guerre où les soldats ne savent plus qui ils attaquent, ni pourquoi ils attaquent. Une guerre où on se terre dans des campements cachés pour attaquer l’ennemi de nuit, trop peureux pour accepter le corps à corps. Une guerre où les soldats canadiens sont plus occupés à fumer du pot ou à s’injecter de l’héroïne (il faut bien que les plantations de pavot qu’ils protègent servent à quelque chose) qu’à protéger nos soi-disant libertés.

Une guerre sans envergure, menée par des lâches au service d’intérêts financiers n’ayant rien à avoir avec qui que ce soit ici.

Le coquelicot est peut-être dépassé, au fond. Ne devrions-nous pas le remplacer par la fleur de pavot, qui représente de mieux en mieux cette guerre? Voilà qui serait certainement un contre-poids à la pathétique propagande de l’armée canadienne consistant à mettre de petits « support our troops » au centre de coquelicots rouges, essayant de faire un lien entre les héros des guerres mondiales et les lavettes sans conscience qui vont se droguer en Afghanistan…

Dans une guerre injuste, ceux qui la mènent sont le bras armé de l’injustice et s’ils ne sont pas assez intelligents pour prendre conscience de la gravité de leurs gestes et se rendre compte qu’ils n’ont PAS l’appui de la population, alors ils méritent de sombrer dans l’oubli, loin, très loin des héros qui ont combattu lors des guerres mondiales.

Car la guerre est une solution de dernier recours; ça ne doit pas être un outil parmi d’autres aux mains d’une minorité de nantis qui veulent refonder le monde selon leurs intérêts.

4 Réponses

  1. Si le sujet de la militarisation et de l’économie vous intéresse cet article est un must :

    http://lepanoptique.com/page-article.php?id=267

  2. Le coquelicot est une variété du pavot. Il y a eu des guerres de l’opium au début du vingtième siècle et je sais qu’on avait cultivé le pavot pour en donner aux soldats.La coutume semble continuer.

  3. Merci Renart pour ce lien fort intéressant. Mais d’aucune façon les guerres ne sont bonnes pour l’économie. Les gouvernements forcent les CONtribuables à financer ces dépenses militaires inutiles et qui pourraient servir à meilleur escient (gel des frais de scolarité, infrastructures, instruction, santé, épargne individuelle, revenu de citoyenneté, consommation personnelle).

    Plusieurs néo-conservateurs, néo-libéraux et soi-disant « objectivistes » comme David Gagnon sont de véritables illettrés économiques. Ils croient que les guerres impérialistes sont bonnes pour l’économie! Incroyable de croire à de telles sornettes de nos jours! Ces gens-là confondent « capitalisme » et « corpo-étatisme ». Il est vrai que les dépenses militaires ont été très utiles dans l’essor de l’hégémonie corpo-étatiste.

    Ces illettrés économiques oublient de considérer le sophisme de la vitre cassée de Bastiat:

    http://www.quebecoislibre.org/010929-2.htm

    En voici un extrait:

    « Les illettrés économiques qui acceptent cette « logique » pensent comme suit: lorsque le gouvernement se met à dépenser pour acheter des canons, des jets, des frégates, etc., il emploie un tas de gens et provoque des investissements massifs dans l’industrie militaire; ces nouveaux employés et nouveaux facteurs de production à leur tour occasionnent des dépenses dans d’autres secteurs non militaires qui vont aussi engager du personnel et investir, etc., ce qui fait rouler l’économie encore plus. De la même façon, la vitre cassée procure un marché au vitrier qui augmente son chiffre d’affaire, crée de l’emploi, dépense ses revenus, etc., ce qui provoque un mini boom économique.

    Comme l’explique Bastiat, voilà ce qu’on voit dans l’immédiat. Ce qu’on ne voit pas, ou ce qu’on refuse de considérer parce que ça demande un effort intellectuel de plus que quelques secondes, c’est ce qui aurait pu être produit à la place de la vitre. Le propriétaire de la vitre cassée est en effet perdant. L’argent qu’il doit consacrer au remplacement de la vitre ne sera pas dépensé, par exemple, sur une nouvelle paire de chaussures, ce qui ne fera pas augmenter les ventes du cordonnier, etc., ce qui contrebalancera négativement le mini boom dans l’industrie de la vitre. Le résultat net est simplement que le propriétaire de la vitre cassée aura une nouvelle vitre – bref, sera au même point qu’avant – mais n’aura pas la paire de chaussures qu’il aurait pu s’acheter avec ce montant. Bref, il sera plus pauvre.

    Que se passe-t-il lorsque le gouvernement investit dans l’industrie militaire? Il retire simplement de l’économie les fonds qui auraient permis d’investir dans l’industrie de la construction, dans l’industrie pharmaceutique, ou dans l’industrie touristique. Les ressources sont limitées – une réalité qu’il faut constamment répéter, même si c’est une évidence. Un travailleur ne peut pas à la fois construire des bombes et construire une maison. Les fonds investis dans les objets de guerre proviennent des taxes – c’est de l’argent que le contribuable ne pourra pas dépenser ailleurs. Toute dépense du gouvernement fait en sorte de déprimer l’activité économique dans d’autres secteurs qui voient leur capital, leur main-d’oeuvre ou leur matériaux devenir plus chers et difficile à obtenir à cause de cette réallocation majeure des ressources. »

  4. DavidG,

    le but d’inscrire ici ce lien n’était pas bien sûr de faire la promotion de la guerre, mais de montrer comment les grands dirigeants doivent la percevoir.

    Alors, je suis tout à fait d’accord avec la vision que tu apportes. Et j’y ajoute le fait qu’on ne devrait pas collectivement laisser nos dirigeants investir dans la guerre en notre nom sans nous consulter.

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