Archive for novembre 2007

Une histoire de clowns (racistes)
28 novembre 2007

Hier soir, au forum sur les accomodements raisonnables de Montréal, une bande de clowns « multiculturaleux » se sont présentés dans la salle attenante aux débats et ont chahuté afin de tenter de déranger les citoyens qui ont eu le courage d’aller participer à cet exercice démocratique. Il y a deux choses qui m’écoeurent dans cette situation.

D’abord, le but même d’une commission publique est d’entendre les gens. C’est à peu près le plus près d’une démocratie participative qu’on peut aller. C’est le moment ultime où tous ceux qui se sentent en mal d’attention ou qui se croient négligés peuvent aller exprimer leurs idées et tenter de se faire entendre.

Alors, pourquoi aller faire du tapage dans une salle à côté pour déranger les honnêtes citoyens qui viennent s’exprimer sur la question? Le tapage qui dérange, on le fait généralement quand on est exclu du débat, quand celui-ci se tient à huis clos loin de notre pouvoir. Comme au sommet des Amériques, en avril 2001, où les citoyens étaient exclus du processus de décision, par exemple. Mais hier, au contraire, on était là pour écouter le citoyen. Pourquoi déranger ainsi ceux qui veulent s’exprimer? Ces clowns n’auraient eu qu’à faire la file et à déclamer leurs idées haut et fort devant tout le monde, comme des êtres matures et cohérents.

Par ailleurs, que dire de leur message? J’ai vu cette affiche: « Racism is not reasonable » (Le racisme n’est pas raisonnable). Peut-être croyaient-ils ce message clair, mais j’adhère moi-aussi à ce message. Sauf que j’aurais envie de leur dire: « VOTRE racisme n’est pas raisonnable ». Car à mes yeux, quelqu’un d’assez idiot pour venir présenter une affiche en anglais à une commission suivie dans la quasi-totalité par des francophones fait preuve d’une sorte de suprématie langagière du genre « je me considère supérieur à vous, « fucking » francophones ». Et c’est quoi le racisme, sinon se considérer supérieur aux autres?

Ce sont eux les racistes, eux qui se pensent les bons protecteurs anglophiles d’un statu quo en pleine décomposition face à l’intransigeance de francophones – la majorité – qui commettent l’odieu crime de vouloir débattre démocratiquement d’un problème collectif.

On dit souvent qu’il y a des coups de pied au cul qui se perdent. Dans le cas de ces clowns racistes, je ne m’y risquerais même pas. J’aurais bien trop peur de salir mes souliers ou de donner un semblant de crédibilité à des imbéciles qui se discréditent eux-mêmes.

Les propositions stupides des Jeunes Libéraux
24 novembre 2007

Après les demandes des jeunes adéquistes (un pléonasme, s’il en est un) de s’en prendre aux assistés sociaux, voici que les jeunes libéraux s’attaquent à la classe moyenne et aux plus pauvres. Décidément, la droite n’en peut plus du statu quo et espère au plus vite nous américaniser, faisant disparaître la classe moyenne, étirée dans la plus grande partie vers le bas, et rarement vers le haut.

Première stupidité: le retour des péages partout. Un péage fixe, c’est un péage qui défavorise les plus pauvres ou la classe moyenne inférieure, c’est-à-dire Monsieur ou Madame Tout-le-monde qui travaille fort et essaie de joindre les deux bouts. Ce petit 2$ aller-retour cinq fois par semaine, c’est peut-être le 20$ qui était nécessaire pour les sorties, ou pour l’épicerie, quand ce n’est pas pour l’hypothèque. On s’en prend aux plus pauvres et à la classe moyenne pour quoi finalement? Pour pas grand chose, parce que ceux qui ont deux ou trois voitures dans le garage ont amplement les moyens de payer ces péages!

Deuxième stupidité: privatiser la SAQ. La Société des alcools du Québec est une véritable vache à lait, remettant près de 700 millions de $ par année aux Québécois. Une somme investie dans la santé, l’éducation, dans des services aux citoyens dont profitent tous ceux qui ne sont pas assez riches pour se payer une médecine ou une éducation privée. En se privant de cet argent, l’État québécois serait non seulement plus pauvre, mais la population serait également moins bien servie, puisque c’est la force du nombre qui permet à la SAQ de négocier des achats à prix avantageux et d’offrir des vins de qualité non seulement à Montréal, mais jusque dans les petits franchisés dans le fin fond des clins-clins. Essayez pas d’avoir un bon Bordeaux en dehors des grands centres; c’est ce qui attend les amateurs de vin si on privatise la SAQ.

Dans les faits, l’entreprise est un exemple de bonnes gestion et d’appréciation de la part des citoyens; elle est extrêmement rentable pour l’État tout en gérant des ventes responsables et offrant un choix très diversifié. Il n’y a pas de logique rationnelle derrière la proposition des jeunes libéraux; seulement l’aveuglement d’une idéologie dépassée et dangereuse.

Dernière ineptie: l’augmentation des tarifs d’Hydro-Québec. Encore une fois, qui écope? Et oui, la classe moyenne et les plus pauvres! Tiens, le même Monsieur Tout-le-monde à qui on enlève 20$ par semaine en péages, et un autre 10$ en électricité, et encore d’autres frais puisque l’État n’aurait plus les moyens de payer pour certains services sans les redevances de la SAQ… C’est la somme de tous ces petites pierres qui finit par faire un gros sac de roches à porter.

Le gars qui fait 150 000$ par année, ça lui fait quoi de payer 40$ de plus par mois en électricité? Rien. Niet. Mais le travailleur honnête de la classe moyenne, ça le prend encore une fois davantage à la gorge. Les plus pauvres et la classe moyenne qui écopent, voilà la finalité de cette stupidité.

Le gouvernement Charest n’est pas assez idiot pour suivre les recommandations de ces jeunes extrémistes. La classe moyenne est déjà assez soumise à la pression de vingt-cinq années de réformes néolibérales; elle n’a pas besoin de se faire appauvrir davantage par d’autres projets dangereux d’une droite en mal de visibilité.

Ce qui m’inquiète, par contre, c’est de penser que ce sont ces jeunes qui, un jour, seront peut-être à la tête de l’État. Et qui tenteront de nous faire revenir vers l’arrière, à une époque où la classe moyenne n’existait pratiquement pas et où la société était divisée entre une minorité de bien-nantis et une majorité de pauvres.

Et si on regarde vers les États-Unis – le « bel » exemple de cette bande de lunatiques radicaux – on se rend compte que la classe moyenne est effectivement en voie de disparition et que les inégalités sont plus criantes que jamais.

Et c’est cette société dégénérée que veulent nous proposer les jeunes libéraux? Il serait peut-être temps de leur faire passer un test de réalité – un « reality check » comme disent les Canadians.

Et la meilleure façon, qu’on le veuille ou non, est de les éloigner le plus loin possible du pouvoir aux prochaines élections.

De l’absurdité à une plus grande absurdité
23 novembre 2007

La décision du gouvernement québécois de dépenser 620 millions $ pour entretenir l’industrie manufacturière est une erreur déjà assez catastrophique en elle-même: dépenser des millions pour un secteur moribond et en déclin. Mais ce qui est bien pire, c’est quand on pense que ce déclin est causé par les idées néolibérales et que le PQ irait encore plus loin vers la droite que le PLQ.

Comment peut-on sérieusement espérer rendre compétitives des entreprises devant payer un salaire décent à leurs employés, alors qu’en Chine on peut faire faire le même travail pour vingt fois moins cher? C’est impossible dans un contexte de libre-échange. En fait, la seule façon serait d’imposer les importations à un juste coût pour ainsi favoriser l’industrie nationale. En clair: il faudrait faire payer vingt fois plus cher en impôt aux entreprises importatrices de produits fabriqués à l’étranger plutôt que de subventionner massivement des entreprises exportatrices qui ne pourront jamais être compétitives avec les pays asiatiques.

En adoptant l’idéologie du libre-échange à tout vent, le gouvernement libéral est lui-même la cause de la crise; c’est son refus d’accepter les conséquences de ce choix – c’est-à-dire la disparition définitive et quasi-totale du secteur manufacturier – qui le pousse à saupoudrer des millions ici et là pour donner l’impression qu’il agit. Mais rien ne sauvera ces entreprises tant et aussi longtemps qu’on aura fait de la « libre » circulation des biens un dogme.

Mais ce qui est le plus pathétique dans cette histoire, c’est la critique du PQ. Pauline Marois, qui revient sur la scène publique après des semaines/mois perdue dans le brouillard, affirme que le gouvernement aurait dû aller plus loin en éliminant complètement la taxe sur le capital. Wow, bravo! Le problème vient d’une organisation économique trop à droite et on va rendre ça encore plus à droite! Déjà que les entreprises ne sont pas assez imposées, le PQ veut être plus catholique que le pape et leur donner encore plus de nananes!

Au fond, tout le monde s’attend à ce qu’un parti de droite comme le PLQ (ou son petit frère adéquiste en mal de visibilité) souhaite soulager les entreprises et préconise des « solutions » de droite. Mais quand le PQ en est rendu à reprocher aux Libéraux de ne pas être assez radicaux dans leurs mesures de droite, c’est signe de la dégénérescence avancée du Parti Québécois, qui devient de plus en plus chaque jour en paroles ce qu’il a toujours été, depuis 1982, en actions: un parti de droite comme les autres, dont la seule particularité est de vouloir crosser le monde en français dans un Québec soi-disant indépendant plutôt qu’en anglais dans un Canada pas plus souverain que n’importe quel autre pays ayant sacrifié son indépendance sur l’autel du libre-marché.

L’échec des infirmières du privé
20 novembre 2007

On apprend que les hôpitaux font de plus en plus affaire à des infirmières d’agences privées pour combler leur manque d’effectifs. Et encore une fois – comme c’est le cas à chaque fois que le privé est en cause – la facture est salée: près de 100 millions de dollars.

Le but du privé est de faire du profit, est-il besoin de le rappeler? Alors que les infirmières du secteur public commandent un salaire de près de 27$ par heure, il faut débourser entre 35 et 55$ par heure pour une infirmière du privé. Mais l’infirmière en question ne gagne pas tout cet argent; une partie est remise à l’agence, qui assure un juteux profit à ses dirigeants.

Ainsi, on engraisse des propriétaires d’agences privées sur le dos des contribuables, ce qui contribue à accentuer la saignée des finances de l’État.

Pourtant, il serait facile de régler la crise. Si on prenait ce même 100 millions $ et on s’en servait pour payer davantage d’infirmières du public, on sauverait de l’argent et on s’assurerait d’avoir de meilleurs services puisque celles-ci ne seraient pas tentées de tourner les coins ronds pour satisfaire des actionnaires gourmands.

Mais si la solution est si simple, pourquoi n’est-elle pas appliquée? C’est simple: c’est une question d’idéologie. Le gouvernement néolibéral de Jean Charest veut implanter le privé partout, de toutes les façons possibles. En coupant les vivres aux hôpitaux, il les force à prendre des décisions à court terme qui sont totalement illogiques d’un point de vue économique. Mais ça ne dérange pas trop, si le résultat est davantage de privé, même si le privé est plus cher et moins efficace.

Tiens, ça me rappelle… J’avais une amie qui travaillait au centre hospitalier de Lachine. Il y a quelques années, ils ont confié le service de buanderie au privé. Et bien, les coûts ont tellement augmenté qu’ils ont dû revenir à l’ancien système quelques années plus tard! Mais combien d’argent a été dilapidé entre temps…

Si des précurseurs du néolibéralisme et des PPP comme l’Angleterre constatent désormais l’échec définitif des « partenariats » public-privé (autant parler du partenariat entre la poule et le renard) et redonnent au public des services afin de juguler l’hémorragie, il serait peut-être temps de constater que le Québec va dans la mauvaise direction.

Car le but du privé, ne l’oublions jamais, est de faire de l’argent. Le privé coûte plus cher, et s’il a une cenne à sauver en tournant les coins ronds, il n’hésitera pas. Et si ça coûte 55$ de l’heure pour une infirmière qui pourrait en coûter 27$, n’oublions pas qu’une partie de la différence atterrie dans les poches d’un actionnaire qui n’apporte absolument rien au système de santé, bien au contraire.

La corruption du privé
19 novembre 2007

Je lisais un article dans le Journal de Montréal de jeudi dernier qui parlait de la suspension de Daniel Labrecque, le directeur adjoint des travaux publics de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville, mon ancien quartier. M. Labrecque aurait reçu des pots-de-vin, dont un voyage de golf au Portugal en 2007, en échange de la remise d’un contrat de déneigement à une entreprise plutôt qu’à une autre. Cette situation est tout à fait caractéristique des types de problèmes engendrés par la privatisation de services au citoyen.

En effet, on a beau ne pas aimer les Cols bleus – qui sont pourtant d’honnêtes travailleurs de la classe moyenne ne demandant qu’à gagner leur vie honnêtement – ce n’est pas avec eux que ce type de situation se produirait. Car à partir du moment où un service est assuré par la ville elle-même, celle-ci est directement redevable du service offert devant les citoyens.

Au contraire, en privatisant une partie du déneigement, on installe un échelon supplémentaire: l’entreprise n’est plus redevable au citoyen, mais bien à un représentant d’un sous-échelon du fonctionnariat d’un arrondissement de municipalité. Bref, à un fonctionnaire qui, comme tous les hommes devant octroyer des contrats au secteur privé, est susceptible d’être corrompu.

Ce n’est rien d’exceptionnel. À partir du moment où on décide collectivement de confier des parties du secteur public au privé, on assiste non seulement à une augmentation des coûts (il faut payer le profit de l’entreprise!) mais également une augmentation du risque de corruption. Et c’est pas mal plus facile qu’on peut le croire.

Tiens, par exemple, je sais que la ville veut confier le service XYZ au secteur privé et je dirige une entreprise qui peut offrir le service XYZ. Je rencontre la personne en charge de l’attribution du contrat, et en jasant avec celle-ci, je découvre ses intérêts. Il suffit ensuite de lui offrir discrètement quelque chose qui lui plaise en lui signifiant qu’il y aura d’autres cadeaux du genre si mon entreprise est retenue. C’est juste assez subtil pour ne pas donner l’impression d’être illégal, mais ne nous trompons pas: c’est tout à fait illégal.

Désormais, quand on parlera de privatiser un service offert au citoyen, il serait bon d’ajouter le facteur corruption dans le calcul. Car outre la hausse des coûts provoquée par la nécessité du profit, il ne faudra pas oublier celle découlant de la corruption et des enquêteurs qui seront nécessaires pour la débusquer.

Encore une fois, si le déneigement était confié aux travailleurs municipaux, on n’aurait pas de problème. Et pour avoir habité Ahuntsic-Cartierville pendant dix ans, je peux témoigner à quiconque de l’excellence du travaile des Cols bleus dans ce quartier, tant au niveau du déneigement que de l’entretien des patinoires, de l’enlèvement des feuilles mortes ou de l’entretien paysager.

Au lieu de se laisser graisser la patte et d’aller jouer au golf au Portugal en dilapidant l’argent public pour une compagnie de déneigement, M. Labrecque ferait mieux de confier le déneigement à ceux qui sont le plus en mesure de le faire au meilleur prix: les employés de la ville de Montréal.

L’ADQ au prise avec ses extrémistes
17 novembre 2007

Il y a une différence fondamentale entre un parti apte à diriger et un parti qui se contente de tirer dans tous les sens en espérant mêler assez les gens pour être élu. Dans le premier cas, on cherche à ne pas trop donner de poids aux éléments les plus radicaux, alors que dans le deuxième, on appuie ces groupuscules dans l’espoir que leur radicalisme pourrait être payant électoralement. Encore une fois, on a la démonstration que l’ADQ de Mario Dumont (puisque c’est bien « son » parti après tout et que sans lui ce parti n’a aucune existence propre) n’a pas la capacité de gouverner.

En effet, en ne se dissociant pas de son « aile-jeunesse » néolibérale prônant de couper les vivres aux assistés sociaux, Mario Dumont met le pied sur un terrain glissant où il laisse de côté ce qui pouvait lui rester de crédibilité pour gouverner afin de jouer sur le terrain de la démagogie. Sous prétexte de s’attaquer aux soi-disant profiteurs du système, c’est aux individus les plus vulnérables que s’en prend Mario Dumont. Faut dire: c’est plus facile de s’attaquer à un ti-coune qui arrive à peine à manger avec 550$ que de s’en prendre aux grosses corporations qui saignent l’État québécois.

L’illogisme de la position de Dumont est bien représentée par une phrase qu’il a lâché aux journalistes: « L’aide sociale doit être un tremplin vers autre chose ». Autre chose. Pas un tremplin vers un emploi permettant de bien vivre, mais un tremplin vers « autre chose ». Car il a beau être le pire des incompétents et inapte à diriger le Québec, Mario Dumont sait qu’il est impossible de trouver un emploi à 500 000 personnes demain matin. Ça ne se peut tout simplement pas. Des emplois, ça ne se crée pas par magie et ce n’est pas en coupant un chèque d’aide sociale déjà ridiculement bas qu’on va aider qui que ce soit.

Dans les faits, ce qui risque de se produire avec cette mesure de droite, c’est une augmentation de la pression sur les plus bas-salariés, c’est-à-dire ces gens qui sont assez courageux pour tenter de vivre au salaire minimum. Car si le salaire minimum c’est déjà la précarité, au moins il y en a beaucoup de ces jobs, et ceux qui y travaillent n’ont pas besoin d’un haut niveau d’éducation ou d’un grand savoir-vivre. Ça court littéralement les rues les jobs au salaire minimum.

Mais si on coupe l’aide sociale, on se retrouvera avec une masse importante d’individus entrant en compétition pour un nombre limité d’emplois. Ainsi, les pré-requis pour un emploi au salaire déjà médiocre augmenteront car les employeurs auront beau jeu d’appliquer une sélection plus serrée des candidats et de moins respecter leurs employés car il y en aura toujours beaucoup d’autres plus désespérés pour prendre le relais.

Bref, en coupant l’aide sociale, ce sont les employés au salaire minimum que Mario Dumont mettrait dans la merde.

Il prend donc le problème tout à l’envers. Si le but est d’améliorer les conditions de vie des gens et d’inciter davantage de personnes à quitter l’enfer de l’aide sociale, ce n’est pas en les mettant en compétition pour un vulgaire 8$ de l’heure, mais bien en appliquant des politiques progressistes – de gauche – susceptibles de rendre le marché de l’emploi plus attrayant. En favorisant une augmentation du salaire minimum, en respectant davantage les syndicats, en votant davantage de congés payés; en augmentant la qualité de vie des plus pauvres pour inciter des gens encore plus pauvres à tenter eux aussi d’en profiter.

Sauf qu’encore une fois, le système est fait d’une telle manière qu’il doit y avoir des gagnants et des perdants. Le capitalisme sauvage prôné par les extrémistes de l’ADQ est rapace et a besoin d’une masse de pauvres inutiles qui ne servent qu’à désespérer les pauvres utiles en leur faisant craindre de perdre leur utilité pour tomber encore plus bas. Et Mario Dumont, dans ce jeu où l’État devrait être le protecteur du pauvre contre la rapacité du plus riche, décide de jeter le désespéré dans la gueule du crocodile.

En se faisant l’écho des néolibéraux les plus extrémistes au sein de son parti, Dumont démontre qu’il ne sera jamais un dirigeant ayant à coeur une société plus juste, mais plutôt celui qui, à la solde des plus grands intérêts financiers, livrera corps et âmes les plus vulnérables de la société sur l’autel du libre-marché.

Prochaine étape pour le Führer de Rivière-du-Loup: le retour au servage et au travail forcé?

Pourquoi il FAUT appuyer les étudiants
15 novembre 2007

La grève des étudiants pour protester contre la hausse des frais de scolarité – qui augmentera effectivement les frais de près de 33% d’ici quatre ans – est non seulement juste et nécessaire, mais elle est également indispensable pour le bien-être non seulement du monde de l’éducation mais de la société en général.

On ne le dira jamais assez: une société éduquée est une société en santé. Et puisqu’il existe un lien de causalité indéniable entre les frais chargés aux étudiants et le niveau de fréquentation des établissements scolaires (ce n’est pas pour rien que le Québec est troisième au Canada à ce chapitre; malheureusement il y a fort à parier que les hausses feront reculer la fréquentation scolaire) c’est toute la génération future qui écopera de cette hausse des frais.

À cause de cette mesure néolibérale proposée par le PLQ et appuyée par l’ADQ (il faut le souligner), de nombreux étudiants devront désormais choisir entre travailler ou étudier. Car, n’en déplaise à certains vieux cons de la vieille droite, ce n’est pas tout le monde qui peut suivre cinq cours à l’université tout en travaillant 25 heures par semaine. Le résultat: les élèves provenant des couches sociales les plus défavorisées seront tentés de lâcher leurs études, perpétuant une pauvreté intergénérationnelle et détruisant effectivement le mythe de la mobilité sociale.

Et demain, dans vingt ans, le Québec sera perdant, car il y aura moins de diplômés, moins de gens compétents, mais aussi moins de citoyens politisés, moins de personnes instruites. C’est un grand recul dont nous ferons les frais pendant des décennies.

Conséquemment, la seule position logique et cohérente pour quiconque a les intérêts du Québec à coeur est d’appuyer la grève des étudiants et de demander non seulement l’élimination des hausses des frais de scolarité, mais une baisse de ceux-ci, permettant à un maximum de citoyens d’avoir accès au système d’éducation.

Car l’éducation n’est pas une dépense, mais un investissement. Voilà une vérité que la droite, du PLQ à l’ADQ en passant par les éditorialistes pathétiques de La Presse, n’a toujours pas compris.

Ou fait semblant de ne pas comprendre, protégeant les intérêts qui sont les siens.

La poubelle volante
13 novembre 2007

Hier, le premier Airbus 380 s’est posé à Dorval. Véritable cité volante, cet avion d’une hauteur équivalente à un édifice de huit étages et de la largeur d’un terrain de football a fait l’objet d’une intense couverture médiatique. À son bord, les « célébrités » se cotoyaient les unes les autres, se surpassant en inepties pour décrire leur voyage dans ce Titanic des airs. Mais la palme de la pire citation revient à l’explorateur Bernard Voyer:

« Si on peut construire un avion comme ça, imaginez ce qu’on peut faire comme voitures pour améliorer l’environnement! » (citation approximative)

Bon, je ne suis pas de ceux qui s’énervent avec le CO2. Certains disent que l’humain est responsable du réchauffement, moi je suis plus tenté de croire à l’importance des cycles à long terme ou à moyen terme. Mais quand quelqu’un adopte la croyance selon laquelle nous devons réduire notre consommation de C02, il me semble que la moindre des choses serait de faire preuve d’un minimum de cohérence.

En effet, selon le site climatecare.org, un aller-retour Paris-Montréal en avion émet 1,5 tonne de CO2 par personne dans l’atmosphère. Ce n’est quand même pas rien, quand on y pense. Tout ce kérosène brûlé pour divertir nos gentilles vedettes du ciel, qui se la jouent en bons protecteurs de l’environnement tout en polluant allègrement les cieux.

Ça va être quoi la prochaine fois? Les Hummers sont une progression pour l’humanité car leur robustesse fait qu’on a moins besoin de les remplacer souvent et qu’ainsi on économise l’acier?

Je ne sais pas, car moi je ne crois pas trop à tout ça. Mais au moins, me semble, quand tu crois à ça, la moindre des choses c’est de ne pas parler d’environnement quand tu as ton petit cul bien assis sur une poubelle volante qui laisse derrière elle une longue traînée polluante…

Mais c’est tellement plus facile de critiquer les autres que de regarder ses propres déficiences!

N’importe quoi… sauf Québécois!
12 novembre 2007

Un article de Katia Gagnon dans La Presse résume bien l’incapacité de la société québécoise à intégrer les immigrants. On y visite une école à Ville Saint-Laurent, et pour y travailler je n’ai pas le moindre doute sur ce qu’écrit Mme. Gagnon.

Un seul paragraphe résume bien tout le drame, à mon avis:

«Qui est québécois, ici?» a demandé Mathieu Soucy, professeur d’éthique et culture religieuse, juste avant que la journaliste entre dans sa classe. Aucune main ne s’est levée. Les 28 élèves de la classe vivent au Québec, plusieurs sont nés au Québec, mais aucun d’entre eux ne se perçoit comme québécois.

Hey oui! Des enfants qui sont nés ici, mais qui ne veulent pas être comme nous. Ils ne veulent pas s’intégrer parmi nous. N’allez surtout pas les traiter de Québécois, car vous allez les insulter. Ils sont libanais, hindous, marocains, pakistanais, sri lankais, tamouls, mais surtout pas québécois!

Mais peut-on leur en vouloir de ne pas avoir le désir de s’intégrer? Car c’est quoi, au fait, un Québécois?

Moi j’en vois souvent des Québécois. Des colonisés qui se dépêchent de parler en anglais à quelqu’un dès que celui-ci hésite sur un mot ou a le moindre accent. Cet employé avec qui je travaille, et qui parle en anglais à des clients dont je sais pertinemment bien qu’ils comprennent le français. Dites-moi, c’est ça un Québécois? C’est quelqu’un qui n’a tellement pas de fierté qu’il se prostitue dans une langue étrangère chaque fois qu’il en a l’occasion?

Arrêtons de nous en prendre aux immigrants qui refusent de s’intégrer, et ce même s’ils sont légion (surtout à ville Saint-Laurent, un véritable ghetto). C’est nous qui sommes à blâmer. C’est notre mollesse, notre attitude à-plat-ventriste, notre peur de passer pour des xénophobes (alors que j’observe des comportements xénophobes presque au quotidien chez d’autres ethnies) et notre incapacité d’être fiers de ce que nous sommes qui conduit les immigrants à nous rejeter.

Quand j’en vois un qui me parle en français, je suis heureux et je lui souris. Mais quand je vois un Québécois se prostituer en anglais pour un immigrant qui n’a pas besoin d’apprendre le français parce qu’il y aura toujours un prostitué pour lui parler en anglais, je me dis que le combat ne fait que commencer.

Du coquelicot à la fleur de pavot?
12 novembre 2007

Tous les ans, on le voit réapparaître sur les manteaux et les chemises de tous les bien-pensants soucieux de leur image, vers la fin octobre ou le début novembre: le coquelicot. Cette fleur représente un hommage aux sacrifices des soldats de la Première guerre mondiale, qui fut par la suite étendu aux autres guerres d’importance.

Mais pourquoi le coquelicot? Simplement parce que les terrains crayeux de la Flandre furent surchargés de chaux pendant les combats, ce qui constitue le sol le plus fertile qui soit pour cette fleur. Ainsi, elle apparut durant la guerre, en même temps que les morts, et elle disparut par la suite, lorsque la chaux fut bien absorbée par le sol.

Le lieutenant-colonel John McCrae écrivit le poème « Au champ d’honneur » en mai 1915, et c’est à partir de celui-ci que commença dans l’imaginaire collectif ce lien entre la fleur et les guerres.

Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.

Nous sommes morts,
Nous qui songions la veille encor’
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici,
Au champ d’honneur.

À vous jeunes désabusés,
À vous de porter l’oriflamme
Et de garder au fond de l’âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d’honneur.

L’honneur, la patrie, le sacrifice. Des guerres où on se battait pour nos valeurs, pour notre liberté. Une guerre où les soldats étaient des héros, dont les actions étaient célébrées et acclamées car elles étaient justes. Une vraie guerre, de vrais soldats courageux, au front pour nous.

Rien à voir avec la guerre en Afghanistan, cette guerre de l’empire de la drogue. Une guerre où les soldats ne savent plus qui ils attaquent, ni pourquoi ils attaquent. Une guerre où on se terre dans des campements cachés pour attaquer l’ennemi de nuit, trop peureux pour accepter le corps à corps. Une guerre où les soldats canadiens sont plus occupés à fumer du pot ou à s’injecter de l’héroïne (il faut bien que les plantations de pavot qu’ils protègent servent à quelque chose) qu’à protéger nos soi-disant libertés.

Une guerre sans envergure, menée par des lâches au service d’intérêts financiers n’ayant rien à avoir avec qui que ce soit ici.

Le coquelicot est peut-être dépassé, au fond. Ne devrions-nous pas le remplacer par la fleur de pavot, qui représente de mieux en mieux cette guerre? Voilà qui serait certainement un contre-poids à la pathétique propagande de l’armée canadienne consistant à mettre de petits « support our troops » au centre de coquelicots rouges, essayant de faire un lien entre les héros des guerres mondiales et les lavettes sans conscience qui vont se droguer en Afghanistan…

Dans une guerre injuste, ceux qui la mènent sont le bras armé de l’injustice et s’ils ne sont pas assez intelligents pour prendre conscience de la gravité de leurs gestes et se rendre compte qu’ils n’ont PAS l’appui de la population, alors ils méritent de sombrer dans l’oubli, loin, très loin des héros qui ont combattu lors des guerres mondiales.

Car la guerre est une solution de dernier recours; ça ne doit pas être un outil parmi d’autres aux mains d’une minorité de nantis qui veulent refonder le monde selon leurs intérêts.