La traversée du B.S.

Je revenais de faire mon épicerie, les mains pleines de sacs avec de la morue, du pangasius, du poulet, un avocat et six gros poireaux (ils sont en spécial!). Arrivé au coin de Souligny et Honoré-Beaugrand – dans l’est, pour ceux qui connaissent – je commence à traverser puisque je suis arrivé en même temps qu’une voiture mais qu’étant piéton j’ai la priorité. Et bien le conducteur a décidé de me foncer dessus et j’ai dû me garocher sur le trottoir pour l’éviter. Et comme si ce n’était pas assez, il commence à m’engueuler!

Faut dire, après plus de onze ans à Montréal, je n’ai jamais vu une intersection aussi dangereuse. Souligny, c’est la suite de la section d’autoroute qui permet de rejoindre la 25 et Notre-Dame. L’intersection comporte aussi une double voie ferrée, un boulevard important (Honoré-Beaugrand) et une autre rue (Dubuisson) parallèle à la voie ferrée et à Souligny. Et tout ça, avec seulement un arrêt-stop d’un côté et de l’autre. Bref, un chaos total où le téméraire piéton doit trouver sa voie pour traverser.

Alors, je lui ai bien montré mon point à ce stupide conducteur. Je lui ai dit qu’il devrait aller prendre des cours de conduite et que les piétons ont la priorité. Alors il a fait crisser ses pneus, est reparti sur lui-même et est venu me rejoindre. Et il m’a dit « Je vais te faire manger tes vidanges. » Puis il a ajouté (et j’en ris encore): « De toute façon tu dois être sur le B.S. ».

Celle-là, je l’ai vraiment trouvé drôle. C’était qui cette ordure, le marionnettiste derrière l’adéquiste Élodie « D » Martin? Alors quoi, si vous êtes un membre productif de la société et que vous travaillez dans une boîte au centre-ville, vous pouvez traverser. Si vous êtes pauvre ou sans-emploi, attendez sur le bord de la route qu’on vous fasse signe ou bien consentez à vous faire écraser comme un chien!

J’aurais vraiment voulu répondre quelque chose au type alors qu’il s’en allait en re-faisant crisser ses pneus. Vraiment. Mais j’étais bouché, totalement. Je riais tellement et je le trouvais tellement pathétique que je ne savais plus que dire ou faire.

Alors j’ai continué mon bonhomme de chemin, en me disant que le type avait peut-être eu une mauvaise journée mais qu’un jour il allait tomber sur quelqu’un de bien pire que moi, et qu’il allait en manger toute une. Ou que quelqu’un, quelque part, devrait trouver un moyen de mettre un feu de circulation à cette intersection. Ou que quelqu’un, quelque part, devrait repenser la ville en fonction de ses habitants et pas seulement des voitures. Ou que quelqu’un, quelque part…

Et pourquoi ne serais-je pas ce « quelqu’un »?

Et bien, je ne suis qu’un piéton, alors ça n’intéresse personne les histoires de piétons, et la meilleure façon de régler le problème de ces marcheurs lents et encombrants au yeux des décideurs économiques serait probablement une solution darwinienne où les piétons s’élimineraient d’eux-mêmes, étant foncièrement mésadaptés par leur infériorité sur le réseau routier.

Et puis tiens, ça aiderait aussi à régler le problème de la pauvreté, puisque qu’en éliminant physiquement les piétons on éliminerait beaucoup plus de pauvres que de gens plus aisés, qui ont les moyens de prendre leur VUS pour aller à l’épicerie du coin.

Comme quoi, on n’arrête pas le progrès.

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19 Réponses

  1. Je gage que ce moron de conducteur ne savait même pas ce qu’est le pangasius. Réponse d’un de mes amis à cette question-mystère: « C’est un pays à côté du Vietnam? » Comme quoi le fait de conduire un gros char chromé vous coiffe d’une auréole de réussite économique, sans toutefois faire don de la culture et du civisme qui devraient s’y greffer.

    Nous vivons à une époque de parvenus. Remarque, ce n’est pas une mauvaise chose en soi — cela signifie simplement que nous avons réussi à désinterlacer culture et richesse, augmentant du même coup la mobilité sociale (mais augmentant aussi le nécessaire effort personnel afin d’acquérir l’un et l’autre).

    Face à la bêtise humaine, autant parler cuisine, c’est un échappatoire qui a le mérite de présenter quelques attributs de la noblesse.

    Je cuisine le pangasius de la manière suivante. Je commence par le paner, puis je le fais frire dans un peu d’huile. Ensuite, je prépare une sauce à l’orange avec du jus d’orange concentré, de l’aïl, de la sauce soja, de la fécule de maïs, des piments. On passe le poisson pané-frit dans la sauce pour qu’il s’en imbibe bien.

  2. Ça a l’air bon comme recette. Ça aurait été le genre de recette que mon ex aurait aimé faire (et manger). Pour ma part, je suis plutôt « old school » de ce côté-là (ou disons très conservateur) et j’apprête toujours mon poisson (morue, saumon, truite saumonnée, truite, pangasius, sole) ou mon poulet de la même façon: soit dans la poêle avec huile d’olive, ail et gingembre frais, ou dans une papillotte d’aluminium avec huile d’olive, ail et gingembre frais. Après ça je te garoche ça dans une salade dont moi seul ait le secret et je te rajoute de l’huile d’olive (et parfois du vinaigre balsamique). C’est très bon. Tout le monde est jaloux de mes salades où je travaille! 🙂

    Pour revenir au gars, t’as raison pour le parvenu, mais c’est vraiment que ça m’a pété dans la face à quel point la ville a été fait pour les automobiles et non pour les piétons ou cyclistes. Tu te retrouves là, dans un enchevêtrement de voies à manque de te faire rentrer dedans par un automobiliste qui aurait pu attendre, quoi, un gros 3 secondes (je marche vite)? C’est ça la ville de l’ère du pétrole à bas coût.

    Mais ça va changer. Et rapidement.

  3. ‘Tout le monde est jaloux de mes salades où je travaille!’

    TU TRAVAILLES!!.. Je croyais que tu étais sur le B.S. 🙂

  4. Et si j’étais sur le B.S. (et j’y ai déjà été) je n’aurais pas honte de le dire, car il n’y a pas de honte à y avoir: le système économique est fait pour qu’il y ait des exclus et il ne peut pas absorber 500 000 travailleurs de plus sur le marché du travail. Si c’est pas George, Louis, Roger ou Gertrude sur le B.S., ça va être Chantale, Véronique, Pascale ou Michel.

    Car le système est ainsi construit et les exclus en font partie.

    Et puis… est-ce une raison pour les écraser avec une voiture? 😛

  5. Pour que le système capitalo-étatiste (à distinguer du capitalisme) fonctionne, il faut qu’il y ait le plus d’exclus possibles!

  6. Tu parles de corporatisme?

  7. Louis, lis cette merde vomie par Élodie et écris un billet sur ce sujet. À faire passer le Doc Maillet pour un ange. Même le Doc Maillet n’a pas été aussi loin dans ce genre de racisme. L’ADQ doit se dissocier du blogue d’Élodie le plus vite possible s’il veut demeurer crédible.

    La vérité qu’il ne faut pas dire…

    Il n’y a pas que les séparatistes ou le CRTC qui cherchent à bannir la liberté de parole des libres penseurs. À voir la réaction de plusieurs milieux face aux déclarations du Dr. Watson sur les Noirs et l’intelligence, (et à la suite du show de gogauchiste de TLMEP où Mailloux avait dit presque la même chose), on se demande vraiment si dans quelques décennies il sera encore possible de s’exprimer.

    Car l’autonomie, ce n’est pas seulement la plate-forme de l’ADQ, mais c’est aussi un état d’esprit consistant à être maître de soi-même, de ses pensées et de ses écrits.

    «Nos politiques sociales se fondent sur le fait que leur intelligence est la même que la nôtre (Occidentaux blancs), alors que toutes les recherches disent que ce n’est pas vraiment le cas.»

    A-t-il tort d’écrire cela? Je ne crois pas. Il suffit de constater que la criminalité est beaucoup plus basse en régions qu’à Montréal pour s’en convaincre. Ou de lire les premières pages de journaux pour voir à quoi ressemblent les criminels.

    Doit-on pour autant stigmatiser les gens contre les Noirs? Non plus. Car à mon avis ce n’est pas parce qu’ils sont Noirs que certains sont moins intelligents, mais peut-être plutôt, comme le Dr. Mailloux l’expliquait, parce qu’une sélection génétique a été opérée quand on les a amenés d’Afrique pour devenir esclave; les plus gros et les plus forts physiquement ont été amenés alors que les plus intelligents et moins costauds sont restés là-bas.

    L’erreur de Watson est donc d’avoir blâmé la couleur de la peau, alors qu’il aurait dû blâmer les conditions historiques de l’esclavage chez les Noirs.

    Mais la censure imposée par la gogauche (et même celle des États-Unis) empêche de se poser les nécessaires questions à ce sujet et font que la criminalité urbaine va continuer de se répandre et les gens perdront jusqu’à la capacité d’exprimer leur mécontentement.

    Soyons autonomes, pas seulement le jour du vote, mais à tous les jours de l’année et ne nous soumettons pas devant la rectitude politique gogauchiste! Soyons fiers de ce que nous sommes, c’est-à-dire des blancs francophones de descendance catholique de la province du Québec et autonomes dans un Canada uni! Ne laissons pas la rectitude politique gogauchiste nous empêcher de militer pour notre peuple et pour ceux qui sont parmi les meilleurs de celui-ci (la classe moyenne et les gens des régions, le coeur de notre nation).

  8. Louis, je te comprends tout à fait. Le coin de rue devant chez moi est assez dangereux aussi. Des histoires comme ça, peut-être un peu moins pire… il m’en est arrivé quelquefois depuis que je suis ici.

    C’est dommage, mais ça rend le sentiment de solidarité réel un peu moins fort… Une chance que je peux me rabattre sur un sentiment de solidarité conceptuel qui s’inscrit dans la continuité et l’espérance!

    Le stress des uns est désagréable et dangereux pour les autres!

  9. Oui je parle de corporatisme.

  10. Oui, je parle de corporatisme.

  11. désolé pour le doublon!

  12. Tu parles de corporatisme, hein?

  13. Pendant qu’on en parle, j’aimerais poser une question qui m’a traversé l’esprit hier. Les PPP à la manière Charest, est-ce qu’on pourrait considérer cela comme le résurgence du corporatisme duplessiste à l’aube du 21e siècle?

    On parle de l’état qui planifie et décide des projets et de la part de financement public, puis qui fait des appels d’offre (auxquels un très petit nombre d’entreprises peuvent généralement répondre — les dés sont pipés), puis qui octroie un contrat fermé et un monopole longue durée à une entreprise, privant la population de:
    (1) le pouvoir d’influencer la structure tarifaire et le fonctionnement d’une parapublique, et:
    (2) le bénéfice de la libre-concurrence entre entreprises privées.

    Bref, un modèle qui entre en contradiction à la fois avec le principe social-démocrate du service essentiel, et avec le principe libertarien de la libre-concurrence.

  14. Ha ha!

  15. Le Ha ha! concernait le commentaire de Martin B.L., bien sûr!

    Et H.Dufort, c’est pile poil ça!

  16. Le texte de Élodie est pratiquement trop grossier pour être vrai!

    Monsieur Dufort, vous venez de nous expliquer clairement pourquoi la privatisation de Hydro-Québec, tout en maintenant le monopole, est une vulgaire fumisterie.

  17. Toute privatisation d’un monopole d’état ne peut se faire qu’en fragmentant tout d’abord la ressource. Par exemple, il faudrait (dans le cas de Hydro-Québec) vendre les centrales à l’unité ou en grappes, tout en maintenant un monopole (temporaire ou permanent) sur le réseau de distribution. Cela, afin d’éviter une prise de contrôle totale de l’ensemble de la ressource et pour permettre une saine concurrence entre sociétés de développement ou de gestion des installations.

    Notez qu’il s’agit d’une analyse et non d’une prise de position personnelle. Je suis généralement un partisan du maintien du monopole d’Hydro-Québec. Quoique je considère que la société devrait prendre ses décisions en faisant voter l’ENSEMBLE de la population québécoise, qui en sont les actionnaires et propriétaires.

  18. Le texte de Élodie est pratiquement trop grossier pour être vrai!

    C’est ce que je me dis aussi!

  19. Ton chauffard devrait effectivement prendre des cours de conduite, mais pas seulement de voiture, si tu vois ce que je veux dire.

    gs

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