À méditer

Je suis en train de lire un autre livre très intéressant, dont je traduis un court passage ci-dessous:

Qu’y a-t-il de si spécial avec les énergies fossiles de toute façon?

Les énergies fossiles sont une conséquence unique de l’histoire géologique qui permet aux êtres humains d’étendre artificiellement et temporairement la capacité de leur habitat à les supporter. Avant que les énergies fossiles – en les nommant: charbon, pétrole et gas naturel – soient largement utilisées, moins de un milliard d’êtres humains habitaient cette planète. Aujourd’hui, après plus ou moins deux cent ans d’énergies fossiles, et avec un taux d’extraction maintenant à un taux record qui ne sera plus jamais égalé, la planète supporte six milliards et demi de gens. Soustrayez les énergies fossiles et la race humaine a un sérieux problème. Le bonanza de l’énergie fossile était un deal qui n’arrive qu’une seule fois et l’intervalle où nous en avons joui était une période anormale de l’histoire humaine. Celle-ci a duré assez longtemps pour que les gens qui vivent maintenant dans une ère industriellement très avancée la considère comme la norme. Les énergies fossiles ont apporté à chaque personne dans un pays industrialisé l’équivalent d’avoir des centaines d’esclaves constamment à sa disposition. Nous sommes maintenant incapable d’imaginer la vie sans eux – ou penser selon un modèle socioéconomique différent – et ainsi nous ne sommes pas préparés pour ce qui s’en vient. ((James Howard Kunstler, The Long Emergency, Atlantic Monthly Press, New York, 2005, p. 30-31.))

En clair, la théorie de Kunstler est la suivante: notre mode de vie est profondément mésadapté pour faire face à la crise énergétique à venir. Les banlieues sont la pire allocation de ressources de l’histoire de l’humanité et ce mode de vie va disparaître car c’est seulement à cause du pétrole à bas prix qu’il a pu exister.

De la même façon, ce sont les engrais chimiques à base de pétrole, et tous les engins agricoles fonctionnant à l’essence qui sont à la base de la croissance exponentielle de la population depuis un demi-siècle, et avec la fin du pétrole à bas prix on verra aussi la disparition progressive de l’agriculture intensive permettant de nourrir une quantité importante de gens avec seulement quelques « employés ». On reviendra à un modèle plus local, permettant de nourrir moins de gens, et ainsi on se retrouvera avec quelques milliards d’humains en trop.

Et que fait-on avec ces humains? Simple: les guerres pour le contrôle des dernières ressources de pétrole et le chaos social résultant d’une baisse de la richesse globale devrait, à terme, les éliminer d’eux-mêmes.

Pour ceux qui aiment les histoires assez noires et qui empêchent de bien dormir la nuit, je vous conseille ce livre. Pour ceux qui préfèrent croire que tout va bien et qu’on trouvera sûrement un moyen magique de faire face au problème en temps et lieu, je crois qu’il est temps de regarder les choses autrement et de constater que si la situation ne sera pas à ce point dramatique, des temps durs s’en viennent néanmoins.<a

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5 Réponses

  1. Texte coup de poing pour un brusque réveil. Avec mon expresso, qui termine de faire le travail!

    Je suis bien d’accord avec cette anticipation, mais ce qui risque de se faire tellement tranquillement que les autruches pourront continuer de vivre dans le calme hégémonique du bonheur préfabriqué…

  2. Sans nécéssairement être tout à fait dans le même ton pétrolier, je vous suggère fortement le livre suivant:

    « La terre est plate » de Thomas Friedman (facilement trouvable chez Renaud-Bray)

    Il parle d’une façon très accessible de la dérive de l’économie occidentale vers les pays émergeants.

    En cette longue fin de semaine qui s’annonce un peu grise, cette lecture est toute indiquée.

  3. En effet, la quantité d’énergie qui a été nécessaire pour produire les hydrocarbures est absolument ahurissante; on parle de forces tranquilles qui ont travaillé pendant des millions d’années. La conversion naturelle d’énergie solaire et géothermique en énergie chimique accumulable.

    C’est un peu comme 10 millions d’années de production intensive d’éthanol, entreposée soigneusement pour nous dans des réservoirs souterrains.

    Il est évident que nous ne pourrons pas trouver une source d’énergie aussi « facile » sur notre planète. C’est pour cette raison que nous sommes à la recherche d’une énergie de remplacement; certains parlent de l’Helium-3 qui se trouve dans le sol de la Lune, mais qui est inexistant sur Terre.

    Le problème des sources d’énergie « directes » comme l’éolien, l’hydro-électricité, le solaire, la géothermie, c’est qu’on ne peut pas aisément la « mettre en boîte » pour utilisation future. L’accumulation de l’électricité entraîne des pénalités importantes en termes énergétique; les batteries ne sont pas très efficaces et sont encombrantes.

    Difficile de trouver une énergie accumulable qui emballe autant de watt au kilogramme que le gaz naturel, par exemple. L’hydrogène demande 5x son rendement énergétique pour être extrait, et il est très difficile à « contenir ». Le charbon est environ 10x moins compact que le gaz naturel ou le pétrole raffiné.

    Nous ne manquerons pas d’énergie lorsque le pétrole disparaîtra, mais il deviendra beaucoup plus difficile de transporter l’énergie, de l’entreposer, de l’amener en des lieux isolés. Nous seront beaucoup plus dépendants des lignes de transmission.

    Cela me fait penser à l’utilisation de l’énergie dans l’empire romain. Saviez-vous que les Romains connaissaient le principe du moulin à vent? Mais ils ne s’en servaient pas. La main-d’oeuvre (esclaves, servants et travailleurs) était plus facilement transportable, plus fiable et moins coûteuse.

    Une belle allégorie pour le pétrole.

  4. Autre preuve que le seule ressource que les humains possèdent vraiment est leur intellect. Si cloisons l’alternatif à la capitalisme, le profit deviens secondaire au développement sustainable pour la prospérité de tous. Vers une réalité socialiste.

  5. …ainsi nous ne sommes pas préparés pour ce qui s’en vient….
    Il est impossible de se préparer pour ce qui s’en vient. Ça s’appelle dans notre jargon humain, la prévention.

    On en a fait un lobby pour toutes sortes de raisons mais force est de constater que ça ne marche jamais. Nous recommencons inlassablement les mêmes erreurs.

    J’ai vu un reportage sur les ancêtres des Mayas et autres peuples de cette région.
    Sous les forêts « vierges » que nous observons présentement se cache une civilisation très avancée, probablement celle qui a bâti les pyramides que nous serions absolument incapables de refaire.
    Ils se servaient de la forêt pour bâtir avec des fous qui cuisaient la roche pour en faire du ciment. On imagine le détour des cours d’eau etc…
    Ils ont tout détruit avec leuu avidité humaine très reconnaissable encore aujourd’hui chez les capitalistes et goinfres automobilistes avec le pétrole.
    Nous disparaîtrons comme ils ont disparu et puis après ? L’important c’est maintenant.
    Il en viendra d’autres, autrement, mais avec la même avidité maladive humaine, ou est-ce vraiment une maladie ? C’est ça la vie !

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