L’indépendance face au pic pétrolier

Pendant que le PQ de Pauline Marois semble revenu au point zéro de la tergiversation et des sempiternelles « conditions gagnantes » (une formule qu’on a remplacée par le soi-disant don de clairvoyance de Mme. Marois pour comprendre le juste moment où la population québécoise serait fin prête à voter pour l’indépendance), et que le Parti Québécois semble s’enliser dans de nouvelles luttes électorales vaines ne menant pas à l’indépendance nationale – soi-disant l’article premier du parti – une nouvelle dynamique se met en place et les analyses du parti feraient bien de s’y consacrer: le pic pétrolier.

Comme j’écrivais dans Demain la crise?, la croissance exponentielle de la demande mondiale de pétrole et l’incapacité chronique à répondre à cette demande propulsera bientôt le prix du baril de pétrole à des sommets inégalés. Dans ce contexte, les pays détenant le pétrole auront un avantage GÉANT sur ceux qui n’en ont pas. Et le Canada en a du pétrole. Et beaucoup.

En effet, le Canada est maintenant le deuxième pays du monde quant aux réserves de pétrole, avec 179 milliards de barils en réserve (contre 250 milliards pour l’Arabie Saoudite, un chiffre qui pourrait être largement gonflé par le régime en place), dont 175 milliards viennent des sables bitumineux de l’Alberta. ((Oil and Gas Journal, Décembre 2004))

Jusqu’à tout récemment, ces réserves n’étaient pas comptabilisées, car avec un pétrole à 10-20$ le baril il n’était pas rentable de les exploiter. Désormais, avec un pétrole qui vogue allègrement vers les 100$ le baril, ces sables bitumineux se révèlent une source de profit inestimable pour le pays, et ce même si les redevances à l’État au Canada sont parmi les plus basses du monde.

Concrètement, l’Alberta, et par ricochet le Canada tout entier, vont s’enrichir considérablement grâce à la flambée du prix du pétrole.

Maintenant, comment convaincre les Québécois de la nécessité de se séparer si ce faisant nous nous privons de tous ces revenus qui mettront le pays à l’abri des pires conséquences de la crise économique qui découlera de l’effondrement économique découlant du pic pétrolier? Voilà un problème plus que primordial, car pour la majorité des gens ce ne sont pas des questions de culture, de langue ou de fierté d’avoir un drapeau à l’ONU qui les intéressent: ils veulent savoir s’ils seront plus riches ou non dans un pays souverain.

Évidemment, le Québec n’est pas démuni: notre hydro-électricité nous garantie des avantages sur d’autres pays qui n’ont pas de pétrole et en plus doivent s’en procurer pour faire fonctionner des centrales électriques. Mais la timidité de tous les gouvernants depuis une quinzaine d’années et leur refus de construire de nouvelles centrales nuisent à nos chances de pouvoir prospérer en vendant cette électricité à des États du nord-est des États-Unis qui sont en manque d’énergie abordable.

Bref, le Québec ne serait pas dans une situation désespérée en tant que pays indépendant, mais il ne disposerait pas des revenus que peut procurer la manne pétrolière actuelle (et future). Et si on demandait clairement aux gens ce qu’ils choisiraient entre un drapeau du Québec à l’ONU et une plus grande prospérité dans le contexte canadien actuel, il y a fort à parier qu’ils choisiront la seconde option.

Encore faudrait-il que le Canada se dote de politiques sociales et économiques permettant une redistribution optimale des revenus du pétrole albertain afin que tous puissent en profiter, et pas seulement les Albertains ou les plus nantis.

Voilà de la matière à réfléchir pour le Parti Québécois. Car c’est bien beau de rouler sa bosse pendant trente ans sur les espoirs (déçus) des gens, il arrive parfois un moment où même ceux-ci ne sont plus assez puissants pour opposer une autre réalité à l’inéparable lutte pour la survie quotidienne de ceux qui ne veulent surtout pas perdre leurs acquis.

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13 Réponses

  1. Attendez de voir la prospection pétrolière s’intéresser au Golfe du Saint-Laurent et au secteur près de l’île Anticosti. Conflits sociaux assurés!

  2. Excellent billet Louis. La question se pose en effet: comment renoncer à cette prospérité ?

    Je suis cependant épaté par ce passage: Mais la timidité de tous les gouvernants depuis une quinzaine d’années et leur refus de construire de nouvelles centrales nuisent à nos chances de pouvoir prospérer en vendant cette électricité à des États du nord-est des États-Unis qui sont en manque d’énergie abordable.

    Tu as tout-à-fait raison, mais je suis épaté de voir quelqu’un à gauche tenir ce raisonnement, car pour pouvoir libérer des kilowatts-heures à vendre aux Américains, il faut faire 2 choses en parallèle:

    1 – Réduire notre propre consommation
    2 – Construire de nouvelles centrales

    Dans les 2 cas, la gauche et les écolos viennent mettre des bâtons dans les roues assez souvent, ce qui nous empêche de concrétiser cette source de richesse que serait une vente accrue d’électricité aux États-Unis.

    En ce qui concerne la réduction de la consommation, on peut sensibiliser tant qu’on veut, mais le seul moyen réellement efficace pour modifier les comportements sont les tarifs. Frappez les gens dans le portefeuille, et ils modifieront leurs comportements. C’est comme cela pour le pétrole, c’est comme cela pour l’électricité. Les stats sont claires d’ailleurs: nonobstant les effets du climat hivernal, nous sommes parmi les plus importants consommateurs per capita d’énergie en Amérique du Nord. C’est logique, l’énergie est peu dispendieuse ici, alors en on profite et on en abuse. Malheureusement, la gauche en général s’oppose systématiquement à des hausses de tarifs sous prétexte que cela ferait mal aux plus pauvres.

    En ce qui concerne la construction de nouvelles centrales, c’est très compliqué aujourd’hui car le moindre projet est immédiatement descendu en flammes par les écolos, quand ce n’est pas les autochtones ou les amants des rivières. Et la gauche ne se gêne pas pour appuyer ces oppositions, ce qui en fait qu’en bout de ligne nous ne construisons plus autant de centrales qu’avant. Pas étonnant qu’en hiver, Hydro-Québec soit OBLIGÉ d’acheter de l’électricité parce que nous en manquons…

    Donc si on veut s’enrichir collectivement grâce à l’hydro-électricité, il faudra que beaucoup de gens à gauche acceptent de réviser leurs attitudes face aux tarifs d’électricité et aux projets de construction de centrales.

  3. Louis et les autres, P. Shnoobb nous annonce son retour….
    http://www.radio-canada.ca/nouvelles/surleweb/schnobb/

  4. En tant que français fraichement débarqué, je n’ai qu’une chose à faire en ce qui concerne la souveraineté québecoise : fermer ma petite gueule sur le sujet 🙂

    Je peux tout au plus être désolé de voir une personne comme cette Pauline Marois kidnapper la « gauche » d’ici du haut de son petit chateau et, comme le fit à une époque Edith Cresson en France, faire semblant d’en être le temps de payer ses amis.

    Par contre, j’ose questionner ta vision de la mane pétrolière comme frein définitif à une autonomie québecoise. Il suffit de regarder comment ont poussé les émirats arabes unis pour voir le genre de société que peuvent engendrer plusieurs décennies de fric sans limite. Même redistribuée à la population, la mane financière produit avant tout des comportements délirants, de la mauvaise architecture et une franche stagnation culturelle. Je suis pret à parier sur un sursaut de fierté des québecois, surtout de la génération des fils et filles de babyboomers, qui, déjà confrontés à une situation écologique pas évidente, comprendront que le seul vrai patrimoine durable est dans leur tête, leur langue et le bout de terre qu’ils ont sous les pieds. Optimiste ? Peut-être mais le fric, surtout le dollar, finira bien par se retrouver à court d’arguments.

  5. Le monde est rempli d’états non producteurs de pétrole. Ceux qui sont riches le sont parce qu’ils contrôlent d’autres sources d’énergie (électricité surtout) ou des élément de territoire stratégique (détroits, voies maritimes, ports, etc). La maturité industrielle y est aussi pour beaucoup.

  6. Marois ne s’est pas approprié la Gauche, puisque le PQ est un parti social-démocrate plutôt centriste. La Gauche de type Socialiste appartient plutôt à Québec Solidaire, et à une certaine frange du PQ.

    Au cours des années 1990, madame Marois a occupé 14 charges ministérielles (dont la Famille, les Finances et sa Sécurité du revenu) — une expérience considérable. Vous en connaissez beaucoup, des gens qui ont été ministres 14 fois?

    Elle a aussi dirigé la Condition féminine. Elle a introduit des programmes à valeur sociale comme les CPE (Centres de petite enfance, bref, des garderies). Elle a piloté la laïcisation du réseau scolaire. Etc. Ce sont des réalisations plutôt à gauche.

    Par contre, dans le dossier du dégel des droits de scolarité, elle a été en quelque sorte reniée par la gauche québécoise, qui lui reproche sa prise de position.

    Alors, fred fred, Pauline Marois a-t-elle vraiment « détourné » la gauche et est-elle vraiment une châtelaine comme vous le suggérer?

  7. Si j’étais albertain, je me séparerais du reste du Canada!

    Accent Grave

  8. […] Accent Grave: Si j’étais albertain, je me séparerais du reste du Canada! Accent Grave […]

  9. Bonjour les amis de la belle Province
    je vous propose de lire ces deux articles que je viens de publier qui me laisent perplexes.

    1- La guerre et le « pic pétrolier » – Confessions d’un « ex-croyant » de la théorie du pic pétrolier
    War and « Peak Oil » – Confessions of an ‘ex’ Peak Oil believer
    http://www.top-debats.info/blog.php?lng=fr&pg=2242

    2-Pic pétrolier : le compte à rebours a commencé
    Oil peak: Slippery slope
    http://www.top-debats.info/blog.php?lng=fr&pg=2228

    PS: je pense que je vais relayer les flux rss de votre site car je le considere pertinent et interessant.
    Peut être ferez vous de même?

    moi et mes dix doigts
    Cordialement

  10. La théorie du pic pétrolier serait donc fausse ? Le pétrole ne serait pas une ressource épuisable ? Extrêmement intéressant comme article…j’ignorais totalement l’existence de la théorie soviétique des origines du pétrole ! Incroyable. Je n’ai pas suffisamment de connaissances scientifiques ou géologiques pour juger de la qualité de cette théorie mais le cas du champ pétrolifère de Ghawar en Arabie (champ bien connu car c’est le plus gros de planète) frappe l’imagination…

    Toute cette théorie du pic pétrolier et des coûts élevés du pétrole ne serait-donc qu’une machination de la droite capitaliste ! Hallucinant…

  11. Pour le moment je m’interroge!
    je m’interroge aussi sur le rechauffement climatique.
    En effet je viens de regarder une emmission thématique qui indique que des analyses de carottes glacieres démontrent que la terre , il y a tres tres longtemps était beaucoup plus chaudes qu’Aujourd’hui.
    ce serait la conséquence de variations naturelles.
    Il semblerait que la vraie question soit: qu’elle est la part de l’activité humaine dans l’accélaration d’un phénomene naturel?
    Il faut se souvenir qu’il y tres tres longtemps, l’europe avait un climat tropical!

    je cherche, je cherche…..

    cordialement

  12. Oui, bien sur que la météo est quelque chose qui change. Elle change sur une longue échelle de temps (on parle de centaines de milliers d’années), période pendant laquelle les espèces s’adaptent et les autres, trop fragiles, ne sont pas capables et disparaissent.

    Le problème est que dans la théorie de la sélection naturelle, le changement se fait par une adaptation progressive au milieu, et non subite (dans ce cas, plus de 1 degré en 100 ans). Notre écosystème actuel s’est adapté à notre température et ne l’est pas pour des températures qui changeraient trop rapidement.

    Les variations naturelles sont une possibilité du changement climatique, mais le GIEC (groupe de l’ONU sur les études environnementales) affirme qu’avec les données actuelles, il y a 66% de chances que l’humain soit le principal acteur du changement climatique du fin-XXe début-XXIe siècle, et 5% de chances que celui-ci soit naturel.

    Quand il y a un risque minimal qu’une centrale nucléaire pète, on la ferme et on met le cadenas, comme ce fut le cas au Japon. Quand notre mode de vie a un risque maximal de changer totalement un écosystème pour le transformer en quelque chose dont on n’est même pas sur que l’humain pourra s’adapter adéquatement (sans parler des autres espèces), on s’interroge, on doute ou l’on est entièrement d’accord avec la problématique et on va s’acheter un VUS le lendemain, comme si de rien était ^^.

  13. Il ne faut pas croire que l’appartenance au Canada nous assure un approvisionnement pétrolier. La production albertaine satisfait d’abord les États-Unis et l’Ontario. Sa diffusion s’arrête à la ligne Borden.
    Le Québec doit importer de l’international son pétrole. Au mieux, il importera du pétrole de Terre-Neuve. Comme la production régulière albertaine s’amoindrit, l’industrie pétrolière développe les champs de sable bitumineux en sacrifiant les réserves de gaz naturel et d’eau potable des nappes phréatiques. C’est une non-solution. Les pays qui sortiront vainqueurs de la fin de l’ère du pétrole seront ceux qui n’auront pu développer un forte accoutumance à l’or noir (dixit GW Bush). Le Québec a développé cette accoutumance au niveau des transports. Mais nous avions fait un bon pari en développant la filière hydroélectrique. Il nous reste à redéfinir des infrastructures de transport collectif basés sur l’électricité et à marginaliser l’usage de la voiture dans l’optique du Tout-À-l’Auto.
    L’Or Noir ne nous a pas complètement saoûlé, mais nous devons déveloper des moyens plus sobres
    L’indépendance du Québec passera par cette sobriété..

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