Archive for septembre 2007

Sur notre île
24 septembre 2007

Le blogue ouinon.net a terminé sa cartographie subjective des blogues francophones, un véritable classement « géographique » des blogues selon leur influence réelle.

Voici les critères de l’auteur:

Je vous présente la 2e édition de la cartographie subjective de la blogosphère, exercice sur lequel je m’étais déjà penché il y a quelques mois. Cette édition comporte plusieurs changements importants par rapport à la précédente :
• au lieu de me baser sur les divers classements d’autorité existants, j’ai choisi de me fier au nombre de commentaires des blogs ;
• la carte est créée de toutes pièces, avec des territoires dont la superficie est relative à la quantité de commentaires de chaque blog ;
• la disposition des territoires est plus rationnelle, avec une mise en évidence des flux de lecteurs, des thématiques, des groupes de blogs, des afinités ;
• un important travail de recherche a été effectué pour dénicher des blogs jusqu’ici « oubliés » des classements.

Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est que le blogue Lelectronlibre.net est classé 29e des blogues de la catégorie « généralités », ce qui est un excellent classement.

La mauvaise nouvelle, je vous laisse la voir vous-même.

(Cliquez sur l’image pour un aperçu des voisins.)

Notez tout de même que « l’ex-gauchiste-libéral-néodémocrate-mais-sympathique aux-conservateurs-devenu-droitiste-mais-qui-est-encore-mêlé » partage la moitié de l’île, mais qu’il est davantage affecté par la « Mer Dier » (merdier) que moi, qui suit protégé par un bras de mer. Bravo le réalisme! 😛

Une idée de slogan: une île, un blogue! Allez, camarades, sortons-le de « notre » île avant que ses mensonges et ses incohérences ne nous fassent couler tous les deux!

La liberté… d’emprisonner!
23 septembre 2007

Une vidéo assez troublante disponible sur Youtube. Merci à Tetoine pour le lien.

Dans ce vidéo, le gars demande à Kerry pourquoi il n’a pas contesté les résultats de la présidentielle de 2004, et s’il est membre du groupe secret Skull and Bones, dont fait partie George W. Bush. Il est vrai que l’homme a pris un certain temps pour élaborer sa question, mais regardez la suite!

Et le pire, c’est que les gens ne font RIEN avant qu’il se fasse électrocuter!

Andrew Meyer, qui a bel et bien été arrêté, a maintenant son site internet grâce auquel on espère le faire libérer. Ira-t-il rejoindre la plus grandes population carcérale per capita des pays développés?

Le Pays de la liberté d’expression? Ou celui du contrôle de l’information et de la dissidence…

Source

On peut se le demander, surtout quand on regarde ce graphique, où les États-Unis dépassent largement tous les autres pays de l’OCDE quant au nombre de prisonniers par 100 000 habitants. En fait, les États-Unis triplent leur plus proche poursuivant en la matière, avec ses 783 prisonniers par 100 000 habitants contre 228 pour la Pologne.

Et dire qu’il se trouve des gens pour nous présenter ce pays comme un modèle à suivre!

Allez demander à Andrew Meyer ce qu’il en pense…

Le Bloc contre-attaque
22 septembre 2007

Les cinq conditions du Bloc Québécois pour entériner le discours du trône sont une excellente occasion pour le parti de reprendre l’offensive, lui qui s’est trop souvent retrouvé cantonné dans des positions un peu complexes et loins des préoccupations quotidiennes des gens.

Premièrement, le Bloc ne veut plus simplement encadrer le pouvoir fédéral de dépenser dans les champs de compétence du Québec; on veut désormais éliminer ce pouvoir. Car si les Conservateurs se targuent d’être des décentralisateurs, contrairement aux Libéraux et aux Néodémocrates selon certains analystes politiques, ils ne traduisent pas cette volonté dans la réalité en empiétant eux aussi sur les champs de compétence provinciaux, notamment en s’ingérant au niveau de la santé et de l’éducation. En réclamant la fin de ce pouvoir, le Bloc tend un piège très difficile à éviter pour… Jean Charest et le PLQ, qui devra maintenant soit s’allier avec un parti souverainiste soit justifier l’acceptation de l’intrusion d’Ottawa dans les affaires de la province.

Deuxièmement, le Bloc exige des Conservateurs l’adoption de Kyoto et la création d’une bourse du carbone à Montréal. Kyoto, largement populaire au Québec, doit devenir un enjeu pour les prochaines élections et le Bloc entend ainsi démontrer que le Parti Conservateur n’en a rien à faire de cette question. Voilà qui pourrait en faire réfléchir plusieurs, surtout dans les centres urbains, où cette question est de plus en plus brûlante (sans mauvais jeu de mot)…

Troisièmement, le Bloc désire que le système de gestion de l’offre soit maintenu dans son intégralité, afin de protéger les agriculteurs des dérives d’une baisse des prix des matières premières dans un contexte de mondialisation des marchés et de déréglementation néolibérale mettant en compétition le milieu agricole québécois et ceux du tiers-monde.

Ensuite, le Bloc exige de l’aide pour les populations au prise avec la crise forestière, une mesure particulièrement appréciée et utile pour la population gaspésienne et celle du nord du Québec.

Et finalement, mais non le moindre, on exige le départ des troupes canadiennes d’Afghanistan en février 2009. Considérant que la très grande majorité des Québécois s’opposent à l’occupation de l’Afghanistan par le Canada, voilà qui devrait inciter plusieurs personnes à ne pas céder aux sirènes conservatrices et à se rappeler qu’un vote pour le Parti Conservateur est effectivement un vote pour la guerre et pour une approche militariste de la politique internationale, faisant effectivement du Canada un pays non seulement qui gaspille ses précieuses ressources pour acheter des armes, mais qui en plus devient une cible pour les terroristes à cause de son attitude belliqueuse.

Ces cinq conditions ne sont pas un feu de paille; elles signifient une prise de conscience majeure au sein du Bloc Québécois sur la nécessité de confronter le Parti Conservateur sur ses points faibles. On prend le pari qu’un parti démontrant un tel mépris pour les valeurs québécoises ne pourra pas obtenir de meilleurs scores que ceux déjà obtenus. Et on fait également le pari que dans un débat entre Harper et Duceppe, le premier ministre ne pourra jamais justifier ses politiques face à l’électorat québécois.

Dans le fond, on a décidé au Bloc que c’était fini de se laisser manger la laine sur le dos et on a décidé de se battre pour les valeurs québécoises, peu importe les implications du jeu politique. Voilà une approche tout à fait honnête qui pourrait rapporter gros dans un monde politique idéal où les gens ont des valeurs bien établies et la conviction de voter selon leurs valeurs.

Mais dans la réalité, qu’en sera-t-il?

Les gentils « Zamaricains »
21 septembre 2007

Voici un graphique des dépenses militaires globales de 2005.

Les États-Unis, qui constituent à peine 5% de la population mondiale, dépensaient, en 2005, près de 43% de toutes les ressources sur la planète consacrées à la guere. Et ces chiffres ont encore augmenté au cours des deux dernières années..

Un empire militariste, vous dîtes?

Le géant déstabilisé
20 septembre 2007

Le système économique mondial a rarement paru aussi fragile. La crise des prêts hypothécaires aux États-Unis, de même que le peu de certitudes quant aux stocks de pétrole (et à la capacité d’augmenter l’offre pour répondre à une demande absolument croissante) font trembler le géant du sud. Mais la situation est-elle si alarmante? Je crois que oui.

En effet, tout le système actuel est basé sur le dollar, qui lui-même est profondément dépendant du pétrole. Si celui-ci venait à manquer, comme cela semble être de plus en plus le cas avec le pic pétrolier, le système n’aurait d’autre choix que de s’effrondrer, puisque tout, absolument tout notre mode de vie est basé sur le pétrole, de l’alimentation (engrais, machinerie, transport, emballage) à notre transport en passant par tout ce que nous utilisons qui soit en plastique.

Attention, je ne dis pas que le pétrole va disparaître demain matin. Non, il y en aura probablement pour encore 400 ans. Le problème, c’est la fin du pétrole à bon marché. C’est ce moment précis où la courbe de la demande croise celle de l’offre et où les prix partent à la hausse et entraînent toute une panoplie de conséquences: inflation, récession, dépression, pénuries diverses, etc.

Et pendant ce temps, ou du moins jusqu’à ce moment, le déficit commercial des États-Unis augmente constamment, atteignant la somme de plusieurs milliards $ par jour. Les investisseurs ont de moins en moins confiance et la monnaie chute. Signe que cette chute ne fait que commencer, la quantité de monnaie disponible (ou imprimée) n’est plus annoncée publiquement depuis maintenant près d’un an. Autrement dit: on fait rouler la planche à monnaie pour financer la balance commerciale négative et on a choisi de laisser le dollar se déprécier.

À terme, ce qui risque de se produire? Un effondrement majeur, à moins que les États-Unis soient en mesure de trouver des sources multiples et très importantes de liquidités et de pétrole. Si cela signifie envahir l’Iran, il faudra le faire. S’il faut organiser un autre coup d’État contre le Vénézuela, ce serait fait. S’il faut augmenter la production de pavot en Afghanistan, on le fera. Mais de toute façon, ça ne changera rien au résultat.

L’empire tremble, et il est prêt à tout pour ne pas tomber.

Comme l’explique Gabor Steingart dans un excellent texte publié dans le Der Spiegel, en octobre 2006:

« La dépendance des banques centrales étrangères vis à vis du dollar [U.S.] va retarder le crash, mais il ne le préviendra pas. La congère de neige d’aujourd’hui deviendra l’avalanche de demain. Des masses de neige sont déjà en train de s’accumuler à une vitesse époustoufflante. L’avalanche pourrait se produire demain, dans quelques mois ou d’ici quelques années. La plupart de ce que les gens considèrent aujourd’hui comme immortel va être emporté par la crise globale de la monnaie – peut-être même le rôle de leader des États-Unis. »

Et nous, en attendant la chute, on fait quoi? On se met la tête dans le sable en disant que tout va bien ou on vit dans l’angoisse perpétuelle? Ou peut-être qu’on se prépare, mais comment?

Qui suis-je?
19 septembre 2007

Renart écrivait dernièrement un texte à propos du Political Compass, qui sert à établir les positions politiques selon les axes gauche-droite et autoritaire-libertaire. Voici à quoi ressemble cette grille, avec diverses personnalités qui y sont situées:

Mes résultats à ce test étaient les suivants:

Economic Left/Right: -9.25
Social Libertarian/Authoritarian: -5.03

En d’autres mots, je me situe politiquement à peu près sur le même axe que Nelson Mandela.

Maintenant, je vous invite à consulter cet extrait de texte, reconstitué grâce aux archives du web. En fait, il s’agit du score d’un blogueur assez bien connu.

Mon score ?
Économie (gauche/droite): -6.63
Social (libertarien/autoritaire): -4.36
Pas loin de Nelson Mandela !

Remarquez que le dit blogueur, au moment d’écrire son texte (en mars 2005), se situe tout à fait à gauche.

Un autre extrait de ce même blogueur, pour le plaisir des yeux.

On a comparé le niveau d’endettement des gens pour recevoir des soins de santé au: États-Unis, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Allemagne et l’Angleterre.

Avant d’aller plus loin, rappelons le niveau de privatisation des systèmes de santé dans ces pays:

* États-Unis: 55%
* Australie: 32%
* Canada: 30%
* Nouvelle-Zélande: 22%
* Allemagne: 21%
* Angleterre: 17%

Voici le % de personnes qui, dans chacun de ses pays, doivent s’endetter de plus de 1000$ US pour recevoir des soins de santé:

Source: Journal of Health Affairs, Novembre 2005

Cette étude en recoupe une autre faite par le Commonwealth Fund International Health Policy Survey.

Dans une étude réalisée en 2004 par le Fonds du Commonwealth, on a demandé à des adultes de cinq pays si, au cours de l’année précédente, ils ont dû se passer de soins dont ils avaient besoin en raison de leurs coûts.

Source: Commonwealth Fund International Health Policy Survey

Privatiser n’est pas la solution. [Je souligne; ce sont SES mots.]

Voici qu’elle a été la conséquence de la privatisation des soins dentaires au Québec:

Actuel Santé, dimanche 6 novembre 2005, p. ACTUEL2 (La Presse)

La Dre Stéphane Schwartz, directrice de la Clinique dentaire de l’Hôpital de Montréal pour enfants, est confrontée quotidiennement à des scènes renversantes

Des histoires d’horreur de toutes petites bouches pleines de caries qu’il faut traiter sous anesthésie générale, à un stade de dégradation avancée. Des problèmes graves qui n’ont pas été prévenus ou traités à temps parce que, dans plusieurs cas, les soins dentaires ne sont pas couverts par l’assurance-maladie pour les enfants de plus de 10 ans.

« À l’Hôpital de Montréal pour enfants, on reçoit plus d’enfants qui ont des infections des dents graves- qui ne peuvent être traitées par voie orale- que d’enfants qui ont subi des traumatismes, dit-elle. Ça se termine souvent par des extractions. On est complètement débordés. » »

D’autres citations, pour votre plus grand bonheur:

Troublant à quel point les paroles de Bush, prononcées contre les fanatiques religieux musulmans, s’appliquent aussi à sa propore administration…

Bush a sacrifié, à ce jours, la vie de plus de 25 000 irakiens pour servir sa vision politique (et théologique) du monde. (10 octobre 2005)

[Canada]
Dépense total en santé per capita: 2 931$ US
Dépense public en santé per capita: 2 048$ US
Dépense privé en santé per capita: 883$ US
Privatisation des soins de santé: 30.1%

[…]

[Suède]
Dépense total en santé per capita: 2 517$ US
Dépense public en santé per capita: 2 148$ US
Dépense privé en santé per capita: 369$ US
Privatisation des soins de santé: 14,7%

Conclusion:

1- Si on veut imiter les pays scandinaves, il faudra couper dans la présence du privé qui est actuellement largement supérieur à celle de la scandinavie (et ce même si nous n’avons pas encore de régime d’assurances privées). Sachant que les assurances privées vont encore augmenter la contribution du privé, la première chose � faire, si on veut imiter les pays scandinaves, c’est de leur fermer la porte. (12 juin 2005)

Alors, avez-vous reconnu ce blogueur? Hey oui, c’est David Gagnon, de Antagoniste.net, le porte-parole numéro un des blogues de droite au Québec.

Et si je vous envoyais lire un de ses textes, deux ans plus tard? Dans ce texte, le même auteur, qui est fanatiquement en faveur de la guerre et qui s’oppose à tout ce qui est à gauche, vante les mérites d’une « étude » de l’Institut économique de Montréal prônant davantage de privé dans la santé.

Je crois qu’on peut écrire, sans se tromper, que quelqu’un qui est capable de passer de la gauche modérée à la droite radicale en moins d’un an et demi, a un sérieux problème de crédibilité. C’est bien beau de mettre des graphiques et des banderoles et de se proclamer de telle ou telle position sur l’échiquier politique, mais quand David Gagnon dit exactement le contraire aujourd’hui de ce qu’il écrivait il y a à peine une vingtaine de mois, on peut se demander ce qu’il dira dans quelques mois et si ses positions sont réellement sérieuses ou s’il ne s’agit pas plutôt d’un simple combat de l’égo qui veut avoir toujours raison.

Je crois que ça démontre le peu de sérieux de sa démarche et le manque de profondeur de sa réflexion. Conséquemment, j’invite le lecteur à beaucoup de prudence en lisant ses propos et à ne pas oublier qu’il en est encore à ses premiers balbutiements politiques et qu’il risque encore de changer (souvent) d’idées au fil du temps. Bref, à faire preuve d’indulgence et de compassion pour une personne qui n’a pas encore développé de pensée politique cohérente et stable.

Quand les pauvres financent les plus nantis
19 septembre 2007

Pendant que le gouvernement du Québec endette les étudiants et réduit leur accès à l’éducation en haussant les droits de scolarité, il accorde une augmentation salariale de près de 35% aux médecins spécialistes ce qui devrait, à terme, coûter 1 milliard $ de plus à l’État annuellement. Et tout ça pour… 8000 travailleurs!

Ces médecins gagnent déjà 200 000$ par année, faut-il le rappeler. 200 000$, c’est ça. Vite de même, c’est au moins dix ou quinze fois plus que la plupart des gens qui sont dans le bas de l’échelle, pris au salaire minimum ou pas loin, et qui doivent lutter pour joindre les deux bouts. Est-ce qu’on doit vraiment les payer autant? Je ne crois pas.

En effet, si le talent et l’importance doivent être valorisés – personne n’aurait l’idée de payer au même prix un physicien nucléaire et un employé chez McDonald’s – il y a tout de même une limite à ne pas dépasser, car à la fin ce qui compte vraiment c’est d’être en mesure de vivre de son salaire. Et 200 000$ par année, c’est amplement suffisant pour vivre, et même davantage. Je pourrais vivre avec 200 000$ par dix ans, et je ne suis sûrement pas le seul.

Le problème en est un d’ordre économique: d’autres médecins spécialistes ailleurs au Canada gagnent davantage et les médecins québécois veulent donc un « rattrapage », c’est-à-dire qu’ils veulent saigner l’État québécois pour pouvoir s’acheter autant de Bordeaux 86 et de télévisions plasma 75 pouces que leurs camarades ontariens. Et la rhétorique est la suivante: si on ne paie pas mieux ces médecins ils s’en iront ailleurs.

Woah les moteurs!

D’abord, que ceux qui veulent quitter le Québec parce qu’ils se sentent injustement traités avec un salaire de 200 000$ par année le quittent immédiatement. On pourrait même les accompagner jusqu’à la frontière.

Ensuite, on aura toujours besoin de médecins spécialistes ici. Des gens qui pourront se satisfaire d’un salaire de 150 000$ et qui apprécient travailler ici. C’est faux de dire que parce qu’ailleurs les gens gagnent davantage que plus personne ne travaillera ici. C’est pas comme si on manquait de médecins; le problème vient plutôt du contingentement de ces études; il suffirait d’en accepter davantage.

En fait, toute cette histoire permet de comprendre la « logique » de l’idéologie néolibérale du Parti Libéral du Québec. On récupère 93 millions $ par année des étudiants, parmi les plus pauvres et endettés de la société, et qui ont l’habitude de consommer localement, et on le redonne à des gros bonnets qui s’en vont s’acheter des produits de luxe (souvent étrangers) à fort prix. D’un point de vue moral et humain, c’est injuste, et d’un point de vue économique c’est une mesure contre-productive qui décourage la croissance locale.

Je ne sais pas pour vous, mais ça me rend malade cette histoire de faire des yeux doux et de prendre l’argent des contribuables pour engraisser ces gens déjà hyper-bien payés. Mais je me demande: est-ce que tous les bien-pensants de droite, qui s’époumonaient à traiter de « bébé gâtés » les travailleurs d’Olymel gagnant 40 000$ par année vont dénoncer cette mesure? Vont-ils cette fois-ci s’arracher la chemise ou à leurs yeux les gâtés sont toujours les honnêtes travailleurs syndiqués de la classe moyenne alors que les gros bonnets doivent être protégés, voire adulés?

Pendant ce temps, un employé a les deux mains dans les patates frites graisseuses pour 8$ de l’heure en espérant gagner assez pour payer ses cours…

Au sujet du culte de la personnalité
18 septembre 2007

Au lendemain des résultats des élections partielles, on peut lire des commentaires du genre « c’était une lutte de personnalité » ou qui insinuent que les deux victoires dans Outremont et Roberval-Lac-Saint-Jean et la bonne performance des Conservateurs dans Saint-Hyacinthe-Bagot étaient dues à la simple personnalité des candidats. À mon avis ce n’est pas le cas dans Outremont.

Au fait, c’est quoi le culte de la personnalité? Selon Wikipedia:

« L’expression culte de la personnalité désigne l’adulation excessive d’un chef (vivant) […] ».

En d’autres mots, le culte de la personnalité, c’est quand on aime la personne et non pas nécessairement ses idées. C’est quand une personne dispose d’un tel charisme qu’on est prêt à la suivre peu importe ses idées ou ses politiques. On fait confiance à l’homme (ou à la femme) et on se sent représentés par ce leader et on a l’impression que les décisions sont toujours vraies, toujours justes, car le chef est l’incarnation de la représentation collective des idées d’une population donnée.

Jusqu’où peut mener le culte de la personnalité? Assez loin. Ne m’attribuez pas un point Godwin si je vous dis que les Allemands ont bel et bien suivi Hitler car ils avaient confiance en lui. À une échelle plus locale, les Canadiens ont adulé Pierre Elliot Trudeau et se sont lancés dans tous ses projets presque corps et âme. Et au Québec, le Parti Québécois a assisté à la destruction quasi-complète de ses idéaux sociaux-démocrates par un Lucien Bouchard dont l’aura et le charisme envoûtaient un peu tout le monde. Et je ne vous parle même pas de Dumont ici…

Le culte de la personnalité, c’est ça: on laisse tomber les idées, sa propre capacité à en avoir et à prendre des décisions politiques par soi-même, pour confier ce pouvoir à une personnalité choisie. C’est un réflexe enfantin où le citoyen préfère qu’une mère bienveillante lui donne le sein et le couvre la nuit quand il a froid au lieu de prendre les bonnes décisions pour obtenir sa nourriture et sa chaleur. C’est une perte d’autonomie, le refus de la maturité politique et la régression sociale assurée.

Dans les cas qui nous intéressent, Mulcair n’est pas quelqu’un qui a un charisme si développé, contrairement à l’ancien maire de Roberval Denis Lebel. Mais Mulcair a des idées; on sait qu’il a démissionné du PLQ en opposition avec le projet de privatisation du Mont Orford; on connaît aussi ses penchants sociaux-démocrates, son opposition à la guerre en Irak. On sait qu’il est un homme de centre-gauche et quand on vote pour lui on sait pour quoi on vote. Et de plus, il n’est pas un homme d’Outremont, n’y a pas grandi, et a très peu de relation avec la circonscription. Ce n’est pas le « local boy » de la place, contrairement à Lebel.

Ce dernier a été maire de Roberval pendant des années, et il est très charismatique. C’est le gars de la place, et il n’a même pas été capable de respecter les procédures de mise en candidature pour le Parti Conservateur. Il voulait le pouvoir, et il a fait ça un peu n’importe comment. Mais il voulait le pouvoir, et il va l’avoir. Faut dire, il est connu dans la région, mais on a surtout voté pour l’homme, pour le maire, pour celui qui a du charisme, et non pas pour les idées conservatrices, qui de toute façon ne semblent pas l’intéresser assez pour respecter les procédures du parti. Il a été élu maire en novembre 2005 pour quatre ans et il fait le saut en politique fédéral un an et demi plus tard, mais ce n’est pas grave s’il laisse tomber ses engagements: non, on a confiance dans M. Denis Lebel et M. Denis Lebel va prendre les décisions pour nous parce que nous ne sommes pas assez intelligents et même si nous n’avons aucun idée de ce qu’il fera, M. Denis Lebel le fera pour notre bien car c’est un gars d’ici et M. Denis Lebel est un homme droit et M. Denis Lebel saura mettre notre région au pouvoir.

C’est ça le culte de la personnalité. On vote pour le visage connu, pour celui qui passe toujours à la t.v., et on se reconnaît dans son charisme. On n’est pas certain de ses idées, mais qu’importe, il est charismatique! Et il vient du coin; qui sait, c’est peut-être le beau-frère de la soeur du frère du cousin du troisième voisin! C’est sûr qu’il a mon vote!

Il ne faut pas tout confondre: Outremont a vu les idées primer sur le culte de la personnalité. On a assisté à l’élection d’un candidat au programme électoral de centre-gauche dans une circonscription dont il n’est pas originaire et les gens ont voté pour lui surtout pour ses idées. Oui il a belle gueule, oui il passe lui aussi parfois à la t.v., oui il a profité de la déconfiture des libéraux, mais ce sont ses idées qui ont primées.

Car avec Mulcair on sait ce qu’on obtient. Mais est-ce le cas de tous les Denis Lebel et Mario Dumont de ce monde?

Destins croisés
18 septembre 2007

Ce ne sont que des élections partielles, mais les changements sont de taille: Roberval-Lac-Saint-Jean passe aux Conservateurs après 14 ans avec le Bloc et Outremont passe au Nouveau Parti Démocratique alors que la circonscription a toujours été, sauf une fois, libérale. Voilà une situation qui résume bien les deux tendances contradictoires à l’oeuvre au Québec.

D’un côté, il y a Montréal, habituée au pouvoir sous le PLC, avec ses nombreux ministres. Devant la chute des Libéraux, le centre économique et politique du Québec a décidé de voter selon ses valeurs. Exit le désir du pouvoir, d’être du côté des gagnants. Montréal, dont on ne peut de toute façon pas se passer, a décidé de faire confiance aux valeurs néodémocrates, à Thomas Mulcair et aux idées social-démocrates du NPD.

D’un autre côté, le Saguenay c’est loin. Très loin d’un point de vue politique. Depuis des années qu’on est dans l’opposition, qu’on vote « du bon bord » sans trop savoir pourquoi, qu’on n’a pas de ministre, qu’on ne compte pas dans les discussions au cabinet. À l’image de la région de Québec, qui a largement voté pour les Conservateurs aux dernières élections, on a cédé au culte de l’image représenté par l’ex-maire Denis Lebel et, surtout, au désir de faire partie du pouvoir. Contrairement à Montréal, on n’a pas voté par conviction (la majorité des habitants du Saguenay sont opposés à la guerre en Afghanistan, par exemple) mais bien pour être au pouvoir. C’est un ras-le-bol de l’opposition qui, malheureusement, augmentera le pouvoir d’un gouvernement opposé aux valeurs québécoises de paix et de justice sociale.

Ainsi, encore une fois, et n’en déplaise aux régionalistes, c’est Montréal qui fait le combat des idées et qui regarde vers le futur. C’est Montréal qui choisit un parti résolument progressiste et tourné vers le futur, alors que le Saguenay (ou Saint-Hyacinte-Bagot, où les Conservateurs ont obtenu un bon résultat) a décidé de sacrifier ses valeurs pour s’accrocher aux mamelles du pouvoir, si hostile ce pouvoir soit-il à l’égard du Québec.

On dira peut-être: « les gens des régions sont tannés de se faire prendre pour acquis par le Bloc ». Mais on a tort de penser ainsi. Car s’il est vrai que le Bloc compte sur ces votes et ces comtés, il représente également sa population et s’il n’est pas au pouvoir cela ne l’empêche pas de piloter des dossiers et de se servir de son pouvoir dans un contexte minoritaire pour refléter les valeurs des citoyens. Les Conservateurs, eux, font de beaux yeux aux régions, leur disent des mots doux, leur lancent des « je vous aime » et « je vais m’occuper de vous », mais dans les faits il n’en est rien. On n’en a rien à faire des valeurs québécoises chez les Conservateurs; on aime, mais d’un amour hautain, méprisant, et surtout terriblement intéressé. On veut votre vote, mais on s’en fout si vous êtes opposés à nos politiques.

Encore une fois, aujourd’hui, je suis fier d’être Montréalais. Fier de voir que c’est à Montréal, dans une ville où le français est pourtant terriblement menacé, dans une ville parfois si laide et crasseuse, dans une ville où les Québécois sont constamment en contact avec leurs voisins anglophones et sont absolument conscients des enjeux politiques et sociaux, c’est dans cette ville qu’on a eu le courage de se respecter collectivement et de voter avec sa tête et son coeur.

Car au fond, n’est-ce pas là l’essence de la démocratie? Voter du bord du pouvoir, c’est perdre son vote. C’est suivre bêtement le courant et annihiler sa capacité de questionnement et de remise en question politique personnelle. Voter du bord du pouvoir pour le pouvoir, c’est détruire la démocratie. Alors qu’au contraire voter pour le meilleur candidat, peu importe si son parti est au pouvoir ou non, c’est faire un acte citoyen, c’est se respecter individuellement et collectivement.

Ce ne sont peut-être que des élections partielles, mais elles sont une autre démonstration de la cassure, des destins irréconciliables, de la déchirure entre une ville urbaine et tournée vers une diversité politique enrichissante et stimulante et des régions qui trop souvent se contentent de dériver, naviguant les yeux fermées au son de quelconques sirènes leur promettant une petite pointe de la juteuse tarte du pouvoir.

Juteuse, mais très amère pour ceux qui doivent se renier eux-mêmes pour y goûter.

La nouvelle patente libérale
17 septembre 2007

Jean CharestAprès avoir surfé sur le renouvellement du fédéralisme, sur le développement durable et sur la question des accomodements ras, voici que le Parti Libéral du Québec revient à ses vieilles amourettes: la croissance économique. Il faut se demander: ce parti a-t-il réellement autre chose à proposer aux Québécois que son programme économique de droite?

On peut lire, dans cet article:

« On a ce marchand qui nous demande de l’aide pour recruter de la main-d’oeuvre et Mario Dumont, lui, nous dit que nous avons atteint la limite (en immigration). Il nous dit que c’est fini, que nous n’avons pas besoin de plus de monde », a analysé M. Charest, selon qui « les Québécois voient là-dedans des choix bien clairs ».

Ce saut qualitatif du discours sur l’identité nationale vers le succès économique représente bien la nouvelle tengente adoptée par Jean Charest. Malheureusement pour lui, son raisonnement est plus que douteux et ne risque pas de convaincre les Québécois francophones – ceux qui le délaissent de plus en plus – de lui faire confiance.

En effet, comment peut-on accepter l’idée selon laquelle il faudrait accueillir davantage d’immigrants pour satisfaire les besoins des entreprises alors que nous avons déjà des dizaines de milliers de chômeurs? On dira peut-être: ces emplois sont moins bien payés, avec des conditions de travail n’intéressant pas les Québécois. Mais justement, de quel droit le gouvernement libéral appuierait-il le cheap labor et les entreprises qui sont incapables de respecter leurs employés?

Et puis, s’il manque vraiment de main-d’oeuvre qualifiée, pourquoi ne pas la former ici, chez nous? Tiens, par exemple, en réduisant les coûts d’inscriptions à l’université ou dans les écoles techniques. L’idée, c’est de former les gens ici; de transformer un chômeur québécois en un employé québécois, et non pas d’aller chercher des Mexicains ou des Indiens pour faire le travail. Investir ici, maintenant, en rendant plus accessible les études. Mais le gouvernement va dans la direction opposée avec son augmentation des frais de scolarité.

Ceci dit, n’oublions pas que dans un système économique mondialisé, tel que valorisé par le PLQ, on assiste à une compétition de tous contre tous. Les Québécois sont en compétition avec la Chine, et Charest n’a pas tort de dire que nous devrions valoriser nos cerveaux et créer les brevets qui risquent de nous enrichir. Mais peu importe ce qu’on choisit, un emploi ne se « crée » pas; il se transforme.

Alors, pris dans son idéologie néolibérale du tout-marché, Jean Charest avait le choix entre proposer un modèle permettant aux Québécois de prendre l’avantage dans cette lutte globale entre les travailleurs ou d’appuyer les entreprises en important la main-d’oeuvre peu coûteuse. Charest a fait le choix d’appuyer celles-ci au détriment des travailleurs et il risque d’en payer un coût politique quand un politicien au verbe facile comme Mario Dumont risque de lui rappeler, avec raison, qu’il a été élu pour le bien-être de l’ensemble des Québécois, et pas seulement des entreprises.

Conséquemment, il semble de plus en plus évident que ce nouveau discours libéral n’est qu’une simple patente organisée à la va-vite pour tenter d’arrêter l’hémorragie et éviter la chute annoncée de Jean Charest et du Parti Libéral du Québec.