La fin de partie

Il semble de plus en plus probable que les États-Unis vont attaquer l’Iran. Il y a quelques semaines le Courrier International expliquait neuf indices qu’une guerre se préparait, et aujourd’hui on apprend par le Canard enchaîné que les services secrets russes on averti l’Iran qu’une attaque était imminente.

En clair, le plan israélo-américain serait de procéder à des attaques furtives contre les installations nucléaires (civiles) iraniennes, et ce avant la fin de 2007. Voilà pourquoi Moscou a livré des armes antiaériennes à Téhéran.

Mais un autre signe qui ne ment pas, c’est cette tournée américaine du président iranien Ahmadinejad, qui joue très gros et espère empêcher les États-Unis d’attaquer le pays avant qu’il n’ait complété la construction d’une arme nucléaire lui permettant d’assurer son auto-défense.

Mais ultimement, ne nous trompons pas. L’enjeu n’est pas le nucléaire. L’enjeu, c’est le pétrole. Comme je l’affirmais dans Made in China le véritable but des États-Unis est de s’accaparer des dernières ressources de pétrole de la planète en prévision du pic pétrolier (le moment où on atteint le maximum absolu de production de pétrole à l’échelle mondiale, mais dont l’aspect le plus dangereux est ce moment où l’offre de pétrole ne suffit plus à la demande) et d’empêcher la Chine et l’Inde de pouvoir avoir accès à suffisamment de pétrole pour assurer un développement économique leur permettant, à terme, de surclasser les États-Unis.

Car dans un contexte où le pétrole sera une denrée de plus en plus dispendieuse (et rare), seuls les pays assurant leur accès à cette source capitale d’énergie seront en mesure d’être compétitifs. L’enjeu, pour les États-Unis, est donc de s’assurer d’être le dernier pays en possession de pétrole à bas prix quand la crise économique, résultante de l’explosion des coûts de l’or noir, frappera.

L’Irak, l’Iran, l’Afghanistan, les républiques du Caucase, le Pakistan (malgré les démentis, les services secrets pakistanais, qui ont notamment été impliqués dans le financement des attaques du 11 septembre 2001, sont pratiquement une création de la CIA)… Washington s’installe un peu partout dans la région et bloque toute voie qui puisse permettre à la Chine de s’approvisionner en pétrole à long terme. Et quand le pétrole coûtera 200$ le baril – et il VA coûter 200$ le baril d’ici quelques années – les États-Unis seront en excellente position pour maintenir leur empire et auront déjà leurs soldats-pions sur place pour protéger leurs intérêts pendant que les pays émergents annihilent leur croissance dans la recherche désespérée d’énergie.

Aux échecs, on appelle ça l’analyse d’une transition vers la fin de partie. Quand il y a moins de pièces sur le jeu et qu’il ne suffit plus de penser en terme de calculs tactiques à court terme mais plutôt en concepts stratégiques à long déploiement et aux conséquences de ceux-ci, il faut non seulement imaginer les transformations possibles en terme de matériel existant, mais l’aspect du jeu après de nombreux échanges effectués. Bref, il faut prévoir la fin de partie, ce moment où il ne reste plus que quelques pièces et où les objectifs de chacun sont clairs et précis et où seule la bonne application de la technique peut vaincre.

Cette fin de partie, c’est celle du monde de l’après-pétrole à bas prix et cet échiquier, c’est notre planète.

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12 Réponses

  1. « pic pétrolier (moment où l’offre de pétrole ne suffit plus à la demande) »

    Ce n’est pas le pic pétrolier ça, Louis. Le pic pétrolier, c’est le moment où la production mondiale de pétrole sera maximale et qu’elle ne pourra plus être égalée par l’avancement des moyens technologiques et l’utilisation de nouvelles sources de pétrole. Ça devrait avoir lieu d’ici 10 ou 15 ans.

    Une attaque américaine en Iran, à court terme, est impossible. Peut-être d’ici 5 ans, enfin, probablement d’ici 5 ans si Amadinejad est encore au pouvoir (ce qui donne un motif: en Irak on voulait imposer la démocratie par la force, là c’est pour la retirer) et que les républicains y sont encore ou y retournent. L’armement a perdu une partie de son capital politique ces deux dernières années aux É.-U., et elle doit les regagner avant de relancer la machine.

  2. Le pic pétrolier, tu as raison, c’est ce moment où on a atteint le maximum de la production mondiale. Selon diverses analyses, il devrait être atteint d’ici 2008, ou peut-être 2010, quoi que plusieurs affirment qu’il est déjà atteint.

    Cependant, le danger n’est PAS le pic pétrolier, mais bien le moment où l’offre de pétrole ne suffit plus à la demande, indépendamment de ce qu’est l’offre.

    Affirmer que le pic pétrolier aura lieu dans 10-15 ans est faux. C’est maintenant ou d’ici deux-trois ans qu’il aura lieu.

    En effet, Deffeyes, qui a travaillé avec Hubbert, l’inventeur du concept du pic pétrolier et qui avait correctement prédit le pic pétrolier américain de 1970, affirme que le pic a eut lieu en décembre 2005. Je crois que son analyse est juste.

    J’ai modifié la parenthèse pour rendre ça plus clair et moins confus.

  3. Hubbert lui-même prétendait que le pic pétrolier mondial serait atteint au début du XXIe siècle, mais la découverte de moyens non-conventionnels de forer du pétrole (comme le pétrole outre-mer ou les sables bitumineux) ont ajouté des erreurs à sa théorie.

    Pour le reste, les réserves globales de pétrole ont continué d’augmenter en 2006 (on découvre plus de pétrole qu’on n’en consomme), mais seulement parce que l’on a investi des sommes supplémentaires dans la recherche, et je parle de milliards de dollars. D’ici peut-être un ou deux ans, on consommera plus de pétrole que l’on n’en découvrira, et on investira encore plus d’argent pour en découvrir. C’est comme se rouler dans la merde et en demander encore plus ^^.

    Mais bon, 10 à 15 ans, c’est une mauvaise estimation. Je devrais plutôt dire « les géologues les plus optimistes et étant encore à la limite du crédible (ne travaillant pas pour Shell, qui voient le pic après 2030 malgré la baisse en découverte de gisements de pétrole et la diminution de production pétrolière des plus gros puits de pétrole du monde) voient le pic arriver dans 10 à 15 ans ». À mon avis, 2 à 3 ans, c’est trop pessimiste, mais c’est possible. 5 à 10 ans serait probablement le plus réaliste, par contre.

    Mais encore là, peu importe le moment du pic pétrolier, la seule chose sur laquelle on s’ostinerait, c’est à quelle distance se trouve la falaise devant nous et non « comment ne pas tomber dans la falaise ».

  4. Tu es trop optimiste Manx. Le pétrole est à 80$, alors qu’il était à 55-60 il y a deux ans et à 10$ il y a 8-9 ans. Le pic, c’est maintenant, pas dans dix ans! Je dirais que 2010 est le gros GROS maximum pour une date précise, mais je me fie à Deffeyes et je crois effectivement qu’il a été atteint en 2005.

  5. La production pétrolière de 2006 est supérieure à celle de 2005.

    Et le prix du baril de pétrole dépend de bien des choses, mais n’oublions pas qu’il est normal qu’il monte pour plusieurs autres facteurs: la hausse de la demande supérieure à la hausse de la production (signe avant-coureur d’un pic, et non signe du dépassement d’un pic), les conflits dans des pays de l’OPEP et toutes ces raisons bidons.

    Le pic pétrolier est un phénomène géologique, et non un phénomène économique. Mais ces deux phénomènes sont très liés, et s’affectent l’un l’autre.

    Mais on devrait concentrer nos énergies à parler de l’Iran et surtout: DE COMMENCER À TROUVER DES MOYENS DE NE PLUS DÉPENDRE DU PÉTROLE. Ça change beaucoup de choses que le pic pétrolier soit arrivé il y a 2 ans ou dans 5 ans, mais s’il y a une chose que ça ne change pas, c’est que des mesures auraient du être entreprises il y a 10 à 15 ans et qu’il serait temps qu’on le fasse, même avec du retard.

  6. Merci les gars pour les infos. Le boss de l’Iran était en Bolivie aujourd’hui, acceuilli presque comme un héros. Difficile à décoder tout le bruit entre l’Iran et les USa.

  7. Je vous invite à consulter cette page.

    Le pic de la catégorie « Tous Liquides » est en juillet 2006 à 85.47 mbpd. La production annuelle préliminaire pour 2006 (11 mois) est en dessous de la production en 2005 pour toutes les catégories sauf pour Tous Liquides qui est désormais égale à celle de 2005. La date du pic pour la catégorie CO est inchangée: mai 2005 à 74.15 mbpd

    La production était en novembre 2005 de 84,66 mbpd et de 84,62 mbpd en novembre 2006, soit effectivement une très légère baisse. Ajoutons également que novembre 2005 est deux mois après Katrina et Rita, qui ont détruit des installations dans le Golfe du Mexique, et donc la baisse pourrait être encore un peu plus élevée.

    Mais tout ça c’est de la mécanique. L’important, c’est que peu importe la date précise du pic pétrolier, le grand jeu se joue MAINTENANT. C’est MAINTENANT que les États-Unis veulent accaparer les dernières réserves avant que le pétrole soit tellement dispendieux qu’il handicape gravement les pays qui en manquent.

    Dans ce contexte, je vois difficilement comme les États-Unis pourraient soit éviter d’attaquer l’Iran ou à tout le moins tenter un coup d’État comme ils l’ont déjà fait en 1959 contre Mossadegh (si ma mémoire est bonne) ou comme ils l’ont tenté en avril 2002 contre Chavez (tiens, tiens… un autre pays possédant du pétrole).

    Mais ça risque d’être très difficile contre une société aussi radicalement anti-américaine.

    Dans tous les cas, si jamais les États-Unis attaque l’Iran cette année, c’est signe que 2008 sera une année extrêmement dangereuse à tous les points de vue et qu’on pourrait assister à de graves trouves politiques, économiques, sociaux, etc.

  8. Une guerre contre l’Iran ?
    Je n’y crois pas du tout. Les États-Unis sont bien trop occupés et endettées avec l’Irak et l’Afghanistan.
    No chance!

  9. oui, c’est dur à avaler la guerre avec l’Iran, mais il y a quand même du mouvement là-bas:

    http://tlaxcala.es/pp.asp?reference=3752&lg=fr

  10. Une guerre contre l’Iran ?
    Je n’y crois pas du tout. Les États-Unis sont bien trop occupés et endettées avec l’Irak et l’Afghanistan.
    No chance!

    Endettés à cause l’Irak et l’Afghanistan ? Il y a bien des mythes qui courent au sujet de la “catastrophe économique” que représente l’occupation de l’Irak. La vérité, c’est que même si les sommes consacrées aux dépenses militaires et plus précisement aux dépenses d’occupation de l’Irak sont énormes en termes absolus (plus de 300 milliards depuis 2003), il n’en reste pas moins qu’en proportion des ressources financières américaines, ce n’est qu’une égratignure. Pour vous en convaincre, allez voir l’évolution du déficit budgétaire de Washington. Depuis son niveau record de 400 milliards en 2004, le déficit du gouvernement ne cesse de diminuer depuis 2 ans. Le gouvernement américain et les économistes prévoient même que les États-Unis atteindront l’équilibre budgétaire en 2010 ! Et tout cela malgré l’occupation de l’Irak et de l’Afghanistan, et des baisses importantes de taxes durant le 1er mandat Bush. À cause des images de chaos qui nous parviennent de l’Irak, on s’imagine que les États-Unis sont au bord de la faillite… Les apparences sont trompeuses. Comparé à l’effort titanesque que les États-Unis avaient fourni durant la Seconde Guerre mondiale, les guerres afghanes et irakienne sont un “pet”. C’est aussi le cas pour les pertes de vie: à peine moins de 4000 soldats morts en 4 ans, alors que plus de 50 000 soldats avaient été tués en 8 ans au Vietnam. C’est tout-à-fait négligeable.

    Il est donc bien possible que les États-Unis attaquent l’Iran bientôt. Attention, quand on dit “attaquer l’Iran”, on ne parle pas d’une invasion terrestre comme celle de l’Irak en 2003. On fait référence à des attaques aériennes. Même si les États-Unis sont en “strategic overstretch” du point de vue des forces terrestres (leur réserve est très limitée avec les 30 000 soldats supplémentaires affectés en Irak depuis le printemps), ils conservent du point de vue aérien et naval une supériorité massive et intacte sur tout autre pays. Des frappes aériennes en Iran sont tout-à-fait à leur portée, et l’Iran ne pourra pas faire grand chose pour se défendre étant donné l’immense fossé technologique entre les 2 pays.

    Cependant, des frappes aériennes n’empêcheront pas ultimement l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire. Elles pourront seulement retarder le jour fatidique, de quelques mois à quelques années selon le niveau de réussite des frappes, et selon la qualité des renseignements que les Américains disposent au sujet des emplacements réels des sites de développement nucléaire iranien. La meilleure option pour prévenir l’apparition du nucléaire iranien serait des négos sérieuses au sommet, avec des concessions importantes des 2 côtés, du genre:

    -les États-Unis reconnaissent l’Iran comme un acteur majeur de la région et s’engage à tenir compte de son point de vue en ce qui concerne les problématiques et événements de la région
    -les États-Unis s’engagent à ne pas agresser l’Iran sous certaines conditions
    -l’Iran de son côté accepte des inspections ouvertes et sans entraves de tout ses programmes nucléaires
    -l’Iran cesse son soutien aux groupes terroristes tel que le Hezbollah
    -l’Iran reconnaît le droit d’Israël à exister
    -etc

    Donc si on estime que des frappes aériennes ne sont pas à long terme un moyen efficace de prévenir la bombe iranienne, force est d’admettre qu’il doit y avoir d’autres raisons à l’oeuvre pour justifier une attaque contre l’Iran. Dans ce sens, je comprends la logique qui voudrait donc que les décisions des États-Unis dans ce dossier soient motivées par des questions énergétiques (c’est certainement un facteur, quoique ce n’est pas le seul).

    Malgré tout je vois mal Louis en quoi une attaque de l’Iran permet aux États-Unis de renforcer leur contrôle du pétrole mondial…les États-Unis peuvent contrôler relativement facilement de petits pays comme l’Afghanistan. Mais un pays de la taille de l’Irak est déjà plus compliqué, et je n’ose imaginer le nombre d’impondérables relatifs à l’occupation et/ou agression d’un pays aussi vaste démographiquement et géographiquement que l’Iran. Il me semble qu’une attaque américaine contre l’Iran est susceptible de déclencher un beau bordel géopolitique plutôt qu’un contrôle renforcé du pétrole aux mains des Américains…

  11. @Christian Rioux

    L’endettement (surtour par la guerre) est ce que recherche les gens qui entour bush, entre autre son corolaire Mr. Rudy Giuliani, et en définitive ce que recherche les élites qui contrôle l’organisme privé qu’est l’FRS ( le service de réserve fédéral, qui n’a rien de fédéral, et qui PRODUIT l’argent pour le gouvernement, avec intérêt bien sûr, d’où leur vient les capitaux plus qu’alléchant).

    visionnez ce film si vous ne l’avez pas encore fait. Si vous l’avez déjà vue, désolé de le remettre sur ce blog !

    http://www.zeitgeistmovie.com

    Merci du billet Louis 🙂

  12. […] ne l’oublions pas, dans un contexte de fin de partie (ou de fin de party oserait-on dire), le seul et véritable ennemi des États-Unis, le seul pays […]

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