Le géant déstabilisé

Le système économique mondial a rarement paru aussi fragile. La crise des prêts hypothécaires aux États-Unis, de même que le peu de certitudes quant aux stocks de pétrole (et à la capacité d’augmenter l’offre pour répondre à une demande absolument croissante) font trembler le géant du sud. Mais la situation est-elle si alarmante? Je crois que oui.

En effet, tout le système actuel est basé sur le dollar, qui lui-même est profondément dépendant du pétrole. Si celui-ci venait à manquer, comme cela semble être de plus en plus le cas avec le pic pétrolier, le système n’aurait d’autre choix que de s’effrondrer, puisque tout, absolument tout notre mode de vie est basé sur le pétrole, de l’alimentation (engrais, machinerie, transport, emballage) à notre transport en passant par tout ce que nous utilisons qui soit en plastique.

Attention, je ne dis pas que le pétrole va disparaître demain matin. Non, il y en aura probablement pour encore 400 ans. Le problème, c’est la fin du pétrole à bon marché. C’est ce moment précis où la courbe de la demande croise celle de l’offre et où les prix partent à la hausse et entraînent toute une panoplie de conséquences: inflation, récession, dépression, pénuries diverses, etc.

Et pendant ce temps, ou du moins jusqu’à ce moment, le déficit commercial des États-Unis augmente constamment, atteignant la somme de plusieurs milliards $ par jour. Les investisseurs ont de moins en moins confiance et la monnaie chute. Signe que cette chute ne fait que commencer, la quantité de monnaie disponible (ou imprimée) n’est plus annoncée publiquement depuis maintenant près d’un an. Autrement dit: on fait rouler la planche à monnaie pour financer la balance commerciale négative et on a choisi de laisser le dollar se déprécier.

À terme, ce qui risque de se produire? Un effondrement majeur, à moins que les États-Unis soient en mesure de trouver des sources multiples et très importantes de liquidités et de pétrole. Si cela signifie envahir l’Iran, il faudra le faire. S’il faut organiser un autre coup d’État contre le Vénézuela, ce serait fait. S’il faut augmenter la production de pavot en Afghanistan, on le fera. Mais de toute façon, ça ne changera rien au résultat.

L’empire tremble, et il est prêt à tout pour ne pas tomber.

Comme l’explique Gabor Steingart dans un excellent texte publié dans le Der Spiegel, en octobre 2006:

« La dépendance des banques centrales étrangères vis à vis du dollar [U.S.] va retarder le crash, mais il ne le préviendra pas. La congère de neige d’aujourd’hui deviendra l’avalanche de demain. Des masses de neige sont déjà en train de s’accumuler à une vitesse époustoufflante. L’avalanche pourrait se produire demain, dans quelques mois ou d’ici quelques années. La plupart de ce que les gens considèrent aujourd’hui comme immortel va être emporté par la crise globale de la monnaie – peut-être même le rôle de leader des États-Unis. »

Et nous, en attendant la chute, on fait quoi? On se met la tête dans le sable en disant que tout va bien ou on vit dans l’angoisse perpétuelle? Ou peut-être qu’on se prépare, mais comment?

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8 Réponses

  1. L’angoisse…

  2. « inflation, récession, dépression »

    Dommage que tu confondes inflation et augmentation des prix. Pour les 2 autres points (et le 1er), il faudrait faire de la lecture sur le business cycle.

  3. « Ou peut-être qu’on se prépare, mais comment? »

    On sait qu’un pic pétrolier approche, et pourtant on ne s’habitue pas encore à cela en Amérique. On ne s’y adapte pas, comme si on sentait un coup de pied dans les couilles arriver et que l’on s’avançait poliment pour le recevoir.

    Pour le pic pétrolier, il y a plusieurs solutions disponibles, mais aucune ne passe par le maintient de la situation actuelle ou du « libre-marché ». Le rapport américain du U.S. Department of Energy, le rapport Hirsch, affirme que l’intervention gouvernementale EST nécessaire. Le rapport affirme aussi que de ne pas se préparer au pic pétrolier créerait un déficit en hydrocarbures liquides pendant 20 ans.

    http://en.wikipedia.org/wiki/Hirsch_report

    Il existe beaucoup de solutions malgré tout.

    Une partie de notre consommation peut être remplacée par de l’éthanol. D’ici 2012, le gouvernement Charest prévoit produire 400 millions de litres d’éthanol au Québec. Je ne crois pas cela possible, mais on verra… Par contre, d’ici 2012, notre consommation de pétrole aura augmenté de 10%. En plus, produire trop d’éthanol de la manière « classique » nous éloigne de la souveraineté alimentaire, un autre enjeu important, car il faut du carburant pour transporter la nourriture et qu’il faudra s’habituer à manger localement.

    Le procédé Fischer-Tropsch permettrait aussi de faire des combustibles fossiles liquides à partir du charbon. Le prix actuel est concurrentiel avec l’essence, ou presque. C’est le carburant qu’utilisaient les nazis (qui n’avaient pas beaucoup de pétrole en Allemagne – et je sais que je gagne un point Godwin ^^) et encore partiellement utilisé en Afrique du Sud, suite à un embargo que le pays avait eu sur le pétrole. Mais bon, pour carburer au charbon, aussi bien prendre une pelle et se mettre à creuser sa propre tombe; l’air y sera moins vicié et il y fera plus frais.

    La solution la meilleure, à mon avis, est une hausse progressive et drastique du prix du pétrole. Les entreprises devront trouver du remplacement, nous charger plus cher pour les produits qui viennent d’ailleurs, mais le prix de l’essence à la pompe servirait à nous habituer PROGRESSIVEMENT au pic pétrolier, nous forcerait à innover pour trouver des solutions à un monde avec moins de pétrole et nous permettrait de subir moins durement ses conséquences.

    L’Europe a déjà fait ce virage; les voitures européennes ont été modifiées pour un prix du pétrole à la pompe plus élevé qu’en Amérique. Elles consomment moins, sont plus petites, ont moins de puissance, mais économisent de l’essence. Et cela n’empêche pas les Européens d’être très heureux de conduire.

    Il faudrait d’ailleurs prendre ce virage de la hausse du prix du pétrole OPC, afin qu’il monte à 2,00 ou 3,00$ d’ici 10 à 15 ans, pour que l’on soit réalistes. Il faut que la hausse soit progressive pour laisser le temps à l’industrie et aux gens de s’adapter. N’oublions pas qu’il faut 10 ans au parc automobile d’un pays ou d’une province pour se regénérer.

    Le moteur à hydrogène, pour l’instant, demeure une fable. On investit beaucoup plus dans l’amélioration du moteur à combustion, dans toutes les divisions automobiles, que dans la R&D de ce moteur. Il ne faut pas oublier non plus que ce moteur est électrique; l’hydrogène est une façon de stocker une grande quantité d’électricité. Mais cette électricité, on doit la produire. Actuellement, les deux plus grandes ressources pour l’électricité sont le gaz naturel et le charbon, suivi du nucléaire… Encore une fois, bonjour l’air pur!

    Alors la solution? Qu’on soit responsables, qu’on apprenne à être de bons voisins, qu’on se rapproche de notre lieu de travail au lieu de s’éloigner, que l’auto reste dans le parking plus souvent et qu’on apprenne à s’approvisionner proche de chez nous. Et malheureusement, pour que cela change, il faut s’adresser aux bourses des gens, alors que l’on augmente progressivement le prix du pétrole et que l’on s’y adapte.

    J’ai une belle conférence faite par un architecte, au sujet du design en Amérique.

    La fin s’adresse à ses prévisions de l’avenir et ce qui devra suivre l’atteinte de ce pic pétrolier.

    « We’re gonna have to downscale, rescale and resize, virtually anything we do in this country, and we can’t start soon enough to do it. We’re gonna have to live closer to where we work, to live closer to each other, to grow more food closer to where we live. The « era of the 3000 miles cesar salad » is coming to an end. We have a railroad system that the Bulgarians would be ashamed of! We have to do better than that.

    […]

    We’re not gonna be rescued by the ‘hyper-car’, we’re not gonna be rescued by alternative fuel… No amount or combination of alternative fuels is going to allow us to continue running what we’re running the way we’re running it.

    […]

    Life in the mid-21st century is going to be about living locally. Be prepared to be ‘good neighbors’, be prepared to find vocations that make you useful to your neighbors and to your fellow citizens. »

  4. @Louis

    Monsieur Grenier a raison quand il dit que tu confonds inflation et hausse des prix. Va lire ceci:
    http://www.quebecoislibre.org/020608-13.htm

    L’inflation est une augmentation de la quantité de monnaie disponible, ce qui a pour conséquence (et non pour cause) la hausse des prix.

    Ce qui explique cette confusion, c’est que le « taux d’inflation », basé sur l’indice des prix, ne mesure pas l’inflation mais mesure plutôt une de ses conséquences qui est la hausse des prix.

    Néanmoins, ton billet est excellent et mérite même un 6 sur 5 (oui oui, 6) en raison de l’affirmation suivante qui me fait croire que tu comprends de mieux en mieux la problématique:

    Signe que cette chute ne fait que commencer, la quantité de monnaie disponible (ou imprimée) n’est plus annoncée publiquement depuis maintenant près d’un an. Autrement dit: on fait rouler la planche à monnaie pour financer la balance commerciale négative et on a choisi de laisser le dollar se déprécier.

    Excellent! Même un libertarien chevronné t’applaudirait à tout rompre! La « planche à monnaie » est un concept surutilisé par l’État et la plupart des capitalo-étatistes néo-libéraux n’y voient aucun problème!

    Et dire que ces gens-là dénigrent le Crédit Social alors qu’ils approuvent le concept de « planche à monnaie »! Encore de la morale à deux vitesses néo-libérale!

  5. Aujourd’hui je viens de gagner 5$ (yé!), un pari que j’avais fait avec quelqu’un qui disait qu’acheter de l’argent américain était un bon investissement à court-moyen terme… Je l’avais contredit et parié sur la parité imminente. On était en Août à ce moment-là et l’échéance était 2008. Merci money printers of the federal reserve!

    La mention de la crise hypothécaire (dont je pourrais être victime si j’avais pas fait tant de paiements anticipés) m’a inspiré un parallèle avec le Krash boursier de 1929… Il y avait pratique courante de prêter pour l’achat d’actions, avec 10% de comptant… Les margin LOANS. Ca avait eu pour effet de rendre tout le monde riche, les années 20 s’appellent pas les années folles pour rien, y’avait du développement à planche. Seul hic, ces prêts pouvaient être rappellés en totalité en 24H. Seule manière de rembourser? Vendre ce qu’on avait acheté avec. Trop d’offre donc perte de valeur, et Krash boursier.

    Où je veux en venir, c’est que cette crise avait été induite par des rumeurs volontairement propagées par ceux qui avaient intérêt à ca.

    On a alors assisté au plus grand vol du siècle, les banques majeures s’appropriant propriétés, commerces et industries pour des pinottes.

    Essayez donc d’emprunter pour investir à la bourse aujourd’hui! Le peuple a beau avoir crevé de faim dix ans, les plus riches le sont devenus dix fois plus. Pour des sources et des noms de gros méchants banquiers et industriels capitalistes, se référer aux parties deux et trois de ce magnifique vidéo (intro de 5 minutes, après c’est génial)

    http://www.zeitgeistmovie.com/index.html

    La crise des prêts hypothécaires, ca semble sortir du même moule, cette fois en prêtant pour des maisons surévaluées pour ensuite saisir la totalité du bien sans rembourser un sou du capital jusqu’alors remboursé, avant la hausse des taux. Il y a des voisins gonflables qui vont brailler tantôt. Ah c’est vrai ils braillent déjà… Des hypothèques de 40 ans, gang de twits. Un autre vol corporatif flagrant… C’est donc payant de pas éduquer sa population…

  6. « S’il faut organiser un autre coup d’État contre le Vénézuela, ce serait fait. S’il faut augmenter la production de pavot en Afghanistan, on le fera. Mais de toute façon, ça ne changera rien au résultat. »

    Page excellente, mais chu pas d’accord. Le mouvement au Vénézuela est trop fort pour être destrui par quelque influence etrangère. Et n’y a pas assez monnaie pour envahir l’Iran, la guerre en Iraq a vidé le coffer trop fort.

  7. « Si cela signifie envahir l’Iran, il faudra le faire. S’il faut organiser un autre coup d’État contre le Vénézuela, ce serait fait. S’il faut augmenter la production de pavot en Afghanistan, on le fera. Mais de toute façon, ça ne changera rien au résultat. »

    C’est un affiche excellent, mais Chu pas d’accord avec la page précédent. Le mouvement au Vénézuela est trop fort pour être destrui par quelque influence etrangère. Et n’y a pas assez monnaie pour envahir l’Iran, la guerre en Iraq a vidé le coffer trop fort.

  8. nous, nous,sommes, endettés, pour ces escros et bien maintenant faites leurs guerres LISEZ ceci La 3ième guerre mondiale a commencé En octobre 2002, j’ai lu le livre de Laurent Artur du Plessis « la 3ième guerre mondiale a commencé», qui venait juste d’être publié. J’ai été fort impressionné par son contenu et ses conclusions marquées d’un réalisme surprenant et épeurant. J’ai pensé écrire le plus succinctement possible, pour l’information personnelle de mes proches, un résumé de ce livre de 265 pages, en puisant le plus possible dans ses phrases, ses mots, ses faits, son histoire et son argumentation. M. du Plessis est né en 1952 en Algérie. Journaliste au Figaro magazine de 1978 à 1991, il est spécialiste des problèmes géopolitiques et consultant à l’Institut international d’analyse stratégique et économique (IASE). Pour la rédaction de la partie économique et financière de son livre, il a fait appel à un journaliste français d’avant-garde Francis Gélin, spécialiste en économie et finances. Veuillez noter que ce livre a été publié plusieurs mois avant la décision du président américain de déclarer la guerre en Irak. La jaquette arrière du livre se lit ainsi: Né dans le chaudron incandescent des civilisations, le processus infernal de la Troisième Guerre mondiale suit rapidement son cours. Rien ni personne ne pourra l’arrêter. Les boutefeux sont les intégristes islamiques, engagé dans une irrésistible ascension vers le pouvoir en terre d’islam. Ascension accélérée par le climat de folie qui s’y déploie, sous l’effet des tensions israélo-palestiniennes, américano-iraquiennes et indo-paskistanaises. Mais aussi par le krach boursier qui entraînera à très brève échéance une crise économique bien plus tragique que celle de 1929. Les grands chapitres sont les suivants: PREMIERE PARTIE 1 : LES CIVILISATIONS, CHAUDRON DE LA TROISIÈME GUERRE MONDIALE DEUXIEME PARTIE : LE KRACH MONDIAL ET LA GRANDE CRISE ECONOMIQUE TROISIÈME PARTIE : L’IRRÉSISTIBLE ASCENSION DE L’INTÉGRISME ISLAMIQUE DANS LE MONDE ARABO-MUSULMAN QUATRIÈME PARTIE : LE CONFLIT INTERETATIQUE OCCIDENT-ISLAM CINQUIEME PARTIE : L’EFFET DOMINO DU CONFLIT OCCIDENT-ISLAM SUR LE RESTE DU MONDE CONCLUSION Le résumé de 58 pages a été terminé le 13 décembre 2002 et transmis à mes proches et mes amis par Internet.Avec tout ce qui se passe au Moyen-orient, le document est toujours d’actualité. Je suggère que vous achetiez ce livre qui vous fera comprendre davantage le réalisme de la thèse de son auteur Laurent Artur du Plessis. En attendant, je vous souhaite une bonne lecture de mon résumé. Claude Dupras Le retour de l’histoire L’attentat du 11 septembre 2001 contre les Twin Towers et le Pentagone a déclenché le processus infernal de la 3ième guerre mondiale, et consacré le retour de l’histoire, qui est d’essence tragique. L’Occident a été stupéfait et ne pensait pas que les islamistes étaient en mesure de frapper au cœur son Saint des Saints : New York. La « pensée dominante » en Occident répudiait l’idée même d’une telle guerre. La chute du Mur de Berlin semblait rassurer le triomphe de la pensée rationaliste. L’effondrement de l’Union soviétique mit un terme à la guerre froide et portés par l’optimiste ambiant nous pensions que nous n’avions plus d’ennemis et que nous allions vivre sous le règne de l’hégémonie bienveillante de la démocratie américaine. Israéliens et Palestiniens signaient les accords d’Oslo et la paix au Moyen Orient devenait inéluctable. Les Américains et beaucoup d’Européens faisaient affaires avec les intégristes islamiques, et étaient donc leur alliés, d’autant qu’ils sévissaient dans des coins riches en pétrole et en gaz. Ils finançaient, sans états d’âme, les Talibans, pour obtenir le droit de passer un pipe-line à travers l’Afghanistan vers la mer d’Oman. Ils flirtaient avec le GIA, égorgeurs d’enfants, pour mettre la main sur le pétrole et le gaz algérien. Dans les Balkans, en Tchéchénie ils faisaient tout pour encourager ce qui était mauvais pour les Russes et leur rafler leur pétrole et leur gaz. C’est en découvrant soudain l’existence de Oussama Ben Laden, ce milliardaire issu des meilleures universités, et ses kamikazes eux aussi, pour la plupart, gens éduqués, diplômés, ne manquant de rien et capables de s’intégrer facilement à la vie occidentale avant de se jeter sur un gratte-ciel aux commandes d’un avion de ligne, que la « pensée dominante » a vu voler en éclat le grand rêve de la paix universelle et commencé à comprendre que les intégristes islamistes sont pourvus d’un projet de remplacement de l’ordre mondial et qu’ils ne sont pas voués à demeurer des marginaux. DEUXIEME PARTIE : Le krach mondial et la grande crise économique L’ère des illusions collectives prend fin Tout le monde attend la reprise. Elle ne viendra pas. Les prochains mois verront les Bourses s’effondrer complètement, entraînant dans leur chute finale les économies réelles. Les foules avaient cru à la génération spontanée des richesses. Le surendettement était devenu la règle dans les secteurs privé et public. Le système s’implose. L’opinion publique ne vois pas venir le krach « Le monde est parti pour la crise économique du siècle », déclarait récemment Ryoji Musha, stratège de la Deutsche Bank au Japon, au magazine américain Forbes. Les marchés boursiers sont engagés dans une chute vertigineuse. L’économie mondiale roule inexorablement vers la catastrophe. Et pourtant, tout allait si bien naguère. Les conseillers financiers parlaient de « long terme » le trend « est toujours à la hausse ». La preuve? Les graphiques des « performances » des cinq dernières années haussières. La bourse semblait un bon moyen de gagner de l’argent. On parlait peu de risques. Et si un client méfiant évoquât le krach de 1929, le conseiller le rassurait sans difficultés « 1929 ne pourrait pas se reproduire. Les techniques financières ont fait d’immenses progrès depuis cette époque… les banques centrales contrôlent parfaitement les cycles économiques… souvenez-vous du krach de 1987 et imaginez si vous aviez acheté quand les cours étaient bas » . Tout est si simple : il suffisait d’ « investir à long terme » et l’on était sûr de gagner. Il semblait admis que les richesses naissaient désormais par génération spontanée. De toutes les illusions collectives dont l’histoire a été prodigue, celle de la société d’abondance et de son corollaire, l’Etat-providence, dépasse toutes les autres : jamais tant d’humains ne se seront fourvoyés dans des espoirs d’enrichissement aussi irréalistes, entretenus par des leaders politiques d’une inconscience aussi absolue. Mais toute illusion a son prix. La note arrive, et elle est très salée. Ignorante du désastre en cours, l’opinion publique reste « haussière ». et attend patiemment le retour à la hausse des marchés boursiers, et la reprise économique. On attend le train de huit heures. Mais il y a des trains qui n’arrivent jamais. Plus tard, la catastrophe économique aura atteint son apogée, devenant visible à tous, la pensée dominante (l’opinion partagée par un plus grand nombre sur un sujet) « fera son visage » et annoncera alors la fin du capitalisme. Il n’est point d’exemple, dans toute l’histoire de l’humanité, où une pensée dominante ait prévu et anticipé un virage politique, culturel, économique et financier décisif. L’écroulement de l’Etat-providence Le XXième siècle constituera, aux yeux des historiens futurs, le point culminant du pouvoir des masses. Il a vu s’affronter le capitalisme, fondé sur une vision individualiste de l’existence, et le socialisme, d’inspiration collectivisme. Il a été celui des grandes hallucinations collectives, social-nationalistes et social-économique. Ce fut l’ère des démagogues et des utopies politiques, des manifestations de masse. Et l’ère des grandes bulles financières : budgets étatiques hypertrophiés, les Bourses. Avec, en fin de parcours, la catastrophe économique, politique et sociale. Le grand marché baissier en cours signale une expression d’un changement radical du système économique mondial. Pour la première fois, depuis les années trente, les économies chutent simultanément. C’est la grande déflation mondiale, soit l’effondrement d’un système économique basé sur le crédit qui a permis de financer la distribution illimitée de richesses organisée par l’Etat-providence. Ce système est arrivé à son terme. Le capitalisme a fait l’objet d’un malentendu. C’est la production de richesses, mobilisant l’énergie et la créativité individuelles qui fait sa force et non pas son corollaire, la consommation (bien que l’être humain ait besoin et de l’effort et de la consommation). Le capitalisme met l’accent sur l’action, facteur d’épanouissement et de liberté. Il tresse une couronne de lauriers à l’entrepreneur. Ce dernier est diabolisé par le socialisme collectivisme. Qui insiste, lui, sur la consommation « la juste distribution » des richesses entre les membres du groupe, assurée par l’Etat-providence. Il tend à transformer les individus en consommateurs passifs et dépendants. De la Russie de 1917 à la social-démocratie moderne des années 1970-1980, en Europe et aux USA, un continuum s’est établi. Résultat : le poids économique de l’Etat-providence et le recours systématique à l’endettement général versèrent dans la démesure, échappant à tout contrôle. Ainsi se développa la bulle spéculative nécessaire au financement du paradis des foules. Au début des années 80, le « trend » séculaire de concentration croissante des pouvoirs entre les mains de l’Etat-providence centralisé a subitement pris fin au profit des travailleurs indépendants et des entreprises privées. La globalisation a de plus fait échec au contrôle et à la confiscation par l’Etat-providence des biens des élites productrices de richesse qui se sont installées ailleurs, hors de portée de l’Etat spoliateur. L’efficience économique des Etats est désormais sanctionnée par la réalité des marchés. Les castes bureaucratiques au pouvoir ont perdu leur situation monopolistique. La situation financière des Etats est suivie par des centaines de milliers d’ordinateurs qui ne jugent que sur les faits et les chiffres. Rouble russe, pesos argentin ou mexicain, monnaies des tigres asiatiques : les dépôts de bilans se sont multipliés sous le poids de dettes croissantes. Les masses des pays touchés se sont trouvées ruinées. En Europe et aux USA, l’opinion s’imagine toujours à l’abri du choc économique provoqué par l’explosion de la bulle de dettes planétaires produites par les Etats-providence. En 1998, Alan Greenspan, président de la Banque Fédérale des USA (la Fed), disait : « il n’est pas pensable que les USA puissent rester une oasis de prospérité dans un monde qui éprouverait une tension toujours plus grandes ». En économie, le miracle de « l’effacement de la dette » n’existe pas. Ludwig von Mises, économiste éminent de l’Ecole autrichienne, écrivait : « les fables du Père Noël de l’école du WELFARE sont caractérisées par leur incompréhension totale des problèmes du capital. …Quelqu’un qui ne prend pas en considération que les capitaux matériels disponibles (les richesses réelles) existent en quantité limitée…..est un fabuliste ». Les gouvernements eux-mêmes sont passés maîtres dans l’art de faire croire aux foules que les richesses sont infinies : l’électeur a perdu toute notion des réalités. Les loups et les lapins Les recherches menées en sciences économiques concluent que la vie économique est constituée de systèmes vivants dans lesquels le particularisme de chaque acteur est primordial, et font apparaître deux groupes de traders, ou investisseurs, selon l’échelle de temps : les lapins caractérisés par la myopie extrême, l’impulsivité et l’aversion au risque et pour qui le sens du marché leur échappe totalement; les loups, beaucoup moins nombreux, comprennent la psychologie des lapins, scrutent le marché avec sagacité, posent des pièges : ce sont des prédateurs. Les lois qui gouvernent la dynamique des systèmes humains, comme l’économie et la finance, n’ont rien à voir avec les désirs des hommes ou la morale. Les hommes ne sont pas les atomes identiques d’un gaz qui serait l’humanité. Comme dans les sports, les meilleurs sont ultra-minoritaires. Sur sept ans, seuls 10% des professionnels de la finance font mieux que l’indice du marché, et sur 10 ans, ils ne sont que 5%. « L’idée d’entrepreneur qui réussit et produit est précisément celle qui n’est pas venue à l’esprit de la majorité » expliquait Ludwig von Mises « Ce n’est pas une bonne prévision moyenne qui, par elle-même, procure des profits, c’est une prévision meilleure que celle des autres. La palme ne va qu’aux dissidents, à ceux qui ne se laissent pas entraîner par la multitude ». Contrairement à la pensée que l’intérêt collectif ne saurait être bien défendu que par l’Etat, un marché, rencontre de tous les intérêts égoïstes, est plus que la somme de ses parties. Il fournit l’information économique indispensable à l’efficacité des acteurs, régule les excès inévitables. « Il est gouverné par les forces économiques fondamentales, qui sont affectées par l’état actuel du système politique… » rappelle le trader Victor Sperandeo, basé aux USA. Le Krach par overdose de crédit Dès 1965, le credo quasi mystique de la société d’abondance prenait d’assaut l’Occident. Comme le joueur de casino à l’optimisme pathologique, les masses prirent le principe de plaisir pour le principe de la réalité, et érigèrent la prodigalité des dépenses en système de gouvernement. Avec le temps, la bulle sociale dilate le secteur public, gonfle les finances publiques, les textes de lois, les règlements et documents, et exacerbe la réunionnite. La complexité croissante achève de paralyser l’Etat. Les élections se jouèrent sur l’économie : « les besoins » étant illimités, le rythme des dépenses publiques accéléré, dépassant rapidement la croissance de l’économie réelle. Ces politiques économiques qui se réclamaient du keynésiasnisme, outrepassaient les recommandations émises par Keynes dans les années vingt. Il avait soigneusement expliqué aux dirigeants de l’époque comment utiliser le volume du crédit : c’est une manette des gaz injectant des liquidités dans le circuit économique. Mais il ne faut pas l’utiliser avec excès et il invitait les décideurs à ne se servir de ce procédé qu’ « exceptionnellement, et allez-y doucement ». Mais pour les politiciens chaque élection est exceptionnelle. En gros, la manette commande deux injecteurs : les taux d’intérêts, le niveau des réserves. Si les taux baissent, les acteurs économiques empruntent pour réaliser leurs projets de consommation ou d’investissement. Et on remonte les taux pour éviter un emballement de la machine (qui se traduit par une hausse des prix). Le niveau des réserves est celui que la Banque Centrale exige de chaque banque pour garantir les prêts. Si c’est 100%, on ne peut prêter qu’à la hauteur de ses biens. Additionnez la valeur de votre maison et de vos économies et vous avez la somme que vous pouvez prêter à votre collègue de travail. « Mais c’est risqué », direz-vous. Exact. Vous prenez le risque. Si votre génial collègue arrive un soir et vous dit « Je suis ruiné, alors on efface la dette », il vous entraîne dans sa chute. C’est exactement ce que les financiers entendent par « le risque systémique ». Ici, le système est simple : deux cellules, vous et votre voisin. Dans la réalité, le système financier devenu multinational, comporte un grand nombre de cellules, et fonctionne exactement sur le principe des assurances : quand les sinistres ne sont pas trop nombreux, tout va bien. Les dépressions économiques commencent toujours par une cascade de faillites bancaires devenues subitement incontrôlables. En 1931 ce fut après les banqueroutes d’une banque viennoise et d’une banque allemande. En 1997, le « krach » des monnaies des Dragons d’Asie du Sud-est commença par la cessation de paiements d’une banque japonaise. Les banqueroutes du Mexique, de l’Argentine, du Brésil et de tous les autres pays furent la suite d’une spéculation utilisant au maximum l’effet de levier du crédit, pour « stimuler » l’économie. Mais qui est le vrai coupable? John Kenneth Galbraith, disciple de l’Etat-providence, affirme que ce sont : le public naïf et avide, les banques qui autorisent trop d’effet de levier de crédit, et le sociétés. Tout le secteur privé. Comme souvent le vrai coupable n’est pas inquiété ! Mais qui est le big-boss qui dans l’ombre tire les ficelles? Eh bien ce sont les Etats qui opèrent par le biais des banques, et des ministères de Finances, au nom de « l’intérêt public ». Eux seuls ont le pouvoir d’injecter le volume de liquidités monétaires nécessaires pour aboutir à la formation d’une bulle spéculative, et en même temps d’abaisser suffisamment le niveau des réserves bancaires pour qu’un choc puisse se propager facilement à tout le système. La solidité d’une institution financière n’est pas liée à son échelle, sa grosseur. Elle dépend uniquement du ratio de risques avec lesquels elle opère. Les banques les plus solides du monde sont toutes, sans exception, de petite échelle, avec un excellent contrôle de risque. Contrairement aux années 30, le système financier et économique international est maintenant global. C’est une pyramide de boules de billards, au sommet de laquelle se trouvent les USA. La stratégie actuelle est que chaque fois qu’un pays est en banqueroute, on ne solutionne pas les problèmes de fond, trop douloureux politiquement, mais on subventionne à coups de crédits internationaux distribués par le FMI, ou la banque mondiale ou de pays à pays. Ce système, apparemment humanitaire, institutionnalise une mendicité dans laquelle tout le monde trouve son compte. Lorsque les risques de cessation de paiements augmentent, la sécurité du système bancaire ne peut passer que par un relèvement du niveau des réserves. Aujourd’hui, où en est-on? Depuis un plus haut de 26% en 1948, la Fed n’a cessé de baisser le niveau : 16,5% de 1975 à 1988 puis 12% en 1990. Après le grand marché baissier du sinistre automne 2001, Greenspan décida d’augmenter encore le risque en baissant les réserves au niveau record de 10%. Pourtant comme le navigateur réduit sa voile lorsque la tempête est en vue, la règle veut que lorsque la volatilité du marché augmente, les « pros » de la finance réduisent la taille de leur position et diminuent leur exposition au risque. Un bon trader commente : « Quand vous voyez un type qui connaît bien son job faire ce genre de chose, c’est qu’il est sérieusement en difficulté ». Pour l’analyste américain James U. Blanchard III, les méthodes officielles de calcul ne représentent pas du tout la réalité. Selon lui, le système monétaire de la dette opère en fait à un niveau inférieur à 2%. L’enfer des marchés financiers Que connaît-on du risque systémique? Rien. Ou plus grand-chose. On croyait connaître. L’étude des phénomènes critiques démontre que lorsqu’un système est trop sollicité, il y a d’abord une lente accumulation de tensions internes, puis quelques signes avertisseurs, et soudain le système saute brutalement d’un état à un autre. Dans la nature, il n’y a rien de linéaire. Et aucune moyenne ne peut rendre compte du risque. Un événement rare ne signifie pas un événement impossible, et il a le potentiel de détruire tout le système, si vous avez basé votre survie, financière ou autre, sur une moyenne. L’analyste américain Peter Bernstein montre que tout ce qui s’est fait de grand dans l’histoire de l’Occident est le résultat de l’affrontement avec le risque. Sur le marché, les grands traders sont tous obsédés par le risque. Car ils ont appris, à leurs dépens, qu’il existe bel et bien. Et que les erreurs, qui se traduisent pour eux en pertes financières abyssales, sont inévitables. Le harassement des producteurs par l’Etat La croyance commune est que les affaires publiques sont conduites avec un « contrôle de risque » au moins équivalent à celui du privé. On est loin du compte : le secteur public repose, lui aussi, sur un système politico-financier conduit par le crédit, qui nie l’existence même du risque, et qui se contente de reproduire les mêmes erreurs sans remise en question sérieuse. L’irrationnel joue un rôle aussi important que la logique au sein des grandes institutions du secteur public. Les Etats sont capables de se mettre dans des situations aussi vulnérables que celles de sociétés comme World.com, Enron ou Vivendi. La seule différence c’est qu’ils peuvent fabriquer de la monnaie ou confisquer des richesses et résister ainsi plus longtemps. Mais il faut aussi du temps pour détruire l’économie réelle, celle des entreprises, des producteurs de richesses. C’est un organisme vivant : tout dépend de la taille, de l’état général et des doses de poison administrées. Plus les richesses sont confisquées, plus les règlements de l’administration se multiplient, plus l’entreprise individuelle y passe du temps et compense en s’endettant. Les coûts augmentent, les profits et les degrés de liberté, nécessaires à l’entreprise pour s’adapter rapidement aux changements, diminuent. La pression de la concurrence internationale a amené les marges de profits à des niveaux très bas, alors que l’endettement n’a cessé de s’accroître. Au moins 25% des entreprises opèrent avec un niveau de risque effrayant. Pour ces entreprises, la perte de quelques commandes représente tout ce qui les sépare de la faillite. Le chef d’entreprise, le capitaliste, ne s’enrichit plus. L’Etat-providence y veille, et ce qu’il économisera pour sa famille sera confisquer à 50%-60%. Cela brise la capacité de l’individu à prendre des risques, à se projeter dans l’avenir. C’est une lente corrosion, et la montée du risque qu’elle entraîne, de la survie de l’ensemble du système économique. L’enrichissement individuel n’est plus possible, les acteurs s’adaptent et l’économie atteint son stade final : l’économie –casino, le travail clandestin et le travail au noir. Les entreprises qui le peuvent évacuent le pays. Les autres font faillite. « la Suisse et tous les paradis fiscaux sont responsables de nos malheurs » disent le politiciens. Dans les années 60, les confiscations effectuées par les gouvernements représentaient en moyenne 20%. On arrivait déjà aux limites de charge préconisées par Keynes. Dans « l’intérêt général » les confiscations augmentent à 28%, 35%, la machine tient bon. Les gouvernements continuent : 39%, 43% 47%. La hausse simultanée des marchés financiers est perçue comme un signe de solidité. Tout va bien. « les fondamentaux sont bons ». L’opinion confond la bulle spéculative avec la santé de l’économie réelle. Après le krach, la boite noire indiquera 50% en moyenne pour l’Europe et les USA. Les besoins de l’humanité étant illimités, la confiscation des richesses produites par le capitalisme ne suffit pas : il faut que les Etats empruntent sur le marché. A son tour, la dette publique fait boulle de neige et représente aujourd’hui 60% du PIB, de toutes les richesses produites annuellement en Europe, 51% aux USA et 143% au Japon. Plus la dette augmente, plus le risque de faillite augmente en cas de retournement du marché. La règle vaut pour les individus, les entreprises et les Etats. L’Etat-providence a besoin de crédit pour survivre. Il « stimule » l’économie, répètent les experts. C’est sûr. Et si l’on prend trop, on shoote. Antagonisme entre dirigeants politiques et Banquiers centraux Les hommes politiques et les directeurs des Banques centrales s’affrontent régulièrement : les premiers réclament toujours de la relance économique à coups de diminutions des taux d’intérêt, pour se faire réélire. Les seconds renâclent : ils savent qu’une facilitation excessive du crédit mène à la faillite. Les politiques promettent toujours tout A de très rare exceptions près, les politiques ne connaissent rien à l’économie. Pour ce qui est des finances publiques, ce sont quelques hauts fonctionnaires des ministères des Finances et des Banques centrales qui font « tourner la boutique ». Leur travail est d’essayer de freiner un peu les dépenses de l’Etat, et de continuer à le faire fonctionner cahin-caha au milieu des turbulences de plus en plus violentes dues à la mondialisation mondiale. Mais les politiques, eux, bataillent en première ligne sur le front de la misère. Il leur faut constamment de la relance économique, à tout prix. Les conséquences à long terme, ce n’est pas leur affaire. Au Sénateur américain William Greider qui, glacial, lui avait lancé durant les années des hausses d’intérêts de 1979 à 1984: « C’est à vous de faire quelque chose pour baisser ça (pour stimuler le l’économie) », Paul Volcker, président de la Fed, lui répondit : « Ce n’est peut-être pas aussi simple que vous le supposez, Sénateur… ». En juillet 1984, lorsque Volcker annonça qu’il relâchait la pression sur les taux, les marchés repartirent à la hausse, et dépassèrent bientôt le plus haut historique de 1966. La crise était finie. Le patient continuait à maigrir Les politiciens pensaient que désormais l’économie réelle était hors danger : ils augmentaient régulièrement les prélèvements fiscaux, et le patient continuait à maigrir. Pendant ce temps le mal-investissement, dans des activités chroniquement déficitaires subventionnées par l’Etat ou les collectivités locales, devenait une mode sociale : « On crée de l’emploi ». Avec Mitterrand, élu en 1981, l’Etat-providence devint « l’état de grâce ». En réalité, les USA et les Européens venaient d’éviter de justesse un krach monétaire. A part une petite minorité de spécialistes, personne n’a idée de la banqueroute inévitable des systèmes basés sur le crédit. L’Afrique et l’Amérique du Sud, Chili excepté, ne s’en relèveront jamais : ils continuent encore aujourd’hui à s’enfoncer auprès de la FMI et de la Banque mondiale, alimentés en capitaux par les USA et l’Europe, eux-mêmes endettés. Le système de la cavalerie financière du crédit devient planétaire. Greenspan le « Grand sorcier » En 1987, Alan Greespan, le « Grand sorcier », prend les commandes de la Fed. Aussitôt installé dans on fauteuil directorial, au mois d’octobre, Wall street crashait : 24% de baisse en une journée. Le double de 1929. l’Occident était consterné. Personne ne parlait de la cause fondamentale de son agonie : les Etats essayant de sauver le rêve social. Essayant de retarder l’inéluctable, Greenspan ouvrit la grande manette des gaz liquidités. Mais le moteur de l’économie réelle occidentale avait déjà subi des dégâts structurels trop importants. Le carburant des liquidités monétaires inonda le marché, procurant aux foules treize années d’illusions de richesse. Les capitaux mondiaux permettent aux derniers Etats-providence, encore à flot, de continuer à financer la croissance de leur endettement. Avec la « nouvelle économie » les sociétés n’ont plus besoin de faire des profits : ils leur suffisaient de s’endetter. Des deux côtés de l’Atlantique, la spéculation devint un mode de raisonnement. Tout le monde s’enrichit et s’endetta. A ce moment-là, la vague des croyances collectives atteignit à son paroxysme : « les nouvelles technologies », « la nouvelle économie », « la nouvelle solidarité » persuadèrent les masses occidentales, que l’ère des richesses pour tous avait commencé. « Exubérance irrationnelle » dit Greenspan, qui s’inquiétait de la suite. Mais la Banque Fédérale ne contrôlait plus rien. L’illusion collective inaugurée à Moscou par Lénine finissait sa course séculaire à Wall street. Krach des monnaies La politique de baisse des taux d’intérêt pour relancer l’économie a été abusivement utilisée depuis trop longtemps. La déflation règne. L’économie américaine flanche à son tour. Bientôt, le krach des monnaies. Cette crise économique sera bien pire que celle de 1929. Après l’illusion, l’effondrement Dans toute l’histoire de l’humanité, il n’existe pas un seul exemple ou une illusion collective se soit pas allée jusqu’à l’effondrement final : personne ne peut rien contre le mysticisme erratique du groupe social qui refuse le réel. Le docteur Kürt Richebächer, allemand, chef du service d’études économiques de la Dresdner Bank, responsable d’investissements se chiffrant en milliards de dollars, puis membre de la direction est l’un des plus éminents spécialistes mondiaux de la finance. Paul Volkner, qui l’a en grande amitié et estime, connaît bien ses prophéties fort argumentées sur l’inéluctable krach mondial, toujours énoncées sans la moindre concession à « l’économiquement correct ». Volkner dit : « Je pense parfois que la tâche des présidents des Banques centrales est d’essayer de démontrer que Kürt se trompe ». Le fantasme du contrôle En mars 2000, la plus grande bulle spéculative de l’histoire éclatait. Les USA et l’Europe allaient rejoindre le reste du monde sur la longue route de la déflation. A cette date, les principales organisations économiques et financières occidentales et les Etats n’avaient pas la moindre idée de ce qui se passait. Les prévisions de croissance économique pour 2001, effectuées par l’OCDE étaient de +3,5% aux USA et +3,1% en Europe. La misérable réalité sera une croissance de 0,5% aux USA et de 0,6% en Europe. Pour Kürt Richebächer, « Pour la première fois, l’économie a brusquement ralenti d’elle même, en l’absence de tout serrement de crédit ». Comme un moteur trop sollicité qui rend l’âme, le système économique venait de changer d’état. De lui-même. Cette fois, il n’y aura pas de dépression économique, car Alan Greenspan ne va pas commettre l’erreur de la Fed de l’époque qui avait augmenté les taux d’intérêt. Non, il va les baisser, ce qui va « stimuler » l’économie, « relancer » l’économie. C’est tout le fantasme du contrôle : on voudrait commander à la nature comme à une machine. Ça n’existe pas. Le philosophe anglais Francis Bacon disait : « on ne peut commander à la nature qu’en lui obéissant ». Tout le système planétaire basé sur le crédit et des richesses illimitées, est le produit des croyances humaines : un système virtuel. L’anti-matière de la science économique basée sur le réel. Le moteur économique américain s’éteint à son tour « Je n’ai pas sur mon bureau un grand livre qu’il me suffirait d’ouvrir pour trouver une solution à tous les problèmes », dit Alan Greenspan. Lui aussi a parfaitement remarqué l’aspect inédit et brutal du ralentissement économique. « Pour la première fois dans l’histoire », constate Kürt Richebächer, « l’économie et le marché ont continué à chuter face à l’injection de liquidités monétaires. La Fed a baissé les taux avec une série sans précédent de 11 interventions… et cela n’a pas stimulé l’économie. Ce genre de schéma de retournement n’a pas de précédent depuis la guerre ». La vérité, c’est qu’après l’éclatement de la bulle, l’économie change d’état, et passe à la déflation. Avec le décalage dû à l’inertie du système, le plein effet des onze interventions de la Fed devrait se sentir à partir de la fin d’été 2002. A ce moment-là le cycle économique de quatre ans pourrait également se retourner à la hausse. Avant la poursuite du trend baissier, une reprise provisoire est parfaitement envisageable. Il n’y a pas de ligne droite dans la nature. Ce sera bien pire qu’en 1929 Le moteur de l’économie réelle, est sérieusement atteint aux USA, avec un endettement des entreprises qui dépasse 75% du PIB, et virtuellement hors d’usage dans les Etats sociaux-démocrates européens après trente années de bulldozer fiscal et mal-investissement du secteur public. Contrairement aux années trente, il n’y a plus grand chose à stimuler. Au-delà des chiffres fournis par les bilans, les dégâts dans les esprits sont inouïs. Que le démagogue de l’Etat-providence nie les faits et parle de complot « des riches », ou que le demi-démagogue propose pour sa énième « réforme », n’a aucune importance : aucune économie réelle ne pourra renaître et se développer solidement dans un environnement aussi hostile. En 1930, la balance des paiements des USA était positive, le pays était le créancier du monde, les entreprises et les ménages peu endettés. Aujourd’hui, ces avantages ont tous disparus : « L’expansion économique récente des USA », déclarait, il y a peu, Kürt Richbächer, « est la conséquence directe d’une expansion du crédit inégalée dans toute l’histoire. En regard de l’expansion du crédit des quatre dernières années et demi, le nouvel endettement de l’économie américaine a augmenté de 7,200 milliards de $, soit 40% atteignant un total de 24,428 milliards de $. Cela représente 363% du PIB actuel. Si on examine les statistiques, il est évident qu’entre 1997 et 1998, le système de crédit des USA échappe à tout contrôle. Le nouvel endettement du secteur financier a augmenté de 41%, mais l’endettement à l’intérieur du système financier s’est accru encore plus rapidement. L’Amérique est le cas le plus extrême de bulle financière et d’économie bulle qui n’ait jamais existé ». Contrairement aux USA des années trente, la balance des paiements annuel est, depuis 2000, –400 milliards de $. Ce niveau extrême semble maintenu. Si la Fed veut baisser les taux pour injecter des liquidités dans l’économie, elle risque à l’extérieur de perdre le contrôle de la baisse du dollar sous le poids du déficit de la balance de paiements, et de provoquer le krach de la monnaie. Sous un tel choc, le système monétaire international explose, et ce qui reste de l’économie japonaise et de la fragile économie européenne se désintègre. Pour poursuivre, le système de crédit perpétuel a un besoin vital d’attirer sans cesse à lui de nouveaux capitaux. Or, depuis que la déflation a commencé son œuvre « d’effacement de la dette » les capitaux sont plus rares de jour en jour. Le taux d’épargne aux USA est virtuellement négatif. Les ménages s’enfoncent dans l’endettement, qui atteint 77% du PIB, soit plus que les entreprises (70%) ou le secteur public (51%). Pendant ce temps au dernier « sommet de la terre », s’épanouissait l’illusion collective d’économistes sociaux et de politiciens généreux préconisant de taxer des capitaux dont l’économie mondiale a un besoin vital pour continuer à vivre à crédit. Quand le krach sera complet, le bouc émissaire des politiciens sociaux est déjà tout désigné : les banques centrales et les spéculateurs. Les Japonais retirent discrètement leurs capitaux Le prêteur en dernier ressort de la grande pyramide de dettes est le Japon, qui a placé en billets du trésor et en prêts bancaires environ 80 milliards de $ aux USA et en Europe. On ne le crie pas sur les toits. Mais, les retraits de capitaux japonais investis en Europe ont déjà commencé discrètement, pour tenter d’enrayer la débâcle dans la mère-patrie. Les capitaux japonais investis aux USA suivront bientôt le mouvement, eux aussi. Un rapatriement contraint et forcé de capitaux étrangers déclenche une réaction à chaîne, en raison d’un niveau trop bas des réserves bancaires décrétées par les Etats. Aujourd’hui, il ne reste plus que trois monnaies : le dollar, l’euro et le yen. Ces trois dernières devises ne reposent plus que sur les dettes de chaque zone. Le gros des liquidités créées, durant des décennies par les Etats, se sont concentrées sur le FOREX, le marché des changes internationaux. La première des trois Banques centrales qui perdra le contrôle de sa monnaie à la suite d’un incident domestique, mettra en mouvement cette masse qui fera exploser le marché monétaire. Les trois derniers piliers du système du crédit s’effondreront à coup sûr en même temps, soufflant toute l’activité économique. Le système monétaire du XXième siècle, où les devises ne sont plus reliées à aucune valeur comme l’or, permet aux Etats de manipuler impunément leur valeur. Les Etats ne remboursent jamais leur dette. L’Etat russe n’a pas du tout l’intention d’honorer ses dettes anciennes. L’Occident est sur le point de vivre le choc économique le plus terrible de son histoire : la banqueroute des monnaies des Etats-providence. Le secret des cycles financiers Une des plus étonnante découverte des éconophysiciens est que la notion d’équilibre (pilier sur lequel repose toute la pensée traditionnelle de l’économie sociale) n’existe tout simplement pas. Le système va d’un excès à l’autre et se régule de lui-même, comme un milieu écologique. Seul un choc extérieur, comme une tentative de contrôle ou un épuisement des ressources nécessaires à son fonctionnement, ici le capital, peuvent déclencher une catastrophe. Comme dans la nature ! Dans quoi investir? La prévision par les vagues d’Elliott L’Américain Robert Prechter est le plus célèbre analyste des vagues d’Elliott. Le principe de ces vagues affirme que les vagues d’impulsion qui sont dans le sens du trend se composent de cinq vagues. Trois vagues de hausse, entrecoupées de deux vagues de baisse. Inversement, les vagues de correction se composent de trois vagues : deux de baisse séparées par une vague de haute. Les troisièmes vagues sont souvent les plus dynamiques. Pour Prechter, comme pour beaucoup de traders, les vagues observées sur les marchés ne sont que le produit des comportements humains. Le véritable démarrage de la dépression économique commencera dans les ménages américains. Selon la fédération des consommateurs américains, un quart des ménages sont des « riches-pauvres » ayant moins de 10,000 de $ de liquidités immédiates. Ils ont les revenus les plus hauts et le plus de biens. Mais leur dette est encore plus importante. Pour beaucoup, un licenciement signifie la faillite personnelle. Les entreprises et les particuliers tombent dans une déflation dont ils n’ont jamais imaginé l’existence. L’analyse des marchés en terme de vagues d’Elliott par Prechter, indique une poursuite du marché baissier jusqu’au niveau 1976, soit 600 points sur le Dow. Mais si le marché actuel est du degré « grand super-cycle » (c’est-à-dire que s’achève un cycle commencé vers 1780) l’objectif est le niveau de 1932, soit entre 381 et 41 points. Sur le marché pétrolier, une remontée des cours vers 57$ le baril est un premier objectif. Enfin, l’or sur lequel Prechter était baissier depuis 20 ans, arrive dans les premiers stades d’un futur marché haussier, mais qui pourrait prendre encore du temps pour s’élancer. Pour lui, quelles que soient les fluctuations à court terme, il ne fait aucun doute qu’un investisseur sérieux peut commencer à accumuler de l’or. Et les dettes des gouvernements? Dès que la situation déflationniste deviendra sérieuse, les gouvernement réaliseront ce qui se passe et réagiront de façon très violente pour sauver leur existence et leur pouvoir sur la monnaie « dans l’intérêt public ». Une des premières mesures sera la suspension provisoire de leurs propres dettes. Prechter reste à l’écart de toutes les obligations des grands Etats occidentaux, et ne recommande que des billets du trésor. Le public, lui, ne sait pas. Pas encore. Un sondage réalisé durant l’été 2002 par John Hancock Financial Service, montre que les investisseurs attendent une hausse de 16% en moyenne pour les 20 prochaines années. Misère planétaire Cette crise économique sans précédent va faire déferler une vague de misère sur le monde entier. L’Occident souffrira, mais ce sera bien pire encore pour le tiers-monde, du fait de son extrême fragilité structurelle et de la concentration de larges fractions de sa population dans les mégalopoles vulnérables. Le retour de la misère en Occident Le bien-être et la sécurité matérielle installés par des décennies de croissance économique en Occident seront brutalement remis en cause par le cataclysme économique. La chute des investissements des entreprises entraînera des vagues de chômage qui iront submerger une partie importante de classes moyennes occidentales. Les ménages subiront de plein fouet le poids de leur endettement. Les retraités, si privilégiés jusque-là, basculeront dans l’impécuniosité. Ils pourront de moins en moins venir en aide à ceux de leurs enfants qui seront réduits au chômage tout en ayant une famille à charge : la ruine des fonds de pension liée au krach boursier tarira fortement le versement des retraites par capitalisation. La récession économique diminuera les recettes des Etats. Les politiques de transferts sociaux mises en œuvre au cours des 50 dernières années n’y résisteront pas. D’autant que ces Etats auront à accroître leurs budgets policiers et militaires pour faire face à la montée générale des tensions. Les centaines de milliers d’immigrés qui ont afflués dans les pays occidentaux verront leurs conditions bouleversées brutalement du fait du tarissement des transferts sociaux. Les ghettos urbains, où ils vivent, seront livrés à la misère et au chaos. Le tiers-monde foudroyé L’impact de cette grande crise économique sera foudroyant sur une humanité aujourd’hui fortement urbanisée, celle du tiers-monde encore plus que celle des pays riches. Depuis un siècle, l’exode rural n’a cessé de s’amplifier, concentrant les populations dans les villes : 280 d’entre elles comptent plus de 1 million d’habitants, et 26 mégalopoles (dont 18 dans le tiers-monde) regroupent plus de 7 millions d’habitants. Ces villes géantes du tiers-monde seront frappées de plein fouet par la crise économique qui est en train d’élargir le fossé déjà immense séparant pays riche et pauvres ; quand ceux-là s’enrhument, ceux-ci agonisent. Le revenu, l’espérance de vie, la mortalité maternelle, la pauvreté, l’alimentation en eau, les services d’assainissement de base, sont autant de domaines où les statistiques déjà très défavorables par rapport aux pays-riches exploseront à cause de la crise économique. Les cavaliers de l’Apocalypse La crise économique anéantira une sécurité alimentaire déjà précaire dans le tiers-monde. Un pouvoir d’achat insuffisant empêche une partie de la population, d’accéder aux aliments en quantité et en qualité nécessaire. En dépit du processus de libéralisation des échanges agricoles, les marchés sont restés très instables. La crise économique aggravera cette instabilité. Les palliatifs apportés par l’aide humanitaire seront aussi ramenés à la portion congrue. Quand la crise économique aura entièrement naufragée le financement des importations céréalières du tiers-monde, en provenance des vaste et fertiles plaines de l’Amérique du Nord, d’Europe, de Russie ou d’Australie, le spectre de terribles famines et d’épidémies s’abattra sur lui. L’hygiène publique, les campagnes de vaccination de l’OMS, les approvisionnements en médicaments, pâtiront également. Les maladies infectieuses y sont de nouveau en expansion et cela va s’amplifier. Les couvertures vaccinales de différentes maladies (polio, diphtérie, tétanos, coqueluche) régresseront aussi. Le désespoir favorisera la violence et la guerre. Les fléaux galopent ensemble comme les cavaliers de l’apocalypse. Les chiffres de la morbidité exploseront. Face à la crise économique, génératrice d’insolvabilité, la détresse des économies sous-développées sera totale. Grande ville : l’enfer Les villes tentaculaires des pays en voie de développement revêtiront très vite un aspect dantesque : cadavres brûlés dans les rues pour réduire les risques d’épidémie, épaves humaines rongées par la faim et la maladie, rixes, meurtres et émeutes. Des foules grandissantes tenteront d’émigrer vers les pays développés au grand effroi de ces derniers. Les apôtres du conflit ethnique et les prophètes de guerre trouveront dans ces masses souffrantes et convulsées les auditoires survoltés dont ils ont besoin pour assouvir leurs ambitions mégalomanes. Les mégalopoles sans âme du tiers monde seront le creuset de toutes les folies. Ces cités brouillent les points de repère par leur immensité (Karachi sur un territoire grand comme la Belgique). Dans cet urbanisme sans règle, les conflits de tous genres (sociaux, religieux, inter-techniques) sous-tendus par la haine de l’autre, seront portés au rouge par la crise économique. Et serviront de matériaux de combustion aux pantagruéliques chaudières du fanatisme. Celui-ci pourra compter sur le poids démographique de la jeunesse, terrain de prédilection des extrémismes. • Accueil • Début • TROISIÈME PARTIE : L’irrésistible ascension de l’intégrisme islamique dans le monde arabo-musulman La montée au pouvoir par la crise économique La crise économique de 1929 porta Hitler au pouvoir. Celle de 2002-2003, combinée à l’attaque américaine sur l’Irak, fera tomber les appareils d’Etat arabo-musulmans sous la coupe des intégristes islamiques, par le vote ou la révolution. Les réseaux d’intégristes sont fin prêts. Le bouc émissaire La mise à feu du monde arabo-musulman est imminente. Elle sera déclenchée par la crise économique et par l’attaque américaine sur l’Irak. Attaque que les supplications des dirigeants arabo-musulmans « pro-occidentaux » adressées à la Maison Blanche n’auront pas empêchée. Ces dirigeants sont, à juste titre, obsédés par les inévitables retombées de ce conflit chez eux : à savoir l’embrasement de la rue. Ils sentent beaucoup mieux que la plupart des observateurs occidentaux, l’instabilité croissante de la « psyché » des foules arabo-musulmanes. Ils se savent sur un siège éjectable. Sans la crise économique, la haine serait endiguée par la prospérité. Mais la crise économique est bien là. Le secteur touristique est plombé en Egypte. Il est menacé en Turquie, au Maghreb. Les exportations souffrent. Le surendettement des Etats est abyssal. Le krach boursier achèvera les économies arabo-musulmanes, déjà bien fragiles. Lors de la première guerre du golfe, les islamistes n’étaient pas mécontents de voir mis à mal le régime baasiste de Saddam Hussein, adepte de la laïcité. Depuis Saddam Hussein a fait un virage à 180 degrés et s’est rapproché des islamistes. Le marasme actuel, en voie d’aggravation rapide, installe désespérance et frustration : une lourde atmosphère de serre où se déploient les passions collectives. Les fantasmagories enfiévrées concernant « le complot judéo-américain » prennent possession de l’imaginaire collectif musulman. Elles imputent à l’Amérique et à Israël la responsabilité des échecs et des malheurs de l’islam. L’Occident »des croisés et des juifs » est accusé de vouloir du mal aux musulmans : il est le bouc émissaire utilisé par le totalitaire islamiste, pour regrouper les foules autour du « djihad », la guerre sainte. La crise de 2002-2003 portera au pouvoir les mouvements intégristes islamiste dans le monde arabo-musulman. Malgré les opposants : les mouvements laïcisants, l’importante fraction des femmes qui aspirent a l’émancipation, une grande partie des classes moyennes et des milieux d’affaires; les intégristes islamistes surferont sur des raz-de-marée électoraux, là ou des consultations électorales seront organisées. Ce qui leur fournira une éclatante légitimité politique. Certains des gouvernements en place annuleront les élections, apparaissant comme des « tyrans », des « ennemis du peuple ». A défaut de consultations, les foules se soulèveront et prendront le pouvoir par la force sous la direction des réseaux intégristes. Le monde arabo-musulman connaîtra ainsi une vague de révolutions qui le balaiera de l’Atlantique au Pacifique. Ce sera la grande déferlante islamiste. L’Irak attaqué : une aubaine pour les intégristes La prochaine attaque sur l’Irak accélérera la marche vers le pouvoir de l’intégrisme islamique. Les Américains devront livrer de durs combats de rue. Ils devront combattre au milieu des civils irakiens. Les dommages collatéraux seront considérables. Des documents filmés ne manqueront pas de circuler dans le monde entier, qui montreront des femmes et des enfants irakiens déchiquetés par les tirs des armées occidentales. Ces images exacerberont la haine antiaméricaine des foules musulmanes. Les intégristes islamistes n’auront plus qu’à tirer les marrons du feu. Alors, pourquoi les Américains s’obstinent-ils à vouloir attaquer l’Irak? Parce que celui-ci renferme la deuxième réserve de pétrole du monde. Les Américains veulent s’en emparer pour diminuer leur dépendance vis-à-vis du pétrole saoudien. L’islamisme balkanique : un revolver braqué sur l’Europe L’Amérique s’évertuait à enfoncer un coin (l’islam balkanique) entre l’Europe et la Russie, pour empêcher tout rapprochement politique et économique entre ces deux voisins. C’est dans ce cadre géopolitique que s’inscrivirent les guerres balkaniques de la décennie 90, qui débouchèrent sur la mise sur pied de l’Etat islamiste de Bosnie Herzégovine, relais de l’intégrisme islamiste en Europe, aux côtés de l’Albanie, qui est un foyer intégriste. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les convictions d’Alija Ozetbegovic, « libérateur » de la Bosnie, titulaire de la Présidence collective bosniaque de 1990 à octobre 2000, date de son retrait de la vie politique. Cet homme politique adulé de l’Occident, rédigeait, publiait et rééditait en 1990, une « Déclaration Islamiste » qu’il ne renia jamais : « Il n’y a pas de paix ni de coexistence pacifique entre la religion islamique et les institutions sociales non islamiques… Il n’y a donc pas de principe de gouvernement laïc et l’Etat doit être l’expression et le soutien des concepts moraux de la religion. Le mouvement islamique doit et peut prendre le pouvoir dès qu’il est fort moralement et numériquement fort…. Dans les conditions actuelles … cette tendance implique la lutte pour la grande Fédération islamique, du Maroc à l’Indonésie et de l’Afrique tropicale à l’Afrique centrale… ». L’aide occidentale à Izetbegovic s’inscrivait dans le cadre de la constitution d’une ceinture verte (c’est-à-dire islamiste) autour de la Russie. La stratégie pro-islamiste américaine d’avant le 11 septembre s’appliqua tout particulièrement à un autre pays, l’Afghanistan. Il fallait qu’il revienne à la stabilité politique pour que la compagnie américaine Unocal et la saoudienne Delta Oil y installent des pipelines afin d’acheminer les hydrocarbures du Turkménistan vers le Sud. Les Américains s’empressèrent de reconnaître le régime des talibans lorsqu’ils prirent le contrôle de la capitale afghane le 26 septembre 1996. Les pétroliers américains et saoudiens voisinent dans tous les conseils d’administration qui comptent dans la gestion de l’industrie pétrolifère. Le 11 septembre, Ben Laden mit fin aux noces pétrolifères de l’Amérique et de l’islam. L’alliance islamo-américaine devenait soudain caduque. Désormais, pour ses approvisionnements pétroliers, l’Amérique ne saurait dépendre des états d’âme islamiques. La cogestion américo-islamique du pétrole étant devenue impossible, les USA n’ont pas d’autre choix que de s’emparer par la force des puits de leur ex-partenaire. Ils commencent par l’Irak de Saddam. Après, des plans sont prêts pour s’emparer de l’Est de l’Arabie Saoudite (qui fait figure maintenant d’ex-alliée) où sont concentrés les gisements de pétrole de ce pays. Ensuite ce pourra être le Koweït secouru en 1991 par la coalition occidentale, et qui s’empressa de financer, aussitôt après, les Frères musulmans en Europe et aux USA et le Hamas palestinien. Sur sa lancée, le Koweït participera à la création à Lugano, du Nada Management Group, l’un des holdings d’Al-Quaïda en Europe. Bifurcation imprévue La crise économique, catalysant une haine antiaméricaine qui n’a cessé de croître, depuis le 11 septembre, dans le monde arabo-musulman, fera bifurquer l’histoire dans la direction opposée à celle prévue par les stratèges américains. Ce n’est pas la démocratie mais l’intégrisme islamiste qui remportera la mise. La chute de Saddam et son remplacement par un problématique gouvernement démocratique irakien débouchera sur une agitation interne. L’intégrisme islamiste multipliera les actions de harcèlement contre les « troupes d’occupation », avec l’approbation d’une partie de la population irakienne, ulcérée par plus d’une décennie de blocus. Naissance d’un monstre L’intégrisme islamique tisse patiemment sa toile d’araignée depuis plus d’une trentaine d’années. La première manifestation spectaculaire de l’essor de l’intégrisme fut la révolution iranienne de 1979. La deuxième fut l’assassinat du président Anouar el-Sadate par les Frères musulmans hostiles aux accords de camp David. La troisième fut la prise de pouvoir au Soudan par le général Assan Ahmaed al.Béchir. La quatrième fut la résistance afghane aux Soviétiques dans les années 80. C’est dans le contexte de « la revanche de Dieu » que la religion reprend vie partout dans le monde depuis le début des années 70. Les sociétés avaient le besoin de se redonner un fondement sacré. C’est là que s’est développé le renouveau islamique. Un slogan fait fureur « l’islam est la solution ». La solution à tout : la quête d’identité, de puissance et d’espoir. Il s’agit de prendre à son compte la modernité apportée par l’Occident : les sciences, la technologie, etc… mais de rejeter la culture occidentale en renouant avec l’islam comme guide de vie dans le monde moderne. « Ce retour se compare à la Réforme protestante », dit Samuel P. Huntingdon : «toutes deux sont des réactions à la stagnation et à la corruption des institutions en place, défendent un retour à une version plus pure et plus exigeante de leur religion, prêchent le travail, l’ordre et la discipline et s’adressent à des populations dynamiques… On peut faire un parallèle entre Calvin et l’ayatollah Khomeiny.. » Le fondamentalisme a grandi dans l’essor urbain galopant des dernières décennies. Les nouveaux urbains, orphelins de traditions villageoises millénaires, livrés à la détresse économique et au vide moral, ont fourni à l’intégrisme islamique ses grandes masses de manœuvres révolutionnaires. Il s’est dévoué à satisfaire leurs besoins sociaux, leur apporter sens et dignité, les nourrir, aider les chômeurs, mettre sur pied des systèmes d’entre aide depuis le jardin d’enfants et les écoles jusqu’à la tombe. Il fournit une assistance en cas de catastrophe naturelle. Il a multiplié les écoles islamistes. Il supplée ainsi aux carences souvent abyssales d’une société civile minée par la corruption. Réislamisation au grand galop Le renouveau de l’islam est un phénomène urbain. Les masses de manœuvre de l’intégrisme islamique sont les déshérités de l’exode urbain. Ils représentent une force gigantesque, mais qui resterait désordonnée et latente si elle n’était pas structurée par une élite. Celle-ci est composée d’esprits brillants ayant un excellent niveau d’études et tournés vers la modernité. Ce noyau dirigeant est composé d’étudiants et d’intellectuels issus des classes moyennes et même de la grande bourgeoisie. La plupart sont diplômés des grandes universités de toutes facultés. Au cours des années 70, dans des pays comme l’Egypte, le Pakistan, l’Afghanistan, la première phase commença dans la fabrique des élites : le monde universitaire. Les islamistes y prirent le contrôle des syndicats étudiants. L’islamisation universitaire s’est concentrée là où se forgent les outils de la modernité et de l’action : les facultés des sciences, les instituts de technologies, les écoles d’ingénieurs. Le taux de croissance annuel des sociétés musulmanes est presque partout supérieur à 2-3%. Les jeunes musulmans sont religieux quand leurs parents sont laïcs. Ils subissent l’influence de la deuxième génération : « l’indigénisation ». On pourrait croire les femmes réfractaires à ce renouveau islamique. Ce n’est pas le cas. Si une partie des femmes tourne le dos au renouveau de l’islam, d’autres, comme en témoigne le port du voile, en nombre croissant sont réceptives. L’exemple le plus frappant est la Turquie, qui fut au siècle dernier le temple de la laïcité dans le monde arabo-musulman, Les femmes de l’ancienne génération, laïques, voient creuser la distance avec leurs filles et petites filles, qui font retour à l’islam. La réislamisation galope partout dans le monde : l’Iran avec la révolution en 1979; la montée du Refah turc en 1980; Sadat en 1981; le Hezbollah libanais et les attentats meurtriers contre les Américains et les Français en 1984; les actions terroristes sur le territoire français en 1985; le Hamas en Palestine qui se réclamait de l’islam et non du nationalisme arabe; etc… Aussi, le radicalisme islamique se répandait comme une traînée de poudre : le Front Islamique du Salut (FIS) nouveau-né de la politique intérieure algérienne triomphait aux élections législatives de 1991. Atterré, l’Etat annulait ces élections. Au Soudan, un coup militaire en 1989 imposa un régime islamique, en Afghanistan, la défaite des troupes soviétiques fut la victoire des intégristes islamistes. Et des attentats islamistes frappèrent les pays occidentaux : sur les Twin Towers en 1993, en France en 1995, contre les ambassades américaines de Nairobi (Kenya) et Dar es Sallam (Tanzanie) en 1998, sur le navire américain USS Coole à Aden en 2000, et sur les Twin Towers et le Pentagone de 2001. Parallèlement en développement de cet islamiste radical, se déploya dans divers pays une islamisation conservatrice. Elle se manifesta par la prolifération des mosquées un peu partout, l’extension du port du voile. L’Asie centrale : de Marx à Allah LA chute de l’URSS a fait le lit d’une série de rebellions islamistes et irrédentistes dans le Caucase (Tchétchénie), en Asie centrale et dans les Balkans (guerres de Bosnie et du Kosovo). Ces insurrections sont financièrement et moralement soutenues, pour l’essentiel, par l’Arabie Saoudite, la Turquie et le Pakistan. Une guerre de civilisation s’est ainsi installée entre les mondes slavo-orthodoxe et turco-musulman. Le dynamisme de la réislamisation de l’Asie Centrale repose avant tout sur celui de la démographie. Entre 1970 et 1993 : Kazakhstan (1,1%), Kirghizstan (1,9%), Tadjikistan (2,9%), Ouzbékistan (2,6%), Turkménistan (2,5%). Le Kazakhstan est le plus faible parce que la moitié de sa population est d’origine russo-orthodoxe. La déferlante juvénile propulsa l’intégrisme islamique en Asie centrale avec l’aide inespérée fournie par la chute de l’Empire soviétique. Une fois libérées du joug communiste, les populations d’Asie centrale se rattachèrent spirituellement et culturellement à leur passé musulman. Nouvelles écoles religieuses, nouveaux centres islamiques, nombreux nouveaux imams, distribution de milliers de Coran, etc… tout cela financé par l’Arabie Saoudite, la Turquie et le Pakistan. Les dirigeants d’Asie centrale arrivés au pouvoir ne comprirent pas tout de suite ce qui se passait et laissèrent une complète liberté d’action aux prêcheurs étrangers. Quand ils prirent conscience de la situation, c’était déjà trop tard. Les idées fondamentalistes s’étaient largement répandues. Les gouvernements entreprirent alors de réprimer durement l’activisme islamique. La situation se radicalisa. Entre autres, une sanglante guerre civile de 1992 à 1997 au Tadjikistan fit plus de 50,000 morts. Au terme de ce conflit, naquit un gouvernement de coalition incluant le Parti de la renaissance islamique qui est modéré. La stabilité de l’Asie centrale est condamnée notamment à cause du Mouvement islamique d’Ouzbékistan (MIO). L’Ouzbékistan est stratégique : c’est la plus peuplée, et la plus puissante militairement. C’est l’Ouzbékistan que les Américains avaient choisi, pour faire transiter leurs troupes et matériel vers l’Afghanistan lors de la guerre contre les talibans. Ainsi les agissements des extrémistes ouzbeks revêtent-ils une grande importance. Leurs buts sont radicaux : renverser le gouvernement de l’Ouzbékistan, dirigé par Islam Karinov. En 1999, 2000, 2001, le MIO lança des guérillas contre l’Ouzbékistan de ses bases installées dans les pays voisins. Et de proche en proche, le MIO étendit son djihad à toute l’Asie centrale sous le commandement militaire d’un chef charismatique : Juma Namangani. Pour l’instant, l’objectif du MIO est la déposition des régimes en vigueur en Ouzbékistan, au Tadjikistan et Kirghizistan et l’instauration de la charia dans ces trois pays. L’aura du MIO est telle qu’elle déborde les frontières et ce parti recrute dans tous les groupes ethniques d’Asie centrale et, au delà, du Caucase à la Chine. Se sentant menacé, le Kazakhstan a renforcé ses dépenses militaires en prévision d’un affrontement à grande échelle. La puissante d’aimantation du MIO n’a pas échappé à l’Arabie Saoudite qui s’est empressée de lui apporter un généreux soutien financier. Le MIO se finance aussi par le trafic d’armes et de drogue. Plus c’est anachronique, mieux cela marche En plus du MIO, une seconde menace grave est apparue en Ouzbékistan. Elle est constituée par l’émergence d’une autre organisation islamique radicale, le Parti de la libération «Hizb ul-Tabir (HT) » qui emporte un immense succès auprès de la jeunesse ouzbek. Plus particulièrement celle qui a un haut niveau d’instruction. Le HT est né en 1953 en Jordanie et fut fondé par un petit groupe de Palestiniens. Centré initialement sur la question palestinienne, il connut une destinée prodigieuse : dépassant le cadre du Proche-Orient, il se mua en mouvement supranational. Il est en pleine expansion en Asie centrale. En Europe, il est aussi très influent : il fascine la deuxième génération issue de l’immigration. Ce qui fait son succès, c’est que le HT souhaite unir l’Asie centrale, la province chinoise de Xinjiang (qui compte 7 millions de musulmans), puis l’ensemble de l’oumma (la communauté mondiale des musulmans) au sein d’un grand califat. Comme au premier temps du Prophète ! Cette période fut celle de l’expansion foudroyante de l’islam à travers le Moyen-Orient et l’Afrique, par le sabre et la conversion, où une véritable société musulmane a existé unie dans une foi non pervertie par les déviances ultérieures. L’Empire ottoman fascine aussi le HT. Elle représente l’apogée de l’Islam. D’Istanbul le califat ottoman contrôlait, à la fin du Moyen Age, l’essentiel du monde islamique, y compris le Moyen-Orient et les Balkans. Le HT voit l’abolition du califat en 1925 comme le résultat d’un complot ourdi par le mouvement sioniste international dans le but de réduire les musulmans à l’impuissance et considère la restauration du califat comme la clé du renouveau politique d

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