Archive for septembre 2007

L’ADQ au prise avec ses incohérences
30 septembre 2007

Dans une énième démonstration d’opportunisme politique, Mario Dumont, lors du congrès de l’ADQ se tenant en fin de semaine, a décidé cette fois-ci de surfer sur l’environnement. Sauf qu’encore une fois, il est au prise avec ses propres contradictions.

Ainsi, lorsqu’il annonce vouloir présenter un plan plus ambitieux que celui du PLQ pour respecter le protocole de Kyoto, il oublie qu’une de ses promesses de tout temps a été de réduire le nombre de fonctionnaires et de laisser agir les forces du marché (ce n’est pas pour rien que c’est un parti de droite). Alors, comment inciter les entreprises à moins polluer, si c’est plus rentable de polluer, sans avoir des fonctionnaires pour s’assurer que les entreprises polluent moins? Car c’est bien beau dire « moins d’État » tout le temps (ce point très commun entre les Néolibéraux et les Libertariens), mais on ne peut pas à la fois réduire l’État et se servir de lui comme levier pour atteindre un objectif social important.

Une autre occasion de rigoler: le projet de train à haute-vitesse entre Windsor et Québec. Et bombien coûterait un tel projet? Voici ce qu’a répondu Simon-Pierre Diamond, non seulement le plus jeune député de l’histoire récente du Québec mais qui en plus du haut de son inexpérience est responsable de l’environnement:

« Actuellement, nous ne sommes pas rendus aux chiffres, mais l’important, c’est de mettre la priorité sur l’environnement. »

Ah bon. Tiens donc, moi aussi j’ai un projet. On pourrait donner un chèque de 100 000$ à tous les Québécois pour régler le problème de la pauvreté. « Je ne suis pas rendu aux chiffres, mais l’important, c’est de mettre la priorité sur la lutte à la pauvreté ». Hey, ti-coune, c’est foutrement important les chiffres quand tu aspires à gouverner une nation!

Tout ça n’est pas sans nous rappeler le dernier débat des chefs, où Mario Dumont était pris pour défendre un cadre financier de l’épaisseur d’une recherche sur les pandas d’un élève de cinquième année primaire. Et c’est ce gouvernement qui aspire à nous gouverner?

Malheureusement, on constate encore une fois que l’ADQ et son leader maximo, el general Dumont, en sont restés au stade de la critique et de l’opposition. Alors que ce parti pourrait agir en tant que prochain gouvernement et réellement proposer des mesures concrètes, il se contente encore une fois de surfer sur ce qui est populaire et il ne se donne même plus la peine d’être cohérent ou de chiffrer ses engagements.

Quoi que dans le cas de l’ADQ, il faut être bien sûr d’écrire le mot « engagement » dans de la glace; on ne sait jamais ce dont les sondages seront faits demain et quelle position diamétralement opposée le parti décidera de suivre à ce moment!

L’Histoire nous a bien appris à ne pas faire confiance aveuglément à un parti dont toutes les politiques viennent du chef, qui lui peut changer d’idée n’importe quand.

Mais a-t-on vraiment appris?

Pétition exigeant le renvoi de Pierre Morin
29 septembre 2007

Même si Pierre Morin a fermé son blogue, il est important de ne pas le laisser s’en tirer aussi facilement. Non pas par vengeance, mais par soucis de transparence et pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise. Voici pourquoi je vous invite à signer cette pétition.

Celle-ci est adressée au chef de l’ADQ, non seulement parce qu’il est en situation d’autorité sur M. Morin, mais aussi et surtout parce que c’est lui qui a récompensé M. Morin (qui opérait sous le pseudonyme de « MisterPi » pour sa campagne de dénigrement opérée pendant la dernière campagne électorale.

A l’attention de : Mario Dumont, chef de l’Action Démocratique du Québec

Nous exigeons le renvoi immédiat de Pierre Morin, chef de cabinet du troisième vice-président de l’Assemblée nationale et employé de l’Action Démocratique du Québec, pour avoir manqué à son devoir en s’occupant d’un blogue intitulé Les dessous… de la politique sous une identité frauduleuse (une soi-disant « Élodie Gagnon-Martin ») et où il tenait des propos orduriers et diffamatoires à l’encontre des adversaires de l’ADQ.

Il est inacceptable dans une démocratie qu’un individu travaillant au parlement et occupant une fonction importante dans l’appareil législatif puisse occuper parallèlement de telles activités méprisantes. M. Pierre Morin n’est pas un citoyen comme les autres; il a un poste qui lui demande un devoir de réserve et il n’en a pas tenu compte en occupant (anonymement) le blogue pré-cité.

Pour toutes ces raisons, nous croyons que M. Pierre Morin doit être démis immédiatement de ses fonctions.

Veuillez faire circuler cette pétition. Nous avons un devoir moral de nous opposer au détournement de la démocratie opéré par Pierre Morin et à sa campagne de salissage opérée anonymement pour le compte de l’ADQ.

AJOUT: Certaines personnes seront peut-être tentées de dire: « bon, il est démasqué, c’est fini, on passe à autre chose ». Ces gens ont tort et ceux qui pensent ainsi sont des gens qui ont peur d’aller jusqu’au bout et d’être cohérents avec eux-mêmes. Car être cohérent, c’est de se dire à soi-même et au monde que ce qu’on dénonce on ne le fait pas pour des raisons partisanes, mais bien parce que c’est la fonction qui est incompatible avec les conneries écrites sur un blogue. En d’autres mots: on aurait fait pareil si le blogueur avait été au service du PQ ou d’un autre parti.

Malheureusement, dans certains milieux péquistes, on ne semble pas avoir à coeur nos institutions démocratiques et le respect de notre parlement. On préfère la real politik; on préfère que Pierre Morin demeure au parlement, mais les mains liées, plutôt que de le voir sur le chômage à temps plein et avec toute la journée pour bloguer. Si cet argument se tient d’un point de vue pratique, il est bien la démonstration que ceux qui le tiennent ont davantage peur de Morin que quoi que ce soit d’autre et qu’à leurs yeux nos instititutions ne valent pas la peine qu’on les défende.

En outre, ils donnent l’impression d’être davantage intéressés par un règlement de compte contre quelqu’un s’attaquant régulièrement à leur parti que de dénoncer un geste sans transparence et qui mine la confiance qu’ont les citoyens envers ceux qui occupent notre parlement. À moins, bien sûr… qu’ils espèrent eux-mêmes un jour se faire engager par un parti politique pour bloguer « undercover »? Car si on congédie Morin pour ses conneries, ceux-ci peuvent dire adieu au même rôle pour le PQ, par exemple.

Dans tout ce dossier, il y a une chose qui est plus importante que toutes les autres: le parlement doit être un sanctuaire où ceux qui y travaillent sont au-dessus de toutes manoeuvres de salissage et de campagnes de dénigrement partisanes comme celle entreprise par M. Morin.

Si on accepte que Morin continue à travailler au parlement malgré ce qu’il a fait, on lance le signal clair que c’est acceptable de le faire et on incite d’autres à le faire. La seule façon d’empêcher une telle situation de se reproduire est de renvoyer Pierre Morin. Sinon, on est complice par le silence de ses actions et on se prépare pour le prochain épisode avec peut-être de nouveaux acteurs mais la même utilisation de fonds publics et d’espace public pour faire de la diffamation sur des adversaires politiques.

Victoire!
28 septembre 2007

Ça y est, Pierre Morin, alias Élodie G. Martin, vient de (re)fermer son blogue. Faut dire, il n’avait plus vraiment le choix, car la pression était très forte, non seulement de la part des blogueurs, mais aussi depuis qu’Antoine Robitaille, du Devoir, était sur l’affaire.

D’ailleurs, elle a censuré un de ses commentaires sur son blogue, tel que cité par la chronique Sur le Web, de Radio-Canada:

« Je ne tire aucune conclusion dans mon texte. J’expose une bonne histoire bien de notre époque. Si vous n’avez pas de couille, comme vous le prétendez, vous me téléphonez, on se rencontre IRL et on fait connaissance. Je suis prêt à publier un texte avec photos de la vraie Élodie Gagnon-Martin. Pensez-y : ça fermerait la trappe à ces «ragots écrits sur d’obscurs blogues». Et ça vous ferait une autre maudite belle pub. On pourrait voir vos yeux verts. »

J’ai moi-même fait quelques recherches, et voici deux adresses IPs utilisées par la/les personnes derrière ce blogue: 24.203.116.20 et 74.59.5.67 Ce sont deux adresses situées à Montréal et appartenant à Vidéotron, ce qui rend de plus en plus probable l’idée d’une aide externe pour permettre à Pierre Morin d’effectuer ses campagnes de salissage contre les adversaires de l’ADQ sans laisser de trace de son bureau du parlement.

Qu’est-ce que ça signifie, cette fermeture du blogue de Élodie G. Martin? Ça signifie que Pierre Morin ne peut pas se permettre d’être sous les feux de projecteur et que l’ADQ n’a pas besoin de se faire blâmer publiquement pour avoir eu des gens sur son payroll qui entretiennent des outils de diffamation contre leurs adversaires. Ultimement, si le blogue n’avait pas été fermé, on aurait peut-être pu assister à des poursuites.

Des gens diront peut-être qu’il s’agit d’une tempête dans un verre d’eau. Pas d’accord: les blogues ont de plus en plus d’influence et il n’est pas normal en démocratie qu’un individu au service de l’État dans des fonctions officielles travaille « undercover » à salir les adversaires politiques de son parti.

C’est donc une petite victoire dans la blogosphère, mais une grande victoire politique, et la preuve, encore une fois, de l’immaturité de l’ADQ et de son incapacité à jouer franc-jeu avec la population. Car si ce parti est capable d’accepter des idiots comme Pierre Morin dans ses rangs, et est capable de donner à celui-ci un poste important au parlement, et ensuite de lui permettre de continuer ses idioties, de quoi sera-t-il capable au pouvoir?

« Élodie Gagnon-Martin » payé(e) par l’État?
28 septembre 2007

Ça faisait quelque temps qu’on en parlait entre blogueurs souverainistes. Voici maintenant que le Devoir, sous la plume d’Antoine Robitaille, a décidé de coller ensemble tous les morceaux du casse-tête. Et le résultat est assez surprenant: il y a une très forte possibilité qu’Élodie Gagnon-Martin, l’auteure du blogue-poubelle Les dessous… de la politique, soit en fait MisterPi, un blogueur qui avait contribué, selon lui et ses amis de l’ADQ, à la bonne performance du parti aux dernières élections, et qui occupe présentement un poste au parlement.

La nouvelle est BIG. Qu’un homme qui est payé par les contribuables dans sa fonction au parlement occupe un blogue officiellement, il n’y a rien de mal. Mais qu’il travaille anonymement pour insulter ses adversaires politiques, à même les deniers publics, voilà qui est troublant.

Mêmes sujets, mêmes thèmes, même blogoliste, mêmes erreurs d’accord du sujet féminin, mêmes caricatures; ce blogue est presque la copie conforme de ce que faisait MisterPi. Sans oublier que l’auteur(e) a publié de nombreux commentaires reliés à la circonscription de Joliette (lieu d’origine de Pierre Morin, alias MisterPi) et que Gilles Taillons, vice-président de l’ADQ, réagit occasionnellement sur son blogue. Et jusqu’à tout récemment, le blogue-poubelle avait le même aspect visuel mettant l’emphase sur un des yeux du soi-disant auteur (étrangement le design a été changé au cours des derniers jours, alors que la discussion sur la véritable identité d’Élodie G. Martin faisait rage dans la blogosphère).

Suite à ces révélations, je crois que l’ADQ devrait obliger Pierre Morin à fermer ce blogue. Les contribuables n’ont pas à payer le salaire de quelqu’un qui a toute la journée devant lui pour bloguer au service d’un parti.

Élodie, tu es démasqué. Moi non plus, je n’accorde pas bien au féminin, mais c’est bien parce que tu es un homme. Un homme au service de l’ADQ et qui gère un blogue-poubelle sur le bras des contribuables.

La fin de partie
27 septembre 2007

Il semble de plus en plus probable que les États-Unis vont attaquer l’Iran. Il y a quelques semaines le Courrier International expliquait neuf indices qu’une guerre se préparait, et aujourd’hui on apprend par le Canard enchaîné que les services secrets russes on averti l’Iran qu’une attaque était imminente.

En clair, le plan israélo-américain serait de procéder à des attaques furtives contre les installations nucléaires (civiles) iraniennes, et ce avant la fin de 2007. Voilà pourquoi Moscou a livré des armes antiaériennes à Téhéran.

Mais un autre signe qui ne ment pas, c’est cette tournée américaine du président iranien Ahmadinejad, qui joue très gros et espère empêcher les États-Unis d’attaquer le pays avant qu’il n’ait complété la construction d’une arme nucléaire lui permettant d’assurer son auto-défense.

Mais ultimement, ne nous trompons pas. L’enjeu n’est pas le nucléaire. L’enjeu, c’est le pétrole. Comme je l’affirmais dans Made in China le véritable but des États-Unis est de s’accaparer des dernières ressources de pétrole de la planète en prévision du pic pétrolier (le moment où on atteint le maximum absolu de production de pétrole à l’échelle mondiale, mais dont l’aspect le plus dangereux est ce moment où l’offre de pétrole ne suffit plus à la demande) et d’empêcher la Chine et l’Inde de pouvoir avoir accès à suffisamment de pétrole pour assurer un développement économique leur permettant, à terme, de surclasser les États-Unis.

Car dans un contexte où le pétrole sera une denrée de plus en plus dispendieuse (et rare), seuls les pays assurant leur accès à cette source capitale d’énergie seront en mesure d’être compétitifs. L’enjeu, pour les États-Unis, est donc de s’assurer d’être le dernier pays en possession de pétrole à bas prix quand la crise économique, résultante de l’explosion des coûts de l’or noir, frappera.

L’Irak, l’Iran, l’Afghanistan, les républiques du Caucase, le Pakistan (malgré les démentis, les services secrets pakistanais, qui ont notamment été impliqués dans le financement des attaques du 11 septembre 2001, sont pratiquement une création de la CIA)… Washington s’installe un peu partout dans la région et bloque toute voie qui puisse permettre à la Chine de s’approvisionner en pétrole à long terme. Et quand le pétrole coûtera 200$ le baril – et il VA coûter 200$ le baril d’ici quelques années – les États-Unis seront en excellente position pour maintenir leur empire et auront déjà leurs soldats-pions sur place pour protéger leurs intérêts pendant que les pays émergents annihilent leur croissance dans la recherche désespérée d’énergie.

Aux échecs, on appelle ça l’analyse d’une transition vers la fin de partie. Quand il y a moins de pièces sur le jeu et qu’il ne suffit plus de penser en terme de calculs tactiques à court terme mais plutôt en concepts stratégiques à long déploiement et aux conséquences de ceux-ci, il faut non seulement imaginer les transformations possibles en terme de matériel existant, mais l’aspect du jeu après de nombreux échanges effectués. Bref, il faut prévoir la fin de partie, ce moment où il ne reste plus que quelques pièces et où les objectifs de chacun sont clairs et précis et où seule la bonne application de la technique peut vaincre.

Cette fin de partie, c’est celle du monde de l’après-pétrole à bas prix et cet échiquier, c’est notre planète.

Et le policier y prend son pied!
27 septembre 2007

Dans La liberté… d’emprisonner! je dénonçais l’utilisation de la force pour empêcher un étudiant de s’exprimer lors d’une période de question faisant suite à une conférence de John Kerry. L’étudiant a non seulement été maîtrisé par de nombreux policiers, mais il a également été électrocuté par un taser, cette arme qui envoie de fortes décharges de près de 50 000 volts paralysant effectivement sa victime.

Et bien, quoi de pire au royaume de l’emprisonnement que de savoir que ceux qui font le métier de policier ont du plaisir à donner de la douleur à un étudiant sans défense?

Et oui, le policier qui vient de donner une décharge électrique extrêmement douloureuse à Andrew Meyer semble y prendre son pied! Comme le souligne avec justesse l’auteur de l’excellent blogue Paulitics :

« La liberté est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si ceci est accordé, tout le reste suit. » (Tiré de l’excellent 1984, de George Orwell)

Quel beau pays ils ont tout de même les « Zamaricains »!

Le vote émotionnel
26 septembre 2007

Le dernier sondage CROP – La Presse est assez troublant. D’un côté, l’ADQ prend la tête des intentions de vote avec 34%, mais parallèlement on constate que la majorité des électeurs croient que la meilleure personne pour occuper le poste de premier ministre est Pauline Marois, cheffe du Parti Québécois.

Cette contradiction pourrait s’expliquer aisément si le parti de l’ADQ était plus populaire que son chef. Dans ce cas, les gens voteraient pour l’ADQ malgré le chef. Mais ce n’est pas possible ici, car l’ADQ est avant tout le parti de Mario Dumont; il est à peu près la seule personnalité connue de ce parti et tout, absolument tout dans ce parti découle de ses décisions. C’est le parti de Mario Dumont, et de personne d’autre.

Alors, comment expliquer qu’une partie des voteurs adéquistes croient que Pauline Marois ferait une meilleure première ministre? Je crois qu’il faut parler de la composante émotionnelle du choix.

En effet, l’appui à l’ADQ semble avant tout en être un relié à l’émotion, à la passion, et non pas un choix rationnel et réfléchi. On vote pour l’ADQ parce qu’on suit la vague, parce qu’on veut faire partie de la masse des gens, tels ces bisons qui courent vers la falaise. On suit le courant, et on aime cela; on se sent réconforté par le fait que beaucoup de gens pensent comme soi, et on a confiance dans Mario Dumont et dans son image de bon père de famille réconfortant. On recherche une figure paternelle et Mario Dumont est ce petit père politique qu’on aimerait tant avoir.

Mais quand vient le temps de se questionner sur la question théorique consistant à se demander qui ferait le meilleur premier ministre dans le monde concret, le choix devient immédiatement rationnel. Car même si on se sent émotionnellement attiré par Mario Dumont, on sait que Pauline Marois a davantage d’expérience, est plus capable de travailler en équipe et a davantage la stature d’un chef d’État. Puisque la question est théorique (on ne demande pas « qui souhaitez-vous avoir comme premier ministre ») et ne nous engage pas personnellement, on répond selon sa tête, et la tête nous confirme que Marois a davantage de qualités que Dumont pour occuper le poste.

Ce phénomène du vote (émotionnel) de groupe à l’ADQ trouve son appui dans le concept de la pensée de groupe, tel que développé par Irving Janis en 1972. Selon ce concept, des individus, qui autrement sont tout à fait logiques et rationnels, ont tendance à rechercher un consensus plutôt que d’appréhender rationnellement une situation.

« Le danger d’un tel phénomène est que le groupe peut prendre de mauvaises décisions ou des décisions irrationnelles, même si les individus du groupe auraient personnellement pris une autre décision. Dans une telle situation de pensée de groupe, chaque membre du groupe essaye de conformer son opinion à ce qu’il croit être le consensus du groupe sans se poser la question de ce qui est réaliste. La conséquence est une situation dans laquelle le groupe finit par se mettre d’accord sur une action que chaque membre du groupe croit peu sage. » ((Source))

Ainsi, même si individuellement les gens savent que Pauline Marois ferait une meilleure dirigeante que Mario Dumont, ils votent tout de même pour le parti de Mario Dumont parce qu’ils se conforment et s’identifient à cette nouvelle vague adéquiste. Ils ont soumis leur bon sens rationnel au sentiment sécurisant et émotionnellement gratifiant de la pensée de groupe.

Il y a deux problèmes soulevés par cette constatation de l’aspect intrinsèquement émotionnel de l’appui à l’ADQ.

D’abord, peut-on se fier à un gouvernement élu par des gens ne l’appuyant pas pour ses promesses ou ses politiques, mais parce qu’ils s’identifient à son chef ou à l’image incarné par le parti? N’y a-t-il pas un profond risque de dérapage comme on l’a vu très souvent au cours du siècle lorsque des partis populistes de droite ont pris le pouvoir et on pu agir à leur tête sans craindre le jugement des électeurs, subjugués par le charisme du chef (on pense immédiatement à Hitler, ou plus modérément à Reagan, Thatcher ou Mulroney à ses débuts)?

Ensuite, comment le Parti Québécois pourrait-il exploiter ce vote émotionnel et lui aussi faire vibrer le coeur des gens pour aller chercher des appuis? Car c’est bien là un problème profond: le PQ ne peut pas renier ses idées réfléchies et rationnelles, appuyées par ses militants de longue date, pour espérer conquérir les coeurs. Le parti doit trouver un moyen de contrecarrer l’influence négative de l’ADQ sur le débat des idées et ramener les citoyens à la réalité: on n’élit pas des gens qu’on aime, mais plutôt des gens qu’on croit capable de bien gouverner. Mais comment faire passer le message?

Dans le fond, ce que ce sondage démontre surtout, c’est que les électeurs sont encore un territoire vierge à conquérir. Si pour le moment leur coeur va à Mario Dumont, il ne suffirait peut-être de pas grand chose pour mettre l’accent sur le côté rationnel de la politique et miser sur leur préférence rationnelle envers Pauline Marois.

Car c’est bien beau aimer un parti aveuglément, mais encore faut-il qu’il puisse gouverner rationnellement. Ce qui est loin d’être acquis pour un parti immature et aux politiques irréfléchies comme l’ADQ.

Demain, la crise?
26 septembre 2007

Je suis en train de lire un livre très intéressant: The Coming Economic Collapse, de Stephen Leeb. ((The Coming Economic Collapse, Stephen Leeb, Warner Business Books, 2006, 211 pages.)) Ce qui est intéressant dans cette oeuvre, c’est que c’est un ouvrage grand-public, destiné à la fois au citoyen lambda et à l’investisseur financier, et que c’est écrit par un auteur qui a une certaine crédibilité: il avait auparavant prévu le boom financier des années 90, puis la débâcle des technos en 2000, et si sa proposition d’un baril de pétrole à 100$ dans son livre The Oil Factor, publié en 2004, avait bien fait rire au début, on constate de plus en plus qu’il a du flair.

Dans « The Coming Economic Collapse », Leeb base son analyse notamment sur la théorie de l’effondrement des sociétés complexes de Tainter, qui a écrit le livre The Collapse of Complex Societies et qui démontre de quelle façon c’est la perte de ressources énergétiques capitales et l’incapacité des élites à modifier la société pour faire face à ce manque qui sont à la base de la chute d’une civilisation.

Pour résumer cette théorie, plus une société évolue et se complexifie, plus elle est en mesure d’exploiter avantageusement de nombreuses ressources Au début, le gain est immense, mais au fur et à mesure que la société continue de se complexifier les gains diminuent, jusqu’au moment où la complexité de la société est un handicap qui se révèle plus coûteux que les gains escomptés. Et c’est à ce point crucial que les élites doivent jouer leur rôle: sauront-elles reconnaître la situation et s’y adapter ou perpétueront-elles un mode de vie et une façon de faire qui entraîne à la chute?

Par exemple, l’empire romain a crû en asservissant ses voisins, pour obtenir notamment les précieuses ressources que sont l’énergie humaine des esclaves. Au fur et à mesure que Rome étendait son influence, cependant, les gains réalisés par le contrôle sur tous ces territoires étaient progressivement contrebalancés par des infrastructures civiles importantes, une lourde bureaucratie et une riche élite qui accumulait une richesse non productive pour la société. Si bien qu’à la fin Rome n’a non seulement pu contenir ses nouveaux territoires, mais elle a perdu jusqu’à son berceau d’origine.

Si on remplace l’énergie de l’esclave par la forme d’énergie hautement plus performante qu’est le pétrole, on retrouve la même situation: notre société est basée, organisée, structurée autour du pétrole à bas prix. À aucun moment dans l’histoire de l’humanité n’a-t-on vu une telle démocratisation d’une source d’énergie comme c’est le cas avec le pétrole aujourd’hui. Que ce soient nos banlieues, notre nourriture du Mexique, nos vêtements d’Inde, nos technologies du Japon, tout notre mode de vie dépend du pétrole.

Et la demande de pétrole va bientôt dépasser l’offre, transformant cette ressource à bas prix en une denrée rare. Et selon Leeb, c’est cette rareté du pétrole qui risque d’entraîner le monde dans une crise économique telle que les fondements de notre société, depuis notre État moderne jusqu’à notre façon de concevoir l’urbanité, en seront profondément modifiés.

« Éventuellement, le pétrole à 200$ le baril forcera le monde, de par l’action du libre-marché, à consommer moins de pétrole et à dépendre davantage d’énergies alternatives. Le plus vite nous pouvons développer une énergie durable, le moins seront difficiles les prochaines années. Et même si nous devons nous acheminer vers une société moins complexe, une source d’énergie alternative va rendre le changement plus facile et va amortir la chute.

Cependant, il y a un problème. Mettre en place une source d’énergie alternative et durable risque de prendre du temps – des décennies, en fait. L’effort demandé sera également très important – du genre de celui d’une guerre majeure. À moins que nous commencions dès maintenant – et même maintenant il est peut-être trop tard – nos chances de succès sont minces. » ((Ibid., p. 128))

En clair, ce que Leeb nous explique, c’est que ce moment-clef où les élites doivent jouer leur rôle et modifier en profondeur une société pour l’adapter à l’incapacité d’obtenir assez d’une ressource pour assurer la survie du système, ce moment c’est maintenant. Dès aujourd’hui, nos élites politiques doivent trouver une façon de préparer l’après-pétrole, c’est-à-dire le passage d’une société basée sur le pétrole à bas prix à une société qui pourra utiliser le pétrole à diverses fins mais qui ne le gaspillera pas dans des voitures ou du plastique jetable.

Kyoto, dans cette optique, est un bon début. Le vrai but de l’accord n’est peut-être pas réellement la diminution des gas à effet de serre (de tout temps des modifications climatiques ont eu lieu, et plusieurs croient que les cycles solaires ont davantage d’impact sur le climat actuel que l’activité humaine), mais plutôt de trouver un moyen de réduire la dépendance au pétrole sans pour autant créer une panique. Bref, une façon de changer la société et de la transformer d’une société complexe à une société plus simple tout en douceur.

Cependant, le refus de l’administration Bush (et de son laquais de service Harper, qui ces jours-ci se pavoise devant le think-tank d’extrême-droite qu’est le Council on Foreign Relations) de miser sur une diminution de la consommation du pétrole et son aventure pour aller en contrôler pratiquement les dernières ressources non-exploitées de la planète en Irak se justifient également. Car si les États-Unis étaient le seul pays à diminuer sa consommation de pétrole, d’autres pays (comme la Chine ou l’Inde) pourraient les rattraper en se servant de cette énergie toute-puissante pendant que l’Oncle Sam vit dans le marasme.

Étrangement, il ne semble pas y avoir de solution nationale. D’un côté le pays qui applique Kyoto ou qui se prépare à l’après-pétrole se trouve désavantagé face aux autres pays et voit son économie dévastée, avec tout son lot de souffrance. Et d’un autre, le pays qui refuse de considérer l’après-pétrole et qui se bat pour mettre la main sur les dernières ressources disponibles fonce à toute vitesse vers un mur, celui du pic pétrolier, et encore une fois le résultat est une crise économique et une économie dévastée.

Peut-être qu’au fond, l’enseignement utile ici est la nécessité d’une solution mondiale, c’est-à-dire l’implantation d’une forme de gouvernement prenant des décisions pour l’ensemble du genre humain et décidant, pour notre plus grand bien, de réduire notre dépendance au pétrole.

Sauf qu’à moins de pouvoir établir ce gouvernement mondial d’ici quelques années et de faire les changements majeurs qui s’imposent, il semble de plus en plus inévitable que nous allons vivre une crise économique majeure sans précédent.

La marionnette Karzaï
25 septembre 2007

Après avoir été chez Unocal et relié d’assez près aux amis de George W. Bush, voici que Karzaï, non content d’être la marionnette de service en Afghanistan, joue désormais le porte-parole de l’armée canadienne.

En effet, le NPD a appris que de grandes parties des discours prononcés par Karzaï au Canada ont été rédigés par l’armée canadienne. Dawn Black, du NPD, explique:

« Ces documents démontrent que le discours du président Karzaï au Parlement n’était qu’un truc politique, un coup monté. Ce que les Canadiens ont entendu n’était pas la voix du peuple afghan, mais plutôt les points de discussion du ministère de la Défense. »

Voilà qui est troublant. L’armée canadienne essaie de faire passer l’idée que le Canada aide un pays étranger dans sa lutte contre les terroristes, mais le régime afghan est tellement fantoche qu’il faut écrire les discours du « président » pour espérer convaincre les Canadiens d’appuyer l’occupation de ce pays et la guerre contre une large partie de ses habitants.

Bientôt, sur Ebay, Hamid Karzaï vendu au plus offrant? « Président de l’Afghanistan en très bon état, a très peu servi, va répéter tout ce qu’on lui demande et va faire vos quatre volontés si vous le payez suffisament. Viens avec deux kilos de pavot et livraison assurée par l’armée canadienne ».

De plus en plus, on voit l’armée canadienne pour ce qu’elle est: un outil de propagande déconnecté de la réalité des Canadiens et n’ayant comme seul but que de les convaincre de l’appuyer aveuglément dans toutes ses expéditions barbares au service des intérêts de Washington.

Et ça nous coûte combien, déjà, cette armée marionnettiste?

L’ADQ mange toute une claque!
25 septembre 2007

L’ADQ et son candidat Conrad Harvey ont mangé toute une claque lors des élections partielles se tenant dans Charlevoix. Pauline Marois a emporté les élections haut-la-main avec près de 60% des votes. Voilà qui devrait redonner confiance au Parti Québécois et inciter l’ADQ à davantage de réflexion.

Il faut le dire, Mario Dumont a misé gros en rompant avec la tradition politique en opposant un candidat contre la cheffe du PQ. D’habitude, on joue de politesse et on laisse le chef d’un parti adverse se faire élire et on lui fait face à l’Assemblée Nationale. Mais le fair-play ne semble pas faire partie des habitudes de Mario Dumont, et le voici bien pénalisé.

Ce qui ajoute l’insulte à l’injure, ce n’est pas seulement les votes accordés à Marois, mais bien plutôt l’incapacité de l’ADQ d’aller chercher les votes fédéralistes. Avec un maigre 37% des résultats, la coalition fédéraliste qui aurait pu voir le jour entre les soi-disant autonomistes (fédéralistes) de l’ADQ et ceux du PLQ n’a pas vu le jour. Bref, c’est dire à quel point l’ADQ n’a pas pu séduire les électeurs de Charlevoix!

Le défi maintenant pour Mario Dumont, c’est de panser ses plaies. Il doit réfléchir à son programme politique et à son incapacité d’avoir pu rallier les votes fédéralistes dans Charlevoix. Car si Dumont a pu se maintenir assez longtemps entre les deux chaises du fédéralisme et de l’indépendantisme, il devra finir par se positionner au risque de s’aliéner les deux antagonistes.

Quant à Pauline Marois, elle devra maintenant occuper la place publique, se faire voir, proposer des idées, des politiques, et innover. Elle devra entendre l’appel des régions et ne pas avoir peur de remettre en question certains des dogmes du PQ, notamment le multiculturalisme.

Ce nouvel élan du Parti Québécois, associé à l’indifférence générale vis à vis des Libéraux et à ce récent échec de l’ADQ laisse entrevoir un automne politique des plus intéressants!