La reine Marois

Il y a deux façons d’analyser la décision de Diane Lemieux de quitter le Parti Québécois, suite à sa récente rétrogradation: la façon pragmatique ou la façon idéaliste.

Dans un premier cas, il suffirait de dire que c’est ainsi que la game se joue: tout chef d’un parti politique (ou de n’importe quel mouvement) a tendance à placer des gens de confiance dans les postes les plus importants afin d’assurer sa maîtrise. C’est de la realpolitik, le pouvoir pour le pouvoir; aucun chef ne peut aspirer à asseoir durablement son emprise sur le parti sans tout d’abord le débarasser de ses éléments potentiellement contestataires. Selon cet esprit, Diane Lemieux aurait dû prendre son trou, accepter de se voir reléguer à l’arrière-banc et continuer à servir le parti même si ce en quoi elle croit – l’indépendance du Québec – n’a plus la cote dans le PQ de Pauline Marois. Elle aurait dû attendre son tour pour reprendre sa place, éventuellement.

Ensuite, il y a la façon un peu plus idéaliste, qui à mon avis est supérieure au pragmatisme car l’idéalisme engendre le soutien à long terme et permet par la suite une bonne dose de pragmatisme. L’idéalisme, c’est le canvas politique sur lequel se dessine le futur. De ce point de vue, le départ de Diane Lemieux doit être interprété non pas sous l’angle des intérêts de chacun, mais sous la perspective des idées: Diane Lemieux pouvait-elle sérieusement continuer à oeuvrer pour un parti qui, sous Marois, renie son article premier et est en train de se transformer de large mouvement populaire où les idées partaient de la base vers le sommet à une espère de réplique simpliste de l’ADQ où toutes les positions viennent du chef? En d’autres mots: y a-t-il encore place à la contestation au Parti Québécois? J’en doute.

En effet, le parti semble en voie de régler tous ses problèmes de guerres intestines et sur la place publique, mais ce faisant il détruit son âme, ce qui le différenciait des autres partis: son fonctionnement intrinsèquement démocratique où le chef n’était que le reflet de la volonté populaire. Et on aura beau reprocher à Boisclair beaucoup de choses, mais la plupart du temps il se contentait d’appliquer le programme voté par les militants (à quelques regrettables exceptions, notamment lors de son refus d’accepter la nationalisation de l’énergie éolienne).

Marois, au contraire, impose non seulement son style, son équipe, mais aussi ses idées. My way or no way, comme on dit au Zimbabwe. Après la déroute de Boisclair, elle est arrivée comme une sauveuse, appuyée solidement par quelques sondages bénéfiques, et elle est en train de transformer le parti pour éliminer toute forme de dissidence. Et pour ce faire, quoi de mieux que de museler ceux et celles qui avaient le défaut d’être un peu trop souverainistes ou reliés au chef précédent?

Lemieux a peut-être eu tort de partir, mais son départ doit être observé pour ce qu’il est: la perte d’un élément central, stable et populaire au sein du parti. Et ce type de départ doit automatiquement (re)poser la question fondamentale: si le but du PQ est de réaliser la souveraineté du Québec mais que la cheffe du parti met ce projet de côté et pousse à la démission une de celles qui y croient le plus, comment ne pas croire que ce parti est à la dérive et court à sa perte?

Le Parti Québécois est un parti populaire, dont le centre de gravité vient de la base. En agissant comme une petite reine et en tentant de changer la dynamique du parti, Marois cause davantage de problèmes qu’elle n’en résout.

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5 Réponses

  1. Tu devrais pas parler de choses sur lesquelles tu connais strictement rien, Louis.

    Je connais très bien le PQ et je peux te dire que la démission de Diane n’a rien à voir avec une différence de vision avec Marois. Lemieux était tout comme Marois modérée sur les questions de social-démocratie et de souveraineté.

    Depuis 2003 D. Lemieux pense à chaque début de session à démissionner. Elle a failli démissionner l’an passé, d’ailleurs.

    Le problème est qu’elle a beau être expérimentée, elle n’est pas une joueuse d’équipe, et elle a une attitude souvent hautaine et cassante pour ses collègues.

    Qu’elle fasse sa prima donna et démissionne le jour où elle perd son poste de cheffe parlementaire n’est que de la comédie pour la gallerie. En fait, elle pensait démissionner depuis longtemps, et elle voit là le prétexte de le faire.

    Et si ça peut faire croire à des gens niais que la méchante dans cette histoire est Pauline (remarque, ça a l’air de marcher), et bien tant mieux, c’était son but.

  2. Hé, hé. Louis n’aime pas Marois, ça paraît!

    Le plus drôle, c’est que tout le monde s’en crisse du départ de Lemieux, n’est-ce pas?

  3. Est-ce une manie, Monsieur Louis, car à chaque fois qu’on vous accuse de partisanerie péquiste, le lendemain vous écrivez un texte pour prouver le contraire.

  4. @Antipollution: Pur hasard; je voulais parler de cette nouvelle depuis deux jours… Quand même une grosse perte pour le PQ, et sûrement pas la dernière à quitter le bâteau à Marois!

  5. Bon alors… on a reproché à Landry et Boisclair de ne pas avoir modernisé le PQ, et maintenant on reproche à Marois de le faire. Quelle belle bande de …….

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