La perle du colonel

Y a de ces perles parfois à la télévision. De ces citations que vous entendez et qui vous donnent envie de crier à votre téléviseur « non mais quel idiot! ». Ce midi au Téléjournal de Radio-Canada j’en ai entendu une excellente, provenant du colonel Juneau, commentant la mort (prévisible) d’un premier soldat québécois:

« C’est (sic) des actes désespérés. Quand y installent où y envoient des attaques suicides qui tuent euh… 20 euh… 15 civils, en blessent 25 autres, c’est probablement pas la meilleure chose qu’y peuvent faire pour gagner l’appui de la population. Faque je pense qu’y sont rendus à un point où y agissent de façon désespérée. »

Ce que le colonel Juneau ne comprend pas (ou fait mine de ne pas comprendre pour servir ses supérieur hiérarchiques), c’est que c’est justement PARCE QU’il s’agit d’actes désespérés que la force brute militaire ne pourra jamais défaire les extrémistes islamiques. C’est PARCE QUE des gens sont prêts à sacrifier leur vie, à se tuer pour en tuer d’autres, à mourir pour une cause supérieure qu’on ne pourra jamais les vaincre en se servant d’armes ou d’autres outils menaçant de donner la mort.

Ces gens accueillent la mort; ils la souhaitent car à leurs yeux mourir en tuant des Infidèles est un ticket de première classe vers le Paradis.

Et puis, ils n’ont rien à foutre de l’appui de la population, car ils l’ont déjà. Une population fanatisée et radicalisées par des siècles de guerres impériales (les Mongols, les Britanniques, les Soviétiques, les Américains…) et qui ne veut rien savoir d’être sous le contrôle d’une force d’occupation. Et c’est dans ce terreau fertile que vivent les terroristes, et ceux-ci prospèrent et vont continuer à prospérer tant qu’il y aura des ti-counes de Washington ou de Val-Cartier qui vont aller tuer au nom des intérêts géostratégiques de l’Oncle Sam.

Ben oui, Monsieur Chose, ils sont désespérés. Et plus vous irez là-bas nombreux, et plus vous serez armés, et plus vous combattrez, plus ils le seront.

Et plus on ramènera de corps démembrés de jeunes hommes dans la fleur de l’âge qui y ont perdu leur vie… pour quoi déjà?

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8 Réponses

  1. Ajout:

    Une autre perle, à LCN à 12h57:

    « Je vous retrouve toute la journée pour tous les développements sur la mort du soldat québécois en Afghanistan. »

    Chers amis, je vous résume ces développements afin de vous éviter d’avoir à synthoniser LCN toute la journée: (éclaircissement de voix) LE GARS EST MORT. Pour ceux qui doutaient encore du manque de crédibilité de LCN…

  2. Louis, ne sommes nous pas le 19 août, jour anniversaire du massacre de Dieppe ? La propagande fit bien son travail ces jours là, comme elle tente de le faire aujourd’hui.

    Mais, comme des milliers d’autres, je souhaite que nos militaires reviennent au plus vite, autrement que dans des bodybags.

  3. Quelle guerre?

    Une guerre, dans sa conception traditionnelle, oppose deux ennemis.

    Ici, parlons franchement d’une force d’occupation doublée de la complicité du gouvernement local.

  4. Même les soldats pensent comme toi, OMO-ERECTUS. Entendu de la bouche d’un soldat canadien à RDI (17h00): « On se bat contre des fantômes ».

    Ok, je sais pas pour vous, mais on tue pas les fantômes avec des fusils ou des grenades. On les exorcise, et dans la situation actuelle, le seul exorcisme est une bonne vieille solution politique.

  5. La guerre, summum de la terreur, est un échec de la démocratie.

    Nos démocrates sont des cancres. Changeons-les.

  6. « Je vous retrouve toute la journée pour tous les développements sur la mort du soldat québécois en Afghanistan. »

    Incroyable!

  7. […] La perle du colonel : Un homme en colère, 19 août 2007. […]

  8. Louis, les Talibans n’ont pas l’appui de la population.

    Les Afghans ont vécu sous le joug des Talibans pendant plusieurs années et la majorité d’entre eux n’ont pas apprécié du tout. C’est faux que les Afghans préféreraient revenir sous le joug des Talibans. D’ailleurs, quand on parfle de Talibans, on parle pas juste d’Afghans, on parle souvent d’étrangers liés au réseau Al Qaeda. Ces étrangers venus jouer au Djihad dans leur pays (et à qui les Talibans avaient offert asile et support au moment ou ils étaient au pouvoir, souvenons nous-en), ne sont pas les bienvenus en Afghanistan.

    Ceci étant dit, les Afghans ne se sont pas rangés massivement derrière Kabul et l’OTAN. Tout d’abord, le gouvernement de Kabul a encore du chemin à faire pour être un gouvernement efficace et non-corrompu. Ensuite, les forces de l’OTAN ne sont pas suffisamment puissantes et nombreuses pour maîtriser définitivement les insurgés et ils recourent donc trop souvent à des attaques aériennes qui inévitablement tuent des civils qui n’ont rien à voir avec les Talibans.

    Les Afghans en ont marre de tout cela. Ils aspirent simplement à vivre en paix, et 6 ans de conflit semi-larvé entre Kabul et l’OTAN d’un côté et les Talibans de l’autre les exaspèrent.

    Les besoins de l’Afghanistan sont clairs: moins de recours aux armes aériennes donc plus de troupes au sol de l’OTAN, un effort réel pour tenter de mettre de son côté les tribus Pashtun qui soutiennent encore les Talibans (sans ce soutien, fondamental, les Talibans n’existeraient plus), moins de corruption, et une approche plus intelligente pour l’éradication de l’opium qui ne réduit pas les agriculteurs à la misère.

    Tout cela est dans le domaine du faisable, mais 6 ans après la chute des Talibans, le temps commence à presser. Et malheureusement les pays de l’OTAN ne font pas tous les efforts requis pour gagner la paix.

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