Ça sent mauvais…

Pour une fois, Greenpeace a totalement raison d’être en désaccord avec le gouvernement du Québec. Alors que nous nageons en plein psycho-drame des algues bleues, très peu de gens avant eux avaient dénoncé l’entente du 6 décembre 2006 entre le gouvernement et l’Union des producteurs agricoles (UPA) exemptant le milieu agricole de toute nouvelle mesure en faveur de la protection de l’environnement.

Parce qu’il faut le rappeler, le problème des algues bleues est essentiellement un problème agricole, causé par une surabondance de phosphate ou d’azote qui ensuite détruit la flore d’un lac en favorisant une surcroissance des cyanobactéries, ces fameuses algues bleues, qui empêchent toute forme de lumière de traverser et qui produisent des toxines désastreuses pour l’écosystème.

Mais les producteurs agricoles se défendent en disant qu’on ne peut pas leur enlever leur gagne-pain, qu’ils font face à de la compétition, qu’ils doivent se battre pour subsister. Ils n’ont pas tort, mais n’est-ce pas là encore une preuve que le système actuel ne fonctionne pas?

En effet, de quelle sorte d’agriculture parle-t-on quand on dope littéralement la terre avec des engrais chimiques pour produire un maximum de légumes très peu savoureux (car artificiellement bourrés d’eau) et potentiellement toxiques? Ce n’est pas sain pour nous, et le problème des algues bleues n’est qu’un indicateur du problème beaucoup plus fondamental d’une agriculture extensive commercialement violente sur la terre et sur notre organisme.

Auparavant, il existait une sorte de respect envers la terre. Il y avait la jachère, cette période où on la laissait se reposer. Ou bien l’alternance, où on changeait le type de légumes cultivés d’année en année afin d’éviter un dépérissement de cette terre nourricière. Mais aujourd’hui… Fuck la terre, fuck son déperissement, on met de l’engrais, on la booste, on la drogue, et puis on produit, produit, produit.

Sauf qu’on produit n’importe quoi, et à n’importe quel coût non seulement pour les lacs, mais potentiellement pour notre santé…

Ce n’est pas un problème facile à régler, et ça demande des changements en profondeur. Il faudrait trouver un moyen de favoriser les agriculteurs qui respectent l’environnement en évitant la monoculture intensive et qui évitent les engrais chimiques responsables de la détérioration des sols et des cours d’eau. Pourquoi pas une taxe punitive contre les agriculteurs chimiques, par exemple? Ou des crédits d’impôt pour ceux qui respectent l’environnement?

Dans tous les cas, il faut sortir la tête du trou et réaliser que la solution est politique.

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6 Réponses

  1. Eh! Oui! Au moins là on a une belle preuve « in your face » que la recherche du profit à tout prix est dommageable. Quand on agit et qu’on pense après…

  2. En effet, la culture intensive a des effets négatifs sur les sols et les cours d’eau, les lacs.

    Il y aurait effectivement lieu de reserrer les critères et les normes à ce niveau, en particulier dans les zones déjà problématiques.

    Il faudra cependant être prêt à assumer l’inévitable conséquence d’une diminution de la production industrielle de légumes: il faudra s’attendre à payer plus cher. En effet, la production de masse soutenue par les engrais chimiques et les pesticides ont favorisé des cultures plus abondantes en quantité et donc des baisses de prix. Même si à long terme de telles techniques industrielles peuvent affecter la terre, il n’en reste pas moins qu’en général le rendement est décuplé et le coût par unité est réduit, ce qui permet de vendre les légumes moins chers.

    Avec des techniques plus « bio » de production, les cultures peuvent varier beaucoup en quantité et en qualité d’une saison à l’autre puisque c’est Dame Nature qui décide. Les quantités disponibles seront de toute évidence moindres et les prix grimperont. Suffit de regarder la différence de prix entre les légumes bio et les légumes ordinaires à l’épicerie. Les producteurs de bio reconnaissent qu’ils ne sont pas en mesure de produire de grosses quantités, et qu’ils ne peuvent pas rivaliser avec le coût unitaire plus bas des grandes surfaces industrielles.

    Mais ces hausses de prix ne fera pas évidemment pas l’affaire des gens plus pauvres qui trouvent déjà que l’alimentation occupe une grosse place du budget familial…d’autant plus que les prix de l’alimentation ont déjà été impactés à la hausse depuis quelques mois par le prix plus élevé du pétrole (donc des coûts de transport de l’alimentation).

  3. 25-07-2007

    Les victimes abondent dans le monde de l’environnement. Tout ceux qui doivent vivrent en bordure des lacs les deux pieds dans les cyanobactéries sont des victimes. Les agriculteurs, eux, sont quatre fois victimes. Victimes de l’industrialisation, victimes de l’UPA, victimes de leur soif du gain et victimes du ministère du Développement durable. Disons qu’ils ont couru après. Et voilà que les phosphates leur tombent dessus maintenant pour en faire des agresseurs. Eh! oui! Les phosphates! Y parait qu’en grande partie, c’est eux-autres!

    Les pressions sont énormes pour qu’ils éliminent les phosphates ou du moins qu’ils nous prouvent qu’ils ont fait un effort dans ce sens et qu’il y a des résultats concrets autres que les vagues communiqués de presse des fonctionnaires du ministère du Développement durable, des organismes de bassin ou de l’UPA. Comment? La LTO Nederland, le pendant Néerlandais de l’UPA nous trace la voie. Chez-eux, les agriculteurs sont limités à 250 kilos d’engrais par hectare. Dès qu’ils le dépassent, ils paient un amende. Facile de mesurer les progrès!

    Avec de telles mesures, il y aura des pleurs et des grincements de dents, cela va de soi. Il y en aura encore plus quand on devra donner un nouveau tour de vis, car il le faudra bien un jour. Ce que nous demandons à nos agriculteurs, dans le fond, c’est carrément de passer à un nouveau mode de vie. Et nous allons devoir faire de même. Nos lacs et cours d’eau le réclament. Nous n’avons plus le choix!

    http://www.fapel.org/blogindex.htm

    Pour d’excellents renseignements sur l’environnement, la FAPEL, foi de décembre.

  4. Whaaaa Hugo, désolé mais ça manque de beaucoup d’informations ton affaire. Prends quelques livres si tu veux en savoir plus sur l’agriculture biologique et sur la monoculture intensive.

    La monoculture est un fléau. Et c’est la première fois que j’utilise un terme si extrême pour traiter d’un problème environnemental: un FLÉAU. La nature elle-même combat la monoculture, comme si c’était une infestation de mauvaise herbe qui menaçait la totalité d’un écosystème. Je m’explique, et le système est très simple, car il se base sur le principe de la chaîne alimentaire.

    On connaît tous la chaîne alimentaire. Végétal – Herbivore – Carnivore – Mangeur de carnivore. Un élément se trouve présent dans toutes ces étapes de la chaîne: les parasites. Il faut aussi savoir qu’une multiplication d’un élément dans la chaîne entraîne un dérèglement dans la biosphère.

    Par exemple, si on lance une monoculture du maïs, les parasites mangeurs de maïs vont se multiplier, ainsi que ses prédateurs. Le sol contient plusieurs types de nutriments pour s’adapter à une culture diverse, mais pour des plants qui demandent tous le même type de nutriments en majorité, il s’apauvrit.

    Résultat? Hé bien, cet apauvrissement des sols et cette multiplication des parasites, que l’on dénonce habituellement, sont dus à un mécanisme naturel, où LA NATURE SE DÉFEND CONTRE DES PROCESSUS ARTIFICIELS.

    C’est à cause de cela que l’on utilise des pesticides, dont certains sont dommageables à la santé. C’est aussi pour cela que l’on utilise des engrais chimiques, pour ré-enrichir le sol que l’on apauvrit en certains nutriments clés. Ces engrais se ramassent ensuite là où ils ne devraient pas être ^^, comme on le remarque.

    L’agriculture biologique lutte contre les pesticides de manière différente. Les pesticides sont naturels, on utilise des éléments « barrières » , comme des plantes adorées ou détestées par les parasites, pour lutter contre les parasites. On enrichit le sol au compost, engrais naturel, mais parfois dur à gérer. Le New Alchemy Institute a prouvé, par des données importantes, que cette méthode d’agriculture était profitable et commercialisable, en plus d’être compétitif avec la monoculture intensive. Ne suffit que de varier ses cultures pour ne pas déstabiliser trop l’environnement naturel (mais on le déstabilise toujours), de lutter contre les pesticides de façon naturelle et d’enrichir son sol autrement. D’autres méthodes plus complexes, comme de prendre un aliment adapté au climat et consommé localement, s’ajoutent à la liste, mais si vous voulez que mon article dure 200 pages, c’est le meilleur truc ^^.

    Par contre, les algues bleues ne devraient pas être une grosse inquiétude. Sur les 500 et quelques lacs du Québec, 13 sont fermés et 85 ont des algues bleues. Il reste du temps pour maîtriser le problème, et plusieurs municipalités l’ont déjà fait.

  5. Manx, je ne vois pas trop ou j’ai dit que que la monoculture était bonne d’un point de vue environnementale ? Les conséquences néfastes à long terme de la monoculture sont bien connues.

    Mon point est que l’agriculture industrielle a permis une baisse des prix en raison d’une production massive qui fait diminuer le coût unitaire.

    Les « nouvelles » méthodes de production bio ne permettent pas en général de la production massive et aussi peu coûteuse. Donc à court et à moyen terme, une agriculture plus saine pour l’environnement voudra dire pour de nombreux légumes un prix plus élevé.

  6. C’est là que tu te trompes ;), car avec les bonnes matières résiduelles pour enrichir le sol et des plantes adaptées au milieu de production, le coût de production est comparable à la monoculture industrielle. Par contre, il faut plus de superficie pour faire autant de production. De plus, il faut environ plusieurs années pour qu’un sol se regénère en nutriments perdus, et les premières années de culture bio connaissent un rendement inférieur à ce qu’il deviendra après quelques années.

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