J’aurais voulu être professeur…

Sur l’air de « j’aurais voulu être un artiste », il me semble que pendant l’été, quand il se met à faire beau et chaud, j’aimerais être professeur et profiter de deux mois de congé. Travailler fort toute l’année, puis enfin se reposer un peu pendant la période estivale. Se mettre les pieds en éventail, faire du hamac toute la semaine, aller monter des montagnes au Vermont, se geler la grosse orteil sur une plage de Nouvelle-Écosse, faire du camping en Estrie… Profiter de l’été, quoi!

Mais en ais-je les moyens? Et qui le peut, aujourd’hui? C’est une véritable frénésie du travail qui accable nos vies nord-américaines, nous poussant à travailler, travailler, travailler, puis consommer, consommer et consommer encore. Ne pourrait-on pas profiter de la vie des fois?

Ça me fait toujours un peu triste d’entendre quelqu’un dire « je prends ma semaine de vacances » à tel ou tel endroit. Je les imagine, se dépêchant de tout emballer dans la voiture le jeudi soir, puis partir à 2h00 du matin pour ne pas attendre aux douanes, puis aller se faire bronzer deux-trois jours, revenir arroser l’entrée d’asphalte, faire un BBQ, puis merci bonsoir à l’année prochaine! Est-ce une vie? Est-ce que ça doit vraiment être la condition de l’homme moderne, une machine à travailler constamment?

Pourtant, on produit davantage. Je me rappelle d’avoir lu qu’une personne produit aujourd’hui au moins trois fois plus dans un même temps que le même individu dans les années 70. En clair, nous faisons plus avec moins de travail. Pourquoi travailler autant alors? Et à qui profite le gain de productivité, sinon à des patrons qui ne paient pas mieux leurs employés et qui leurs imposent le 40 heures par semaine à l’année sans le moindre regret?

Il serait possible de faire les choses différemment. La France, avec sa semaine de 35 heures, est sur la bonne voie. Il faut que les gens puissent profiter des gains de productivité; il faut cesser d’imaginer la société des loisirs et il faut la créer nous-mêmes.

Malheureusement, il se trouve toujours des gens, surtout à droite, pour jalouser ceux qui ont la chance d’avoir des vacances, qui peuvent vivre autrement que comme des automates n’ayant comme seul but que de produire pour d’autres. « Les maudits syndiqués » qui ont le « malheur » de s’être organisés pour se faire respecter, pour pouvoir vivre décemment, avoir une petite maison, une famille, voir grandir leurs enfants, profiter de l’été. Ces « maudits syndiqués » qui nous éloignent de ce cher rêve d’une société d’esclaves au salaire minimum travaillant 60 heures par semaine pour 52 semaines par année. Ces « maudits syndiqués »…

J’aurais voulu être professeur, pas seulement parce que l’emploi m’intéresse. Mais parce que je crois qu’on doit pouvoir bien vivre de son métier et avoir le temps de profiter de la vie. Et malheureusement, la société néolibérale rend de plus en plus difficile cette nécessaire alliance entre réalisation professionnelle et personnelle, ce qui rend les métiers susceptibles de permettre l’épanouissement personnel de plus en plus rares et convoités.

Mais au lieu de jalouser ceux qui vivent bien, pourquoi ne pas s’organiser soi-même pour mieux vivre?

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21 Réponses

  1. Justement, la productivité ce n’est pas une question de ne pas prendre ses vacances ou de faire des heures supplémentaires à n’en plus finir. C’est plutôt une question d’innovation.

    Pour ceux qui ne sont pas professeur, soyez des paresseux intelligents et profitez de vos vacances!

  2. La quantité de vacances dont on dispose relève beaucoup plus des choix personnels que l’on fait que de la grosse méchante « idéologie-néolibérale-de-droite-qui-étouffe-les-travailleurs-et-enrichit-les-patrons ».

    Pendant plusieurs années j’ai travaillé dans une industrie ou échéances de fin de projet représentaient de longues semaines d’heures supp (non payées par-dessus le marché), des vacances annulées, etc.

    J’aimais bien la nature du travail, mais à un certain moment donné, j’en ai eu marre de ce rythme d’enfer. J’ai changé de travail pour de meilleures conditions. Plus d’heures supp. ou très rarement, et je peux prendre des vacances presqu’au moment ou ca me plaît (non, je travaille pas pour le gouvernement…mon employeur est une compagnie privée).

    Bien des gens qui travaillent beaucoup aimeraient avoir 2 mois de vacances comme les profs, mais par contre ne sont pas intéressé par un salaire de prof…D’ailleurs, si vous travaillez comme un maudit fou sans pouvoir prendre de vacances avec un salaire de crève-faim, il est sérieusement temps de vous poser des questions…

    Tout est une question de choix, de valeurs, et de priorités. Mais c’est plus facile de chiâler, et de blâmer la grosse méchante idéologie néolibérale au lieu de s’asseoir, de se prendre en main, et de réfléchir sur nos choix et nos orientations personnelles.

  3. Être professeur/e ou enseignant/e, c’est travailler dans des conditions de travail assez surréalistes et souvent sans reconnaissance.

    C’est tenter de résister au burn-out, toujours au coin à les attendre sans grande patience. Je te suggère ces liens, à partir desquels tu en auras d’autres si tu veux explorer un peu avec des passionnés de leur boulot.

    C’est attendre leur tour à la distribution des contrats, dans un système qui leur rappelle constamment qu’ils/elles ne sont pas grand chose.

    lien interne : Prof Malgré Tout Enseignant en musique en milieu défavorisé, niveau primaire
    lien interne : Le professeur masqué Prof de français, niveau secondaire
    lien interne : Enseignant au primaire

    Heureusement qu’il y a ces vacances!!!

    Et tu parles de changer le système. Moi qui n’ai pas de solution ni de nom de système à proposer, que des orientations, je suis curieuse de savoir ce qu’il en est pour toi, si tu veux bien. 😉

    J’aime bien ce billet et je me passe souvent cette réflexion. Étant travailleuse précaire, je « profite » du temps entre deux contrats. Car le temps, c’est si, si précieux. Autant le voir de cette manière, puisque pour le moment, j’ai quand même pas mal de travail, ce qui n’était vraiment pas le cas au début. On économise le plus qu’on peut au cas où.

    À+ Zed

  4. Zed Blog a raison. J’ai plusieurs amis qui sont prof au primaire et au secondaire. Un job de fou pour un salaire assez ordinaire. Même pour les 2 mois de vacances, je ne serais pas professeur.

    D’ailleurs, lorsque vous dites à un prof pour le taquiner: « on sait bien vous autres les prof, vous êtes payé par nous les contribuables et vous avez 2 mois de vacances à nos frais !… », ils s’empressent en général de vous répondre:

    -On a pas 2 mois de vacances payées ! On est juste payé 10 mois dans l’année, mais nos paies sont réparties sur 12 mois !

    🙂

  5. Ce qui me turlupine, c’est que voilà 20 ans on nous annonçait la société des loisirs avec les affirmations de Alvin Toffler. Ce n’était que du vent après tout.

    La technologie devait nous sortir du labeur? Cela me semble le contraire. La consommation accrue nous a dirigé vers un état où nous devons travailler plus pour nous payer tous les bidules que les entreprises désirent nous vendre.

    La technologie a eu un effet pervers ici. Elle pouvait nous libérer du travail, mais la soif de nouvelles technologies a augmenté la demande pour ces produits et donc nous a demandé plus de travail pour les obtenir.

    La seule solution est une consommation responsable, selon les besoins, ou idéalement, la simplicité volontaire.

  6. Bonjour Louis,

    Je voulais donner un point de vue européen plus précisément français à ton commentaire.
    Sache que la semaine des 35 heures en France c’est bientôt la fin. En effet, c’et bien d’avoir du temps libre encore faut-il avoir de l’argent pour en profiter. Et oui !! L’effet pervers des 35 heures c’est que les salaires n’ont pas augmenté depuis 5 ou 6 ans, d’ou de facheuses conséquences sur notre pouvoir d’achat. C’est vrai qu’auparavant avec nos 39 heures hebdomadaires et nos 5 semaines de congés payés par an, nous français n’étions pas à plaindre. Concrètement sur mon lieu de travail c’est pas la joie n’ont plus : j’ai la même quantité de travail (voir plus) en bénéficiant de moins de temps pour l’effectuer!! Je peux te dire que depuis l’application de la loi sur les 35 heures les conditions de travail se sont nettement dégradées en France. Pour ma part, j’ai quitté la France pour venir travailler en Belgique.
    Personnellement je crois que Jimmy à raison, « La seule solution est une consommation responsable ». Soyons des citoyens et non des consommateurs. En Occident nous consommons à rythme effrayant, toute notre vie est basée sur l’achat mais sur tous ce que nous achetons combien de produits sont-ils réellemnt necessaires à notre vie? On nous dit que le bonheur c’est d’en avoir plein nos armoires. De toute façon, nous nous rendons compte que notre civilisation arrive à sa fin et puis bientôt(certains experts prédisent d’ci 10 ans) nous n’aurons plus le choix, les réserves en pétrole seront presque épuisées et là nous serons obligés de revoir notre façon de vivre.
    Mon point de vue peut vous paraître fou mais il partagé par bon nombre de mes amis européens. Ici sur le vieux continent, nos experts économiques et scientifiques nous répètent à longueur de journée que nous ne pouvons plus consommer de manière aussi frénétique, qu’il nous faut protèger notre planète et économiser nos sources d’énergie.

  7. @Scribouilleur: La productivité, c’est la quantité de travail produit en un temps déterminé. Si la quantité de travail a triplé en trente ans, pourquoi doit-on travailler le même temps pour un niveau de vie n’ayant pratiquement pas augmenté?

    @Hugo: Tu fais peut-être partie de la minorité de privilégiés qui ont un choix. Mais c’est bien là le problème: c’est une minorité. Va demander à ceux qui sont dans les bas-échelons (quand même une grande partie de la population) s’ils ont ce choix…

    @Zed: Je suis d’accord avec toi que ce n’est pas le Pérou être prof.. Les classes sont surchargées et on devrait réellement mieux financer le réseau de l’éducation. Je parlais surtout des vacances, et j’ai choisi un métier que tout le monde connaît bien! 🙂

    @Jimmy: Je suis d’accord avec toi. On a le choix de décider de moins consommer, mais c’est un choix qui est souvent celui de ceux qui ont les moyens de le faire. Ceux qui vivent dans la précarité n’ont même pas ce choix, et c’est pour ceux-ci qu’on devrait lutter. Pourquoi, par exemple, ne pas mieux redistribuer le gain de productivité, en mettant des limites supérieures aux salaires et en permettant à davantage de gens de travailler moins longtemps?

    @Nanou: Merci beaucoup de cette perspective européenne. Il y a peut-être eu des ratés dans les 35 heures, mais c’est peut-être aussi parce que le gouvernement n’a pas eu le courage de bien redistribuer la richesse, afin de s’assurer que personne n’en sorte perdant. Je suis d’accord avec l’idée de Jimmy de mieux consommer, mais à mes yeux ça reste toujours une solution du type « on se partage les restes de la tarte » qui consiste à se contenter de peu tout en laissant une élite prendre chaque année une plus grande partie des richesses et nous laisser de moins en moins de quoi nous contenter…

  8. Louis, c’est faux de dire que la majorité est prise à tout jamais par son emploi et ne peut jamais changer.

    Les gens dans cette situation sont une minorité: on parle ici des gens sans éducation (du genre même pas un secondaire 5), plus vieux que 55 ans, et qui ont un historique de relations au travail pas tellement reluisant (manque de performance et d’enthousiasme, a tendance à se « pogner » avec le patron ou avec ses collègues). Dans ces cas, je peux comprendre qu’il ait de sacrées difficulté à dénicher un autre emploi ou à ré-orienter leur carrière. Mais ça reste tout de même une minorité, tout comme le sacro-saint exemple éculé de la « mère monoparentale dans la rue et sans le sou ». Ces catégories de gens ne représentent pas une majorité de citoyens, loin de là.

    Pour tous les autres, avec un peu d’effort, d’imagination, et beaucoup de persévérance, on peut transformer sa vie professionnelle en quelques années seulement.

    Je comprends que c’est plus facile pour quelqu’un en bas de 40 ans, et qu’il faut prendre son temps lorsqu’on a déjà des obligations familiales ou financières. On ne change pas de carrière ou d’emploi sur un coup de tête.

    Mais on a tous autour de nous des exemples de réussite. Mon père a complètement changé de carrière tard dans la quarantaine, en améliorant sa qualité de vie, et il avait pourtant peu d’éducation. C’est faisable par une majorité de gens.

    Faut arrêter de percevoir la majorité de la population comme des misérables, des incapables pris dans une méchante entreprise et de laquelle ils sont incapables de jamais s’en sortir. C’est d’autant plus faux que le taux de chômage n’a jamais été aussi bas et le nombre d’assistés sociaux aussi bas. Des secteurs entiers de l’économie sont en pénurie d’emploi: l’autre jour je lisais qu’il manquait cruellement d’ambulanciers…que l’industrie de l’aérospatiale montréalaise avait toutes les difficultés à recruter suffisamment de gens pour les besoins…bref, partout il y a des besoins, et ca va s’accélérer avec la mise à la retraite des baby-boomers.

    On est justement dans une époque ou jamais il a été aussi facile de choisir le secteur dans lequel on veut travailler. Profitons-en, au lieu de se plaindre et d’attendre que le gouvernement nous vienne en aide.

  9. Ce que tu proposes, Hugo, porte un nom: PENSÉE MAGIQUE. La vérité, c’est que le système est conçu pour qu’il y ait des gens en bas de l’échelle. Peu importe si toi, moi ou quelqu’un devient milliardaire, ça ne changera rien au fait que ça prend des ti-counes au salaire minimum ou dans des conditions précaires et que ces ti-counes-là n’ont pas le choix de leurs vacances, salaires ou quoi que ce soit d’autre.

    C’est ça le gros problème avec la droite; elle met tout sur le mérite individuel sans se rendre compte que si c’est quelqu’un qui monte dans l’échelle, il y aura toujours quelqu’un en bas, car le système a BESOIN de ces travailleurs précaires.

  10. Je ne crois pas que ce soit de la pensée magique Louis. S’il y a une échelle, si il y a des différences entre les gens, c’est que nous ne sommes pas tous des robots, monté en série de façon identique sur une chaîne de montage.

    Il est vrai qu’il y a des gens en bas de l’échelle. Je le sais, car j’ai déjà été passablement plus en bas de l’échelle que je ne le suis. Mais dans tout système, il y a une échelle. Même les utopies communistes qui aspiraient à une « société sans classes » n’ont jamais été en mesure de faire un système « sans échelle ». Il y avait la nomenklatura, les gens du Parti, et il y avait les autres.

    Mais en réalité le plus important, ce n’est pas qu’il y ait une échelle ou qu’il n’y ait pas d’échelle.

    Le plus important, c’est de s’assurer que tout le monde a la possibilité de se déplacer dans l’échelle. Ceux d’en bas doivent avoir la possibilité d’améliorer leur condition, de gravir l’échelle, de ne pas en rester là toute leur sainte vie.

    On appelle ça assurer « l’égalité des chances » dans notre monde moderne. C’est un bon concept, avec lequel je suis en accord puisque j’en ai moi-même bénéficié (j’ai dû y mettre des efforts quand même, penser qu’on peut gravir une échelle sans mettre d’effort, ça c’est de la pensée magique).

    Lorsqu’on regarde l’ensemble des sociétés sur la planète, je pense que le Canada et le Québec en particulier, se classe fort bien en ce qui concerne l’égalité des chances.

    Il n’en reste pas moins que d’assurer l’égalité des chances ne peut garantir une égalité des résultats, car une fois qu’on a mis des conditions favorables, c’est aux individus de cheminer selon leurs ambitions, leurs qualités, leurs défauts, leurs efforts. Ce n’est pas être de gauche et de droite que de dire cela. C’est juste observer la réalité.

    C’est d’ailleurs pourquoi dans notre société, ces fameux « ti-counes au salaire minimum » auxquels vous faites référence, sont justement pas obligés de rester ti-counes. Je pense que n’importe quel individu déterminé, supporté au besoin par le coup de pouce qu’apporte nos multiples programmes, peut réussir à devenir autre chose qu’un « ti-coune au salaire minimum ».

    C’est pas comme en Inde, ou c’est le sang qui décide de votre appartenance à une caste ou à une autre pour tout le reste de votre vie et aucun effort personnel ne viendra jamais y changer quoi que ce soit.

  11. Individuellement, aucun « ti-coune » n’a à rester pris en bas de l’échelle, mais collectivement, puisque le système EXIGE qu’il y ait un tas de ti-counes en bas de l’échelle, il y aura donc toujours des tas de ti-counes en bas de l’échelle et il y aura toujours des tas de gens qui ne peuvent pas prendre de vacances.

    Penser que parce que TOI, individuellement, tu peux choisir de faire les choses différemment, va changer quoi que ce soit à ce qui se fait collectivement, je crois que c’est un peu naïf.

    Le libéralisme économique, c’est la lutte de tous contre tous. Si toi tu montes dans l’échelle, c’est forcément aux dépens de quelqu’un, quelque part. Comme je le dis souvent: si tout le monde avait un baccalauréat, ça prendrait une maîtrise pour travailler chez McDo.

    Ne pas comprendre cette simple platitude qui est que le système est ainsi fait et que les gens au travail précaire, qui ne peuvent prendre de vacances, sont NÉCESSAIRES à ce système, oui je crois que c’est de la pensée magique.

    Je comprends et respecte ton point de vue, mais je suis en désaccord.

  12. Je comprends Louis qu’il y aura effectivement TOUJOURS des gens qui travailleront chez McDonald’s. Mais dans la mesure ou c’est pas les mêmes pendant 40 ans, que la majorité d’entre eux étudient, se forment et trouvent des jobs mieux payés après un « passage » chez McDo, je vois pas trop ou est le problème ? J’ai déjà été emballeur dans une épicerie au salaire minimum, mais je suis pas resté là toute ma vie.

    On fait quoi alors sinon ? Grimper les salaires de 200% de tous les travailleurs au McDonald’s, et leur assurer 4 semaines de vacances par année ? Oui, on pourrait. Mais je doute que dans ces conditions leur employeur va rester ouvert très longtemps, au prix ou les clients vont devoir payer le trio Big Mac… Et nos pauvres travailleurs du McDonalds ne seront pas plus avancés rendu là…

    À un moment donné, on a beau essayer de déjouer les réalités économiques, ca finit par nous rattraper. L’enfer est pavé de bonnes intentions qu’on dit…

  13. Es-tu sérieusement en train de me dire qu’avec tous les profits que fait McDonalds ils ne pourraient pas payer mieux leurs travailleurs et leur donner des vacances?

    Il faut mieux répartir la richesse; que les profits qui sont créés GRÂCE aux travailleurs de chez McDo soient remis aux travailleurs de chez McDo.

    Y a pas la moindre raison que quelques actionnaires en haut fasse des millions pendant que ceux qui les engraissent travaillent dans des conditions minables.

    Alors oui, la seule façon de permettre aux travailleurs de chez Mcdo (et à tous les autres) d’améliorer leurs conditions de travail, c’est de changer le système.

  14. « Répartir la richesse ». « Remettre les profits au travailleurs ». Suffisait d’y penser.

    Wow. Et c’est à moi qu’on dit que je fais de la pensée magique ?

    Bon, essayons pour voir la solution de sacrer les actionnaires dehors et de redonner les profits aux employés…Disons que tu réunis des groupes de syndicats de gauche, des organisations quand même assez grosses. Tu vas chercher du financement et tu achètes McDonald, ou tu endettes McDonald pour l’acheter, ca revient au même. En la rendant privée en achetant toutes les actions, tu la sors de la Bourse, pour éviter d’avoir à rendre des comptes (note: c’est ainsi que Teachers, la caisse de retraite des enseignants de l’Ontario, a procédé récemment avec la prise de contrôle de Bell). Voilà, McDonald Inc. est devenu La Grande Coopérative des Travailleurs Unis de McDonalds.

    Par la suite, tu saupoudres généreusement les profits de la compagnie sur les employés. Youppi ! Plus de méchants actionnaires ! C’est super.

    Mais après 2, 3, 4 ans, tu vas t’apercevoir qu’étant donné que tu paies tes employés passablement plus cher en salaire et en avantages sociaux que tes compétiteurs au nom de la solidarité sociale, il te reste moins d’argent pour investir dans le marketing, dans la rénovation des restaurants, etc. Tu n’es pas en mesure non plus de compétitionner sur les prix. Et comble de malheur, tu as été obligé d’emprunter pour acheter cette fichue compagnie, ce qui entraîne des frais d’intérêts. Éventuellement, tout cela va faire en sorte que tu vas te faire distancer par la compétition, tes ventes vont se mettre à baisser graduellement….

    Assez rapidement, la situation devient inquiétante. Étant donné que tu n’as plus d’actionnaires, tu n’as plus de source commode de financement pour te donner un coup de main (en passant, c’est pour cela que les actionnaires recoivent des dividendes et recoivent une bonne part des profits…c’est eux qui mettent leur argent en jeu et qui assument les risques, pas les employés).

    Tu n’as plus d’actionnaires, et tes employés ne peuvent pas te financer, eux…ils ne font que consommer les profits que tu leur distribue plutôt que de les gérer et de veiller à les faire fructifier comme des actionnaires. Que faire ?…Et bien, tes employés pourraient peut-être t’aider à te sortir du trouble quand même… en acceptant des baisses salariales et des coupures d’avantages sociaux ! Ca permettra à la coopérative McDonalds de récupérer une marge de manoeuvre pour assurer la survie, non ?

    Et te voilà de retour à la case départ. C’est comme ça que ça marche. Je caricature un peu mais essentiellement, si tu veux payer tes employés plus cher, tu dois remplir une de ses conditions:

    A) Être un monopole. Tu fixes les prix. Pas de compétition, tu peux te permettre de payer des gros salaires. Les clients ont pas d’autre choix que de fermer leur gueule et payer s’ils veulent avoir le produit.

    B) Etre dans une industrie en expansion qui n’est pas capable encore de répondre à la forte demande des consommateurs, ce qui entraîne une certaine rareté, donc une hausse des prix et une marge bénéficiaire plus élevée. Tu paies des gros salaires.

    C) Recevoir des subventions gouvernementales qui te permettent de réduire tes frais d’opération. Tu paies des gros salaires.

    D) Avoir besoin d’une main-d’oeuvre un peu, passablement, ou beaucoup qualifiée (donc rare). Plus elle sera qualifiée et rare, plus tu pourras facturer cher tes services ou tes produits, et plus tu pourras payer cher tes employés. En fait, tu seras obligé de les payer cher, car comme ils sont rares, tes compétiteurs vont te les arracher assez rapidement si tu paies pas…

    On voie ça dans n’importe quel cours de base de management.

    McDonalds n’est dans aucune de ses situations. Prend n’importe quelle compagnie qui paie au salaire minimum, et 99% d’entre elles ne sont pas non plus dans une de ces situations.

    La condition no. 4 affecte particulièrement McDonald’s et tous les jobs à salaire minimum. Si McDonalds ne paie pas de gros salaires, c’est qu’elle n’a pas besoin de gens qualifiés, formés, avec des connaissances spéciales qui justifieraient un salaire plus élevé parce que plus rares.

    Que tu décides d’éliminer les actionnaires et de distribuer plutôt les profits aux employés ne te fera jamais échapper à ce genre de réalité.

    Et on parlait de quoi déjà ? De pensée magique ?

  15. D’où mon opinion initiale: c’est le système qu’il faut changer. Mais ce n’est pas à McDonald de décider; c’est à l’État de fixer un salaire minimum décent (au-dessus du seuil de la pauvreté) et de forcer les entreprises à payer des vacances à leurs employés.

    Pour le reste, je connais très bien la rhétorique de droite, merci pour le rappel. Je sais aussi que ça ne fonctionne pas et que les pays qui l’appliquent ont vu les conditions de vie de la majorité se dégrader.

    Tu pourras justifier tant que tu veux les milliards de profit de McDo et les salaires minables de ses employés. Tu as tort de le faire, c’est une situation inacceptable et ce n’est pas par une contorsion de l’esprit que tu pourras faire croire à quiconque, selon moi, le contraire.

    Ta façon de concevoir les choses est tellement fragmentée, tellement individualiste; tu laisses la forêt ta cacher les arbres. Parce qu’un individu peut faire le choix d’améliorer ses conditions de vie, tu ignores le fait que le système est conçu pour que la majorité ne puisse pas. Parce qu’individuellement dans le CONTEXTE ACTUEL une entreprise a intérêt à payer mal ses employés, tu oublies que c’est l’État qui lui permet de le faire en m’imposant pas suffisamment les profits et en refusant d’imposer aux entreprises de mieux payer leurs employés.

    Excuse-moi, Hugo, mais je trouve que ton discours droitiste est quelque peu naïf et semble davantage de la pensée magique que d’autre chose.

    Néanmoins, merci pour tes commentaires.

  16. Merci Louis! Très belle finale pour ce débat. Voilà bien pour moi la preuve que la droite, malgré sa prétention de sauveur, est plutôt engluée dans un statu quo idéologique qui ne veut pas permettre une refonte complète du système. Un système est une vue de l’esprit, il est malléable si on fait preuve de créativité. Et la seule créativité que je vois dans leur discours est la manière de faire passer une pomme (l’individualisme : la conscience d’être un individu dans une collectivité donnée) pour une banane (l’égoïsme : la conscience d’être un individu en opposition avec la collectivité)…

  17. Un salaire minimum imposé à l’ensemble des entreprises, et qui se situerait au-dessus des salaires qui seraient payés selon l’offre et la demande de main-d’oeuvre est une illusion.

    En réaction à des planchers artificiels de salaire, la plupart des entreprises vont tout simplement refiler la facture aux consommateurs, ce qui fait que ces travailleurs verront leur belle augmentation de salaire se faire bouffer par une augmentation subtile mais généralisée du coût de la vie. Retour à la case départ, sauf qu’on a créé de l’inflation entretemps.

    La réalité économique nous rattrape toujours. Ce n’est pas des distorsions artificielles imposées sur l’économie qui règle les problèmes de pauvreté sociale. Il me semble que les expériences économiques tentées au cours du siècle dernier dans une panoplie de régimes communistes, marxistes ou socialistes devraient vous faire réfléchir sur l’ineptie de mesures idéologiques, qui ne tiennent pas compte des conséquences perverses qu’elles engendrent. Quand on parle d’être englué dans l’idéologie…

    Tout ce à quoi ces pays ont réussi avec des mesures du genre, une fois leurs classes d’entrepreneurs et de créateurs éliminée, c’est à une longue décrépitude du niveau de vie, à une généralisation de la pauvreté à travers les classes sociales.

    Mais bon, je respecte moi aussi votre point de vue. Il part, après tout, de bonnes intentions. C’est juste que trop souvent les solutions de la gauche sont mal adaptées et ont à long terme des conséquences néfastes sur ce qui fait la vitalité même de notre système.

    Quand vous constaterez les effets pervers du salaire minimum élevé, vous allez faire quoi ? Bien sûr, vous voudrez faire encore de l’ingénierie sociale pour tenter de compenser. Vous allez instaurer d’autres mesures. Puis encore une autre. Puis une autre. Et encore une autre. Une fois qu’on aura traqué les profits jusque dans les derniers recoins, on fera quoi alors ?…Il n’y aura plus de richesse à distribuer rendu à ce point. Et c’est exactement ce qui est arrivé aux sociétés qui ont glissé sur cette pente.

  18. Je crois qu’Hugo démontre bien ce contre quoi je me bats quotidiennement: contre l’à-plat-ventrisme devant le dieu économique néolibérale et ce manque de volonté qui consiste à constamment dire « on n’a pas le choix » comme si un ordre économique injuste et intenable devait être une fatalité.

    Hugo vient de nous expliquer pourquoi les pauvres doivent être pauvres et accepter d’être pauvres parce qu’ils n’ont pas le choix d’être pauvres.

    Quiconque s’opposerait à cet ordre économique néolibéral serait donc « illogique ».

    Et le septième jour, Dieu créa le néolibéralisme. Agenouillons-tous, et acceptons de vivre dans la misère car nous n’avons pas d’autre choix (selon la droite)…

  19. « Je me rappelle d’avoir lu qu’une personne produit aujourd’hui au moins trois fois plus dans un même temps que le même individu dans les années 70 »

    J’comprend: tout le monde était stone dans les années 70 !

    Hihi! C’est l’été! Prenons ça relaxe…

  20. @Hugo
    Quand le communisme était en force, les russes vivaient aussi bien que nous, comme les cubains maintenant. Je dis aussi bien, pas mieux.

    Depuis que le mur est tombé, que les misérables capitalistes pégreux ont pris la relève en Russie, il n’y a que misère et désolation pour la masse, exactement le contraire de ce que le communisme avait réussi.

    On nous a fait fait croire dans l’temps que nous étions plus libres qu’eux mais c’était une chimère que nous avons cru parce que nous n’avions pas de sens critique et que nos médias étaient biaisés comme ils le sont maintenant.

    Nous ne sommes pas plus libres que les russes d’autrefois et nous sommes pris avec un système social démocrate qui n’a pas réussi a démocratiser le commerce.

    Dieu Commerce doit être détrôné et obligé de prendre le tournant démocratique ou nous deviendrons tous, nos enfants aussi, des esclaves auxquels ont implantera des implants « verichip » qui contrôleront notre vie. D’ailleurs, c’est déjà en marche et croyez-le ou non, des gens aiment ça et en redemandent.

  21. Louis, si on payait pas autant d’impôts peut-être qu’on aurait plus de temps de loisirs ? Prends le milliard du registre des armes à feu, prends toutes les dépenses qu’on pourrait abolir, laisse juste les services essentiels et puis on aurait pas à travailler autant pour payer autant de dépenses gouvernementales.

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