Terrorisme administratif aux aéroports

La décision d’instaurer une liste noire pour les voyageurs utilisant les vols commerciaux au pays n’est pas nécessairement une mauvaise idée en soi, malgré le fait qu’encore une fois le Parti Conservateur prend le problème du terrorisme par le mauvais bout en s’attaquant à ses effets et non à ses causes. Non, ce qui sent mauvais dans cette liste, c’est son côté arbitraire.

En effet, on ne sait pas du tout qui y sera. On ne veut pas donner le moindre détail. Résultat: n’importe quel dissident politique pourrait être empêché de vol à n’importe quel moment. Ainsi, un dirigeant de mouvement politique opposé aux Conservateurs pourrait être retenu aux aéroports, et même si on suggérerait plus tard qu’il s’agit d’une erreur, on pourrait le retenir assez longtemps pour l’empêcher de participer à un rassemblement ponctuel.

Bref, l’exécutif se crée un pouvoir vis à vis duquel les pouvoirs législatif et judiciaire sont aveugles et incapables d’opposer un contre-poids effectif. Quant au quatrième pouvoir, celui des médias, que peut-il faire alors que tout s’opère dans le plus grand secret?

Personne ne veut d’attentat dans les avions au Canada, c’est certain. Mais en établissant une liste noire arbitrairement et en s’autorisant à brimer les droits de n’importe quel Canadien sans lui en divulguer la raison, le gouvernement participe lui-même à une forme de terrorisme administratif frappant à l’aveugle la population et créant un climat de peur et d’insécurité dans les aéroports.

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15 Réponses

  1. « Terrorisme administratif »???

    Belle invention. Il aurait été intéressant, en plus de proposer une belle expression néologique, que l’auteur du billet propose une solution alternative.

    En effet, comment exclure des avions ceux qui sont les éléments malveillants de notre société? Comment s’assurer que des terroristes en puissance puissent être marqués au fer rouge et que nous puissions voyager en paix?

    Si on peut se permettre d’afficher le nom et la photo de pédophiles notoires sur des sites internet, pourquoi refusez-vous que nous puissions bâtir une telle liste?

    Les arguments qui prétendent que ce processus sera arbitraire, qu’il visera sans raison des activistes politiques, appartiennent souvent à ceux qui ont quelque chose à se reprocher et ont peur de se voir refuser l’accès à un vol. Et si un dissident politique se voit refusé l’accès, c’est qu’il y raison de croire que cette personne présente un risque réel.

    Cette liste ne sera pas, comme le prétend l’auteur du billet, arbitraire. Il pourrait s’y glisser quelques erreurs (bien sûr, car elle sera basée sur une série d’informations incomplètes, grâce à notre merveilleuse charte), mais dans l’ensemble, le bon grain sera séparé de l’ivraie, et c’est tant mieux.

    La mise en place de cette liste a nécessité une coordination immense entre les autorités gouvernementales, les compagnies d’aviation, les direction d’aéroports. Sans compter les longues consultations et comités parlementaires. Je doutes fortement que l’analyse simpliste qu’on retrouve ici soit suffisante pour faire reculer un tel processus.

    À moins que l’auteur puisse proposer une solution.

  2. Comment est élaborée cette liste? Qui donne les informations? La CIA ou la GRC.Pôvre GRC souillée jusqu’au cou dans les scandales et la malversation.
    Quels seront les critères? La religion, les idées,la couleur de la peau ou tout simplement la connotation sonore de ton nom.
    Qui prendra la décision finale lourde de conséquences? La police, le conseil canadien de la sécurité ou un petit fonctionnaire.
    Et finalement quels seront les recours de l’honnête citoyen dont le nom se retrouvera « par erreur » sur cette liste quasi infaillible?

  3. Cette pratique mène à plusieurs questionnements importants. Mis à part les critères qui restent pas mal inconnus, on note que 200 à 1500 personnes, selon Lawrence Cannon, sont EN CE MOMENT interdits de vol. Avec le temps, c’est clair que cette liste va augmenter.

    On a vu aux États-Unis des cas bien amusants sur cette liste. Un sénateur démocrate qui était contre la guerre en Irak et le disait ouvertement, par exemple, s’est aperçu qu’il était sur la liste.

    Les questions classiques que je me pose:
    -Quels sont les critères?
    -Comment peut-on considérer comme « dangereuse » une personne qui prend l’avion, alors qu’on ne la considère pas « dangereuse » sur le sol?
    -Quelle liberté sommes-nous prêts à sacrifier au nom de la sécurité? Quelle liberté DES AUTRES sommes-nous prêts à sacrifier pour notre propre sécurité? (Ne le nions pas, un homme blanc laïc sans tendance violente, sans casier et qui n’est pas vraiment ciblé par le système Echelon a peu de chances d’être sur cette liste)
    -Sommes-nous vraiment menacés à ce point?
    -Faut-il une formation en tant que pilote d’avion pour figurer sur cette liste? (Suite aux nombreuses mesures de sécurité dans les aéroports, la diminution des objets permis, le droit aux pilotes d’avoir une arme, la porte renforcée du cockpit, quelqu’un qui ne sait pas piloter ne figure pas un grand danger potentiel) Vu le nombre, j’ai de sérieux doutes…
    -À long terme, serait-ce une arme politique?
    -Des non-citoyens canadiens sont-ils sur cette liste?

    Moi c’est clair, de mon côté. Le dernier attentat terroriste canadien est loin derrière. Le système Echelon viole déjà notre intimité, que nous n’ayons rien à cacher ou non. La GRC a déjà un système extrêmement efficace, même s’ils sont maintenant obligés de donner à la victime le motif de son arrestation et suite à la révocation de certains articles de la loi anti-terroriste. Je n’estime pas non plus que le Canada soit « en danger », en ce moment. Cette mesure m’a l’air plutôt d’une close paranoïaque et inutile.

  4. Il y a belle lurette que le « Canada » n’est plus un pays indépendant.

  5. Cette mesure est là pour faire plaisir à l’administration des États-Unis qui voit des pas fins partout. Il est clair que l’idéologie politique semble pouvoir être prise en cause. Comme aucune raison n’est divulguée, il semble plus qu’évident que des gens vont se faire bloquer « accidentellement » à des moments stratégiques.

    Une telle mesure permet toute sorte de débordements sans toutefois leur donner quelque obligation que ce soit d’être jsute dans leur démarche ni de prouver quoi que ce soit.

    Que les critères soient rendus publiques et le placement sur cette liste soit connu en améliorerait déjà ma perception.

  6. Effectivement Frank,

    un peu de transparence ne ferait pas de tort, pour que les gens qui en seraient les cibles puissent le savoir et réagir en conséquence. Certains diront que ça ne serait pas logique de divulguer ce genre d’information au grand public, mais moi je crois que cette nouvelle manière de faire mériterait un vrai examen et un questionnement plus large que par ceux qui y voient un intérêt direct et politique.

    La démocratie n’est pas juste là pour « faire beau »! Est-ce que collectivement nous sommes d’accord ou non avec ces nouvelles pratiques et cette paranoïa institutionnalisées?

  7. Mais qu’est-ce qu’on peut lire comme sornettes ici. Divulguer le contenu de cette liste? Mais sur quelle planète vivez-vous donc?

    Si vous publiez la liste, ceux qui s’y retrouvent sauront qu’ils sont considérés à risque, obtiendront une nouvelle identité, et hop! voilà le travail, merci aux amis de la « liberté et de la démocratie! »

    Si on attrape ne serait-ce qu’un seul de ces désaxés grâce à cette méthode, ça vaut bien quelques erreurs qui ne causent, au fond, que du désagrément, non?

    Ceux qui s’insurgent ici, on s’en doute, ont très peur de se retrouver sur cette liste.

    Aucun risque pour moi, je traîne toujours les cartes de Noël que je recois de Stephen et George.

  8. « Si on attrape ne serait-ce qu’un seul de ces désaxés grâce à cette méthode, ça vaut bien quelques erreurs qui ne causent, au fond, que du désagrément, non? » dixit jean-Pierre.
    Les défenseurs de la peine de mort utilisent le même argument.
    A lire votre blog et vos comentaires…vous me semblez très proche des « néo-con. » style Dick Cheney et compagnie

  9. @Jean-Jacques,

    Attention, vous avez confondu Jean-Pierre avec moi, il se peut qu’il n’apprécie pas. J’imagine que votre clavier a fourché.

    Effectivement, j’utilise dans ce cas les mêmes arguments que les défenseurs de la peine de mort, puisque j’en suis.

    Néo-con? Non. Conservateur, avec pas grand chose de néo, sauf peut-être dans la maîtrise et l’embrassement de la technologie moderne. Mais toujours avec une défense des valeurs morales et institutionnelles qui vont avec cette conviction.

  10. @ Jean-Pierre
    Je m’excuse pour la méprise.

  11. @Tous

    Aujourd’hui, et je cite: « le Canadian Council on American-Islamic Relations appelait Ottawa à abolir la liste, affirmant qu’elle empiète sur les libertés civiles et qu’elle devrait être débattue au Parlement »

    J’imagine que pour être conséquents, vous allez vous insurger contre ce lobby qui tente d’intervenir dans nos politiques?

  12. « -Comment peut-on considérer comme “dangereuse” une personne qui prend l’avion, alors qu’on ne la considère pas “dangereuse” sur le sol? »

    Cette question Manx me fait penser à la Cour Suprême qui dit que le kirpan dans les écoles ce n’est pas dangereux mais qui l’interdit dans les palais de justice!

    Hihi!

  13. @ Jacques: Comme on ne chiâle pas contre les actions du conseil de l’Unité Canadienne, la Société Saint-Jean-Baptiste, la communauté juive (tant qu’elle n’emploie pas son chéquier comme arme politique), moi ça ne m’a jamais dérangé le lobbying en fait. Tant que c’est fait de manière responsable et non dans le but de dézoner un milieu humide pour y construire des condos, parce que c’est plus rentable que 200m plus loin, ou que ça n’a pas pour but de récompenser des amis de partis, je n’ai pas de problème.

    Par contre, je crois, Jacques, qu’il est important de mettre en contexte cette histoire. La non-publication n’est pas un argument 100% recevable, car le type verra quand il achète son billet qu’il est refusé (selon le système, on le voit quand on achète le billet). Il a qu’à se prendre une deuxième passeport et retourner s’en acheter un après ça, comme tu dis ^^.

    Et je ne suis pas d’accord avec cet argument. Les staticiens savent que l’on ne peut, par exemple, condamner une personne d’un crime si on ne prouve pas que la personne est coupable HORS DE TOUT DOUTE. Dans une court, une personne ne pourrait être accusée de tentative d’attentat terrorisme, malgré le système de surveillance Echelon et de nombreux agents de la GRC extrêmement actifs et efficaces dans les groupes terroristes, mais on aurait le droit, sans préavis et sans dévoiler les critères, de lui interdire le vol? Alors qu’une court n’aurait pas les éléments de preuve nécessaires pour le condamner? On ne parle pas de « quelques personnes ». On commence avec 200 à 1500 personnes. Sur ces personnes, lesquelles sont capables de piloter un avion? La liste risque aussi de grossir avec le temps. Pour empêcher un attentat, on interdirait de vol combien de centaines de personnes? Alors que d’autres moyens extrêmement efficaces sont déjà utilisés? (renforcement de la sécurité dans les aéroports, renforcement des règlements d’articles permis dans l’avion, pilotes armés, etc.). On a, par exemple, permis aux gens d’avoir 2 briquets dans l’avion, pour se fumer une cloppe en sortant tout suite, mais on interdit à des gens, par sécurité, d’entrer dans l’avion. Si le pilote d’avion n’est pas en danger, en quoi un attentat terroriste dans les airs est-il plus à risque ou dangereux qu’un attentat au sol?

    Moi, je doute un peu de l’efficacité de la liste si elle était divulguée… Par contre, ce serait bien d’y voir les critères. Il n’y a pas d’excuses pour ne pas divulguer quels sont les critères qui permettent à une personne d’interdire à une autre personne de prendre l’avion. Déjà que c’est assez ridicule de même…

  14. @Manx,

    Pas totalement en désaccord avec certains de tes arguments. Mais, dévoiler les critères, c’est quand même donner une partie de la recette pour permettre d’en contourner les fondements. Et le truc du mec qui s’en va tout bonnement s’acheter un autre billet ne tient pas la route, parce que je pense que s’il est sur la liste, il risque d’avoir des petits problèmes…

    La paranoïa entourant ce genre d’initiatives sécuritaires me fait toujours tiquer, car je me demande souvent qui on cherche à protéger. Voici un fait historique qui devrait illustrer mon point:

    À New-York, avant Giuliani, les policiers n’avaient aucun outil pour agir. Avant Giuliani, New-York était la deuxième ville la plus dangereuse des USA.

    Giuliani, à son arrivée comme Maire, a mis en place une série de mesures décriées par la gauche caviar. Il a ajouté des milliers de policiers. Il les a incités à tirer sur les criminels. Il les a encouragés à exercer une tolérance zéro sur tous les types de crimes, particulièrement les suspects armés. Il a, en clair, pris les choses en main et a cessé d’ignorer un fait: la criminalité New-Yorkaise avait évoluée depuis les années 20, et elle n’était plus l’apanage d’une mafia, mais bien de gangs et de jeunes désespérés.

    Après son départ de la Mairie, toutes proportions gardées, New-York était l’une des villes les plus sûres des USA.

    Oh, bien sûr, on tente maintenant de lui en enlever le mérite(cyberpresse.ca/article/20070604/CPMONDE/70604130/6644/CPMONDE)

    Giuliani ne s’est pas arrêté aux arguments de « paix, égalité, liberté, etc.. » que lui servaient les p’tits intellectuels de SOHO. Ses policiers se sont mis à tirer sur les bandits, les ont arrêtés, ont nettoyé les rues. Même celles de SOHO.

    Il faut maintenant faire un tel ménage dans les transports aériens et couper les ponts aux désaxés qui tentent de saboter ce moyen de transport. Et s’il faut être ferme, et bien, soyons-le.

  15. L’affaire c’est que depuis le 11 septembre, il n’y a pas eu d’événements « majeurs » dans le crime aérien. Oui, ça a été un événement majeur, évitable, mais les moyens actuels mis à la disposition de la GRC et de la police, en plus d’un effort magistral des organismes gouvernementaux pour communiquer entre eux dans certains cas (ce qui ne se faisait pas avant) ont contribué à prévenir plusieurs crimes. La GRC est même capable, actuellement, d’arrêter à volonté certains groupes terroristes; elle l’a fait il y a 2 ans, d’ailleurs.

    Je comprends ce que tu veux dire sur la sécurité en avions, mais mon argument est surtout que la sécurité est déjà extrêmement renforcée depuis le 11 septembre. Les gens sont plus vigilants, même au-delà des nouvelles lois. Je crois que cela est suffisant pour assurer notre sécurité, en tout cas dans les avions. Personnellement, ce qui me fait peur, c’est plutôt la sécurité dans les transports en commun… À ce niveau, les attentats de Londres et du Japon m’inquiètent plus que ceux du 11 septembre.

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