Les profits avant les enfants

Sur l’ensemble des plaintes déposées au premier trimestre de 2007 au ministère québécois de la Famille, 84% concernaient des garderies privées subventionnées. Les parents qui se sont plaints reprochent surtout les économies « de bouts de chandelles », une mauvaise nourriture, de faibles portions, une hygiène déficiente et le faible ratio d’éducateurs.

Mais faut-il réellement se surprendre de cette situation?

En effet, n’oublions pas que le but du privé est d’engranger des profits. On n’est pas propriétaire d’une entreprise pour le plaisir de l’administrer et de ne jamais faire d’argent. On veut que ça rapporte. Et quand notre matière première c’est les enfants des autres, il n’y a que deux façons d’augmenter la marge de profits: diminuer les coûts de fonctionnement ou augmenter les entrées d’argent.

Dans le premier cas, on décide de moins nourrir les enfants en espérant que ça ne paraisse pas trop; quelques dollars de sauvés par ici ou par là. On augmente la quantité d’enfants par éducateurs pour ne pas payer trop en salaires. On n’investit pas vraiment dans l’hygiène; ça fait toujours ça de savon d’économisé. Bref, on réduit le service auquel les enfants ont droit pour sauver de l’argent.

Dans le deuxième cas, c’est actuellement impossible, puisqu’il y a un prix plafond fixant le maximum qui peut être exigé d’un parent pour son enfant dans une garderie privée subventionnée. Mais la situation serait-elle meilleure sans cette limite? On peut en douter sérieusement. Certes, les plus nantis pourraient avoir accès à davantage de garderies de luxe à 75$ la journée avec un ensemble d’avantages pour leurs enfants, mais la vaste majorité de la population – classe moyenne incluse – y perdrait au change, devant payer davantage de sa poche pour un service auquel elle a droit.

En définitive, le gros problème dans les garderies actuellement, c’est que le gouvernement n’a jamais eu le courage de s’attaquer sérieusement aux garderies privées en les forçant soit à être rentables par elles-mêmes, soit à fermer leurs portes. Bref, à arrêter de s’abreuver aux mamelles de l’État en exigeant des subventions pour avoir le loisir d’accueillir nos tout-petits.

Nous avons la chance au Québec d’avoir un système de Centres de la Petite Enfance (CPE) qui fait l’envie de toute l’Amérique du Nord. Les parents peuvent confier leurs enfants en toute sécurité à des éducateurs et éducatrices de qualité, professionnels, qui n’ont d’autres tâches à accomplir que de s’occuper des enfants du mieux possible.

Des éducateurs qui n’ont pas comme mission d’économiser de l’argent sur le dos des enfants afin de satisfaire la marge de profit des propriétaires de garderies privées subventionnées…

Pour le bien des enfants, ne serait-il pas temps d’arrêter de subventionner ces garderies et de se servir de l’argent économisé pour développer le réseau de CPE?

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9 Réponses

  1. Outre son caractère excessivement novateur sur le plan de la conciliation travail-famille, je pense qu’on oublie trop souvent que l’avènement du système de garde public aura permis d’introduire une forme d’imputabilité chez les propriétaires de garderies.

    Les gens sont très critiques aujourd’hui de la qualité du service de garde et de son accessiblité. C’est normal, car en introduisant ce programme, nous avons transféré ces doléances de la sphère privé vers la sphère politique et publique.

    Or, si certains se servent de ce phénomène pour miner la crédibilité du service, il faut plutôt s’en réjouir, puisque cela fait en sorte que des mesures d’accréditation et de contrôle sont instaurées, encourageant ainsi l’émulation parmi l’ensemble des centres de la petite enfance.

    Les garderies publiques ne peuvent alors qu’améliorer leurs services au fil du temps, au détriment, à la lecture de cet article, du système privé.

  2. Très bon texte. À chaque fois qu’un cas est mis à jour, je ne peux m’empêcher de penser qu’un être immonde à voulu faire de l’argent au dépit du bien-être des enfants. Il y a beaucoup de bassesses dans ce monde qu’on laisse passer, qu’on ose dénoncer, mais d’amputer le bien être d’un enfant pour quelques dollars c’est répugnant…

  3. Le gouvernement a les moyens de fermé toutes les garderies privées et seulement ouvrir des garderies 7$?

    Je sais pas pourquoi mais j’y crois pas.

  4. La solution ne passe évidemment pas par un transfert systématique du privé vers le public. Car, beaucoup d’élément ont été « oubliés » dans ce billet:

    Voici un extrait d’un communiqué aux parents utilisateurs d’un service de garde privé suventionné:
    « Pour chaque jour où vous payez votre contribution de 7 $, le gouvernement verse à la garderie une subvention moyenne de 33 $. La garderie dispose donc d’environ 40 $ par jour par place pour couvrir les dépenses normales liées à ses activités de garde éducatives. »

    Voici maintenant un extrait d’un communiqué aux parents utilisateurs d’un CPE:
    « Pour chaque jour où vous payez votre contribution de 7 $, le gouvernement verse au centre de la petite enfance (CPE) une subvention moyenne de 40 $. Le CPE dispose donc d’environ 47 $ par jour par place pour couvrir les dépenses normales liées à ses activités de garde éducatives. »

    Trouvez-vous qu’il s’agit d’une situation normale et équitable? De plus:

    -Ces garderies privées sont tenues d’avoir un comité consultatif de 5 parents où ils sont majoritaires. Ces parents sont également très, très fautifs et auraient dû intervenir s’ils constataient des lacunes.

    -Ces garderies privées ont été forcées de se plier à une entente avec le gouvernement qui limite le montant qui peut être chargé aux parents.

    Donc, il est évident que ces garderies privées ne peuvent pas être jugées sur un même pied que des CPE dont le budget entier est absorbé par la communauté. De plus, j’imagine qu’un fonctionnaire du ministère pourrait très bien « échapper » une plainte dans la poubelle parce qu’elle concerne un de ses collègues FTQien.

    Si les garderies privées font de telles fautes (regrettables et innacceptables, bien sûr), c’est qu’elles sont sous-subventionnées et que l’on obligent celles-ci à un frais maximum. Contradiction suprême, s’il en est une. Qu’on les subventionnent correctement, au moins, si on veux que les services soient comparables.

    La solution? Simple. Aucune subvention. Mais ceci doit s’accompagner de la possibilité de charger n’importe quel frais. J’ai eu le bonheur de profiter des services d’une garderie privée avant le désastre inventé par le PQ. Elle coûtait 50$ par jour, et ma fille y a passé des années merveilleuses. Aujourd’hui, c’est fini, cette garderie doit viser les médiocres objectifs du ministère.

  5. Aucun rapport Louis avec ton billet, mais il y a un autre blogue avec le même nom que toi : http://unhommeencolere.blogspot.com/

    Il y a tellement de blogues, cela devait arriver un jour…

  6. Je me rappelle l’histoire qui a coulé bien de l’encre l’an dernier, sur les garderies privées. Il y a des places au Québec où la garderie privée est le seul choix pour les parents (ça et la liste d’attente dans d’autres), et le problème est qu’elles avaient maintenant un prix plafond et n’étaient plus financées autant que les CPE par le gouvernement. Résultat: les garderies devaient faire plus avec moins.

    Le porte-parole des garderies privées est allé voir des officiels du gouvernement pour se plaindre de la nouvelle loi qui favorisait largement les CPE et défavorisait la qualité globale des services de garde. On lui a répondu: « Vous avez un prix plafond x. Si vous voulez plus, vous pouvez utiliser d’autres moyens. » Par exemple, les sorties peuvent être payantes (cas classique). Mais bon, les garderies privées ont clairement indiqué qu’elles étaient sous-financées et que cela mettait leur situation en difficulté. Ce que l’on voit maintenant, c’est une cause du désinvestissement en garderies privées, ajouté à un prix plafond trop bas pour assurer des services de qualité.

  7. @ Jacques Saint-Pierre :

    « De plus, j’imagine qu’un fonctionnaire du ministère pourrait très bien “échapper” une plainte dans la poubelle parce qu’elle concerne un de ses collègues FTQien. »

    C’est ce que j’appellerais un coup en bas de la ceinture. Le hic est que ça ne fonctionne pas comme ça dans la vraie vie. Du reste, les fonctionnaires ne sont pas forcément « collègues » des travailleurs membres de la FTQ. Il faut distinguer les militants syndicaux et les fonctionnaires syndiqués qui ont prêté un serment d’office et qui, d’autre part, n’ont pas automatiquement un préjugé favorable aux syndiqués du milieu des garderies.

    En ce qui concerne les garderie privées non subventionnées, celles-ci sont réellement interdites au Québec ?

    Michel Monette

  8. @Michel Monette,

    En fait, non, elles ne sont pas « interdites », mais le gouvernement a pratiquement forçé la main à toutes celles qui restaient pour qu’elles prennent une entente avec lui.

    De plus, et c’est plus important, instaurer un système à prix unique limite le rayon d’action de ces garderies entièrement privées. Elles peuvent difficilement être compétitives dans un tel contexte.

    Pour ce qui est de mon « coup en bas de la ceinture », que voulez-vous, il s’agit du fruit d’une longue expérience avec ce genre de personnes, qu’elles soient militantes ou non. La vraie vie dont vous parlez, j’y ai été, j’y suis, et les menaces de mort, menaces physiques et réception de bouts de métal malencontreusement lancés dans la direction des patrons sont, elles, terriblement réelles.

    Les mots d’ordre syndicaux débordent du cadre des négociations et minent la productivité de façon quotidienne. Je n’ai absolument aucun mal à imaginer que le scénario dont je parlais se déroule réellement.

    Si l’on prête les pires intentions aux entreprises privées (comme le fait le présent billet), vous m’accorderez bien le droit d’attribuer certaines bassesses aux syndiqués qui ont, eux, prouvés à maintes et maintes reprises leur mauvaise foi et leur manque de scrupules.

  9. En effet, n’oublions pas que le but du privé est d’engranger des profits. Et le but du public est de retourner l’ascenseur aux amis du pouvoir, de surtaxer les citoyens et d’engranger des pertes financières à tout projet auquel il participe.

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