La méthode brutale

Mario Dumont n’est pas reconnu pour sa subtilité. Dernière démonstration en liste: son désir de passer une loi pour assurer un service à 80% dans le transport en commun en cas de grève. Évidemment, personne n’est dupe: Dumont cherche encore une fois à surfer sur une vague de mécontentement alimentée par des médias corporatistes (dont certains appartiennent à des compagnies qui sont en conflit de travail avec leurs employés) pour espérer gruger quelques voix. Sauf que cette fois-ci il y a péril dans la demeure.

En effet, de quelle genre de grève parle-t-on quand elle n’est appliquée qu’à 20%? Ce n’est pas une grève; on empêche donc les travailleurs d’exprimer leur refus des propositions patronales et on les accule au pied du mur en les forçant à se rendre au travail. Bref, on donne le gros bout du bâton aux patrons. Mais c’est extrêmement dangereux socialement, puisque ultimement le seul recours des employés contre l’intransigeance d’un employeur est justement de refuser de travailler et de forcer le retour à la table de négociations. Si on passe une loi limitant le droit de grève, on donne de facto carte blanche aux patrons pour bloquer les négociations, puisque de toute façon les conséquences ne seraient pas trop difficiles à endurer.

Par ailleurs, quel est l’intérêt d’une telle loi? Un sondage pendant la grève des employés d’entretien de la STM a démontré que près de 70% des usagés étaient satisfaits du service. Et puis, est-ce que ces grèves sont si fréquentes? Les chauffeurs d’autobus et les opérateurs de métro n’ont pas fait la grève depuis 20 ans à Montréal! Mais à droite on préfère évidemment mettre l’emphase sur une plus longue période, faisant fi des améliorations du climat de travail depuis.

Ce qui risque de se produire avec une telle loi, c’est une détérioration notable de ce climat de travail. Puisqu’on enlève aux travailleurs le droit de se faire respecter et de négocier une convention collective d’égal à égal avec la partie patronale, ceux-ci devraient trouver d’autres moyens pour se faire entendre, ce qui risque d’être bien pire pour la population.

Au Japon, on dit « If it ain’t broken, don’t fix it ». Si ça fonctionne bien, pourquoi tout changer? Pourquoi risquer de faire reculer la classe moyenne avec ces mesures anti-syndicales?

Encore une fois, on constate l’amateurisme de Mario Dumont et son incapacité d’établir des stratégies cohérentes à long terme. Il surfe sur n’importe quel thème d’actualité et son seul but est d’atteindre le pouvoir. Et que fera-t-il ensuite, suite à son élection?

Il travaillera à se faire réélire.

Le pouvoir pour le pouvoir, c’est ça son leitmotiv. Et tant pis si la classe moyenne écope au passage.

Publicités

19 Réponses

  1. Je suis d’accord avec le fait que cette stratégie est inutile.

    Mario Dumont aurait gagné mon respect, et mon vote, s’il avait plutôt proposé une privatisation pure et simple de ce service.

    Voilà qui aurait été innovateur et gagnant. Limiter le droit de grève, c’est quand même accepter qu’il y en ait un.

    Le transport en commun doit vite devenir le transport privé efficace. Le transport en commun doit coûter plus cher, être plus confortable et offrir une variété plus grande de services, allant du transport de luxe pour certains quartiers jusqu’au transport de masse pour les autres.

    Alors, peut-être, songerai-je à quitter le confort de mon véhicule 8 cylindres avec air climatisé et système Hi-Fi. Sinon, j’embarques pas.

  2. C’est triste… je continue de pousser sur l’idée d’offrir la gratuité aux passagers comme moyen de pression. On peut pas enlever le droit de grève, mais on peut enlever la grogne des utilisateurs de leur stratégie.

    Jacques a un bon point, transport en commun, c’est pas confortable, même pas un peu, et en plus c’est bondé. Je connais pas grand monde qui aiment se faire entasser tels de vulgaires sardines. Je préfère lorsque nécessaire me faire chier dans le traffic, oh oui.

  3. J’ai écrit une série de billet récemment sur le même sujet. Mario Dumont comprend-il l’impact de sa décision en terme de relation entre les parties à la table des négociations ?

    Détails sur les 3 derniers billets de mon blog:
    Le cynisme
    L’analyse
    Commentaires et communiqué de la FTQ

    Désolé de ne pas prendre la peine de tout réécrire ici, mais comme c’est déjà fait, j’au cru sauver du temps 🙂

  4. Pour ce qui est de l’idée de l’accès gratuit, il s’agit d’un moyen de pression qui a déjà été utilisé avec succès au pays-bas je crois. Il s’agissait par contre de chauffeurs de tramway.

    Cette idée s’appliquerait peut-être dans le cas des chauffeurs d’autobus, mais à aucun autre corps d’emploi dans les services de transport en commun.

    En effet, si un corps d’emploi qui n’est pas en négociation collabore, par exemple avec les mécaniciens, pour laisser entrer les passagers et instaurer une forme de « gratuité », ce corps d’emploi se retrouvera en situation de grève illégale et pourrait en subir les conséquences…

    L’idée de la gratuité s’applique donc difficilement… malheureusement!

  5. Je ne peux qu’être d’accord avec Frank là-dessus (ayant adhéré aussi à cette idée de faire suer les patrons plutôt que les usagés).

    Il y a le poids environnemental, qu’il ne faut pas oublier avec la grève des transports en commun… Donc, par moralité, je ne peux, comme toi Louis, penser que ces travailleurs puissent faire la grève comme bon leur semble et chambouler la vie de ceux qui, soit par pauvreté, soit par choix moral, ont décidé d’utiliser les services de la STM.

    Et le commentaire de Jacques, malgré son éternel ton frondeur, est quand même représentatif d’une voie que la STM devrait suivre, c’est-à-dire le confort, pour grossir le nombre d’utilisateurs. Par contre, je ne crois pas qu’il faudrait que la STM passe à des mains publiques et donc que le prix du billet augmente au point où les pauvres ne pourraient plus se le permettre…

    Pour les riches, le seul moyen de les empêcher de polluer par leurs grosses voitures et camions inutiles serait d’interdire les moteurs seulement à essence, d’abord. Et de tout faire pour encourager les technologies alternatives plus chères, mais qu’ils auraient les moyens de se payer. Quel gouvernement aura le courage d’aller dans ce sens? Quels riches auront le sens moral assez fort pour donner l’exemple? Je sais qu’il y en a déjà (pas Jacques en tout cas), il faudra qu’ils décuplent. Je verrais bien un mouvement qui pourrait s’appeler : Les Richéthiques, ou quelque chose du genre… Si vous avez de meilleures idées…

  6. Si seulement la voiture électrique n’avait pas été bloquée…

    Ceci dit, toute forme de VUS et autre gros camions devraient être interdit dans le traffic. Ces monstres ont été conçus pour embarquer la tite famille pour aller en vacances (comme le démontre les pubs d’ailleurs), enlevez-nous donc toute cette grosse cochonnerie là du traffic. Si au moins ils embarquaient pas tout seul la dedans en plus…

  7. Hey super article mr.Colère!

    J’aime bien vos commentaires sur le syndicalisme d’ailleurs je vous invite à passer sur mon blogue où vous citais d’ailleurs dans mon billet sur la nécéssité des transports en commun à Montréal.

    Sur ce, à bientôt.
    LJB

  8. C’est bien évident que quelque chose devra être fait pour éviter que la population soit prise en otage lorsqu’il y a un conflit de travail dans les transports en commun. Personnellement, je ne crois pas que limiter le droit de grève est une solution à long terme, mais en cette époque où on essaie de promouvoir l’utilisation du transport en commun pour diminuer la congestion routière et diminuer les émissions de GES, il est impératif que la fiabilité du système ne doit pas être compromise.

    Je crois que ce ne serait pas un luxe de regarder ailleurs les services de transport en commun qui fonctionnent bien et qui sont efficaces et appliquer ces solutions ici. Notre système actuel n’est pas efficace.

    Quant à la gratuité, je ne crois pas que ce soit possible tout en offrant un service digne de ce nom. Le service doit être abordable pour faciliter l’accès, mais pas gratuit.

  9. @ Philippe, il est important de noter que mon idée de gratuité fait office de moyen de pression au lieu de la grève, je ne demande pas la gratuité du système, mais pas du tout, faut bien qu’un peu d’argent revienne.

  10. Bravo à M. Dumont pour cette initiative!

    Enfin, il a retrouvé ses couilles!

    Des syndiqués qui mettent la métropole sans dessus dessous de façon irrésponsable devront se faire mettre le nez dans leur m**** !

    Aucun employé ne perdait sa job, aucun ne subissait de baisse de salaire. La grève de la STM était provocatrice et irresponsable.

    Et bien en passant par une loi, ça nous permettrait de leur rappeler de ne pas abuser de leur droit de grève.

  11. Des syndiqués qui mettent la métropole sans dessus dessous de façon irrésponsable devront se faire mettre le nez dans leur m**** !

    Non mais sur quelle planète tu vis Le Bum? Les gars assuraient le service 8h par jour pendant la dernière grève, plus de 70% du service! D’ailleurs, une forte majorité des usagers (les deux tiers!!) a déclaré n’avoir pas été dérangé par le service.

  12. Aucun ne subissait de baisse de salaire… relatif.

    Puisque les employés payaient de leur poche la close orpheline et que la première année proposée contenait un gel des salaires, oui, ils subissaient une légère baisse, même absolue (sans tenir compte de l’inflation), la première année. Ce n’est pas arrivé souvent que les employés de soutien fassent la grève, et les gens de Montréal ont bien su s’adapter à ce système de la STM.

    En second lieu, le transport en commun à Montréal est EXCELLENT. Les métros passent aux 5 minutes aux heures de pointe (ou moins, aux 10 minutes en dehors de ces heures) et mis à part certaines lignes d’autobus, la majorité fonctionne très bien. Ce n’est rempli qu’aux heures de pointe, et le réseau est bien adapté à ces heures. Pour me déplacer uniquement en autobus, je me rends au travail en 45 minutes, au campus MacDonald de McGill en 1h (ou 1h30 si je ne prends pas le train de banlieue) et je peux lire le journal pendant le déplacement. Non, je ne suis pas entassé, même dans les heures de pointe. Préjugé commun, mais qui arrive véritablement pas très souvent.

    Moi, ça me dérange pas que le système soit réduit à 70%. Tant que c’est pas en hiver ^^. On a des moyens de s’adapter (je suis parti tôt pour une entrevue à ma job un vendredi soir pour profiter du transport pendant la grève). Mais s’il y a d’autres moyens de pression disponibles, légaux et moraux, qui ont aussi un impact, pourquoi pas? Offrir le service gratuitement peut être pas mal pour les conducteurs, mais pour les employés de soutien?

  13. Pas sur la même que toi, c’est sûr!

  14. Apparement Le Bum que tu n’es pas non plus sur la même planète que la majorité de nos concitoyens.

    Selon un sondage publié dans La Presse:

    Quatre Montréalais sur 10 (42%) et au moins un banlieusard sur cinq (19%) affirment avoir ressenti un impact négatif sur leur temps de déplacements au cours de la dernière semaine, à cause de la grève déclenchée mardi par le syndicat des employés d’entretien de la Société de transport de Montréal (STM).

    58% des Montréalais et 80% des banlieusards (et 68% de l’ensemble des gens interrogés) estiment que la grève des employés d’entretien n’a pas eu d’impact concret sur leurs activités quotidiennes.

    On est très loin de la « la métropole sans dessus dessous » dont tu parles. Tu devrais peut-être moins regarder la télé…

  15. « Tu devrais peut-être moins regarder la télé… »

    Phrase inutile!

    Au nombre de BS et de chômeurs qu’il y a à Montréal, c’est normal que ça n’ait pas dérangé certaines personnes.

    Finalement, ceux qui ont été dérangé par la grève ie ceux qui travaillent à des heures atypiques, n’étaient pas à la maison lors des appels téléphoniques qui se font habituellement en soirée car ils travaillaient ou courraient comme des malades pour se téter un lift à cette heure-là.

    Et non, je ne veux pas être de la même planète que toi qui encourage sur ton site la manifestation pour aller écoeurer les soldats de Valcartier et leurs familles qui auraient plutôt besoin de notre soutien avant leur départ pour l’Afghanistan.

    Cependant, je respecte ton opinion.

  16. Que c’est plaisant discutter avec Le Bum, dans son ‘monde parallèle’ tout s’explique toujours à son avantage…

    Pourtant, à ce petit jeu, on peut toujours contre-argumenter, c’est n’est donc plus une question rationnelle mais simplement une question d’endurance…

    Finalement, si je te comprend bien cher Bum, ceux et celles qui ont été réellement affectés négativement par la grève sont une minorité. Ça n’excuse rien, évidemment. Mais on est très loin de ton enflure verbale (tu écrivais : que la grève avait mis “la métropole sans dessus dessous”).

    Je rappelle que plus de 75% des déplacements en transport en commun se font sur la plage quotidienne de 8h qui était couverte à 100% par le service essentiel.

    Curieusement, 70% des citoyens ont dit qu’ils n’ont pas été vraiment affecté par la grève.

    Dans ce contexte, il est carrément abusif de parler de prise d’otage et de “métropole sans dessus dessous”. Tout comme il est carrément abusif de légiférer dans ce contexte.

    À moins que tout cela ne soit qu’une occasion de plus de faire assaut de populisme et d’antisyndicalisme…

  17. « Mais on est très loin de ton enflure verbale  »

    Phrase inutile. Insulte non provoquée.

    Reste poli. On a le droit de ne pas être d’accord sans se lancer des bêtises.

    C’est incroyable comment les participants à ce blogue ne peuvent s’empêcher d’insulter le monde.

    Comme toujours, ce n’est pas moi qui a commencé.

    Et c’est normal Nicolas qu’on ne soit pas d’accod car toi tu fais des assaults de populisme et d’anti-patronat dans ton blogue aveuglément pro-syndical.

    Finalement, ton commentaire est complètement inutile car tous ceux qui participent sont ici pour contre-argumenter et de là la beauté de ce site. Toi aussi tu écris pour ce soit à ton avantage.

    Si tu veux te reprendre de façon utile et civilisé, libre à toi.

  18. @ Nicolas

    J’avoue que je n’ai pas été trop dérangé par la dernière grève des transports étant donné que je vis sur la rive-sud, mais que je travaille just à coté du terminus de l’AMT au centre-ville. Mais je suis solidaire des usagers qui ont été largement dérangés par ce conflits comme mes confrères de travail dont la grande majorité travaillent sur un horaire atypique.

    Considérant que les conditions de travail des syndiquées de la STM sont largement meilleures que les miennes, je n’ai que peu de sympathie pour les doléances de ces derniers. De plus, en ces temps où on cherche à diminuer la circulation et les émissions de GES, le transport en commun a pris beaucoup d’importance comme service essentiel, au point qu’il pourrait un jour être considéré comme le service de police ou d’ambulance ou d’incendie. L’arrêt du transport en commun ne met pas les vies en danger, soit, mais il cause quand même de graves inconvénients dans un système dont la fiabilité devient de plus en plus importante.

    Je trouve qu’il est étrange qu’on essaie de nous faire gober que les syndicats se battent pour nous quand tout ce qu’ils font c’est défendre les intérêts de travailleurs qui sont déjà grassement payés avec une sécurité d’emploi de béton et une retraite dorée. Dites ce que vous voulez, mais n’essayez pas de me faire croire que leurs démarche profite à quiconque à part eux-mêmes.

  19. Corrige-moi si je me trompe, mais le but d’un syndicat est de représenter l’ensemble des travailleurs et de négocier leurs conditions de travail, non? On ne va pas blâmer une coopérative pour ne pas voir à l’intérêt de ses non-membres, ce n’est pas logique.

    Qui plus est, de faire un bon salaire a l’air outrageux. Les employés de soutien ne sont pas les chauffeurs que l’on croise le matin, mais les électriciens et les employés qui font l’entretien des métros et des bus, en bonne partie entre 2h et 5h du matin, quand le métro est fermé. Ces gens ont besoin d’un DEP et de formations supplémentaires, sans compter leur horaire ce qu’il y a souvent de plus atypique. Qui plus est, leur syndicat s’est montré ouvert à la négociation, mais il semblerait qu’après une ouverture de la part de la ville, ils aient frappé un mur quelques jours avant que le PLQ n’annonce la possibilité d’une loi spéciale pour les ramener au travail (faites-moi croire que M. Tremblay ne le savait pas…). À ma connaissance, la fin du litige ne concernait pas la hausse du salaire, mais la close orpheline qui nuisait aux nouveaux employés.

Comments are closed.