Le coût du contrôle

On savait déjà que le privé coûtait plus cher que le public en santé à cause de la marge bénéficiaire des exploitants. Dans le texte Malade du privé je soulignais que les États-Unis, qui ont un système beaucoup plus privé que le Canada, ont dépensé en moyenne annuellement 6351$ par habitant pour la santé contre 3384$ seulement pour le Canada. Mais il y a un autre coût dont il faut désormais tenir compte: le coût du contrôle.

En effet, si le but ultime du privé est d’accumuler les profits, comment s’assurer qu’il ne cherche pas constamment à contourner la loi afin de maximiser son rendement? On constate, à ce sujet, le problème majeur que pose notamment la firme Medicina, qui demande de l’argent à des patients pour qu’ils puissent voir plus rapidement un médecin, qui est ensuite lui-même rémunéré illégalement par la compagnie pour ce service.

Oui, Philippe Couillard a raison de dire qu’ils se sont fait prendre, mais tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes pour autant. Une autre compagnie recommencera. Sans les politiques claires et la volonté du réseau public de soigner les gens – et non pas de s’enrichir en profitant de leurs maladies – comment peut-on s’assurer que la situation ne se reproduira pas ailleurs?

C’est exactement ça, le coût du contrôle. Non seulement le privé coûte plus cher par lui-même, mais en plus l’État doit renforcer ses structures de contrôle pour le surveiller et l’empêcher de violer la loi. Bref, on doit payer de l’impôt pour la santé des autres, payer en espèces au privé pour sa propre santé, et payer des taxes pour les structures publiques qui doivent surveiller les structures privées qui elles se substituent à la responsabilité du public de soigner les gens. C’est ça l’idéologie du tout-privé.

En somme, on augmente la bureaucratie, mais au lieu d’avoir une bureaucratie productive, orientée vers la satisfaction des patients dans le cadre d’un système de santé public et universel, on doit l’orienter vers le contrôle et la surveillance de firmes privées qui ne veulent qu’une chose: trouver les failles et augmenter leurs profits.

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9 Réponses

  1. Résoudre le problème de notre système de santé est décidément très complexe. C’est certain qu’il ne sera jamais question d’imiter le système américain pour résoudre nos problèmes. Ce serait littéralement tomber dans l’excès contraire. Donc, il serait impossible de ce servir du modèle américain pour juger de l’impact de l’introduction du privé dans notre propre système.

    Par contre, plusieurs pays européens oont réussi à intégrer public et privé dans leur système de santé, sans pour cela sacrifier le principe de l’universalité. C’est donc sur ces modèles qu’il faudrait plutôt se pencher.

    Chose certaine, on ne s’en sortira pas sans faire une réforme complète du système.

  2. @philippe david: À propos de l’idée d’une réforme complète, je m’en méfie beaucoup lorsqu’il est question d’un système aussi complexe que celui de la santé.

    S’il fallait (et je ne prétend qu’il faut le faire) s’inspirer des modèles à deux vitesses qui se développent dans certains pays européens et scandinaves, ce serait pour adapter notre propre système à ces inititatives, sans nécessairement faire « table-rase ».

    Une politique publique est inscrite dans un ensemble de règles, valeurs habitudes construites dans le temps et qui sont uniques à chaque pays ou province. Tout changement doit donc s’effectuer dans le respect de ces constructions sociales sous peine d’être rejetée ou incomprise par les institutions de cette société (y incluant les entreprises). C’est pour cette raison qu’on ne peut juger de l’efficacité d’une politique seulement en comparant les résultats obtenus d’un pays à l’autre, puisque chaque pays ne possède pas le même ensemble de règles et de coutumes.

    C’est entre autre une des raisons pour lesquelles il faut éviter d’adopter une attitude du genre: « après moi le déluge », je viens tout changer et ce sera pour le mieux.

    Avant de me faire lancer des pierres, j’aimerais préciser que mon raisonnement ne signifie toutefois pas que l’on ne peut rien changer, seulement qu’il faut considérer cet aspect.

  3. Ce qui m’étonne c’est que les coupables se font seulement dire « eille le pas fin, recommence moi pas ça! ».

    Comment veux tu dissuader les crosseurs de se monde avec une vulgaire requête d’arrêter?

    Si le contrôle était mieux fait, il y aurait moins d’argent de perdu dans le processus c’est sur.

  4. @ Tetoine

    Effectivement une réforme complète serait difficile. Mais ayant des contacts dans le domaine de la santé qui me montrent comment inefficient qu’est notre système présent, je ne peux me demander si nous avons les moyens de négliger les changements nécessaires à tous les niveaux, que ce soit au niveau des soins, de l’équipement, du financement ou de la gestion des différents échelons. Il y a du gaspillage rampant dans tout, et il serait grand temps d’y faire du ménage.

  5. On pourrait essayer de transformer chaque régie de santé régionale en une société parapublique, qui aurait à rendre des comptes et surtout, à fonctionner efficacement. La sous-traitance avec le privé serait encadrée par un bureau de coordination.

  6. Pas complètement en désaccord avec ce billet. Sur l’aspect de la nécessité de contrôle et du coût de sa mise en place, du moins. Il est vrai que la venue du privé, avec le protectionnisme des syndicats, va faire exploser les emplois reliés au contrôle.

    Je crois personnellement qu’il faut déréglementer un peu et laisser plus de place au bon sens du privé. Les marchés s’auto-régulent. Si une firme privée fonctionne mal, les clients la déserteront. Car je crois, contrairement à ce que le billet affirme (« de firmes privées qui ne veulent qu’une chose: trouver les failles et augmenter leurs profits ») que les firmes privées, bien qu’espérant du profit, auront tout autant à coeur le bien-être de leurs patients.

    Ceci dit, au Québec, nous avons la « contrôlite » aïgue, et ça ne règle pas tout (au contraire). Nous avons une horde d’ingénieurs au Ministère des Transports pour assurer la sécurité du public, et les viaducs tombent quand même, sous leur surveillance. Nous avons des fonctionnaires pour la surveillance des aéroports, et la mafia y fait de joyeuses affaires pendant que les journalistes se promènent sur le tarmac, sous leur oeil « vigilant ».

    On peut bien démoniser, comme ce billet tente de le faire, le privé. Mais, dans ce cas, il faut voir l’envers de la médaille: faire surveiller un mouton par un loup n’est pas une solution brillante.

  7. Le mouton étant l’entrpeprise privé et le loup l’état?

  8. « …on doit l’orienter vers le contrôle et la surveillance de firmes privées qui ne veulent qu’une chose: trouver les failles et augmenter leurs profits. »

    Louis, d’où vient ton aversion contre l’entreprise privée? Je trouve que tu généralises.

    J’ai un projet d’entreprise sur ma table à dessin et à te lire, c’est à croire que si je fonce je deviendrai insensible, immoral, sans scrupule, fraudeur et voleur.

    Pourtant, quand je regarde aller les politiciens, je trouve que les qualificatifs mentionnés ci-dessus s’appliquent beaucoup plus à eux qu’à tous les propriétaires d’entreprises que j’ai côtoyés jusqu’ici dans ma vie.

    En tout cas…

  9. Bref, on doit payer de l’impôt pour la santé des autres, payer en espèces au privé pour sa propre santé, et payer des taxes pour les structures publiques qui doivent surveiller les structures privées qui elles se substituent à la responsabilité du public de soigner les gens.( Louis )

    C’est ça la Loi du tout public, sans autre choix. La santé est devenu par la force des socialistes corporatistes et syndicalistes la responsabilité de maman gouvernement et non de l’individu, au Québec. Qui plus est… Quand Pauline Marois a autorisé le transfert des cancéreux vers les cliniques privées de Burlington et Plattsburg, pour diminuer les morts sur listes d’attentes au Québec, qui croyez-vous a payé la note ?
    Vous, naturellement.

    C’est ça l’idéologie du tout privé.
    Vous confondez. Vous décrivez l’actuelle idéologie en faillite du tout syndiqué public.
    sp

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