Des condos dans les îles?

Pour ceux qui ne le savent pas, le parc des îles de Boucherville est un des parcs nationaux les plus fréquentés au Québec. Situé en plein coeur du Saint-Laurent, il s’étend du pont-tunnel jusqu’à Varennes, et il comporte de nombreuses îles, de même qu’un réseau cyclable permettant de faire du vélo le long des berges. On peut aussi y faire du kayak, du canot, du pédalo, ou y jouer au golf, ou faire un pic-nique. Et c’est aussi probablement le dernier endroit dans la couronne de Montréal où on y trouve des cerfs en liberté. Voilà un parc qu’il conviendrait de choyer et de protéger.

Pourtant, on projette de construire 2500 unités de condos juste à son entrée, sur l’île Charron, sur un terrain vendu par Desjardins pour la somme de 350 000$.

Même si cette construction ne se ferait pas dans le parc lui-même, elle se ferait dans une zone tampon entre l’entrée du parc et l’autoroute. En d’autres mots, même si on ne coupe pas dans le parc officiellement, on détruirait une grande partie de la beauté sauvage de l’endroit pour y installer des condos luxueux repoussant encore davantage la limite de la nature et les animaux des îles. Mais surtout, on enlèverait la chose la plus précieuse du parc: sa naturalité.

En effet, ce qui est bien avec le parc des îles de Boucherville, c’est qu’on a vraiment l’impression d’être ailleurs quand on y est. On a peine à croire que Montréal est à 2-3 km.; on se croit dans la vraie nature. On se promène, on regarde la rive invitante du vieux village de Boucherville, on traverse vers l’île Grosbois sur le bac-à-sables, et presque partout où on regarde on ne voit que nature ou beauté.

Mais qu’en serait-il avec des tours à condos constamment dans le champ de vision? D’affreuses constructions carrées perçant l’horizon, attirant le regard, rappelant aux visiteurs leur triste destin de petites gens urbaines coincées par le béton et le bitume. N’est-ce pas de la pollution visuelle, polluant effectivement les gens qui sont dans le parc?

Voici une situation où le gouvernement Charest a une possibilité de se racheter pour sa tentative de privatisation au Mont Orford. L’ensemble des îles doit restée le plus sauvage possible. Oui, il y a déjà un hôtel, mais restons-en là. Inutile de rajouter des condos et d’autres constructions détruisant la nature et polluant l’horizon des gens.

Mais le gouvernement a-t-il seulement la volonté de s’attaquer au problème et de faire ce qui doit être fait, c’est-à-dire voter une loi, acheter le terrain et agrandir le parc? Et que doit-on attendre d’une ville comme Longueuil, qui a autrefois sacrifié tout son bord de l’eau pour y construire une route à six voies de large?

Dans un monde où la seule valeur qui compte est celle du profit et du « développement » économique, que vaut le respect d’un derniers espaces verts sauvage de la région immédiate de Montréal?

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10 Réponses

  1. « que vaut le respect d’un derniers espaces verts sauvage de la région immédiate de Montréal? »

    C’est inestimable. Et tu sais c’est quoi le pire? Y’a surement déjà un paquet de sans coeur qui salivent à l’idée d’aller rester la et d’avoir une vue sur le parc.

    Tiens je parie même que Jacques est en train de chercher le numéro de téléphone pour s’en réserver un 😛 (c’est une farce Jacques! du moins j’espère!)

  2. Je me désole du développement résidentiel sauvage autour de Montréal. D’un côté, il y a des boisés urbains et ces parcs qui sont constamment en danger d’être avalés par les promoteurs. Vous souvenez-vous, voilà quelques années, du parc Lafontaine (dont une partie importante devait être transformée en quartier de condos), ou bien des abords du Mont Royal (un regroupement privé a finalement acheté les terrains pour les « léguer » au parc).

    Une des causes de cet intérêt pour les parcs et boisés urbains, plutôt que pour les terrains privés disponibles, est le prix. Les parcs et les boisés publics sont parmis les espaces dont la valeur au pied carré augmente le moins rapidement. Même chose pour les terrains appartenant à des religieux, qui ont été sous-évalués (souvent d’un facteur de 10) pendant tout le 20e siècle. Pas étonnant, donc, que les promoteurs s’y intéressent.

    J’aimerais souligner un autre phénomène qui me décourage un peu. Lorsque j’habitais Montréal, j’ai visité des condos en 2002-2003, et la plupart des nouvelles constructions étaient en bordure des autoroutes ou des échangeurs. Comment peut-on vouloir vivre dans un environnement aussi désagréable? Que ce soit à Lachine, Dorval, Brossard ou Laprairie, il semble que la notion de « milieu de vie » ait été mise de côté au profit du « vivre dans un beau condo pour pas cher ». Plus récemment, à Sainte-Julie, on a vu tout un complexe d’immeubles et de maisons multifamiliales se faire ériger le long de l’autoroute 20. Pourtant, cette région-là a de l’espace de disponible en bonnes quantités (on n’a qu’à consulter une carte satellite pour s’en convaincre)… alors pourquoi LÀ? Il me semble qu’à moins de passer ses fins de semaine devant la télé et le Xbox, on finit par se rendre compte de l’environnement merdique où l’on vit…

    Bref le développement urbain autour de Montréal est mal contrôlé et n’est pas du tout encadré par des principes d’urbanisme simples comme: assurer un bon milieu de vie aux familles et protéger un minimum d’espaces verts. Et pourquoi ne pas interdire la construction résidentielle à moins de 500m des autoroutes?

    Tout cela, sans oublier le saccage des terres agricoles (il s’est dézoné plus de terrains agricoles en 2005 que pendant toute la décennie précédente).

  3. Question d’habitude. Mon père habites sur le bord d’une autoroute depuis très longtemps. Quand je vais le visiter l’été, je trouve ça incroyable. Mais c’est pas cher.

    En tout cas, quand les voitures électriques, réputées sans bruit, seront la norme, il y aura moins de pollution sonore.

    Pour revenir à la question principale, je n’aimerais pas être un promoteur immobilier qui se spécialise dans la région de Montréal, car des lieux idylliques, il n’y en a plus beaucoup. D’où cette vampirisation que Louis fait bien de dénoncer.

  4. Je ne sais pas quel impact un tel projet aura sur la parc mais si j’étais vous, j’en profiterais pour mettre une visite de ce parc dans votre agenda de cet été.

    C’est un endroit superbe et c’est très spécial de faire du vélo en côtoyant des chevreuils habitués à la présence humaine.

  5. Semble-t-il que Desjardins n’est autre qu’une méchante institution financière après tout. Eux qui s’évertuent à nous rappeler qu’ils ne sont pas une banque. Vendre ces terrains pour un minable $350 000 de profit alors que la direction du parc leur avait demandé de leur céder. C’aurait même pu être une bonne publicité pour eux. Quel dommage!

  6. Dès le départ, le concept d’une COOP qui fait des profits me dépasse.

    Ils ont effectivement ratés une belle occasion de démontrer une touche de bon sens!

  7. justement… le but de la coop c’est de distribué ses profits a ses membres… pas a la société entiere

  8. Ben justement, c’est risible ce qu’ils donnent en retour à leurs membres.

    Et je vois pas anyway ce que ça viens faire dans cette histoire. Desjardins est pas en manque d’argent à ce que je sache. Et même s’ils étaient en manque d’argent, grâce à eux un des rares grands espaces verts à Montréal va être gâché

  9. Très bonne idée de proposer au gouvernement Charest de se « racheter » et de rapatrier ce terrain. Il s’agira simplement que le prix ne soit pas plus élevé que celui obtenu par Desjardins.

    De croire que Desjardins est une coopérative relève de l’utopie. Ils sont, à mon point de vue, encore plus capitalistes que les banques à charte.

    Au moins avec elles, tu le sais d’avance que tu vas te faire « $%?&%/ »… Desjardins, profitant de la loi qui l’a crée, en profite pour se vautrer dans l’image coopérative mais elle agit tout aussi sauvagement que les banques, sinon plus.

    Que dire de sa tentative d’imposer des frais de 4.00$ pour les transactions bancaires à ses guichets automatiques pour tous ceux qui ne sont pas « membres » de Desjardins?

    Tous devraient être égaux chez Desjardins… Parlez-en aux assités sociaux qui ont toute les difficultés au monde à ouvrir un compte malgré le fait que la loi l’y oblige.

  10. Il me semble que ce parc devrait être privatisé. Il y a un terrain de golf avec du potentiel. On pourrait en faire un Tremblant urbain. Il y a déjà un hôtel en plus.

    Donnez-moi ça ce terrain-là, je vais vous faire quelque chose de beau et rentable. En plus, ce faisant, on aura plein de viande de chevreuil à distribuer après.

    Je vous invite au méchoui!

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