Archive for mai 2007

Face de mépris
24 mai 2007

Monique Jérôme-Forget était en entrevue à Radio-Canada quand on a appris que le PQ allait voter contre son budget. Voici grosso modo sa réaction:

« S’ils veulent faire tomber le gouvernement, qu’ils le fassent. Mais une élection, ça coûte 72 millions $, et gaspiller 72 millions $ pour une coquetterie, ça fait cher. »

Dans les faits, 1 milliard $ de baisses d’impôts pour les plus riches, quand les besoins sont si criants en santé, en éducation, quand les routes tombent en ruine, ce n’est PAS une coquetterie. Vendre les actifs d’Hydro-Québec pour boucler le budget, ce n’est PAS non plus une coquetterie. Hypothéquer notre avenir pour satisfaire l’appétit des plus nantis, ce n’est PAS une coquetterie. Respecter la volonté des électeurs n’est PAS une coquetterie.

Véritablement, Jérôme-Forget est en train d’établir de nouveaux standards en matière de mépris dans la politique québécoise. Et 72 millions pour se débarrasser d’elle et de ses politiques économiques faites à la va-vite, ce n’est pas si cher payé.

Le PQ prend un gros risque en votant contre le budget, mais si c’est pour nous éviter d’avoir à subir une Margaret Thatcher québécoise, ça vaudra chaque sous jusqu’au dernier. Mépriser à ce point la démocratie et le fonctionnement d’un gouvernement minoritaire, ça ne mérite qu’une seule chose: le congédiement.

Un budget pour les plus riches
24 mai 2007

On ne peut pas totalement rejeter du revers de la main quelque chose d’aussi complexe que le budget du Québec. Ceci dit, le dépôt par la ministre Jérôme-Forget du budget de l’an 1 du gouvernement libéral minoritaire a de quoi inquiéter la classe moyenne et les plus défavorisés, malgré quelques mesures positives.

Ainsi, les réductions d’impôts de près de 1 milliard $ se font avec l’argent du déséquilibre fiscal, qui aurait dû financer les programmes sociaux, notamment les soins de santé et l’éducation. À défaut d’être illégale, cette utilisation frauduleuse de l’argent d’Ottawa est certainement immorale et constitue un dangereux précédent, handicapant de manière potentiellement irréversible toute future demande du Québec pour obtenir de l’argent du fédéral pour améliorer ses programmes sociaux.

Par ailleurs, à qui profitent les réductions d’impôts? Certainement pas aux plus démunis, qui n’en paient pas, ni même à la classe moyenne, qui reçoit davantage en services que ce qu’elle paie en impôts. En faisant passer la limite inférieure du taux d’imposition de 24% de 59 765$ à 75 000$, le gouvernement fait un gros cadeau à ceux qui sont déjà des privilégiés et se prive de revenus qui auraient pu être utiles pour l’ensemble de la société. On le constate, le Parti Libéral soigne sa base, c’est-à-dire les plus riches parmi la population québécoise.

De la même façon, la décision d’éliminer la taxe sur le capital contribuera à la détérioration d’une situation déjà intolérable où les entreprises déclarent des profits indécents sans payer leur juste part à l’État du Québec. Cette inéquité profonde empêche le gouvernement de distribuer adéquatement la richesse produite, et quelle solution a trouvé Jérôme-Forget? Oui, oui, augmenter encore davantage ce déséquilibre en s’assurant de réduire le pouvoir étatique d’imposer à une juste hauteur les profits des entreprises.

Concernant la hausse des frais de scolarité, c’est déjà un vieux débat: les hausses seront imposées et les étudiants, parmi les plus pauvres de la population, écoperont. Pendant qu’on soulage des multinationales et ceux d’entre nous qui sont les plus riches, on augmente le fardeau des étudiants et on les décourage de continuer leurs études, affaiblissant le niveau global d’éducation du Québec et sa capacité compétitive à long terme.

Ensuite, la création d’un groupe de travail en santé chargé de faire des recommandations au gouvernement pourrait être une bonne idée. Malheureusement, ce groupe sera dirigé par un néolibéral notoire, Claude Castonguay, et on se demande de toute façon si le gouvernement écoutera ses recommandations, lui qui n’a pas attendu les résultats d’études des experts avant de décider d’augmenter les frais de scolarité.

Mais une des pires mesures, à mon avis, c’est la décision de vendre trois immeubles de société immobilière du Québec pour financer, avec les « gains » réalisés, cette chimère qu’est le Fonds des générations. En langage populaire, on appelle cette mesure « détruire le balcon pour chauffer la maison ». Bref, on se départit à la va-vite de biens publics, appartenant à la collectivité, pour obtenir un bénéfice temporaire et non-récurrent. Cette décision, alliée à la volonté de privatiser cinq services gouvernementaux, est tout à fait irresponsable.

Ceci dit, et malgré ces points profondément négatifs et rétrogrades, il y a quelques mesures intéressantes, voire nécessaires, notamment un investissement de 30 milliards $ au cours des cinq prochaines années pour rénover les infrastructures, dont les écoles et les hôpitaux. Cependant, considérant la durée de vie moyenne d’un gouvernement minoritaire, il y a fort à parier que cet engagement sera révisé en court de route.

En somme, ce qui frappe dans ce budget, c’est son inégalité: on donne des bonbons de 1 milliard $ et une élimination de la taxe sur le capital aux plus aisés, mais en même temps on augmente le fardeau des étudiants et on doit se débarrasser d’immeubles pour boucler le budget. On appelle cela au mieux de l’incohérence, mais en étant très cynique on peut simplement affirmer que le PLQ satisfait ses appuis du monde financier, de l’IEDM, des médias corporatistes et des plus hauts salariés.

Quand un budget devient l’occasion de remercier ses appuis et ne satisfait plus au rôle primordial de l’État qui est de chercher à mieux redistribuer la richesse, il devient évident qu’il existe un profond déficit démocratique et qu’il est dans l’intérêt de la majorité de changer le gouvernement au plus vite.

C’est bien beau le déficit zéro, mais qu’en est-il du déficit social? Il serait peut-être temps de réaliser qu’on a peut-être simplement transféré le déficit de l’État vers les particuliers…

Des racines et des ailes
24 mai 2007

Il y a de ces statistiques qu’on peut glisser dans une phrase, comme ça, pour faire intelligent. Des trucs du genre « oh, en passant, le taux de chômage est monté à 6,4% ». Mais dans d’autres situations, on a envie de s’arrêter et de laisser les chiffres parler:

[…] le taux de décès par suicide des personnes âgées de 65 ans et plus a augmenté de 85 pour cent entre 1977 et 1999.

Quatre-vingt cinq pour cent. Ce n’est pas rien comme augmentation. Que s’est-il donc passé en deux décennies pour qu’aujourd’hui l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) et l’Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic (AQRP) en viennent à demander au gouvernement de faire des ainés un groupe cible pour la prévention du suicide?

En effet, la retraite n’est-elle pas supposée être le plus grand achèvement de la vie, le moment où enfin on a le temps de profiter de la vie? La publicité ne manque pas à cet effet; partout on voit des ainés souriants, actifs, jouant au golf, voyageant. Mais est-ce réellement la réalité?

Malheureusement, pour beaucoup d’ainés la situation est très différente.

Mais ce n’est pas tout le monde qui a les moyens de bien vivre à la retraite. Souvent, les journées sont longues, et l’argent manque pour réaliser tous les rêves. Alors on attend. On attend quoi? Peu importe, on attend. Puis le malheur frappe, toujours trop souvent.

Où sont allées ces années où les personnes âgées étaient de formidables ressources pédagogiques pour les plus jeunes, partageant la maison familiale, entretenant le si essentiel pont entre les générations? Une personne âgée, ce n’est pas juste quelqu’un qui est sur la pente descendante; c’est aussi et surtout quelqu’un qui a beaucoup fait d’erreurs et appris de celles-ci, et qui a le potentiel d’aider d’autres à ne pas faire les mêmes erreurs.

En somme, les personnes âgées sont le lien entre le passé qu’on ne doit pas oublier et le futur qui doit être la continuité de ce passé.

Cependant, aujourd’hui on a l’impression d’une véritable fuite en avant. On ne veut plus rien savoir de ces ancêtres qui parlent de la crise économique, de la deuxième guerre mondiale, de Duplessis. On ne veut pas le savoir à quel point la vie était rude dans ce temps-là; comment les conditions de travail étaient pitoyables, à quel point il fallait être fort pour vivre à cette époque-là. Au mieux, on en rit et on ironise: « Dans mon temps, on marchait 8 km. dans 10 pieds de neige pour aller à l’école! ». Et puis on passe à autre chose.

Pourtant, il y a tant à apprendre. Et c’est tellement stimulant de comprendre d’où nous venons afin de mieux estimer notre destination. Car le futur n’est-il pas que la continuité du présent, qui lui est la conséquence logique du passé?

Au fond, ces ainés qui se suicident sont-ils vraiment responsables de leurs gestes? Ou n’ont-ils pas plutôt été oubliés par une génération centrée sur elle-même, qui a ouvert ses ailes mais qui a oublié ses racines? Une génération de déracinés, aveugle et naïve, qui oublie qu’un jour ce sera elle qui sera oubliée, et dont les actions n’auront été qu’une page dans le grand livre de l’Histoire qui n’intéresse plus personne.

Il serait peut-être temps de prendre le suicide de nos ainés un peu plus au sérieux et de se questionner sur sa signification.

Et d’écouter nos parents, nos grand-parents. Car un jour, ce sera à notre tour d’être vieux et de désespérer si la prochaine génération ne veut rien savoir de notre expérience.

Au sujet de la classe moyenne
23 mai 2007

On a beaucoup entendu Mario Dumont parler au nom de la classe moyenne au cours de la dernière campagne électorale. Tellement, qu’on avait presque l’impression qu’il était le champion défenseur de celle-ci, ayant à coeur ses intérêts, et que sa seule mission au parlement serait de l’aider à prospérer.

Pourtant, depuis qu’il est à l’Assemblée nationale, Mario Dumont n’a rien fait pour la classe moyenne, bien au contraire. Dernière attaque en règle contre celle ci: il exige davantage de fermeté contre les travailleurs d’entretien de la STM qui se sont vus forcés de déclencher la grève devant l’intransigeance de la partie patronale.

Évidemment, il est normal de vouloir régler le conflit à la STM. Mais pourquoi prendre automatiquement le parti des patrons? Ceux-ci ont refusé toute forme de compromis depuis le début, rejetant du revers de la main les nouvelles propositions de la part du syndicat. À quelques heures de la grève ils auraient encore pu négocier, faire de nouvelles propositions, démontrer une ouverture. C’est précisément la fermeté et l’obstination de la direction de la STM qui ont mené à cette grève.

Mais derrière cette contradiction évidente de Mario Dumont, qui s’attaque à la classe moyenne au nom de la classe moyenne, il y a quelque chose de beaucoup plus dangereux: c’est toute l’idéologie néolibérale de la nouvelle droite qui s’oppose à toute forme de syndicalisation, soi-disant au nom de la classe moyenne. Tous ces gens au discours haineux, revanchard,malheureux de leur propre exploitation et de leur salaire insuffisant, qui s’attaquent à d’honnêtes travailleurs de la classe moyenne et aux syndicats, qu’ils accusent d’être responsables de tous les maux.

Puisque le Québec n’est pas un vase clos, regardons un peu ce qui se produit dans une société où le taux de syndicalisation diminue.

Aux États-Unis, par exemple, le taux de syndicalisation est passé de près de 35% il y a quelques décennies à seulement 13% aujourd’hui. Logiquement, si on suivait les arguments de la « drouate », on observerait une augmentation de la richesse de la classe moyenne et du pouvoir d’achat en général. Mais c’est exactement le contraire qui s’est produit.

En effet, les revenus réels nets du cinquième des foyers les plus pauvres a crû de seulement 5% entre 1979 et 2002, ceux de 20% des foyers a augmenté de 15% en moyenne sur la même période. Au contraire, pour le cinquième le plus riche, la croissance a été de 48% et pour le 1% des foyers les plus riches, l’augmentation moyenne des revenus a été de près 111%. Tout ceci au même moment où la productivité augmentait de près de 53% et que le salaire moyen global, en dollars constants de 2004, stagnait de 15,24$ en 1973 à 15,23$ en 2004.

Bref, on le constate, la baisse du niveau de la syndicalisation n’a pas profité à la classe moyenne, loin de là. Les écarts entre les riches et les pauvres – donc la dislocation de cette classe moyenne – se sont accentués et la hausse de la productivité n’a pas le moindrement profité aux travailleurs. On a plutôt assisté à une désintégration sociale caractérisée par un appauvrissement marqué des plus pauvres et un enrichissement très important des plus riches. Entre les deux, ce qui reste de la classe moyenne s’est déchiré entre la majorité vers le bas et une minorité vers le haut.

Devant ces résultats éloquents, on ne peut que constater et dénoncer le manque de vision et de cohérence du discours de Dumont et de ses fans de la droite. Au nom de la classe moyenne, ils s’attaquent à des travailleurs et à des syndicats qui représentent le progrès social et la survivance à long terme de cette même classe moyenne.

Voilà pourquoi le combat des travailleurs de la STM est aussi le nôtre. Car le jour où les syndicats auront été brisés – le rêve de la droite – sera aussi le jour où notre niveau de vie en général baissera et le jour où on pourra enterrer le concept même de classe moyenne. Puisque le taux de syndicalisation est un excellent indicateur de la richesse du tissu social d’une société, voilà pourquoi chaque victoire des travailleurs est à célébrer, et chaque défaite à craindre comme un nouveau recul non seulement pour la classe moyenne, mais pour l’ensemble de la société québécoise.

Au fond, c’est facile de s’attaquer à la classe moyenne et à d’honnêtes travailleurs qui ne demandent qu’à gagner honorablement leur vie. C’est beaucoup plus difficile et exigeant intellectuellement de s’attaquer aux vraies plaies sociétales que sont les profits astronomiques des pétrolières, des pharmaceutiques, des compagnies de télécommunications, des banques, des compagnies minières…

Le petit tyran
23 mai 2007

Céline Dion fait de la musique. Oui, oui, c’est ce qu’on a m’a dit. Moi qui croyait jusqu’alors qu’elle ne faisait qu’apposer sa magnifique voix sur des mélodies pré-programmées et sans inventivité, qu’elle chantait des mots vides de sens, des mots dont on a calculé le rendement financier avec précision. J’imaginais déjà René Angélil lui dire: « Rajoutons un petit « love » ici ou un « always' » là, c’est vendeur ». Bref, j’avais toujours considéré que Céline Dion était avant tout une business sans coeur ni âme.

Il semblerait que j’avais raison.

En effet, René Angélil vient de lancer un ultimatum comme lui seul sait le faire: ou bien le comité organisateur des fêtes du 400e anniversaire de Québec se récuse et laisse tomber ses affirmations selon lesquelles Céline ne voulait pas chanter si elle n’avait pas l’exclusivité, ou bien Céline n’ira tout simplement pas chanter à Québec.

Bref, c’est my way or no way, comme ils disent à Las Vegas.

Pourtant, il aurait été possible de continuer à négocier, de laisser parler le comité sans y répondre. Ou même d’avouer que Céline désirait l’exclusivité et d’expliquer pourquoi. Mais non: Angélil, qui fait davantage penser à un petit tyran terrorisant le monde journalistique québécois qu’à un gérant d’artiste, a préféré se lancer dans des accusations selon lesquelles nous prendrions Céline pour acquis puisque nous sommes Québécois, que nous la considérions comme faisant partie des meubles en quelque sorte…

Mais qu’a donc fait Céline Dion pour le Québec, au fait? Elle s’est expatriée aux États-Unis, a renié la langue française en chantant de la muzak d’ascenseur en anglais, et elle vit maintenant au pays de l’Oncle Sam la plus grande partie de l’année. Elle y dépense aussi son argent là-bas. Elle a fait quoi pour nous, la belle Céline?

Dans les faits, c’est René Angélil qui prend les Québécois pour acquis. Il pense qu’il peut indéfiniment jouer les petits tyrans et imposer sa Céline à ses conditions, menacer, intimider. Il croit qu’il peut tout se permettre et que de toute façon les gens continueront d’acheter les disques à sa Céline… « Parce que c’est une petit fille de « cheuuu » nous ».

Parce que tant et aussi longtemps qu’il y aura des Québécois qui achètent de la musique d’ascenseur en anglais sous prétexte que c’est Céline, le petit tyran qu’est son mari pourra continuer de faire régner sa terreur et d’intimider quiconque ne louange pas sa protégée.

La grève… à temps partiel
22 mai 2007

Bon, ça y est: c’est la grève à la STM. Mécontents de se voir imposer un gel salarial l’an prochain et de constater les écarts intergénérationnels au niveau des conditions de retraite entre les plus anciens et les nouveaux employés, les employés d’entretien de la Société de transport de Montréal ont refusé les offres patronale et ont usé de leur dernier recours face à l’intransigeance de la direction: la grève.

Évidemmment, on aura droit a mêmes haut-le-coeur du citoyen lambda et aux mêmes phrases du genre « on est pris en otage » devant les caméras, faisant porter le poids de la grève aux travailleurs, et oubliant de prendre en considération le manque de volonté de la STM de respecter ceux-ci en leur offrant au moins l’indexation des salaires et en établissant une égalité entre les jeunes et les moins jeunes. La droite parlera de recours collectifs, d’irresponsabilité, d’incompétence.

Comme si la STM n’était pas aussi responsable de cette grève en ayant toujours tenu mordicus à geler le salaire de ses employés…

Mais ce n’est pas tout. Peut-on réellement parler d’une véritable grève ici, alors que le service est assuré aux heures de pointes et la fin de semaine? Le Conseil des services essentiels, cet organisme anti-syndical créé par le gouvernement Bouchard, a tellement transformé le concept de grève que désormais pour que celle-ci soit acceptable il faudrait qu’elle n’ait pas de conséquences. « La grève, oui, mais SVP ne touchez pas au service le matin, le midi, le soir, la nuit… »

Pourtant, la grève est un droit acquis dans le domaine du travail. Vouloir interdire la grève ou la limiter comme le fait le Conseil des services essentiels est irresponsable et dangereux. D’accord, pour le moment ce n’est pas bien grave. Et entre vous et moi, ce ne sera pas catastrophique si les employés ont un gel de salaire cette année seulement. Cependant, à long terme on rentre dans une dynamique de recul des conditions de travail et de limitation de la capacité des travailleurs à négocier avec l’employeur. Puisque le grève devient limitée, presque à temps partiel, pourquoi celui-ci s’imposerait-il d’offrir des conditions de travail satisfaisantes à ses employés? Pourquoi serait-il généreux s’il ne craint pas un véritable arrêt de travail complet?

Il y a un moment dans la vie ou il faut arrêter d’être égoïste et de ne penser qu’à soi. La grève est un recours extrême mais nécessaire dans certains cas; il faut comprendre que celle-ci doit avoir des conséquences. Une grève sans conséquences, ou aux implications limitées, ce n’est plus une grève et ça ne constitue plus un argument de poids à la table de négociation.

Soyons solidaires, et appuyons les travailleurs de la STM dans leur démarche. Car aujourd’hui ce sont eux qui se battent contre un gel de salaire et pour une meilleure retraite. Demain, ce sera peut-être nous.

La nécessaire constitution
21 mai 2007

L’idée du SPQ-Libre – ce club politique réunissant l’aile la plus progressiste du PQ – d’élaborer immédiatement une constitution québécoise est non seulement intéressante, mais elle est essentielle à la survie du parti.

Comme l’indique avec justesse Marc Laviolette, président du club, cette démarche est nécessaire pour expliquer aux citoyens la mécanique et le fonctionnement des institutions dans un Québec souverain. En enlevant l’argument fédéraliste selon lequel tout ne serait que chaos et misère suivant l’accession du Québec à sa souveraineté, la création d’une telle constitution aurait l’avantage de rassurer la population et potentiellement de convaincre les indécis de la justesse de la cause.

Plus important encore, cette constitution ne constituerait pas un virage à droite du Parti Québécois – les autres partis occupant déjà cet espace – ou de l’État du Québec, mais plutôt une consolidation des valeurs sociales québécoise et le signe que le futur État du Québec en serait un qui serait différent des États-Unis ou de nos amis du Canada.

Car Pauline Marois a porté un sérieux coup à son parti en reléguant aux oubliettes le projet souverainiste. La seule façon pour elle se racheter et de permettre aux différentes factions du parti de ne pas s’entre-déchirer est de les pousser à travailler constructivement et ensemble sur ce projet de constitution du Québec.

Car plus que jamais, en ces temps d’insécurité économique, la population n’est pas prête à se lancer dans le vide sans en savoir davantage sur la vie dans un Québec qui sera indépendant.

Rire du monde
19 mai 2007

La semaine dernière, le ministre des ressources naturelles du Québec, Claude Béchard, mettait au défi les pétrolières de ne pas hausser leurs prix à l’approche du long congé de la fête des Patriotes. Celles-ci n’ont absolument pas écouté, et le prix à la pompe a allègrement dépassé 1,20$ le litre. Claude Béchard a répliqué en disant « à quel point ils méprisent le ministre, le gouvernement, les contribuables et les consommateurs ».

Pourtant, autant Béchard est virulent dans ses attaques verbales contre ce cartel du pétrole, autant il ne fait rien de concret et se refuse à voter la nécessaire loi fixant un prix plafond.

On se rappelle que le gouvernement précédent avait voté une loi fixant un prix plancher, protégeant ainsi les indépendants et empêchant les guerres de prix si bénéfiques aux consommateurs. Pourquoi ne pas plutôt instaurer un prix plafond, qui fixe la limite supérieure de profit des détaillants?

Par exemple, en ce moment le coût au détaillant est de 1,10$, et le profit jugé « acceptable » est de 4 cents le litre, ce qui monte à 1,14$. Donc le prix plafond serait de 1,14$ le litre. Une telle règle permettrait de s’assurer que le coût à la pompe n’augmenterait pas substantiellement lors des congés ou à l’approche des vacances estivales.

Évidemment, ça ne règle pas le problème de base, qui est que le gouvernement a refusé de contrôler sa ressource naturelle la plus importante en privatisant Petro-Canada et en laissant de grandes multinationales engranger des milliards $ sur le dos des consommateurs.

Mais au moins, ça mettrait un baume sur la situation actuelle. Et ça augmenterait la crédibilité du ministre Béchard, qui ajouterait le poids des lois à ses mots.

Partenaires dans le crime
19 mai 2007

Dans n’importe quelle société saine, ouverte et où les médias sont libres et indépendants, cette nouvelle aurait fait un véritable scandale: l’Agence des partenariats public-privé (PPP) ne respecte même pas ses propres règles et accorde des contrats de près de 430 000$ à Price Waterhouse Coopers sans appel d’offre.

De l’argent public – notre argent – a ainsi été gaspillé pour payer des chargés de projets à 325$ de l’heure, des « spécialistes processus PPP » à 225$ de l’heure et divers autres frais gonflés à une entreprise privée sans qu’il y ait eu le moindre appel d’offre.

Mais doit-on réellement se surprendre de cette situation quand on sait que Pierre Lefebvre, l’actuel président de l’Agence des PPP (et qui gagne 75 000$ de plus que Jean Charest par année), est un ancien de Price Waterhouse Coopers?

Qu’on appelle cela de la corruption, de l’apparence de corruption, du vol ou du banditisme, il reste que c’est extrêmement révélateur de ce qui se produit quand un État décide de confier des projets au privé: les intérêts personnels des uns et des autres encouragent la dilapidation des fonds publics. « Appuie ma campagne électorale, et je te donnerai un contrat ». Scratch my back, I’ll scratch yours, comme ils disent en Tchétchénie.

Poutant, il existe des moyens de faire des projets et de les confier au public. Le public, ce n’est pas la panacée, mais il y a des gens qui surveillent, des chiens de garde qui s’assurent que l’argent est bien dépensé. Et on n’a pas à payer pour les profits de Price Waterhouse Coopers et pour des consultants qui se font 30$ dans le temps que ça prend pour se laver les mains.

Bien sûr, on dira peut-être à droite que les employés du public sont « trop » payés, qu’ils sont inefficaces. Mais est-ce une démonstration d’efficacité que de payer pour un service en plus de payer pour les profits d’une entreprise privée? Et qui est gagnant au bout de la ligne quand une entreprise fait tout pour limiter les frais en sous-payant ses employés mais en empochant les profits? Où va cet argent après? Certainement pas dans la communauté locale ou réinvesti dans des commerces de proximité, comme les salaires versés aux travailleurs du secteur public!

Les PPP, ça ne marche pas. Ça n’a jamais fonctionné en Angleterre, ça ne fonctionnera pas plus ici. Nous avons un autre exemple des dérives réelles de ce type de « partenariat », et il est de notre devoir de parler, de critiquer, de s’opposer.

Car quand une société en est rendue au point où elle accepte une apparence de corruption aussi flagrante, ce n’est pas seulement le gouvernement qu’il faut changer.

C’est tout le système.

Le poids du sondage
18 mai 2007

Un sondage publié la semaine dernière laissait entendre que le Parti Québécois remporterait un éventuel scrutin avec 40% des votes si Pauline Marois en était le chef. Il n’en fallait pas plus pour que le parti laisse tomber sa prudence et menace de faire tomber le gouvernement en votant contre le budget si le gouvernement Charest ne revient pas sur sa décision d’utiliser l’argent du déséquilibre fiscal pour baisser les impôts.

On s’en souvient, cette décision d’annoncer des baisses d’impôts avait été faite quelques jours avant les élections, en quasi-désespoir, alors que les sondages laissaient entrevoir la possibilité que le Parti Libéral perde le pouvoir. Devant le tollé général, Charest aurait dû laisser tomber ce projet, mais malheureusement au PLQ on ne semble pas avoir appris de ses erreurs passées et on a tendance à s’obstiner dans des projets dont personne ne veut. Est-ce si difficile à comprendre que l’argent du déséquilibre fiscal, dont tout l’argumentaire était basé sur un manque de revenus pour les programmes sociaux québécois, doit aller au financement de ces programmes sociaux?

Mais ce qui est réellement nouveau cette fois-ci, c’est le pouvoir retrouvé du PQ. Pas besoin de changer le programme, pas besoin de se réorienter plus à droite comme le laisse entendre Marois. Suffit d’avoir un chef qui inspire confiance à la tête du parti, et soudainement les gens semblent prêts à voter pour lui, lui donnant la force de menacer le gouvernement minoritaire de Jean Charest.

Pourtant, il convient de se rappeler les échecs des sondages lors des dernières élections. Car justement, Jean Charest a bien été élu malgré ceux-ci, l’ADQ forme l’opposition officielle malgré ceux-ci et le PQ a encaissé la pire défaite de son histoire, ce qu’aucun sondage n’a pu prévoir.

Pour toutes ces raisons, le PQ devrait être extrêmement prudent avant de menacer de faire tomber le gouvernement. Serait-il vraiment gagnant si l’ADQ le prenait au mot et fonçait elle aussi tête première vers un nouveau scrutin?