Un jeu dangereux

Mario DumontÀ moins de 24 heures d’un vote déterminant sur le budget qui risque de replonger le Québec en élections, il faut commencer à se questionner sur les conséquences électorales de la chute du gouvernement au sein de l’opinion publique. En d’autres mots: qui portera le chapeau, qui sera le grand coupable qui aura forcé les Québécois à retourner aux urnes après seulement quelques mois?

Évidemment, il y a les deux cibles faciles, le PLQ et le PQ. Le premier a complètement fait abstraction de son statut de gouvernement minoritaire en allant contre la volonté de la majorité en se servant de l’argent du déséquilibre fiscal pour baisser les impôts des plus nantis. Et le deuxième a décidé que ça ne se passerait pas comme ça, qu’il refuserait de voter pour un budget ne prenant pas davantage en considération ses doléances.

Mais… On n’oublie pas quelqu’un là? Quelqu’un comme Mario Dumont et son ADQ, qui, avant même le dépôt du budget, avait annoncé qu’il voterait contre? Voici le message lancé par Dumont et son parti: « Nous autres, on ne veut rien savoir de votre budget. On va voter contre et ça finit là ». Cette forme d’intransigeance peut être extrêmement populaire dans certains cas, mais c’est une arme à double tranchant qui peut se retourner contre lui si la population en vient à croire qu’il ne veut surtout pas faire fonctionner le parlement.

Justement, à cet effet, le refus de l’ADQ de participer aux négociations de la dernière heure pour tenter de trouver un compromis pourrait constituer aux yeux des citoyens un exemple d’intransigeance négative et contre-productive. C’est la crise à Québec, chaque armée prépare ses armes et Mario Dumont refuse de parler de trêve, de compromis ou de paix. C’est un comportement extrêmement dangereux qui pourrait lui enlever beaucoup de crédibilité.

En effet, si jamais le gouvernement tombe, et que le Québec retourne en élections, les adversaires de l’ADQ auraient désormais une arme facile contre Dumont. On peut déjà imaginer Marois au débat des chefs affirmer: « Nous avons tenté d’éviter les élections, mais vous, M. Dumont, vous préfériez rester hors-jeu et faire fi de la volonté des Québécois de faire fonctionner le parlement. » Mario Dumont risque de se retrouver seul peinturé dans son coin.

Politiquement parlant, ça peut être une grave erreur comme ça peut n’être rien du tout. Si le gouvernement tombe, l’ADQ se retrouvera assez rapidement dans l’eau chaude pour son refus du compromis et de la négociation, mais si le gouvernement ne tombe pas, Dumont pourra présenter tout le verbiage du PQ et du PLQ comme des discussions de « vieux partis » et il pourra ainsi continuer de jouer la carte d’un renouveau s’opposant aux vieilles idées.

Dans tous les cas, ça demeure un jeu dangereux où le gain n’est pas proportionnel au risque. On peut donc parler d’une erreur tactique majeure, justifiée par l’immaturité politique de l’ADQ et par son désir de donner une impression de premier ministre à un chef qui devrait intervenir au lieu de se tenir loin de la mêlée.

Au fond, peut-être a-t-il seulement peur de se salir les mains?

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6 Réponses

  1. Malheureusement, mauvais timing pour cet article. On vient d’annoncer que le PQ votera certes contre le budget, mais a promis de ne pas faire tomber le gouvernement. Techniquement, je ne vois pas trop comment ça se passera, mais, bon, le gouvernement semble vouloir rester comme ça pour l’instant.

    Donc, inutile de commenter l’aticle pour moi.

    Sauf pour dire que je crois que Mario sait ce qu’il fait. Et ce qu’il fait, c’est sa job d’opposition officielle. Ce que fait le PQ, c’est sa job de balance du pouvoir. Et ce que fait le PLQ, ben là, j’avoue que je comprends pas trop…

  2. Ouin ben… L’erreur tactique, pas sûr qu’elle vienne de l’ADQ. Si le gouvernement était tombé, on aurait pu lui reprocher son absence de cette semaine, mais là, le PQ est renvoyé dans le coin avec son bonnet d’âne. À mon humble avis.

    Moi, simple électeur n’ayant rien vraiment à perdre, je voulais qu’on passe à la prochaine étape au plus vite, pour passer à la suivante aussi au plus vite. La prochaine étape étant un gouvernement adéquiste minoritaire, une opposition péquiste et les Libéraux à leur tour en-dessous de la gallerie des journaliste. J’aurais voté PQ bien sûr, mais en n’ayant pas peur plus que ça de l’ADQ.

  3. Bon, ce qui va se passer, c’est que seulement 3 députés péquistes vont se présenter pour voter contre le budget. Ils disent qu’ils font ça pour agir de façon responsable.

    Moi, les votes « symboliques », j’ai ben d’la misère avec ça. Il me semble que c’est pas très fort.

    La bonne nouvelle, c’est que je vais bénéficier des baisses d’impôt…

  4. si on serait pas une province aussi pauvre aussi ca se discuterai meme pas comment adopter le budget…. Bien que je sois sympathique a l’ADQ, a leur place je serais en desacord pour des raisons différente…. pour la raison que l’on coupe pas encore assez les impots ce qui fait que personne veut investir ici et que les gens surtaxé consomme pas

    En passant… ca doit être plate considerer quelqu’un a 75 000 $ de riche, en tk ca donne pas des ambitions très elevé quand on vise d’être riche… c’est un bon salaire j’en conviens j’espere gagner ca un jour, surtout que j’en suis encore aux jobs de creve faim, mais considerer ca riche…. ben voyons ! aller voir le reste de l’amérique et vous changerez ben d’idée !

    Un peu comme si un mexicain arrivait dans une famille moyenne du Quebec, ils nous croiraient riche a craquer alors que ca ne serait que la normal au Quebec

    aussi a voir

    http://argent.canoe.com/lca/infos/quebec/archives/2007/05/20070531-175252.html

  5. Pour ma part, je suis surpris qu’ils arrivent quand même à faire passer les baisses d’impôt. Quant au PQ, je leur lève mon chapeau. Ils ont agit de façon responsable et ont sauvé la face, tout en obtenant des concessions de la part des libéraux. Personne ne voulait d’élections, encore moins le PLQ et le PQ. Nous avons élu ce gouvernement minoritaire pour qu’il fonctionne, pas qu’il tombe après 2 mois.

    Reste à voir pour la suite… Ça a l’air que je vais l’avoir, mon café… 🙂

  6. « en se servant de l’argent du déséquilibre fiscal pour baisser les impôts des plus nantis »

    Faux encore fois. Voir mon blogue si vous avez le temps.

    « On peut donc parler d’une erreur tactique majeure, justifiée par l’immaturité politique de l’ADQ et par son désir de donner une impression de premier ministre à un chef qui devrait intervenir au lieu de se tenir loin de la mêlée.

    Au fond, peut-être a-t-il seulement peur de se salir les mains? »

    Ce que Dumont a compris, et que moi-même je n’avais pas vu venir, c’est que de rester low profile pendant que le PQ faisait semblant de jouer au chien de garde était la meilleure stratégie à utiliser.

    Il savait que le PQ n’avait plus un rond et qu’il ne pouvait pas se permettre d’aller en élection et en grand stratège qu’il est, il a décidé de regarder les autres se battre pour rien.

    En tout cas, il m’a bien eu.

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