L’argent apatride

La volonté de Stéphane Dion de mettre un frein aux prises de contrôle étrangères de compagnies canadiennes constitue certes une excellente nouvelle. On peut espérer que le gouvernement passe une loi et limite le pourcentage d’actionnaires étrangers dans des secteurs clefs de notre économie.

Pourtant, ça semble être un coup d’épée dans l’eau. D’abord parce que le Parti Libéral n’a rien fait dans ce sens pendant les 12 années qu’il a passées au pouvoir. Ensuite – et surtout – parce que la provenance des actionnaires d’une compagnie n’a que peu d’importance.

En effet, un actionnaire, c’est quelqu’un qui veut un rendement sur son placement. Que ce soit par la croissance du titre acheté ou un dividende, celui-ci n’a qu’une chose en tête: le profit. Que la compagnie soit canadienne, française ou zimbabwaise ou que l’actionnaire soit néo-zélandais, thaïlandais ou sénégalais importe peu; seul son argent a de la valeur et cet argent n’a pas de nationalité.

On rétorquera peut-être que l’actionnaire canadien se sent davantage concerné par le sort d’une compagnie canadienne, ou qu’une partie de ses profits est redistribuée dans la collectivité. Mais c’est surestimer tant la conscience sociale d’un investisseur motivé avant tout par le profit et sa capacité à réellement influer sur l’économie locale. D’ailleurs c’est connu: plus on a d’argent, moins on en dépense proportionnellement dans sa localité; on est souvent plus attiré par des produits de luxe, importés, des voyages, et autres biens qui ne font pas autant rouler l’économie.

Le nouvelle croisade de Stéphane Dion n’est pas vaine pour autant; il est grand temps de se questionner sur la perte de pouvoir de la société sur ses entreprises. Mais ce n’est pas seulement en changeant la nationalité d’un investisseur qu’on améliore la situation. Il faut également que le gouvernement s’implique dans les secteurs-clefs de l’économie afin de réellement les protéger de la rapacité de compagnies qui ont davantage à coeur leurs profits – et le bien-être de leurs actionnaires – que le bonheur de la collectivité.

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11 Réponses

  1. Le protectionnisme ne mène nulle part. Le discours de Stéphane Dion est rétrograde et enfermera le Canada dans une bulle économique artificielle.

    Des preuves? En voici:

    En premier lieu, une preuve assassine des « fausses vertus » du protectionnisme. On y apprend, entre autre, que les investissements du Canada à l’étranger dépassent ceux de l’étranger faits au Canada. Si ces pays appliquaient un « plan Dion », plusieurs de nos entrepreneurs fermeraient leurs portes:
    http://www.statcan.ca/Daily/Francais/070509/q070509a.htm

    En second lieu, un lien intéressant entre l’opinion des habitants de divers continents sur les investissements étrangers et leur effet dans leur pays:
    http://www.worldpublicopinion.org/pipa/articles/btglobalizationtradera/273.php?nid=&id=&pnt=273&lb=btgl

    Il peut sembler valable et valorisant de « varger » à qui mieux mieux sur les méchants capitalistes, encore faut-il que ces coups de gueules s’appuient sur des faits et non sur une saute d’humeur éditorialiste.

    Imaginer que des entreprises doivent songer au « bonheur de la collectivité » sans se soucier d’être performantes et profitables, c’est digne des meilleurs films de Walt Disney (Les actions de Disney, en passant, sont toujours intéressantes, elles ont gagnées 10$ en 2006…)

  2. La Chine force les entreprises qui s’installent sur son territoire à être contrôlés majoritairement (50%+1) par des intérêts chinois. À méditer!

  3. La Chine? Un modèle à suivre?

    À méditer…

  4. Je ne propose pas la Chine comme modèle à suivre. Je donne un exemple de pays qui exerce un contrôle sur le capital étranger. D’ailleurs, il y a actuellement retour de balancier en Chine, après la libéralisation économique des années 1990; on y constate un retour du protectionnisme économique. Au moment même où les médias occidentaux s’extasient (sic) devant le « paradis capitaliste » (jungle?) qu’est la Chine du 21e siècle, le gouvernement chinois émet des tas de décrets limitant cette libéralisation.

  5. Toute réglementation n’est pas mauvaise en soi, mais le « plan Dion » n’a aucun mérite autre que d’affirmer qu’il faut articiellement contrôler les investissements.

    C’est une lubie politique.

    J’ai écrit un autre commentaire plus haut réfutant ces arguments. Il semble en attente d’approbation, probablement à cause des liens hypertextes que j’y ai inclus.

  6. Ah, ça me fait penser à me renseigner pour changer mes investissements pour des investissements éthiques. Quelqu’un s’y connait?

  7. Et la Chine est aussi le dernier bastion communiste de la planète… Le contrôle est une chose; la distribution des profits, gains et revenus en est une autre qui n’est pas nécessairement lié au contrôle de l’entreprise.

    Tant que des entreprises verront une opportunité (lire profits) et peu importe où cette opportunité est, elles iront et elles trouveront le moyen, par des ententes et même des détournements illicites, d’y trouver leur profit peu importe le régime en place. Lorsque le jeu n’en vaudra plus la chandelle, elles partiront. Là-dessus, c’est bien vrai que l’argent est apatride.

    @Louis: De mentionner que plus on a d’argent, moins on fait rouler l’économie locale, n’est-ce pas un peu gros? J’aimerais bien connaître tes sources là-dessus.

    Tant qu’à la rapacité des entreprises, c’est le propre même du système économique dans lequel nous évoluons; il n’est peut-être pas parfait mais j’aime encore mieux un marché ouvert qu’une nationalisation à l’extrême par le politique dans des domaines où il n’a aucune expertise. Si tous les champs économiques étaient gérés par le politique, ce serait désastreux. On a qu’à regarder ce qui se passe en santé et en éducation pour s’en rendre compte. Ce sont des goufres financiers sans fond et l’ajout continuel d’argent neuf ne fait rien.

    Passer une loi pour minimiser le contrôle étranger revient à appliquer un protectionnisme qui, dans un contexte de globalisation, n’est pas viable économiquement, sauf si on est en position de contrôle absolu (URSS, Bolivie, Vénézuéla, Chine). Même la Chine révise ses positions et permet la propriété complète d’une entreprise dans certains domaines.

    Si les entreprises ne peuvent faire des affaires dans un contexte donné, elles iront ailleurs. Déjà qu’elles le font assez allègrement, faudrait en plus leur donner des raisons supplémentaires de le faire non?

    N’oublions pas que le jeu des acquisitions se fait des deux côtés. Depuis les dernières années, les Canadiens ont acquis plus d’entreprises étrangères que le contraire. Si on limite la possibilité aux étrangers d’acquérir des entreprises canadiennes, le contraire sera aussi vrai.

    Une certaine forme de protectionnisme peut être valable pour des ressources naturelles comme l’électricité ou le pétrole mais pour les produits transformés, c’est autre chose.

    Dion et le Parti Libéral du Canada sont très mal placés pour faire la leçon là-dessus; on a qu’à penser à Paul Martin et à ses entreprises dont les sièges sociaux ne sont pas au Canada, question de sauver de l’impôt.

  8. Renart a écrit: « Ah, ça me fait penser à me renseigner pour changer mes investissements pour des investissements éthiques. Quelqu’un s’y connait? »

    La vague des fonds dits « éthiques » est passée au Québec; peu de fonds ont survécu à des problèmes importants, dont: le faible rendement, la moralité questionnable des fonds, l’incurie des gestionnaires, le recul boursier de 2000-2002, etc.

    Je m’étais renseigné chez Desjardins en 1998-1999 à propos de leurs fonds éthiques et verts. En 2000, quand je suis retourné pour faire des placements, ils avaient déjà tous disparu!

    Si tu veux te renseigner sur l’état actuel des choses, voici un lien:
    http://www.investissementresponsable.com/

    Je sais que le marché des fonds éthiques est proportionnellement 15 fois plus important aux USA qu’au Canada. Certaines banques inspirées d’idéaux religieux en font une spécialité, comme par exemple les banques luthériennes.

  9. @Renart,

    L’investissement éthique a fait place à l’investissement durable. Auparavant, on n’investissait pas dans des entreprises qui allaient contre nos convictions. Des les années 20, ce type d’investissement était présent; les congrégations religieuses n’investissaient pas dans ce qu’elles appellaient des « sin stocks » comme l’alcool, la boisson, le jeu et l’armement.

    Depuis les années 90, on parle plus d’investissement durable en ce sens que l’on investit dans des entreprises qui sont socialement responsables et qui essaient de ne pas nuire aux générations futures dans leur développement. On ne regarde plus seulement le domaine dans lequel l’entreprise évolue; on les compare entre elles et on choisit celles qui sont le plus « socialement » responsable (implication dans la collectivité, comportement responsable, citoyen corporatif, etc.).

    Voilà un petit condensé recueilli ici et là sur le Web.

  10. Merci à vous deux pour ces informations!

    Je vais regarder ça attentivement.

    Désolé Louis d’avoir contaminé ton sujet avec mes questions… mais ça reste connexe, je ne parlais pas de poulet frit, hé hé!

    Il reste que j’aimerais encourager le plus possible des entreprises qui ne visent pas le profit à tout prix!

  11. @DJ Lordee: C’est un concept assez connu du revenu; plus le revenu est élevé, moins il est investi localement. En clair: quelqu’un qui gagne 100 000$, par exemple, utilise une partie pour des dépenses locales, mais aussi une partie pour l’épargne (dépenses futures) ET pour des achats de luxe (achat de biens étrangers, voyages à l’étrangers, etc.) qui ne profitent pas à la communauté locale.

    Au contraire, quelqu’un qui gagne 20 000$ ou quelqu’un sur l’aide sociale, par exemple, dépense l’ensemble de son revenu dans sa communauté.

    Donc, si on a par exemple (par un gros hasard) 950 millions $ à dépenser, en favorisant les moins riches on s’assure que cet argent fait davantage rouler l’économie en créant des emplois au niveau local.

    Le mythe de l’accumulation de richesse créatrice d’emploi est justement un mythe du néolibéralisme; l’argent qui dort dans un coffre ou investie en dehors du pays ne crée rien du tout; elle dort. Au contraire, celle qui est investie dans l’épicerie du coin, dans le cinéma local, dans les commerces de la rue d’à côté, est beaucoup plus productive.

    Il y a une formule pour calculer tout ça, mais je ne me souviens plus. Mon cours d’économie remonte à quelques années. En clair, il y a un pourcentage de redistribution attribuable au revenu, et qui diminue plus le revenu augmente.

    Par ailleurs, tu dis que les acquisitions se font des deux côtés… Oui, mais ça nous donne quoi à nous? Absolument rien. La nationalité d’un actionnaire n’a pas vraiment d’importance pour la majorité. Ce qu’il cherche, c’est son profit. Et le jour où de déménager une entreprise au Mexique ou de baisser le salaire des travailleurs sera rentable, il l’appuiera sans hésitation.

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