Le fusil sur la tempe

La fin de la grève dans le réseau de transport en commun de Montréal est certes une excellente nouvelle pour tous les utilisateurs du réseau. Mais de l’autre côté de la médaille, il s’agit d’un recul pour les travailleurs de l’entreprise, forcés de plier devant la menace d’une loi spéciale.

En effet, comment peut-on croire que ce règlement est « normal », puisque les travailleurs rentrent au travail sans que la direction de la STM n’ait eu à céder sur le moindre petit point? Ces derniers ont perdu sur toute la ligne, et c’est le fusil sur la tempe qu’ils renoncent à leur droit – tout à fait légitime et légal – d’être en grève.

Tant qu’à cela, pourquoi ne pas éliminer le droit de grève? Les conditions de travail aux employés des corporations seraient imposées directement par le gouvernement, ce qui porte un nom: corporatisme, ou fascisme. Tout le monde au salaire minimum, travaillant 40 heures par semaine pour un salaire à peine suffisant pour vivre dans un petit 3 1/2 et même pas assez pour dépenser dans les commerces du coin. C’est ça qu’on veut, s’acharner à détruire ce qui reste de la classe moyenne sous prétexte que c’est être trop bien payé que de pouvoir vivre décemment des fruits de son labeur?

Une grève, ce n’est jamais facile pour qui que ce soit. Mais dans une société évoluée et progressiste, c’est le seul moyen pour les travailleurs de faire face à une direction intransigeante qui se moque de ses employés en leur proposant des gels de salaire et en refusant la moindre concession.

Malheureusement, en menaçant d’imposer une loi spéciale, le gouvernement a littéralement mis un fusil sur la tempe du syndicat, et il a ainsi démontré que le Québec de 2007 a évolué: nous ne sommes plus cette société progressiste où un contrat de travail se négocie, mais désormais le monde politique se sent investi du droit de courrt-circuiter le processus démocratique de négociation collective afin d’y imposer sa vision idéologique.

Oui, la grève est terminée. Mais il n’y a rien à fêter, sinon un autre recul pour le monde syndical, pour la classe moyenne et pour le Québec en général.

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16 Réponses

  1. C’est bien ça. Les salaires décents sont rendus indécents. Tu n’as pas de bac? de maitrise? de doctorat? alors tombe au bas de l’échelle! Les profits des entreprises ne sont jamais décriés, mais la petite augmentation de 2% ou 3% des petits travailleurs syndiqués fait la une des médias.

  2. Le problème de la grève était qu’elle faisait plus mal aux utilisateurs qu’à la direction de l’entreprise. Ce n’est qu’un fait évident à réaliser que le transport en commun est un service essentiel. On peut débattre pendant des jours à qui la faute, mais c’est les moins nantis qui payent la facture au bout du compte.

    Jimmy – Que je sache, les profits monstres des banques et pétrolières sont connues et décriées. La différence est que la STM est dans le rouge, et n’a donc pas les moyens de payer le salaire souhaité de ses employés. Si elle faisait des profits records, je ne pense pas (en tout cas j’espère pas) que la question se poserait.

  3. Louis et Jimmy, vous savez sûrement mon avis divergent là-dessus… qui rejoint celui de Juan Carlos. Et je me dois, avant de continuer, de répéter encore et encore que je ne suis pas antisyndicaliste. La grève n’est pas le seul moyen de pression disponible (surtout quand celui-ci fait mal en majorité aux usagés), même si c’est le plus efficace. Dans ce cas-ci, il faudrait que les syndicats fassent preuve d’un peu plus d’imagination.

    Donc, je voudrais rajouter que le transport en commun à Montréal est un service quasi essentiel pour plusieurs raisons. Premièrement parce qu’il incite certaines personnes à moins se servir de leur automobile, ou même de l’abandonner carrément, ce qui est un plus pour l’amoindrissement de la pollution par le désengorgement des routes. Deuxièmement parce qu’il est le seul moyen de transport accessible pour certaines personnes à faible revenu.

  4. Pas plus tard qu’hier, on m’accusait ici d’utiliser des mots trop forts. Et voilà que je vois le mot fascisme dans ce texte en parlant des conditions de travail. Vraiment, Louis est un exemple de retenue et d’utilisation précise des mots…pffff

    Les employés en question n’ont absolument rien perdu, je vous le rappelle. Ils doivent maintenant négocier de bonne foi sans faire suer la population. Peut-être n’ont-ils pas s’assez bons arguments de négociation s’ils se sentent obligés de sortir dans la rue? Normalement, une négo, c’est donnant, donnant. S’ils ne sont pas efficents, conciliants, collaborateurs, pourquoi devraient-ils obtenir plus?

  5. les travailleurs conservent leur droit de grève et il n’y a rien de signer. Ils ont juste éviter une loi spéciale qui n’aurait pas manqué de scrapper au passage des bouts de leur convention. C’est loin d’être fini.

  6. @Louis,

    Lorsque les droits de certains travailleurs menacent les droits de ceux auxquels ils doivent leur existence (les usagers), il est juste normal et sain que le gouvernement y mette du gros bon sens.

    À t’entendre, les employés d’entretien de la STM sont des pauvres victimes d’un employeur abusif et insensible aux pauvres conditions de travail de ses employés. Qu’en est-il des conditions des utilisateurs du service public?

    Lorsqu’il est questions des pauvres, des étudiants, des coopératives, des environnementalistes, et j’en passe, il t’apparaît normal et même essentiel, que le gouvernement s’en mêle.

    Mais lorsqu’il s’agit de mettre au pas un syndicat qui prend la population en otage, le gouvernement ne devrait pas s’en mêler. À mes yeux, c’est de l’élitisme et du patronat inversé, ce qui revient exactement au même à ce que tu dénonces.

    Et du plus, seul le retour au travail a été accepté; tout reste à faire. Alors attendons avant de crier (ou même décrier) victoire…

  7. N’importe quoi!

    Dans l’optique de n’importe qui sauf les syndicalistes de l’extrême gauche comme Louis, c’était plutôt les syndiqués de la STM qui collaient un .357 magnum à la tempe des usagers du transport en commun en déclenchant une grève que tous les journalistes qualifiaient de prématurée. L’intervention du gouvernement n’a fait que niveler le terrain.

    Comme Rénart l’a dit si bien, d’autres moyens de pression auraient pu être employés sans tenir la population en otage.

    À mon humble avis, les syndiqués ont eu ce qu’ils méritaient.

  8. En fait, les travailleurs de la STM ne devraient pas avoir le droit de grève, au même titre que les pompiers et les policiers.

    Les services essentiels ne devraient jamais être interrompus.

    C’est aux travailleurs de trouver des moyens de pression intelligents s’ils croient s’en être fait passé une. Tel que la gratuité du système pour faire suer le patronat comme je le disais plus tôt.

  9. Je pense que le gouvernement a été forcé à cette position par la grande ombre adéquiste et sa nouvelle influence dans l’Assemblée nationale. Il me inquiéte à voir le PLQ rendu plus doite par eux (adéquistes). Or, on doit dire qu ça fait quelques 20 ans depuis le PQ est devenu le mieux connu pour répresenter les intérets des sydicats, alors on devrait pas moindre pour un parti (le PLQ) qui déjà sait qu’il fait rien pour essayer à plaire une section d’electorate qui est déjà perdue (les travailleurs sydiqués), et qu’il vaudrait mieux pour essaie tenter ceux qui compte sur STM pour les amener oú ils doivent aller.

  10. @Renart

    Tu as raison sur le fond. Tout à fait d’accord. Mais il y a d’autres enjeux à considérer. Tu pourra voir mon analyse dans mon prochain billet.

  11. depuis qu’il y a les services essenteils (1982), y’a eu en moyenne moins d’une journée de grève par année à la STM (avec maintien des services aux heures de pointe évidemment). faque faut pas capoter là

  12. @jean-pierre

    c’est cute de leur part de laisser le service ouvert aux heures qu’ils ont jugées comme essentielles, mais le réseau de transport au commun en entier est rendu un service essentiel, si ce n’est que c’est pas tout le monde qui font du 9 à 5 et que beaucoup de gens ont été obligé d’être en retard au travail, très en avance, payer des taxis, ou juste marcher.

  13. ben deux, trois précisions

    1- c’est le conseil des services essentiels qui fixe ça pas le syndicat. Et c’est la première fois qu’il y a du métro le week-end en temps de grève

    2- Le transport en commun n’est pas un service essentiel au sens de la loi, ça personne semble le piger. Si y’a des services essentiels c’Est juste pour assurer que les ambulances et les camions de pompiers pourront circuler. C’est la santé et la sécurité qui sont les critères de base du conseil pas le désagrément d’arriver au travail ou à l’université en retard. En France et à plein d’autres endroits, quand y’a grève dans les transports collectifs, tout s’arrête point à la ligne. Je pense que le compromis ici est quand même pas mal et il a réussi à limiter le nombre de grève. (3 en 25 ans pour plus de 6000 travailleurs).

    Tsé un moment donné…. Ils sont pas à pleurer, je veux bien mais maudit, un électricien qui gagne 25 $ l’heure vient pas me faire avaler qu’il est surpayé. La STM de son côté refuse toute négociation. Pis des moyens de pression light vont forcément entrainer des amendes super salée au syndicat (1 millions la dernière fois). Ce sont les employé-es d’entretien, donc y’ont pas le pouvoir de faire monter le monde gratuitement, ce qui serait peut-être un bon moyen pour les chauffeurs, je sais pas. Pis y’ont la sécurité des autobus pis du métro dans leurs mains… y peuvent pas faire n’importe quoi non plus… Qu’est-ce qui reste ? Des graffitis ? Faque ils font la grève et pis ça dérange. Si seulement les citoyens légitimement frustrés se mettaient tous à appeler la STM pour qu’elle se bouge le cul et négocie, ça traînerait pas ! Mais évidemment, les gros méchants ce sont les travailleurs…. Tout cas, c,est ça qui disent à TQS

  14. @ jean-pierre:

    Comme ça, pour toi $25 de l’heure pour un électricien c’est pas grand’chose? Du moins c’est pas suffisant. Au nom de quelle logique? C’est pas comme s’ils faisaient de la physique nucléaire. C’est un bon métier, certainement, mais quand on pense qu’il y a des gradués universitaires qui ont passé au moins 6-7 ans de plus à étudier et qui ce faisant, ont contracté plusieurs milliers en prêts étudiants, qui font moins que ça. On peut se demander alors où on en est venu à décider ce genre d’échelle salariale. C’est pas mal d’argent $50k par année. On peut presque se permettre de vivre sur un seul salaire. Si en plus on a une conjointe qui travaille, on va chercher un revenu familial de quoi… $75 000 peut-être? On commence à être pas mal bourgeois là. Ça commence à sortir de l’échelle de la classe moyenne ou je rêve? On peut se payer la maison, les deux chars et un gros steak à longueur de semaine!

    Par contraste, la plupart des usagers des transports en commun sont encore parmi les plus pauvres de notre société. Il y en a qui comme moi, le font par choix, mais je fais partie d’une minorité. La plupart des usagers de la S.T.M. n’ont pas de moyens alternatifs de transport parce qu’ils ne peuvent se payer rien d’autre. Il sont chômeurs et petits salariés et personnes âgées malades. Même moi qui vit une vie relativement aisée (ma conjointe et moi nous faisons un relativement bon salaire tous les deux), je ne fais définitivement pas autant que les employés de la S.T.M. Et je n’aurais définitivement pas les moyens de me payer un taxi à tous les jours, mais c’est ça qu’on demande au usager de la S.T.M. Et en plus, il faudrait qu’ils soit solidaires des syndiqués parce que supposément, ils se battent pour eux!

    Vous savez à quel point vous êtes ridicules? C’est comme si les américains débarquaient au tiers-monde pour expliquer leur impérialisme en leur faisant croire qu’ils ne font pas déjà assez d’argent. Et les tiers-mondains devraient les applaudir à tout rompre, parce qu’avec leur american dream, ils se battent pour eux!

    Ouvrez vos yeux, vous qui vous vous apitoyez sur le sort des sans abris dans le métro en rotant votre steak! Cessez donc de faire chier le reste du peuple!

  15. @ philippe je veux bien que les bas salariées aient des meilleures conditions. je milite pour ça au quotidien. c’est pas la question !

    L’électricien quand il sort de l’école il a le choix. Dans la construction, comme dans les grandes entreprises privées il va gagner pas mal plus qu’à la STM… que ça fasse ton affaire ou non. Ça c’est la réalité. Pendant qu’on gèle les salaires à la STM on les augme de 2,55 l’heure dans la construction. C’est ça qui justifie qu’on améliore le salaire de ceux qui travaillent à la STM. Le salaire que gagnent ceux qui prennent l’autobus c’est une autre question (tout aussi importante) mais faut pas tout mélanger sinon on arrivera jamais à se comprendre.

  16. @ jean-pierre:

    Négociez-vous un meilleur salaire si ça vous chante, mais si vous partez en grève, ne vous attendez pas qu’on vous applaudisse et qu’on vous louange pour votre combat pour la classe moyenne.

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