Partenaires dans le crime

Dans n’importe quelle société saine, ouverte et où les médias sont libres et indépendants, cette nouvelle aurait fait un véritable scandale: l’Agence des partenariats public-privé (PPP) ne respecte même pas ses propres règles et accorde des contrats de près de 430 000$ à Price Waterhouse Coopers sans appel d’offre.

De l’argent public – notre argent – a ainsi été gaspillé pour payer des chargés de projets à 325$ de l’heure, des « spécialistes processus PPP » à 225$ de l’heure et divers autres frais gonflés à une entreprise privée sans qu’il y ait eu le moindre appel d’offre.

Mais doit-on réellement se surprendre de cette situation quand on sait que Pierre Lefebvre, l’actuel président de l’Agence des PPP (et qui gagne 75 000$ de plus que Jean Charest par année), est un ancien de Price Waterhouse Coopers?

Qu’on appelle cela de la corruption, de l’apparence de corruption, du vol ou du banditisme, il reste que c’est extrêmement révélateur de ce qui se produit quand un État décide de confier des projets au privé: les intérêts personnels des uns et des autres encouragent la dilapidation des fonds publics. « Appuie ma campagne électorale, et je te donnerai un contrat ». Scratch my back, I’ll scratch yours, comme ils disent en Tchétchénie.

Poutant, il existe des moyens de faire des projets et de les confier au public. Le public, ce n’est pas la panacée, mais il y a des gens qui surveillent, des chiens de garde qui s’assurent que l’argent est bien dépensé. Et on n’a pas à payer pour les profits de Price Waterhouse Coopers et pour des consultants qui se font 30$ dans le temps que ça prend pour se laver les mains.

Bien sûr, on dira peut-être à droite que les employés du public sont « trop » payés, qu’ils sont inefficaces. Mais est-ce une démonstration d’efficacité que de payer pour un service en plus de payer pour les profits d’une entreprise privée? Et qui est gagnant au bout de la ligne quand une entreprise fait tout pour limiter les frais en sous-payant ses employés mais en empochant les profits? Où va cet argent après? Certainement pas dans la communauté locale ou réinvesti dans des commerces de proximité, comme les salaires versés aux travailleurs du secteur public!

Les PPP, ça ne marche pas. Ça n’a jamais fonctionné en Angleterre, ça ne fonctionnera pas plus ici. Nous avons un autre exemple des dérives réelles de ce type de « partenariat », et il est de notre devoir de parler, de critiquer, de s’opposer.

Car quand une société en est rendue au point où elle accepte une apparence de corruption aussi flagrante, ce n’est pas seulement le gouvernement qu’il faut changer.

C’est tout le système.

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19 Réponses

  1. Cela rappelle les contrats consentis par l’administration Bush aux Etats-Unis aux proches du parti républicain. On favorise les amis du parti, et l’on trouve toutes les raisons nécessaires afin de justifier ces contrats. La droite est partout pareil, peu importe les frontières. Un de mes amis, qui travaille pour une municipalité en région, m’a déjà parlé d’une situation semblable. La Ville avait donné un contrat à une compagnie « amie » du maire au pouvoir, et son concurrent avait contesté cette décision et avait gagné sa cause! La Ville, dû alors payer des pénalités de plusieurs millions de dollars! Il faudrait faire de même ici!

  2. Je suis d’accord quand tu dis que ça ne marche pas les PPP. En fait, dans le PPP, il faut enlever le public. Tout confier au privé, éliminer ces organismes publics et para-publics, plus de problème après.

    Car, où est le problème ici? Qui est corrompu? Qui n’a pas fait d’appel d’offres? Ceux qui s’occupent de l’organisme. Donc, des fonctionnaires, encore. Je vous mets au défi: tentez d’obtenir un contrat, même avec appel d’offres, sans graisser des pattes, c’est impossible. Presque TOUS les fonctionnaires avec une responsabilité budgétaire sont corrompus, c’est aussi simple que ça…

    Rien à voir avec le coût, car, au final, si on éliminait le surcoût exhorbitant syndical, ça pourrait être égal. Mais, ces gestionnaires qui gèrent de l’argent de monopoly (qui n’est pas la leur), ne se sentent pas redevables. Ils s’en foutent d’être tout le temps over-budget, buster les échéanciers, etc…

    Quand un entrepreneur mets son argent dans l’entreprise, il voit à son affaire. Et il s’arrangera pour arriver dans les temps et dans le montant accordé pour le contrat. À moins que le fonctionnaire de l’État décide que c’est pas grave et que le robinet est ouvert.

    Le noeud du problème, c’est la gérance des petits fonctionnaires de l’État. Rendez-les redevables (genre, ils peuvent être poursuivis s’ils n’arrivent pas dans les temps et les budgets, au lieu d’être surprotégés par leurs syndicats), et vous verrez le changement.

    Et ceux qui me diront, mais non, ce sont des saints! Laissez-moi rire. Car s’ils étaient sans tache, ils ne laisseraient pas passer des contrats pour « les amis » politiques, puisqu’ils sont supposément non partisans…pfff…

  3. « Le public, ce n’est pas la panacée, mais il y a des gens qui surveillent… »

    Ah oui? Ah bon!

    Arrêtez de penser qu’une piasse au public est mieux dépensé qu’une piasse au privé.

    Ce n’est pas le privé le problème dans ce cas-ci. Le problème, c’est que dans Partenariat Publique Privé, il y a le mot publique!

  4. d’accord avec vous tous…

    ne pas faire d’appel d’offres devrait être passible de prison, tout comme le graissage de pattes quand il s’agit de notre argent, c’est entre autre à cause de merdes comme ça qu’à chaque fois qu’on essaye d’implanter des projets on se fait grimper nos taxes, notre argent étant déjà gaspillé ailleurs..

  5. Bien c’est ça. Laissons le privé gérer le budget sans contrôle du domaine publique. Le privé a toujours raison il faut croire!

  6. @Frank

    As-tu bien lu tous les commentaires avant d’émettre cette opinion?

  7. Jimmy, il me semblait que tu ne me répondrais plus! Heureux que tu aies changé d’idée. Quoi: tu es en colère comme Loulou?

    Je répète que le problème des PPP, c’est le mot publique. Car notre système politique fait en sorte que PQ, PLQ et autres sont financés par des amis du pouvoir et donc, le PQ, PLQ et les autres doivent rendre l’appareil un jour ou l’autre.

    Donc, Price machin chouette donne 40 000$ à un parti politique, et ben en retour ce dit parti a une dette envers Price.

    Même votre parti chéri, le Parti Quommuniste pardon, Québécois fonctionne comme ça.

    Ce n’est donc pas le privé le problème, c’est le publique.

    Jimmy, ouvre tes petits quenoeil, ok?

    Le seul moyen qui marcherait peut être, c’est que le financement des partis politiques se fassent à 100% par le DGE selon le résultat du scutin précédent. Plus de souper à 1000$ du couvert, plus de dons aux partis, plus de compagnies qui font des pancartes électorales gratuites afin d’obtenir en échange le contrat de refaire les enveloppes de tous les ministères qui changent de nom aux 4 ans juste pour service rendu.

    En passant, qui acceptent de payer 300$ de l’heure: le gouvernement ou Price machin chose? C’est le gouvernement et il y a une raison à cela.

    Dois-je la répéter encore?

    Wake up!

  8. @Le Bum Intello,

    Je ne répondais pas seulement pas à toi, mais à ton semblable idéologique, St-Pierre.

    Et lorsque je t’ai dit que je ne te répondrais plus, ce n’était que dans la ligne du texte dans laquelle nous avions débuté nos échanges. Je suis une personne très ouverte en passant, et la rancune n’est pas ma tasse de thé.

    Je vais continuer à te répondre le Bum, mais quand tu dépasseras les bornes, je m’abstiendrai à te fournir une réponse.

    En passant, je ne suis ni socialiste, ni communiste, j’ai même pensé créer mon entreprise voila quelques temps. Et j’y pense encore. On peut être capitaliste, et souhaiter une meilleure vie pour le reste de la société.

  9. C’est vrais qu’au publique aucune nomination, aucun contrat, aucun juge nommé, ni même de nominations de hauts fonctionaires rien de tout ça n’est fait par un réseau de contact. La corruption n’existe que dans le privé. Vive le publique porteur de vertus et de justice descendant direct de notre seigneur Jésus Christ le sauveur qui change l’eau en vin au lieu d’acepter les pots de vin.

  10. Louis, mon cher Louis….Si seulement tu avais écrit ce texte avec un peu de recul, nous aurions pu etre en accord toi et moi pour une fois! Mettre ta colere contre le privé de coté de temps a autre te ferais le plus grand bien!

    Car ici, le probleme n’est pas relié au privé ou au public, mais tout simplement au manque de conséquence face au geste posé. Un homme a vu une chance de faire faire la « piasse » a des amis ( pour que cela lui revienne un jour) sans qu’il n’y ait trop de conséquences, si conséquences il y a. C’est tout! S’il avait joué avec son argent, fine…pas de probleme avec ca, tu fais ce que tu veux avec, mais la, le gars dépense l’argent des contribuable, et devrait donc respecter un processus tres stricte! Dériver de ce processus devrait résulter en une peine considérable!

    J’ai un ami qui est gérant de projet dans la région de Montréal. Quand il gere un contrat, il est obligé de passer par appel d’offre pour trouver les électricien et autre gars pour les travaux…s’il ne le fait pas, « out » de la compagnie et le sous-contractant est éliminé automatiquement des appels d’offres futurs…Il me semble que ca dissuade quelqu’un ca non? ou bien son coup est mieux d’etre payant! Instaurer une justice sévere a cet égard ne pourrait etre que bénéfique!

    Prenez par exemple Martha Stewart qui a été condamné a 5 mois de prison et 30 000$ US d’amende pour un simple déli d’initié qui lui aura rapporté un profit de tout au plus 50 000$ si ma mémoire est bonne! Il me semble que ca dissuade quelqu’un ca non?

  11. Cette histoire me rappelle une petite blague:

    Un contracteur albertain, québécois et terreneuvien sont soumissionnaires pour construire une clôture pour le gouvernement fédéral.

    L’albertain passe en premier, il fait toutes les mesures et fait des calculs. Il remet une soumission de $700 pour la clôture au fonctionnaire fédéral en expliquant qu’il y avait pour $300 de main d’oeuvre, $300 de matériaux et $100 de profit pour lui.

    Le terreneuvien fait de même et arrive avec une soumission de $600 ($200 de main d’oeuvre, $300 de matériaux et $100 pour lui).

    Le québécois ne se donne même pas la peine de faire des calculs ou des mesures. Il remet une soumission de $2600. Le fonctionnaire lui demande comment il est arrivé à ces chiffres sans même faire de mesures. Le québécois lui répond:  » C’est simple. Mille pour moi, mille pour toi et on engage le newfie pour faire la clôture ». « D’accord » répond le fonctionnaire, en lui refilant le contrat. 😀

  12. « On peut être capitaliste, et souhaiter une meilleure vie pour le reste de la société. »

    Wow! Jimmy, tu as compris ma philosophie. Tu résumes tout en une phrase!

    Enfin!

  13. Ouais, par tes prises de position, ça ne paraît pas toujours Le Bum.

  14. Jimmy, toi et moi partageons la même fin.

    C’est sur les moyens que l’on ne s’entend pas!

    Moi, je veux que l’État me fiche la paix alors que toi, tu n’es pas en faveur des initiatives privées.

    J’aime le Québec autant que toi. C’est pour ça que je veux qu’il se modernise car je pense aux générations qui me suivront.

    Je suis pour l’équité, la justice sociale et le bien-être commun. Tout comme toi.

    Mais des emplois subventionnés, des gens qui abusent de l’assisatance sociale, les entreprises culturelles millionnaires à mes dépends, ça me répugne. Contrairement à toi.

    C’est tout!

  15. Bon, je suis heureux qu’on se rejoigne sur quelque chose Le Bum. Je suis pour un état social-démocrate, où le privé à sa place autant que les syndicats ou les groupes communautaires favorisant l’économie sociale. Le privé est nécessaire, c’est un moteur de développement, et l’initiative privée est aussi un droit. C’est même un pilier de la démocratie qui permet à celui qui en a les qualités de satisfaire ses besoins par lui-même. Mais il faut un équilibre entre privé et public, ce qui n’est pas toujours le cas de nos jours.

  16. Bah honnêtement, je doute que quelqu’un ici ne partage pas la même fin: le bien-être commun, si ce n’est que celui du Québec ou du reste du monde.

    M’enfin, je pose une question au Bum et à Jacques:
    « Le problème, c’est le public, parce qu’il est corruptible. » Pourquoi le problème n’est-il pas le privé, puisqu’il est corrupteur?

    Parce que moi, ce qui m’enrage là-dedans, c’est qu’on regarde ça et qu’on ne fasse rien, du moins en apparence, pour régler ce problème. Quelles sanctions pouvons-nous donner? Pouvons-nous nous assurer que l’entreprise qui a été malhonnête n’obtienne plus de contrats du domaine public, ni d’investissements? Où est la fuite au niveau public? Pouvons-nous nous assurer qu’elle soit renvoyée? Y a-t-il vraiment un syndicat qui serait prêt à se solidariser à un tel crime? Pourquoi acceptons-nous de voter pour un parti qui fait des nominations partisanes? Pourquoi n’en exprime-t-on pas notre mépris de ces méthodes par une voie plus forte? Pourquoi on se ferme la gueule, au lieu de se dire que l’on a un système fonctionnel, mais qui doit être mieux reserré?

    Par exemple, on a vu un article dans la Presse, qui expliquait que plusieurs membres libéraux qui se présentaient aux élections et n’ont pas été élus ont obtenu un beau poste d’assistant dans un département. Si les électeurs ont jugé qu’ils ne méritaient pas d’être députés, sur quelle autorité morale peut-on les nommer à des postes de la plus haute importance dans des ministères?

    Le PPP, c’est un partenariat public-privé où le public finance un projet public dont il a besoin et en donne le contrat à une entreprise privée. À moins de donner les routes, certains hôpitaux et édifices gouvernementaux, par exemple, le privé ne peut gérer seul ses contrats. Le public le pourrait, mais ils font appel au privé qui, souvent, offre un coût plus avantageux, ou parce qu’ils manquent d’expertise dans le domaine. On a les contrecoups de donner des contrats à des entreprises qui font d’importants dons aux caisses électorales des partis au pouvoir.

    Alors moi je trouve important qu’un hôpital, après sa construction, appartienne à l’État. Je trouve ça important que les routes ou les ponts sur lesquels des millions de voitures passent appartiennent à l’état. Ce n’est pas une dépense inutile pour notre appareil étatique, car chacun a le droit d’utiliser ces routes. Elles favorisent aussi le commerce, par le voyage de produits. Mais que l’on fasse ces projets avec impartialité politique, c’est ça le problème.

  17. Il ne faut pas penser que le public est nécessairement mieux que le privé.
    Les jeux de pouvoirs y sont aussi présent, les employés incompétents qui restent là parce qu’ils ont des « plugs », ou alors la sécurité d’emploi, les employés « tablette » payés à rien faire, et les gaspillages d’argent qui y sont tous aussi fréquents.

    Rien n’est parfait

  18. « Par exemple, on a vu un article dans la Presse, qui expliquait que plusieurs membres libéraux qui se présentaient aux élections et n’ont pas été élus ont obtenu un beau poste d’assistant dans un département. Si les électeurs ont jugé qu’ils ne méritaient pas d’être députés, sur quelle autorité morale peut-on les nommer à des postes de la plus haute importance dans des ministères? »

    Pas seulement ça Manx. Si vous saviez le nombre de ministres qui s’échangent des faveurs genre « engage ma fille comme attaché de presse et moi j’engagerai ta nièce comme chef de cabinet »!

    Moi, je continue à mettre la faute sur le publique.

    Imagine que je soumisionne pour faire l,entretien ménager de l’Édifice G. Je fais mes calculs et j’ajoute 40% comme d’habitude. Sauf que je me dis: Bof, c’est le gouvernement, je suis chum avec « Mr Patate » du ministère des travaux publiques donc au lieu de 40%, j’ajoute 120% ».

    Ben si le gouvernement accepte ma soumission, à qui la faute? Au gouvernement! C’est à eux à aller chercher la meilleure offre qualité-prix comme n’importe quelle entreprise privée l’aurait fait.

  19. C’est encore pire quand une agence du gouvernement est obligée (par règlement) de faire affaire avec le plus bas soumissionnaire. Tu te retrouves avec les corrompus habituels, mais en plus ils font une job de cochon et c’est grâce au système. C’est comme cela qu’on se retrouve avec des routes bâties sur des semelles trop minces, des conduites d’eau incorrectement enfouies (pas assez de gravelle), etc.

    La meilleure manière d’améliorer les choses, c’est la transparence totale. Le gouvernement qui classe et publie tout sur Internet. Les citoyens intéressés vont se charger de surveiller; il s’en trouve toujours pour s’intéresser aux coins sombres et puants. La Norvège a instauré une politique de transparence totale, voilà quelques années.

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