Le vrai programme

Il y a d’abord eu cette décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) d’éliminer la télévision par antennes, forçant ainsi les gens à s’abonner à un système de télédiffusion numérique à partir de 2011. Voici maintenant que l’agence rédicive et prend la décision d’augmenter le nombre horaire de minutes de publicités de 12 à 15 minutes dans un premier temps, puis d’éliminer toute forme de limite par la suite. Ce qui pose la question suivante: pour qui travaille l’organisme?

Le but d’une organisation publique censée gérer les télécommunications pour le Canada ne devrait-il pas être de protéger la population canadienne des dérives possibles des médias et d’offrir à un maximum de personnes un accès optimal à ces technologies? Dans ce cas, on en doute.

En effet, en obligeant les gens à s’abonner à un service privé de télécommunication pour recevoir la télévision généraliste, on pénalise encore une fois les plus pauvres, ceux qui n’ont pas le câble, qui n’ont pas les moyens de s’abonner à Illico ou à d’autres services du genre. On favorise donc encore davantage l’implantation d’une cassure sociale en contribuant à l’exclusion d’une partie de la population de ce qui constitue bien souvent son seul lien avec l’actualité.

On répondra que ce n’est qu’un petit 35$ par mois, rien de si dispendieux. Peut-être. Mais quand on vit de l’aide sociale ou qu’on travaille au salaire minimum, qu’on n’arrive même pas à manger à sa faim, ce 35$ là, qui s’ajoute à divers autres frais du type utilisateur-payeur, commence à peser lourd dans la balance.

Et puis, on ne la paie pas déjà cette télévision, via la publicité? Plus de 15 minutes par tranche de 60 minutes, vous imaginez? Déjà qu’il y en a trop! On se rend de plus en plus compte que le vrai programme est cette publicité et que les émissions de divertissement ne sont qu’une manière d’attirer les gens à rester devant leur téléviseur pendant qu’on leur vante les derniers frisbee omega-3 ou les lampes de poches solaires.

Écoutez-vous TVA ou LCN? Moi ça m’arrive, je l’avoue. Avez-vous remarqué ce qui se produit quand l’animatrice fait une entrevue et que la publicité s’en vient? Elle interrompt carrément la personne interviewée et se débarasse du sujet en dix secondes avant la pose: « Alors oui vous avez raison c’est vraiment triste. Nous parlions Madame Tremblay qui vient de perdre ses deux enfants tués par un chauffard ivre. Restez avec nous, d’autres nouvelles après la pause. » Et pire encore, si l’autre décide de continuer et de ne pas se laisser interrompre, la publicité embarque par-dessus l’émission. On coupe ça net, fret, fini là.

Faut surtout pas empiéter sur le programme principal, le vrai.

On dit qu’un système s’effondre parfois parce que ses propres dirigeants ne croient plus en lui. Et bien quelqu’un devrait peut-être penser à aller ramasser les restes du CRTC. Car avec un chien de garde comme celui-là, autant ouvrir toutes grandes nos portes et se laisser piller par tous ces voleurs qui veulent nous vendre un peu de faux bonheur à prix d’or.

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7 Réponses

  1. Quittons le Canada!

    Bon, non, pas tant que ça.

    Mais tout ça est un peu absurde. Augmenter les publicité? Interdire la diffusion par antenne? Quel motif, voyons?

    Je ne crois pas que ce soit cette décision qui soit le plus inquiétant, mais plutôt le fait que la population en général réagira peut.

    Aucun partie n’en fera une grande priorité non plus j’imagine. Même pas une petite. Bah…sait-on jamais.

    Mais bon comme je le disais, la population n’en fera grand cas. 2011? C’est si loin! Tellement loin! Immensément loin!

    Mais bon j’ai espoir de me tromper. Peut-être l’affaire attirera-t-elle l’attention d’un gourou de l’opinion publique et qu’il a parlera sur les ondes.

  2. Le CRTC est complètement dépassé par l’évolution du paysage médiatique et technologique en Amérique du nord. Il pouvait difficilement refuser de suivre les États-Unis dans l’adoption du signal numérique. Notons au passage que Radio-Canada et les autres diffuseurs publics seront forcés de continuer à émettre un signal gratuit, mais en numérique. Donc n’importe qui équipé d’un décodeur pourra recevoir quelques canaux avec une antenne.

    Avec l’arrivée de la radio XM, des podcasts, de la télé et du téléphone par Internet, des technologie radiophoniques satellites, en réseau terrestre (signal cellulaire) et encodé en numérique, le CRTC n’aura bientôt plus de pouvoir réel sur ce qui s’écoute et se diffuse au Canada.

    Pire encore, le parti Conservateur semble être en train de manoeuvrer pour saborder cette institution. Souverain ou pas, le Québec n’aura pas le pouvoir de changer les choses… pas plus que tout autre état, d’ailleurs. Reste à assurer une aide financière à nos créateurs d’ici, pour pouvoir injecter une partie de notre culture dans le grand brouhaha global.

  3. Sans vouloir tomber dans la généralisation, j’aimerais quand même raconter une anecdote.

    Il y a plusieurs années, je jasais avec des gestionnaires de Bell et Vidéotron dans le cadre d’une conférence.

    Je leur ai mentionné que le service de leurs firmes était assez ordinaire pour me faire installer un accès internet ultra haute vitesse (j’en avais besoin pour la maison, et pour mon bureau).

    Leur réponse? Trop occupés par les quartiers pauvres de Montréal… La demande, dans ces secteurs, pour les récepteurs satellites, le câble HD et cie a explosée dans les dernières années. Évidemment, tout le monde prend le service de base, et l’enrichit…disons…avec l’aide du beau-frère qui vient leur…patenter…quelque chose pour ne pas payer tous les services. De plus, Bell et Vidéotron étaient très occupés à inspecter ces coins là pour détecter les installations frauduleuses.

    Bon, je sais, vous allez crier. Mais j’ai l’impression que la « cassure sociale » ne serait pas si forte. À bien des égards, la « TV » semble être devenu, pour beaucoup de gens, un service essentiel. Et je doute que les clients utilisant des oreilles de lapin représentent plus de 0.01% de la population aujourd’hui. Maintenir de telles infrastructures est très probablement inutile. Comme de continuer à offrir des cassettes 8 pistes chez HMV sans doute…

    Quand au CRTC, il est archaïque et ne comprend pas vraiment bien les nouveaux enjeux, car il s’agit seulement d’une entité administrative avec ses schléroses bureaucratiques.

    Aux USA, l’organisme équivalent, le FCC est beaucoup plus efficace et avant-gardiste. Il y va souvent d’exigences novatrices pour protéger le public. La différence, c’est qu’ils ont un bureau d’ingénierie au sein même de l’organisme, ce qui en fait un organisme « technologiquement » au fait.
    Le CRTC, lui, a un énorme département du contentieux, ça vous donne une idée du mandat.

  4. Encore la convergence entre médias et industriels à l’oeuvre! .

    C’est tout de même inquiétant. Le plus grave est l’influence sur les enfants de cette pub accrue. On créera des futurs consommateurs encore plus accro à la consommation.

    Voir aussi mon texte sur la convergence médias/industries: http://pourquedemainsoit.blogspot.com/2007/04/alination-mdiatique.html

  5. Le CRTC n’a jamais travaillé pour la population. C’est un organisme politique créé pour venir en aide aux entreprises et avant tout un organisme de censure.
    Pour les émissions encrassées de commerciaux, les gens vont faire comme je le fais depuis longtemps, ils vont enregistrer et écouter en différé en sautant les commerciaux. De toutes façons, j’écoute de moins en moins la télé, il n’y a presque plus rien d’intéressant j’écoute la radio. Disons plutôt que la radio est allumée. Ça va peut-être relancer la location de films. Je crains surtout que les gens fassent ce qu’ils font très bien, c’est-à-dire s’assoir et endurer.

  6. Mon commentaire continuera sur la lancée de celui de Gilles (!). Je suis certain que cette décision est concertée avec les entreprises étant donné la facilité à laquelle les gens peuvent, aujourd’hui, avec les DVD et les terminaux numériques, enregistrer les émissions. Chez moi, la plupart du temps j’écoute mes rares émissions comme ça en différé et, en quelques clics, je passe les publicités.

    Sûrement que les diffuseurs ont mis de la pression pour augmenter le nombre de publicité afin de compenser.

    Je peux vous avouer ne pas savoir trop comment me prononcer sur cette question. Ce système de télé (en fin de compte tous les médias) qui base son financement sur la publicité est assez pervers à la base. Et le fait aussi de payer pour le service et de devoir endurer les pubs est en quelque sorte un non-sens. Mais je pose la question : est-ce que les câblodistributeurs paient des redevances aux diffuseurs sur le montant des abonnements qu’ils reçoivent?

  7. Renart m’avait avertit qu’il y avait débat sur un sujet intéressant ici.

    Comme j’ai déjà dit sur mon blog, les télédiffuseurs n’ont pas plus avantages à trop diffuser de pubs car sinon, ils savent très bien qu’ils seront « catégorisés » ainsi et perdront de l’auditoire.

    C’est pas facile gérer un bon poste de télé. Avoir du contenu de qualité qui plaît à tout le monde, ça coûte des bidous. Si on ne veut pas payer TVA, TQS et SRC… et bien il faut s’attendre à voir de la pub.

    Il faut arrêter de voir « le mal » partout et regarder les faits: on veut de la qualité sans payer trop cher.

    Soit on cherche dans vos poches, soit on met de la pub. Vous préférez quoi?

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