Marois: plus à droite qu’adroite

Pauline Marois n’aura pas perdu de temps pour imposer ses positions. Après quelques jours de confusion, où elle parlait de « modernisation » de la social-démocratie en laissant entendre qu’il faudrait aller à droite mais sans aller à droite tout en respectant la gauche sans être à gauche – bref après avoir démontré à quel point elle semblait confuse sur la question – voilà qu’elle commence à se positionner vers la droite en s’annonçant en faveur du dégel des frais de scolarité.

La hausse des frais pour les étudiants est un thème ultra-important pour la droite, car c’est la consécration de l’idée de l’utilisateur-payeur et du règne du matérialisme à court terme où toute formation qui ne conduit pas immédiatement à un emploi payant et apparemment productif apparaît comme une perte de temps.

Alors, pas besoin d’attendre le rapport sur les conséquences d’une telle hausse; pas besoin non plus de s’interroger sur la capacité des jeunes défavorisés à continuer leurs études et à se réaliser si les frais augmentent. On fait l’économie d’avoir à bâtir un discours différent en faisant un copier-coller des politiques du PLQ et de l’ADQ.

Pourtant, c’est précisément ce que devrait faire le chef d’un parti politique se disant progressiste. Au lieu de se coller aux fesses des autres partis de droite et de se positionner comme ceux-ci, le chef d’un parti comme le PQ devrait prendre le temps d’expliquer les choses autrement, de développer un discours non pas basé sur les stéréotypes de l’argumentaire de la droite, mais sur une analyse humaine des choses.

En somme, Pauline Marois devrait refuser cette idée que l’éducation représente un coût. Elle devrait s’inscrire en faux contre cette façon de concevoir la société, cette manière de réduire la mobilité sociale et de favoriser ceux qui ont la chance d’être nés dans des familles bien nanties. Elle devrait être au premier rang de ceux qui réclament une éducation à bas coût pour les étudiants, permettant à ceux-ci de se réaliser et à notre société de devenir plus éduquée, et donc plus riche.

En cherchant à faire opérer ce virage à droite au PQ, elle contribue à la discorde interne et aux tensions. Désormais que l’idée même d’un référendum est écartée, pourquoi la gauche souverainiste resterait-elle dans un tel parti, par exemple?

Signe que les temps sont difficiles pour le PQ, même le chef de l’ADQ a raison quand il affirme: « Quand ils auront à décider s’ils partent par là ou s’ils partent par là, ils vont se battre à coup de rames ». Quand une analyse de Mario Dumont fait du sens, c’est peut-être l’heure pour les militants du PQ de se réveiller et de constater ce que Pauline Marois désire faire de leur parti.

Car au milieu du désert, même le croque-mort peut avoir l’air d’un sauveur…

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25 Réponses

  1. L’indexation des droits de scolarité permet de garder constant l’effort économique demandé aux étudiants. Si l’indexation est basée sur des indicateurs économiques raisonnables, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Après tout, on indexe tout dans notre société, des billets d’autobus jusqu’aux denrées alimentaires de base (comme le pain). On indexe pour réfléter une certaine réalité, soit: l’augmentation du coût de la vie et des salaires, l’inflation.

    Le service appelé « université » n’est pas un bien de consommation, mais un service essentiel et un générateur de richesse collective. Toutefois, l’entité physique appelée « université » doit utiliser des biens de consommation pour fonctionner: papier, matériaux de construction, matériel informatique, etc. Les prix de ces biens augmentent. On fait quoi?

    Si les coûts de fonctionnement de nos universités augmentent constamment (salaires, entretien, chauffage, etc), alors le budget de l’éducation doit suivre cette même tendance, ne serait-ce que pour assurer un financement adéquat aux institutions. Voilà le premier volet.

    Le second volet, c’est ce que paie l’étudiant, sa part dans le financement des universités. Cette part doit rester constante, donc, elle doit augmenter de manière cohérente avec tout le reste. On parle de dollars constants, pas de dollars courants!

    N’oublions pas que le gel des droits de scolarité a pour effet d’accumuler de la pression… qui finit par nous péter à la figure. Bang, on dégèle le tout et une SEULE génération d’étudiants doit se taper la hausse en entier. Dans un contexte de sous-financement chronique et de décrépitude. Tout cela parce que la génération suivante payait trop peu et pelletait ses dettes vers l’avant. J’ai vécu cela pendant mon Bac et je ne souhaite pas qu’on fasse vivre cela aux prochaines générations.

    C’est un beau principe, l’égalité des chances, c’est une valeur très solidaire. Mais ce principe devrait être associé à une solidarité intergénérationnelle (qu’on appelle aussi parfois « lucidité »). C’est une forme de développement durable… un principe basé sur une saine planification, et qui s’applique aussi aux structures sociales.

  2. Ha ha! Louis!

    Je viens tout juste de tourner en ridicule la citation de Dumont sur un blogue adéquiste (ce que je fais très très — très — rarement…). Je trouvais ça fort qu’il ramène le fait que le PQ est un regroupement de diverses idéologies, comme si c’était nouveau depuis que Pauline Marois se positionne comme future chef!

    Mais tu as bien raison, la volte-face drouatiste de Mme Marois est assez symbolique de ce qui attend le PQ. Est-ce que l’aile-gauche va faire une scission?

    Une position plus réaliste, comme par exemple de faire payer les étudiants au prorata de leurs revenus aurait été plus rassembleuse, non?

    Mais encore mieux, pourquoi ne pas faire payer les entreprises pour l’éducation de leurs futurs employés? Une taxe à l’éducation!

  3. @ M. Dufort

    Je dois émettre quelques bémols

    1: le salaire étudiant moyen ne suit pas l’inflation. Il suit le salaire minimum qui, je dois le reconnaître, a enfin augmenté sous le gouvernement Charest à un taux supérieur au raisonnable, pour rattraper des années de retard

    2: La facture étudiante augmente d’année en année, par la hausse des frais afférents. La contribution étudiante, en pourcentage, dans le système d’éducation, a augmenté depuis 1992, le moment où les frais de scolarité ont été gelés. À cette époque, l’argent déboursé par les étudiants était de 8%. Il a augmenté à 9% en 2006. Cela est causé par l’arrivée des frais afférents (frais de radio, de matériel scolaire, frais technologiques – ne cherchez pas à comprendre ce que c’est ou pourquoi ça ne fait pas partie du matériel scolaire -, frais d’installations sportives).

    Par contre, alors qu’en 1989, 80% de l’argent qui servait à éduquer notre population venait de notre gouvernement, ce pourcentage est tombé à 70% en 2006. En 92, c’était à 75%. Il reste une petite différence à combler de 4% de pertes (pertes de 5% en financement du gouvernement et gain d’un pour cent en financement des étudiants)? Ce financement vient d’entreprises privées qui ont investi dans l’éducation, jugeant cela comme étant un bien important.

    D’ailleurs, le matériel des universités dépend des départements… Le prix des articles de médecine suivent l’inflation, mais un étudiant pour le baccalauréat en études littéraires ne coûte pas très cher en matériel scolaire, car il achète ses livres et son propre matériel.

    Le principe que je donne est celui de la gratuité scolaire. Ce n’est pas le principe d’égalité des chances, mais celui de dire que c’est vrai que c’est important d’avoir les meilleures universités. C’est encore plus important d’avoir les meilleurs étudiants! En ôtant la barrière des frais, on permet à certains de surpasser leurs apirations, de réduire leur endettement pour les études supérieures et on n’applique que la barrière des notes aux étudiants. Ça, c’est pour leur permettre d’avoir plus de temps pour eux, mais aussi de passer un peu moins de temps à la job et un peu plus dans les livres. C’est d’une lucidité exemplaire, car elle permet d’obtenir de meilleurs diplômés qui sauront mieux performer, et ainsi de former une main d’oeuvre de meilleure qualité pour les employeurs.

    En conclusion, le dégel actuel planifie de monter les frais de scolarité de 1664$ par an à 2764$ par an en 2012. Ce n’est pas un bon plan sur aucun point, cela ampute une génération, et ce trou financier est du au désinvestissement du gouvernement en éducation, et non à la relative diminution de l’investissement étudiant.

    Mon dernier point parle de l’UQAM et de certaines universités qui grossissent. Alors que les experts prévoient en 2007 une chute des inscriptions à l’université, comment se fait-il que certaines universités bâtissent des immeubles hautement déficitaires, comme le complexe Pierre-Dansereau ou l’Ilôt-Voyageur? Comment les universités, qui investissent irresponsablement leur argent, peuvent-elles exiger d’en avoir encore plus? Je parie un bac qu’avec une gestion mieux surveillée de la part du gouvernement envers les institutions publiques universitaires, qu’en ramenant à 75%, comme au moment du gel, la participation gouvernementale dans le système des études post-secondaires, on n’aurait pas besoin de hausser la facture étudiante.

    Et pour votre gouverne: à ceux qui croient que le système d’éducation va mal parce qu’il manque d’argent, sachez que les meilleurs médecins du Canada, en 2006, ont été formés à l’université de Sherbrooke.

  4. J’amène un correctif… J’ai fait une faute de frappe que je remarque… En 2012, les frais seront de 2664$ par an et non de 2764$

  5. « Le principe que je donne est celui de la gratuité scolaire. Ce n’est pas le principe d’égalité des chances, mais celui de dire que c’est vrai que c’est important d’avoir les meilleures universités. »

    Et voilà, c’est sur ce point que se produit le désaccord.

    On a un système hyper accessible, mais de qualité médiocre (sauf quelques institutions telles McGill, qui s’endettent dangereusement d’année en année). Ailleurs en Amérique du Nord, la qualité est excellente, mais c’est peu accessible.

    Ce que Mme Marois propose, et qui est la même chose que proposent Charest et Dumont, c’est d’améliorer un peu la qualité de nos institutions, car presque tout le financement a été depuis 40 ans non pas dans la qualité, amsi dans l’accessibilité.

    Faut seulement équilibrer les deux, voilà tout.

    Pas dur à comprendre, me semble.

  6. Le PQ est devenue une poule pas de tête… Ça court de tout les côtés, de haut en bas. Ça se coupe l’herbe en dessous des pieds, ça se bat, ça se chicanne. C’est rempli d’hypocrites qui se promènent avec des couteaux de 10 pouces. Pis ça veut diriger un pays…?? Come on… Un peu de sérieux quand même.

    Pour ce qui est des frais de scolarité et bien il vient un temps qu’il faut payer+ c’est notrmal, c’est comme ça partout. On a l’impression d’entendre la génération des enfants rois se pleindre car ils ont eu l’habitude de tout recevoir tout cuit dans la bouche comme des pachas bien encrés dans leurs divans en attendant que maman les serve sans qu’ils n’aient à lever le ti-doigt. Dans la vie il n’y a rien de gratuit va bien faloir qu’un jour que quelqu’un se réveille. Pendant qu’on se bat pour garder les frais bas, et bien on pelte la qualité par en avant. C’est la valeur des diplômes qui en prend une claque.

    On lache pas gagne, un jour on finira bien par être des loosers de premeier plan.

  7. Par principe, on peut être contre la hausse des frais de scolarité…mais dans les faits il faut arrêter de jouer à l’autruche. Ne peut-on pas admettre que la hausse des frais proposée n’empêchera un seul étudiant d,aller prendre sa bière en fin de soirée, ils se paieront encore de bons billets pour des spectacle, ceux et celles qui ont des voitures continueront à rouler … C’est une bataille de principe et la population est en marre des discussion de principe du PQ. Va-t-on finir par comprendre le verdict du 26 mars.
    Les gens ont les deux pieds bien ancrés dans la réalité.
    Arrêtons de jouer au Don Quichote avec les frais de scolarité.

  8. « En 2012, les frais seront de 2664$ par an et non de 2764$ »

    Je ne sais pas d’ou tu tient tes chiffres, mais ou j’étudie c’est 1300$ par sessions avec 3 sessions obligatoire par an. Soit déjà 3900$ par ans. Nous devons ajouter à cela l’ajout des frais technologique de l’UQ qui est de 75$ par sessions, plus la hausse de charest de 50$ par sessions (+50 dns 1, + 100 dans 2, + 150 dans 3 sessions), sa fait des frais qui sont largement déjà supérieure à ceux que tu dis.

    J’aimerais juste vous redire quelle n’as jamais dit vouloir la hausse des frais de scolarités. Elle c’est dit ouverte à analyser cette proposition.

    Je suis étudiant et je suis contre une hausse des frais tel que proposé par les partis actuellement. La seule raisonnable selon moi est celle de IPC, que les étudiants n’ont pas les moyens de payer, sauf les petits riches au solde de l’état et de leur parent.

    Par contre, comme plusieurs je crois qu’une hausse est présentement nécessaire. Une position de gauche devrait être de réformer le système de prêt et bourse, pas juste la booster de cash. Et ensuite, après la réforme, de dégeler les frais. Ce serait responsable comme position. L’état devrait abolir toute les bourses quelle remet pour aucune raison majeur. Un étudiant ne devrait pas avoir de bourse sauf s’il est handicapé ou à des personnes à charge ou toute autre raison majeur. L’état devra fournir à l’ensemble des étudiants un programme « étudiez maintenant et payé plus tard, sans intérêt jusqu’à 24 mois après vos études », Nous aurions donc la notion d’investissement, car étudier c’est investir sur notre avenir pour l’état ET pour l’étudiant, mais il faut lui permettre d’investir, ce qui ne ce fait pas actuellement, sauf pour 30% d’entre eux.

    Analyser l’idée n’est pas mauvaise, l’implanter sans réfléchir l’est.

  9. Le 1664$ par an, c’est la moyenne québécoise des frais de scolarité donné par le ministère de l’Éducation, soit 832$ par session (c’est comme cela qu’ils le calculent, ils ne comptent pas le 3 sessions). La hausse de 50$ par session pendant 10 sessions (si le PLQ n’inclut pas la session d’été) équivaut à une hausse de 500$ par session, à 2 sessions par année cela est 1000$. Si tu as une session d’été de 15 crédits… Ça serait une hausse de 1500$ si tu étudiais en 2012.

    Pour la bonification des prêts et bourses, l’opposition faite par la FEUQ est simple: si on augmente les frais de scolarité au point actuellement proposé par le PLQ, pour obtenir la même accessibilité qu’actuellement, il faudrait que le système de prêts et bourses soit bonifié d’un montant supérieur à ce que rapporterait la hausse. Pas très utile ^^.

    Une étude a été commandée par le gouvernement. Elle compte analyser le poids de certaines mesures en éducation: le dégel, le gel, la gratuité et, si je ne me trompe, la hausse à la moyenne canadienne. Étrangement, le PLQ n’attend pas la publication de l’étude qu’elle a commandé pour hausser les frais.

    En dernier lieu, j’ai simplement besoin de respécifier quelque chose: les étudiants paient déjà un peu plus. Pas beaucoup plus, mais un peu. Par contre, le gouvernement paie toujours moins. C’est la déresponsabilisation du gouvernement qui cause le « problème » en éducation, et non l’investissement étudiant. Et je dois ajouter un point: à chaque fois que les frais de scolarité ont augmenté dans l’histoire mondiale, le gouvernement s’est progressivement désengagé de l’éducation. Résultat: au lieu de donner plus aux universités, cela donne autant. Ce n’est qu’une mesure pour filer une plus grande partie de la facture aux étudiants et une moins grande partie au gouvernement. C’est tout.

  10. Au sujet du rapport sur les frais de scolarité du gouvernement Charest, je metterais pas trop d’espoir là-dedans, la principale responsable (Valérie Vierstraete)s’était déjà prononcé en faveur du dégel des frais de scolarité lors d’un débat public avant d’être embauché.

    Pour ce qui est de la modernisation de la social-démocratie à la Marois, si le sujet vous intéresse, j’en parle sur mon blogue.

  11. Ce qui m’étonne dans tout ça, c’est que depuis l’annonce de Pauline Marois, les associations étudiantes sont restées muettes, tout comme les syndicats.

  12. Comme payeur de taxe, je suis d’accord avec le dégel. Et je crois qu’il est temps que l’on prenne au sérieux les universités et que l’on responsabilise ceux qui en profitent et ce, sans pour autant réduire la contribution gouvernementale en valeur absolue.
    Pauline Marois doit absolument mettre ses conditions d’embauche avant d’avoir le poste. C’est clair. Et que ceux qui sont contre se ralient ou quittent vers un autre parti. C’est la démocratie. Le PQ n’est pas propriétaire de l’option souverainiste ou du drapeau québecois !

  13. @Lawrance: Les associations étudiants ne sont pas restées muettes. Deux associations indépendantes ont sorti un communiqué hier et la FEUQ semble avoir donné des entrevues sur le sujet, dans le DEVOIR en tout cas.

  14. La grosse question actuellement n’est pas de savoir SI on dégèle les frais de scolarité mais QUI ve faire ce dégel et COMMENT cela va se faire. Le PLQ préconise une hausse assez abrupte, difficile à gober, mais amortissable si l’on ajuste les prêts et bourses.

    L’ADQ n’a pas sorti de chiffres précis (si je ne me trompe pas), mais Mario Dumont a déjà affirmé vouloir « ajuster » les frais de scolarité à « la moyenne nord-américaine », ce qui signifierait une hause de plus de 300% (au bas mot). Les programmes de prêts et bourses, même majorés, ne suffiraient plus à assurer l’accès à l’université pour la classe moyenne. Il y aurait alors 3 issues: faire ses études dans l’armée canadienne, arrêter après le DES/DEP (secondaire) ou s’endetter lourdement.

    Le PQ présentera probablement un plan d’indexation sous la barre du 10% annuel, avec un taux révisé à chaque année. Mais le dégel seul ne suffit pas à assurer le financement des universités; c’est une part assez minime du financement de ces institutions.

    Il faut aussi faire le ménage dans le financement et dans la gestion, couper court aux projets mégalomanes de certaines institutions (UQAM et Laval surtout), stimuler les DONS privés aux fondations universitaire (chose qui se fait beaucoup plus ailleurs en Amérique), et encourager l’émergence de certains services afférents privés: résidences universitaires semi-privées, amphithéâtres à vocations multiples (ie, utilisés le soir comme salle de concert ou de spectacle), services d’impression commerciaux sur le campus, etc. L’UQAM a ouvert le bal avec un « food court » de style centre commercial — et pourquoi pas! Ça ne change fichtrement rien à la qualité de l’enseignement ou à la liberté de pensée des profs… et ça amène de l’argent.

    Tant que le privé ne s’installe pas dans la VOCATION PREMIÈRE des universités, soit l’enseignement, il n’y a pas péril en la demeure.

  15. Attendez que je me rappelle…

    Le retour en politique de Pauline Marois ne se fera pas sans que les caricaturistes, les éditorialistes, les commentateurs ne ressortent certains vieux souvenirs qui ne sont pas à l’honneur de la nouvelle reine du PQ.

    Personne n’a oublié certaines dépenses exagérées faites par Pauline Marois lorsqu’elle était à la barre du Ministère de la santé. On se souvient qu’à l’époque, elle avait dépensé 403, 000 $ pour rénover son bureau Québec. Ces modifications somptuaires incluaient une toilette silencieuse, une douche et deux salles de réunion. Au même moment, les médias nous apprenaient que la Ministre avait fait aménager une nouvelle suite ministérielle dans la Métropole aux coûts faramineux de 438, 000 $. Pas loin d’un million pour assurer le confort, non pas des malades, mais de celle qui dirigeait le Ministère qui doit s’occuper des malades.

    Son passage au Ministère de l’Éducation n’a pas été aussi un très grand succès. C’est elle qui, en 1997, a lancé la fameuse réforme en éducation. Près de dix plus tard, cette réforme est un fiasco complet. Celle-ci est inapplicable, divise les enseignants et est loin de faire consensus dans le monde de l’éducation. Les enfants sont mêlés. Les professeurs sont mêlés. Les directeurs d’école ne savent plus où donner de la tête. C’est Pauline Marois qui est à l’origine de ce cafouillis. Les jeunes en paient encore le prix car ils savent de moins en moins lire, écrire et compter.

    Les quelques mois passés par Madame Marois au Ministère des finances sont aussi très révélateurs sur la compétence administrative du nouveau chef couronné du PQ. Tout juste avant les élections de 2003, celle-ci présenta un budget provincial qui laissait sous-entendre de très graves lacunes dans les prévisions budgétaires. Ayant averti le Premier ministre Landry d’une impasse de plusieurs milliards de dollars, Madame Marois n’hésita pas à livrer un budget où il y avait un trou de 4,3 milliards de dollars, et cela, à peine quelques heures avant le déclenchement de l’élection générale de 2003.

    Après l’élection du gouvernement libéral de Jean Charest, le vérificateur général de l’époque, Monsieur Guy Breton, avait comparé le budget Marois à un voyage de pêche : il y avait suffisamment d’argent pour traverser le lac, mais il n’en avait pas assez pour revenir. Se défendant devant les caméras, Madame Marois avait affirmé que la maison financière du Québec était en ordre et que son budget tenait la route. Le doute est toujours permis, quelques années plus tard.

    Le nouveau chef du PQ étonne déjà par ses prises de position. Sachant déjà qu’elle sera probablement l’unique candidate, elle impose immédiatement ses volontés aux militants avant même que ceux-ci aient été consultés. Sa position est la suivante : mettre à la poubelle toutes les réflexions du programme de 2005, celui qui n’a jamais été défendu pendant la dernière campagne électorale, et proposer autre chose. Si les militants la choisissent, ils auront à vivre avec ce qu’elle veut. De l’autoritarisme à Duplessis, rien de moins. Du dumontisme, version péquiste. Vive le nouveau PQ maroisien !

    Et que veut la nouvelle reine du nouveau parti québécois ? Plus de référendum dans le prochain mandat. En supposant que le PQ ne se fasse pas élire dans les deux prochaines années, et qu’il ne le soit pas lors de la prochaine élection prévue en 2008, le parti de Marois pourrait potentiellement revenir au pouvoir vers 2012. Pas de référendum pendant les quatre années d’un premier mandat. La consultation populaire serait reportée en 2016-2017. Madame Marois aura alors 67 ans. Et comme il entre près de 60,000 émigrants par année au Québec (multipliez le chiffre par 10), ces 600,000 nouveaux arrivants votant majoritairement en faveur du Canada feront que les Québécois ne réalisera jamais son indépendance nationale. Si vous n’avez pas encore compris qu’il y a urgence en la demeure, dépêchez-vous à le faire. Ou bien on fait ce que Madame Marois propose et on meurt à petit feu ou on fait vite et autrement.

    Remarque finale. Le ton, le style du nouveau chef « péquisto-nationaliste », son regard hautain et son attitude en général, ne sont pas là pour faire de Pauline Marois une femme près du peuple. On l’a déjà vue à l’exercice. Des efforts ont été réalisés pour changer la présentation, mais on sent que derrière le décor, le personnage n’a pas changé.

    Le PQ aurait eu besoin d’une nouvelle figure. D’un fonceur. D’un batailleur. Il se contente encore d’une ancienne figure molle et remodelée qui, il y a à peine dix-huit mois, avait été majoritairement rejetée par les membres du parti. Son retour laisse beaucoup de scepticisme et nous replonge dans un passé que d’aucuns voudraient voir oublier.

    Nestor Turcotte
    Matane

  16. Pauline, la maîtresse d’école

    Les mots sont consignés dans le dictionnaire. Chaque mot est suivi d’une définition établie par de savants linguistes. Devant l’impossibilité de s’entendre sur la définition ou le sens à donner à mot, chacun recourt au dictionnaire. Le Larousse qui sème à tous vents, donne de bonnes définitions. Le Littré, le Petit Robert et le Grand Larousse universel en font tout autant.

    La définition est le concept ou le terme complexe exposant ce qu’est une chose ou ce que signifie un nom. « Animal raisonnable » est la définition de l’homme. Une bonne définition doit se conformer à quelques lois fondamentales. Elle doit être convertible avec l’objet défini. Elle doit être plus claire que l’objet défini, sinon elle ne sert à rien. On doit, dans toute définition, éviter les termes négatifs. On doit viser à la concision. On doit éviter de définir le même par le même.

    Les indépendantistes devraient utiliser ces notions de base avant de parler de l’indépendance nationale du Québec. Mario Dumont, leader du camp du Oui en 1995, associe ou confond souvent l’autonomie du Québec et la souveraineté nationale du Québec. Bernard Landry parle de la souveraineté du Québec pour décrire une nouvelle union confédérale canadienne Québec-Canada, avec le droit de choisir son partenaire – logiquement le Canada. Lucien Bouchard et le boiteux Bloc québécois au chef pivotant vont dans la même foulée. Pour le moment, la notion de souveraineté ou d’indépendance nationale ne semble pas fatiguer Pauline Marois. Elle attend que le peuple définisse le pays pour en devenir la première aristocrate. Position attentiste qui ressemble à de l’étapisme déguisée.

    Quant à René Lévesque, il n’a jamais su expliquer exactement ce qu’il voulait dire avec son projet de souveraineté association. Ses successeurs, mis à part Parizeau, ont copié sa pensée en modifiant le vocabulaire, en mettant ou pas des traits d’union entre les deux mots. De souveraineté association, on est passé, sous Lucien Bouchard et Bernard Landry, à la souveraineté partenariat. Dans la logique des choses, il convenait que les deux référendums aient porté sur une nouvelle union confédérale et non sur l’indépendance du Québec.

    La notion d’indépendance étant mal définie, les commentateurs politiques se sont amusés depuis quarante ans à accoler des épithètes aux différentes factions dites souverainistes. Il est courant maintenant de parler de l’aile pure et dure du PQ, des militants plus pressés, des caribous, des kangourous, des mous, des modérés, des progressistes, des gens de la droite, des gens de la gauche, des gens du centre.

    Il n’existe pas de fédéralistes mous, modérés, purs et durs. Il existe des fédéralistes, c’est-à-dire des gens qui croient que le Québec doit vivre et continuer à vivre dans la Fédération canadienne. Serait-il possible de trouver, en face, des indépendantistes, c’est-à-dire des gens qui croient, que le Québec doit quitter la Fédération canadienne actuelle et entreprendre la difficile tâche de fonder le pays du Québec ? Si cette clarté minimum n’est pas acceptée, que les indépendantistes ne s’étonnent que la loi sur la clarté soit votée dans un autre parlement.

    Pauline Marois et ses supporteurs veulent depuis le 13 mai dernier éduquer le peuple québécois. Le pauvre petit peuple, qui n’a pas encore compris le projet du PQ, quarante ans après sa fondation. Si le peuple n’est pas arrivé à comprendre après quatre décennies, c’est sans doute que les prometteurs du projet indépendantiste ( ?) ont été incapables de bien définir la chose en question. Comme le référendum a été remisé aux calendes grecques, Pauline Marois aura tout le loisir d’ouvrir ses dictionnaires dans les années qui viennent afin d’expliquer ce que veut dire « indépendance nationale ».

    Comme le peuple est lent à comprendre, il faut présumer qu’il lui manquera bien des années pour réaliser son projet ambitieux. Que la maîtresse d’école monte tout de suite à la tribune et devant le tableau noir, qu’elle entreprenne d’expliquer les mots. Car sans compréhension des mots, surtout en politique, on peut en arriver à mal se comprendre. Les électeurs ont quitté le PQ parce qu’ils ne sont pas arrivés à comprendre ce que ce parti voulait leur dire. Ce parti a été électoraliste plus qu’indépendantiste. L’arrivée de Pauline ne vient que confirmer cette culture bâtarde qui verse maintenant dans le péquisto-nationalisme. Les limousines avant la libération nationale ! Faudra-t-il vous le répéter encore quelques dizaines d’années ? Si tel est le cas, l’assimilation aura enterré ce peuple qui n’avait d’autres ambitions que la petitesse de ses dirigeants.

  17. M. Turcotte, pourriez-vous SVP éviter de poster vos longs textes, comme « Attendez que je me rappelle… », plus d’une fois? Si vous voulez qu’on vous lise et qu’on commente vos textes, lancez votre propre blogue!

  18. Monsieur Turcotte, bien que je respecte votre opinion et que je salue la qualité de votre plume, je trouve dommage que vous nous ressortiez un texte qui a été publié déjà sur Vigile.net et dans une tribune libre de Cyberpresse. Ce serait intéressant de nous servir plutôt quelque chose d’original; je connais plusieurs blogueurs qui abusent du copier-coller et qui se donnent ainsi beaucoup de visibilité. On rentabilise ses textes?

    Je vais donc vous recopier ici un commentaire que j’ai écrit à la suite de ce même texte, mais dans un autre blogue. C’est de bonne guerre.

    — ——-

    Madame Marois a quand même su rallier une bonne douzaine de stratèges et personnalités du PQ derrière sa candidature. C’est un poids non négligeable, surtout quand on considère les appuis de Facal, Legault et Lisée. Elle a aussi consulté Dubuc et une part non négligeable des députés et personnalités du parti, afin de faire accepter sa doctrine.

    On est loin de Mario Dumont qui fait cavalier seul, en tant que leader et stratège, depuis que Jean Allaire a pris sa retraite. Vous en conviendrez. Ou de Maurice Duplessis (qui est mentionné dans le texte), un véritable autocrate comme il ne s’en fait (presque) plus au Québec.

    Bref, madame Marois a court-circuité autant le processus de course à la direction que le brassage d’idées qui aurait dû en résulter. Est-ce une si mauvaise chose, dans les circonstances actuelles?

    On se souviendra que les débats de 2005 n’ont donné rien qui vaille, et que les divers candidats à la direction du parti nous ont essentiellement servi du réchauffé.

    La « saison des idées » a surtout ramené des banalités: la population s’inquiète de ses petits bobos et du coût des services essentiels, des temps d’attente dans les hôpitaux, etc. Pas besoin d’une boule de cristal ou d’une vaste consultation populaire pour comprendre ça.

    Pire encore que la course à la direction de 2005, le dernier congrès du PQ a confirmé ce que je craignais: afin de faire plaisir à tout le monde et en l’absence de leadership fort, le PQ a adopté un programme mitoyen et incohérent, tellement vide de contenu et alambiqué que personne ne s’y retrouve… enfin, peut-être que tout le monde s’y retrouve un peu. C’est vide, politically correct et absolument indéfendable en campagne électorale. Difficile d’expliquer des banalités-généralités à la population, qui veut du concret.

    En ce sens, la population a largement rejeté cette bouillie insipide pour s’appuyer sur du concret; l’ADQ, en touchant le quotidien des gens, a donc été ce refuge du « gros bon sens ».

    Mais il y a de l’espoir pour le PQ.

    On peut supposer, en se basant sur les événements des derniers jours, que madame Marois a adopté une stratégie prudente, afin d’éviter que le PQ ne soit complètement et définitivement dépassé par l’évolution de la société québécoise. Elle évite aussi l’enlisement idéologique qui avait ralenti Landry et achevé Boisclair.

    Le programme qu’elle offre est essentiellement un programme ouvert, une nouvelle base — on remarquera qu’elle a su s’entourer de stratèges. Elle ne sera donc pas seule et isolée comme Boisclair ou Landry à la tête du parti. Elle a aussi ouvert la porte à un réalignement au centre, ne rejetant plus l’aile lucide réformatrice; un geste nécessaire, qui réflète bien la situation au Québec et dans le reste du monde occidental. Même le SPQ Libre s’est rangé.

    Au PQ, ce sont les chefs les mieux entourés qui ont donné les meilleures résultats. Le Lévesque des meilleurs jours pouvait compter sur une équipe compétente et ne se gênait pas pour la consulter. Parizeau pouvait compter sur Lisée. Bouchard s’appuyait sur Facal.

    Espérons que madame Marois dégagera les canaux de communication entre la population et le parti (actuellement obstrués par le cholestérol). Espérons qu’un noyau « compétent » de stratèges du PQ continuera de se développer autour de la dame.

  19. Je crois qu’un véritable social-démocrate ne devrait pas être contre le dégel des frais de scolarité. Un véritable social-démocrate devrait plutôt prôner un rétablissement progressif des frais à la moyenne canadienne, assorti d’un programme de bourses d’étude et de prêts sans intérêts avec le rapport prêt/bourse établi selon les moyens de chacun. Ce système permettrait l’accessibilité aux plus pauvres, sans pénaliser les universités et ferait payer leur part aux mieux nantis. N’est-ce pas cela la social-démocratie?

    Cessez de rester ancrés dans vos dogmes syndicalistes et réfléchissez en dehors de la boite.

  20. @Philippe David: Tu poses la question à savoir si d’imposer des frais plus élevés pour l’éducation, assortis de bourses pour les plus pauvres est de la social-démocratie. Je te réponds: non, à mon aviss ce n’est pas de la social-démocratie.

    Il faut cesser d’être aveuglés par les dogmes du néolibéralisme: l’augmentation des frais de scolarité va décourager les études, favoriser le décrochage, et va réduire le niveau global d’éducation de la société.

    Et l’idée de fournir des bourses aux plus pauvres est un voeux pieux; dès que les finances iront moins bien, on va couper dans ce système, comme Marois l’a fait dans les années 90.

    Il faut penser différemment et arrêter de suivre tout ce qui s’écrit dans les think-tank de droite.

    La seule chose humaine et logique, le seul investissement cohérent assurant une véritable progression et un enrichissement de notre société, c’est la réduction du coût de l’éducation, afin qu’un maximum de citoyens puisse s’éduquer et ainsi contribuer à améliorer notre société. C’est ce que je crois!

  21. @Louis: Je crois que c’est faux. Le gel des frais de scolarité, ou la gratuité de ceux-ci ne fait que favoriser les mieux nantis qui sont plus nombreux à se prévaloir d’études universitaires. En réformant le système de prêts et bourses et en augmentant les frais de scolarité, on pourrait plus efficacement financer les universités sans sacrifier l’accessibilité. Et ceux qui en ont les moyens en paieraient le plein prix de leur éducation.

  22. @ Philippe David

    Je crois que je comprends ton point de vue. Toute cette idée est qu’il faut que les utilisateurs riches payent. Mais, cela ne réglerait seulement que le problème de l’éducation en ne réglant pas celui de l’immunité économique des grandes fortunes, personnelles et des entreprises, qui elles finissent par contaminer le financement de tous les services. Pour moi cette solution est du « patchage » idéologique, qui ne s’attaque qu’à d’infimes parties du Grand problème. Cela ne servira qu’à l’auto congratulation de la droite qui pourra sabrer ensuite partout, avec l’assentiment du plus grand nombre : pour donner en apparence, et ensuite enlever encore plus facilement. Ça s’appelle de la stratégie.

  23. @Renart : C’est dommage, mais dans un gouvernement démocratique, rien ne peut garantir qu’un projet, aussi bon soit-il, soit sabré à un moment donné. Mais si le projet est bien conçu et équitable, il devrait avoir de meilleures chances.

    En soit, je suis contre le principe de gratuité pour les services. Que le service soit gratuit ou compensé pour les moins nantis est une bonne chose, mais les mieux nantis devraient payer et je suis plus en faveur de faire payer aux utilisateurs, plutôt que par taxation générale. Il ne faut pas oublier que les gradués universitaires vont généralement chercher un meilleur salaire sur le marché du travail. Ça aussi sa ce paie.

  24. Le défi sera de taille pour la nouvelle chef. Plaire à la gauche et la droite en même temps n’est pas évident, surtout en matière d’éducation, de santé ou d’environnement. Je suis d’accord avec Louis. Le PQ devrait se montrer différent des deux autres partis de droite au parlement. Copier leurs idées ne lui attirera pas plus de votes. Il y a encore des progressistes au Québec, mais le PQ ne l’a pas compris. Serait-ce une raison de la baisse du taux de participation en conséquence de l’absence d’un vrai parti social-démocrate à l’Assemblée Nationale?

  25. Voir mon texte en rapport à ce commentaire de ma part:

    http://pourquedemainsoit.blogspot.com/2007/04/la-traverse-du-dsert-du-parti-qubcois.html

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