Archive for mai 2007

Un jeu dangereux
31 mai 2007

Mario DumontÀ moins de 24 heures d’un vote déterminant sur le budget qui risque de replonger le Québec en élections, il faut commencer à se questionner sur les conséquences électorales de la chute du gouvernement au sein de l’opinion publique. En d’autres mots: qui portera le chapeau, qui sera le grand coupable qui aura forcé les Québécois à retourner aux urnes après seulement quelques mois?

Évidemment, il y a les deux cibles faciles, le PLQ et le PQ. Le premier a complètement fait abstraction de son statut de gouvernement minoritaire en allant contre la volonté de la majorité en se servant de l’argent du déséquilibre fiscal pour baisser les impôts des plus nantis. Et le deuxième a décidé que ça ne se passerait pas comme ça, qu’il refuserait de voter pour un budget ne prenant pas davantage en considération ses doléances.

Mais… On n’oublie pas quelqu’un là? Quelqu’un comme Mario Dumont et son ADQ, qui, avant même le dépôt du budget, avait annoncé qu’il voterait contre? Voici le message lancé par Dumont et son parti: « Nous autres, on ne veut rien savoir de votre budget. On va voter contre et ça finit là ». Cette forme d’intransigeance peut être extrêmement populaire dans certains cas, mais c’est une arme à double tranchant qui peut se retourner contre lui si la population en vient à croire qu’il ne veut surtout pas faire fonctionner le parlement.

Justement, à cet effet, le refus de l’ADQ de participer aux négociations de la dernière heure pour tenter de trouver un compromis pourrait constituer aux yeux des citoyens un exemple d’intransigeance négative et contre-productive. C’est la crise à Québec, chaque armée prépare ses armes et Mario Dumont refuse de parler de trêve, de compromis ou de paix. C’est un comportement extrêmement dangereux qui pourrait lui enlever beaucoup de crédibilité.

En effet, si jamais le gouvernement tombe, et que le Québec retourne en élections, les adversaires de l’ADQ auraient désormais une arme facile contre Dumont. On peut déjà imaginer Marois au débat des chefs affirmer: « Nous avons tenté d’éviter les élections, mais vous, M. Dumont, vous préfériez rester hors-jeu et faire fi de la volonté des Québécois de faire fonctionner le parlement. » Mario Dumont risque de se retrouver seul peinturé dans son coin.

Politiquement parlant, ça peut être une grave erreur comme ça peut n’être rien du tout. Si le gouvernement tombe, l’ADQ se retrouvera assez rapidement dans l’eau chaude pour son refus du compromis et de la négociation, mais si le gouvernement ne tombe pas, Dumont pourra présenter tout le verbiage du PQ et du PLQ comme des discussions de « vieux partis » et il pourra ainsi continuer de jouer la carte d’un renouveau s’opposant aux vieilles idées.

Dans tous les cas, ça demeure un jeu dangereux où le gain n’est pas proportionnel au risque. On peut donc parler d’une erreur tactique majeure, justifiée par l’immaturité politique de l’ADQ et par son désir de donner une impression de premier ministre à un chef qui devrait intervenir au lieu de se tenir loin de la mêlée.

Au fond, peut-être a-t-il seulement peur de se salir les mains?

Inclusion, exclusion
30 mai 2007

Avez-vous lu cette nouvelle? Une femme s’est fait exclure du bar Le Stud, haut-lieu du night-life gai à Montréal, pour la simple et bonne raison qu’elle est… une femme. C’est injuste, illégal, stupide; tout le monde est d’accord.

Mais ça pose à mon avis un débat des plus importants: que faire avec les gens « indésirables »? Que faire avec ceux qu’on n’aime pas, pour quelque raison que ce soit? Les gais ont peut-être des raisons de vouloir être entre eux, mais que pourraient-ils faire pour le faire sans que ce soit illégal ou immoral?

De même, que faisons-nous avec les criminels qui ont purgé leur sentence? Légalement ils sont libres, mais nous n’en voulons pas… Peut-on leur refuser un logement ou de les servir en public pour autant?

Et les sans-abris, et les pauvres. Doit-on les tolérer dans les bibliothèques publiques, par exemple, même s’ils dérangent les autres?

Évidemment, on doit toujours faire primer la loi et la moralité au-dessus des intérêts particuliers. Les patrons du bar Le Stud ont eu tort de se ghettoïser comme ils l’ont fait et ils devront faire face à la justice.

Mais le blogueur que je suis se demande parfois… Que faire avec les mal-élevés, ceux qui vous crache à la figure à chaque phrase, à chaque petite virgule, qui rendent la discussion lourde, qui font dévier les sujets, qui sont agressifs, agressants, et qui dérangent les autres? Ceux qui font de l’attaque ad hominem leur raison d’être, qui tronquent la réalité, qui stigmatisent et insultent. Vous savez de qui je parle, et vous êtes plusieurs à m’en avoir glissé un mot.

Que faire avec ces indésirables? Ceux qui enlèvent parfois le goût d’écrire à cause de leur haine, de leur mépris, de leurs calomnies et de leurs mensonges…

Ici ce n’est pas le Stud; je suis ouvert aux suggestions!

Le doute
30 mai 2007

Le scandale d’Option Canada n’est pas un pétard mouillé, n’en déplaise à Jean Charest. De l’argent a été dépensé illégalement par le camp québécois du NON et nous avons maintenant la preuve que près de 10% du budget de cette option a été obtenu de manière illégale. Si le référendum avait clairement été gagné par le NON, il y aurait peu à écrire à ce sujet, sinon dans l’optique de préparer la prochaine consultation populaire.

Cependant, puisque l’écart a été si serré, si infime – à peine un demi pour cent – il devient difficile d’évaluer le poids qu’a eu l’argent illégal et de savoir si le résultat aurait été différent si le camp du NON avait respecté les règles du jeu. Combien d’affiches a-t-on pu se payer avec cet argent? Combien de réunions? Combien de publicités? Convaincre ou ne pas convaincre seulement 30 000 personnes aurait changé le résultat du tout au tout.

Et c’est là la principale conséquence de ce rapport sur Option Canada: il devient désormais possible pour les souverainistes de remettre en cause le résultat du référendum de 1995. Puisque les règles du jeu n’ont pas été respectées par le camp du NON et que le résultat a été aussi serré, le doute s’installe. Mais il y a pire encore.

Car ce qui est le plus important dans ce rapport, finalement, ce qui compte réellement, c’est ce qu’il ne dit pas. Il y a une impossibilité totale de savoir d’où provenait l’argent du camp du NON canadien qui a servi notamment à financer le fameux love-in quelques jours avant le vote. Puisqu’on ne peut retracer la source de cet argent, celui-ci doit donc être considéré comme illégal jusqu’à preuve du contraire. Combien est-ce que ça a coûté faire venir par avions, par trains, par autobus ces centaines de milliers de personnes? Et qu’aurait pu faire le camp du OUI avec de telles ressources?

En conséquence, désormais il n’est plus possible de considérer le résultat du référendum de 1995 comme étant valable.

Et la seule façon pour les fédéralistes de vouloir relégitimer ce scrutin serait de lancer une enquête publique et indépendante fédérale sur le sujet. Mais encore faudrait-il que les fédéralistes aient intérêt à vouloir faire la lumière. Qui sait ce qu’on trouverait en fouillant un peu plus cette histoire?

Parallèlement à cela, le Bloc Québécois vient de marquer de gros points auprès de la population québécoise en prouvant son utilité: c’est le seul parti au Canada qui désire que la lumière soit faite sur ces événements. Reste à espérer qu’il pourra continuer de marteler son message et qu’une enquête publique finisse par se tenir, pour dissiper le doute…

L’argent apatride
29 mai 2007

La volonté de Stéphane Dion de mettre un frein aux prises de contrôle étrangères de compagnies canadiennes constitue certes une excellente nouvelle. On peut espérer que le gouvernement passe une loi et limite le pourcentage d’actionnaires étrangers dans des secteurs clefs de notre économie.

Pourtant, ça semble être un coup d’épée dans l’eau. D’abord parce que le Parti Libéral n’a rien fait dans ce sens pendant les 12 années qu’il a passées au pouvoir. Ensuite – et surtout – parce que la provenance des actionnaires d’une compagnie n’a que peu d’importance.

En effet, un actionnaire, c’est quelqu’un qui veut un rendement sur son placement. Que ce soit par la croissance du titre acheté ou un dividende, celui-ci n’a qu’une chose en tête: le profit. Que la compagnie soit canadienne, française ou zimbabwaise ou que l’actionnaire soit néo-zélandais, thaïlandais ou sénégalais importe peu; seul son argent a de la valeur et cet argent n’a pas de nationalité.

On rétorquera peut-être que l’actionnaire canadien se sent davantage concerné par le sort d’une compagnie canadienne, ou qu’une partie de ses profits est redistribuée dans la collectivité. Mais c’est surestimer tant la conscience sociale d’un investisseur motivé avant tout par le profit et sa capacité à réellement influer sur l’économie locale. D’ailleurs c’est connu: plus on a d’argent, moins on en dépense proportionnellement dans sa localité; on est souvent plus attiré par des produits de luxe, importés, des voyages, et autres biens qui ne font pas autant rouler l’économie.

Le nouvelle croisade de Stéphane Dion n’est pas vaine pour autant; il est grand temps de se questionner sur la perte de pouvoir de la société sur ses entreprises. Mais ce n’est pas seulement en changeant la nationalité d’un investisseur qu’on améliore la situation. Il faut également que le gouvernement s’implique dans les secteurs-clefs de l’économie afin de réellement les protéger de la rapacité de compagnies qui ont davantage à coeur leurs profits – et le bien-être de leurs actionnaires – que le bonheur de la collectivité.

Liberté d’informer ou de déstabiliser?
28 mai 2007

Plusieurs dénoncent la fermeture de la RCTV (Radio Caracas Television), propriété du groupe 1BC, par le gouvernement vénézuelien comme étant un geste antidémocratique, totalitaire ou injuste. On devrait au contraire la garder ouverte et célébrer la diversité de l’opinion vénézuelienne. Dans l’absolu, ce discours se tient.

Cependant, dans le monde concret, la capacité à émettre des ondes dans un pays doit être soumis à des règles strictes, afin non seulement de protéger les gens, mais également le pays lui-même. C’est pour cela que nous avons le CRTC au Canada, et que celui-ci a voulu retirer la licence de la radio-poubelle CHOI de Québec si celle-ci continuait d’utiliser les ondes publiques pour polluer.

De la même façon, le Vénézuela peut-il accepter qu’une télévision se substitue au rôle politique et incite à la déstabilisation du pays? Doit-elle forcément renouveler la licence de diffusion par voie hertzienne, d’une durée de vingt ans, et qui venait à expiration le 27 mais 2007?

Depuis l’élection de Chavez en 1998, un réseau assez fermé de médias privés (dont faisait partie RCTV) s’employaient à occulter la réalité en affirmant que la majorité n’appuyait pas le gouvernement, que seuls les quartiers de pauvres – les zones « rouges » – étaient derrière lui, qu’il vaudrait mieux tourner le dos aux politiques de Chavez. Ces médias, possédés par une élite extrêmement pro-Washington et hostile aux politiques progressistes de Chavez, se sont servis des ondes publiques pour s’opposer aux politiques du gouvernement. Jusque là, ce n’était pas bien grave, même si RCTV (avec Venevision) détenait près de 85% des ressources publicitaires de la presse et contrôlait 80% de la production et de l’élaboration des informations relatives au Venezuela.

Cependant, lors du coup d’État raté de la CIA en 2002, des stations comme RCTV sont littéralement tombées dans l’illégalité. Non seulement RCTV a relayé le message d’un de ces patrons, Ortega, désirant devenir calife à la place du calife, mais elle a lancé des « chasses à l’homme » en publiant une liste de personnalités recherchées. Et le lendemain, alors que les partisans de Chavez marchaient par milliers pour permettre au président démocratiquement élu de prendre le pouvoir, RCTV diffusait des soaps américains, des recettes culinaires et autres insanités, laissant volontairement dans le noir la population vénézuelienne sur le drame en train de se jouer. On interrompait seulement les émission occasionnellement pour laisser parler le général Lucas Rincón, qui annonçait la soi-disant démission du président Chávez. Des centaines de citoyens se sont massés devant les bureaux de la station de télévision, ont lancé des pierres aux journalistes et ont exigé que la télévision diffuse leur message d’appui au président Chavez. Mais encore à ce moment, le réseau refusait de reconnaître l’autorité du président du pays.

Comme le souligne avec justesse Maxime Vivas,

« Un peu partout sur la planète, pour un comportement analogue à celui de RCTV durant le coup d’Etat, la sanction aurait plutôt été une fermeture immédiate et définitive, une saisie des biens, un jugement des dirigeants et/ou proprietaires des médias. »

Le gouvernement devait sévir, et sa seule erreur est d’avoir attendu cinq ans pour le faire. Il aurait fallu fermer RCTV dès le lendemain du coup d’État manqué et juger, condamner ceux qui ont violé la loi et révoquer la licence de la télévision qui a nui à la stabilité du pays et a fait du mensonge et de la propagande sa seule raison d’être.

Car utiliser les ondes publiques et un privilège, et se servir de celles-ci pour calomnier et organiser une campagne de déstabilisation contre un gouvernement élu et légitime, c’est illégal.

Et il sera possible de continuer d’écouter RCTV par satellite. De toute façon, ceux qui partagent l’idéologie de ce réseau en ont parfaitement les moyens…

À lire:
Dans les laboratoires du mensonge au Vénézuela
Venezuela : Chávez, les putschistes, la télé et le peuple, par Maxime Vivas.
Hugo Chávez et RCTV : censure ou décision légitime ?
L’empêcheur de tourner en rond

Un nouvel effet domino

Des pinottes
28 mai 2007

La dernière offre de Charest pour éviter de retourner en élection et vraisemblablement de se faire battre, si on en croit les derniers sondages, est presque drôle tellement elle est mince. Pense-t-il sérieusement qu’il n’a qu’à jeter une centaine de millions pour les aînés et l’aide aux élèves en difficulté pour faire oublier son détournement de l’argent du déséquilibre fiscal et s’assurer du soutien – ou de l’abstention – du PQ lors du vote sur le budget vendredi?

Malheureusement, il se peut qu’il ait raison. Dans un monde idéal, le Parti Québécois rejetterait du revers de la main ces pinottes, qui ne règlent toujours pas le problème des énormes baisses d’impôts consenties aux plus riches et de l’élimination de la taxe sur le capital, qui privera l’État de revenus importants tout en enrichissant encore davantage des compagnies déjà ultra-favorisées fiscalement. Dans un monde idéal, le Parti Québécois reprendrait la balle au vol et réitérerait son désir de voir ces deux mesures modifiées.

Évidemment, nous sommes pas dans un monde idéal. Et dans ce monde-ci, le PQ n’est pas prêt à aller en élections, et il a surtout voulu se faire du capital politique en rejetant ce budget fait sur mesure pour l’élite. Il n’a ni les moyens financiers ni de chef pour se lancer en campagne. Il reste beaucoup de travail à accomplir et il semble de plus en plus que son opposition était davantage un bluff qu’autre chose.

Mais dans tout bluff il y a un perdant. Ici, c’est le bien commun, que le PQ risque de sacrifier pour quelques concessions au PLQ. Oui, c’est bien de l’aide aux aînés ou aux élèves en difficulté, mais de combien de centaines de millions $ l’État se prive-t-il avec ses baisses d’impôts aux plus nantis et l’élimination de la taxe sur le capital? Combien de gens aurait-on pu aider avec tout cet argent?

Le PQ a accepté de jouer un jeu dangereux en annonçant qu’il voterait contre le budget. Il doit maintenant en accepter les conséquences et défaire ce gouvernement. À moins qu’il préfère faire rire de lui et considérer qu’il peut se laisser acheter par deux trois pinottes

I’m a Frog, you’re a Frog, kiss me… and I’ll turn into a prince, suddenly… Donne-moi des pinottes, m’en va t’chanter alouette sans fausse note… »

La parade… des voyeurs
28 mai 2007

Avez-vous déjà assisté au défilé de la Fierté Gaie? Moi non plus. Oh, ce n’est pas que je sois intolérant, loin de là; je n’ai juste jamais compris le sens de voir une bande d’à-moitié habillés se déhancher et le soi-disant impact sur la tolérance de la société en général d’une telle foire. Faut dire, ici, à Montréal, l’homosexualité n’est plus vraiment controversée et semble généralement bien acceptée. Ce n’est pas ainsi partout.

En effet, la Fierté Gaie moscovite a littéralement été prise d’assaut par une extrême-droite déchaînée, avec l’appui implicite de la police qui n’a rien fait pour défendre la loi. Pourtant, on était loin là-bas du niveau d’hyper-sexualisation atteint parfois dans nos parades nord-américaines, qui auraient pu choquer une société moins habituée à l’homosexualité.

Au contraire, il s’agissait d’une parade principalement politique, sobre, revendicatrice, très peu offensante. De simples citoyens – ayant la particularité d’être homosexuels – qui marchaient dans la rue pour afficher leur différence et essayer de faire avancer l’acceptation de leur identité. Il n’y avait pas vraiment de monokini jaune fluo, de boucles de métal sur les mamelons, de travestis en froufrou; juste des gens ordinaires aux revendications assez ordinaires.

Mais ce qui est le plus choquant, ce n’est pas le message de cette extrême-droite qui a violenté les participants de ce défilé. Ce ne sont pas ces idiots qui ont frappé au visage des innocents au nom de Dieu ou qui ont affirmé vouloir protéger leur pays de cette « marche satanique ». Non, non. Ce qui est véritablement intolérable, c’est… nous!

Évidemment, nous n’étions pas sur place physiquement, mais nos yeux y étaient, via les dizaines et dizaines de caméras braquées sur la parade. Et que faisions-nous sur place? Nous observions. Ou plus précisément, nous ne faisions rien. Nos yeux étaient braqués via les caméras de dizaines de journalistes stoïques devant l’agression, immobiles.

Regardez le vidéo ci-bas: des gens se font agresser en pleine rue. Les caméras tournent, observent. Un homme reçoit un coup de poing à la figure; les caméras continuent de tourner, d’observer. Y a personne qui lâche son objectif pour prendre la défense de celui qui se fait frapper. Non, non, car l’important c’est de filmer pour nous, chers Occidentaux voyeurs à la recherche de sang, de violence, d’intolérance.

Combien y en a-t-il ici qui rêvent secrètement de faire du « tape tapette »? Qui haïssent en silence les homosexuels et qui derrière leurs discours à l’apparence ouverts se régalent de scènes comme celles-ci? Car on aurait tort de penser que l’homophobie n’existe qu’en Russie.

Non, ici nous ne sommes plus homophobes. Mais nous sommes des voyeurs, et c’est par procuration que nous attaquons les « tapettes » et c’est bien assis dans notre fauteuil que nous jugeons ceux qui sont différents.

Que ce soient les homosexuels, ou les Russes qui les oppriment.

Toujours notre regard. Toujours de haut. Car nous sommes tellement meilleurs qu’eux. Nous voyons tout, nous ne faisons rien, mais nous sommes les meilleurs. Nous sommes partout.

Mais responsables de rien.

Power Corporation aime le budget
26 mai 2007

Cyberpresse est un merveilleux outil pour s’informer de ce qui se passe en temps réel: l’information y est variée, souvent mise à jour, intéressante et pertinente. Cependant, et c’est un point important, le site appartient au réseau Gesca, qui lui appartient à Power Corporation, une des entreprises parmi les plus rapaces et influentes du Canada.

Ce n’est donc pas une grande surprise de trouver dans leurs pages une publicité de Monique Jérôme-Forget vantant son budget (en bas à droite dans l’image).

Évidemment, on rétorquera que c’est une entreprise privée et qu’elle peut mettre n’importe quelle publicité là où elle le veut. C’est vrai, mais il reste que la présence d’une publicité pro-budget à côté d’un texte assez complaisant avec le gouvernement Charest, sur le site appartenant à une corporation comme Power Corporation, qui risque de s’enrichir encore davantage avec l’élimination de la taxe sur le capital promise par la ministre, voilà qui est assez douteux d’un point de vue éthique et pose la question de la crédibilité d’un tel média.

Par ailleurs, même les éditorialistes contribuent au travail de glorification de ce pitoyable budget. Ainsi, on peut lire André Pratte affirmer:

Il n’y a rien d’irresponsable, de scandaleux, d’horrible dans ce budget. Absolument rien qui justifie la tenue d’élections précipitées – une dépense de 72 millions. Demandez à une famille monoparentale d’un enfant avec un revenu de 40000$ s’il est condamnable de réduire ses impôts de 360$ par an?

Ce que M. Pratte ne dit pas, c’est que le 360$ « sauvé » par une telle famille serait rapidement éliminé par les hausses de la SAAQ, des frais de scolarité, de la carte d’autobus, des parcomètres, etc. Et on ne parle même pas ici des projets de Claude Castonguay, nommé par le gouvernement pour étudier le système de soins de santé, qui désire mettre fin à la gratuité dans le réseau. Que reste-t-il de ce 360$ après toutes ces dépenses? Par contre, une personne comme M. Pratte, qui gagne très certainement bien au-delà de 100 000$ par année, profite largement de ces baisses d’impôts octroyées aux plus riches.

Ainsi, on le constate, il y a un véritable problème de crédibilité sur Cyberpresse. Le fait que l’entreprise appartienne à une corporation qui profite largement de politiques économiques plus libérales et que les textes d’opinion soient écrits par des éditorialistes au salaire assez élevé pour leur permettre de faire partie des privilégiés de ce budget, voilà qui vient mettre un gros bémol à l’idée même de se donner la peine de lire ce qui s’y écrit sur le sujet.

Au fond, peut-être était-ce la stratégie du gouvernement Charest? On offre des baisses d’impôts, mais en les ciblant sur les plus riches, on s’assure le soutien d’entreprises qui jonglaient avec l’idée d’appuyer l ‘ADQ, parti théoriquement plus à droite, et on est certain que des éditorialistes grassement payés relaieront le message puisqu’ils ont un intérêt personnel à appuyer ce budget.

Devant la partialité et le manque de crédibilité de tels médias, il devient de plus en plus vital d’avoir des sources d’informations alternatives, non pas guidées par le profit, mais par le désir de bien informer les gens.

Le fusil sur la tempe
26 mai 2007

La fin de la grève dans le réseau de transport en commun de Montréal est certes une excellente nouvelle pour tous les utilisateurs du réseau. Mais de l’autre côté de la médaille, il s’agit d’un recul pour les travailleurs de l’entreprise, forcés de plier devant la menace d’une loi spéciale.

En effet, comment peut-on croire que ce règlement est « normal », puisque les travailleurs rentrent au travail sans que la direction de la STM n’ait eu à céder sur le moindre petit point? Ces derniers ont perdu sur toute la ligne, et c’est le fusil sur la tempe qu’ils renoncent à leur droit – tout à fait légitime et légal – d’être en grève.

Tant qu’à cela, pourquoi ne pas éliminer le droit de grève? Les conditions de travail aux employés des corporations seraient imposées directement par le gouvernement, ce qui porte un nom: corporatisme, ou fascisme. Tout le monde au salaire minimum, travaillant 40 heures par semaine pour un salaire à peine suffisant pour vivre dans un petit 3 1/2 et même pas assez pour dépenser dans les commerces du coin. C’est ça qu’on veut, s’acharner à détruire ce qui reste de la classe moyenne sous prétexte que c’est être trop bien payé que de pouvoir vivre décemment des fruits de son labeur?

Une grève, ce n’est jamais facile pour qui que ce soit. Mais dans une société évoluée et progressiste, c’est le seul moyen pour les travailleurs de faire face à une direction intransigeante qui se moque de ses employés en leur proposant des gels de salaire et en refusant la moindre concession.

Malheureusement, en menaçant d’imposer une loi spéciale, le gouvernement a littéralement mis un fusil sur la tempe du syndicat, et il a ainsi démontré que le Québec de 2007 a évolué: nous ne sommes plus cette société progressiste où un contrat de travail se négocie, mais désormais le monde politique se sent investi du droit de courrt-circuiter le processus démocratique de négociation collective afin d’y imposer sa vision idéologique.

Oui, la grève est terminée. Mais il n’y a rien à fêter, sinon un autre recul pour le monde syndical, pour la classe moyenne et pour le Québec en général.

Comme un coup de canon
25 mai 2007

La décision du Parti Québécois de voter contre le budget de Monique Jérôme-Forget est comme un coup de canon dans un ciel bleu; personne ne l’avait vu venir. L’ADQ avait déjà annoncé qu’elle s’opposerait au budget; elle espérait ainsi dépeindre les deux autres partis comme étant de vieux partis hostiles à ses propositions. Et le PLQ comptait sur la désorganisation du PQ pour s’assurer du soutien de celui-ci – ou de son abstention – afin de faire passer son budget. Mais c’était sans compter sur l’effet Marois.

En effet, depuis qu’il devient de plus en plus évident que Pauline Marois sera le prochain chef du Parti Québécois – et qu’un sondage ait donné 40% des intentions de vote au PQ avec elle à sa tête – le PQ se retrouve dans une situation beaucoup plus avantageuse qu’il y a quelques mois. Les Libéraux ont sans doute cru pouvoir prendre le PQ de vitesse, en proposant des élections trop rapides pour le parti puisse être prêt, mais même sans chef le Parti Québécois est un adversaire extrêmement coriace, qui peut toujours surprendre: il peut très bien accélérer le rythme de la course à la direction et même se lancer dans une campagne avec un chef intérimaire, et surfer sur la vague du renouveau inspiré par Pauline Marois.

Cependant, cette stratégie n’est pas sans risques.

D’abord, Le parti peut très bien avoir à porter le fardeau de la chute du gouvernement et du nouveau déclenchement d’élections. Le PLQ a alors beau jeu de dire qu’ils se sont fait battre à cause de baisses d’impôts « à la classe moyenne », et ce sera au PQ de répéter, contre une presse corporatiste largement acquise aux arguments néolibéraux, que ces baisses d’impôts profitent surtout aux plus riches, et non au citoyen lambda. Une grosse commande, s’il en est une!

Ensuite, le PQ n’a toujours pas de chef, et il y a le risque improbable mais possible que quelqu’un décide de se présenter contre Pauline Marois, ce qui empêcherait le couronnement hâtif permettant de se lancer en puissance dans la campagne électorale estivale. Le PQ pourrait certes régler le problème en resserrant (encore) ses règles pour les éventuels candidats, mais il donnerait l’impression de vouloir museler une éventuelle opposition à Marois. Et on ne se lance pas en campagne avec du grenouillage.

Puis, ne l’oublions pas, les finances du parti sont à sec. Le PQ a fait la dernière campagne à crédit, et avec les résultats décevants de celle-ci, il n’a presque plus d’argent, contrairement aux coffres bien garnis de l’ADQ et du PLQ.

Finalement, il y a le danger ultime: perdre les prochaines élections et se ramasser avec le problème insoluble de la reconsidération de l’option souverainiste, des éternels débats entre l’aile-gauche et l’aile-droite, et l’implosion potentielle du parti qui suivrait la défaite.

En ce sens, cette position du Parti Québécois est extrêmement courageuse, et même osée, mais si le calcul politique s’avère imprécis, ou si un nouveau pépin doit survenir en cours de route, le parti peut payer chèrement cette bravade.

Car sur le fond, le PQ a entièrement raison de voter contre ce budget qui utilise l’argent du déséquilibre fiscal pour donner des bonbons aux plus riches. Mais en politique comme dans la vie, parfois même le meilleur des principes peut se faire briser par la dure et plate réalité.