Archive for avril 2007

L’équipe sans identité
26 avril 2007

Un parti politique, c’est avant tout une équipe. Une sorte de club de hockey où, quand l’identité est forte et qu’on gagne des victoires, tout semble aller comme sur des roulettes. Mais quand arrivent les jours sombres, c’est un peu comme si on n’arrivait même plus à patiner et à « acheter un but », selon la célèbre expression sportive.

C’est exactement ce qui arrive au PQ actuellement.

Tantôt on veut réviser le programme, tantôt changer le chef, tantôt « reprendre contact avec les régions », mais au fond est-ce que tout ceci ne camoufle pas le vrai problème du parti, son manque d’identité au niveau social?

Quand une équipe n’a pas d’identité, elle dépense son énergie à s’entre-déchirer, à organiser ou mater des rébellions internes, à contrôler son image et elle n’arrive à rien. Elle perd son temps à achever on ne sait trop quoi, et on a l’impression que chaque joueur « fait son temps » en espérant un miracle pouvant changer les choses. Puis ça bavasse, puis ça s’accuse, puis ça se défile, et ça continue, alouette!

Le Parti Québécois a perdu son identité en refusant de bien se situer sur l’échiquier gauche-droite. On ne peut plus affirmer simplement qu’on fera l’indépendance sans expliquer en quoi l’indépendance est un moyen et non une fin. L’indépendance doit s’inscrire dans le cadre d’un programme politique de centre-gauche clairement établi et rassemblant autour de lui l’ensemble des progressistes quand ça compte.

Un peu comme en France.

Bien sûr, la situation est différente de l’autre côté de l’Atlantique, car lors d’un deuxième tour des présidentielles, par exemple, l’unité est automatique pour le candidat de gauche ou de droite. Mais le PQ peut – doit – travailler à renforcer l’unité des progressistes en son sein en rejetant tous les éléments inappropriés. Pourrait-on par exemple imaginer le Parti Socialiste français avoir des députés appuyant le néolibéralisme, comme le PQ en a déjà eu (et en a encore, bien que silencieux)?

Le Parti Québécois va revenir dans la partie en assumant son identité, en présentant un solide programme social complet et de gauche impliquant non seulement la classe moyenne, mais aussi les plus démunis, les écologistes, et tous ceux qui lui ont tourné le dos au cours des années. Ce n’est qu’en s’assumant entièrement que le parti arrivera à convaincre une majorité de la population de se joindre à lui, à son projet de société.

Car les gens ont horreur du vide. Ils veulent un plan; ils veulent du concret.

Le premier objectif pour le parti est donc de se débarrasser de Boisclair et de ses positions sociales ambigües. Ensuite, on montre la porte à tous les éléments rejettant une véritable social-démocratie. Puis, on invite des politologues, des chercheurs, des étudiants, des syndicats, des représentants d’organisme, et on rebâti un véritable programme moderne, basé sur la réduction des inégalités sociales engendrées par des années de néolibéralisme et on repense une indépendance qui veut vraiment dire de quoi pour Monsieur Tout-le-monde.

Le parti n’a pas le choix de se recadrer et de s’assumer. Sinon, l’équipe qu’il devrait être pourrait bien éclater et ce seraient les citoyens du Québec qui seraient perdants, se condamnant à un parlement dirigé par deux partis de droite n’ayant de différence majeure que le nom.

Le dégel de l’utopie
25 avril 2007

La décision du nouveau gouvernement de hausser les frais de scolarité n’attendra pas. On est tellement pressé, l’urgence est telle de faire payer les étudiants, qu’on n’attend même pas la livraison de l’étude sur les impacts d’un tel dégel.

C’est désolant cette manière précipitée de faire les choses. La mission de tout gouvernement, c’est de prendre les bonnes décisions. Dans l’idéal, on aimerait les voir réfléchir, consulter des experts, s’appuyer sur une philosophie permettant d’espérer le bien commun, puis d’agir.

Au lieu de quoi, on assiste à la fuite en avant d’un gouvernement de droite qui n’a jamais même pris la peine de réfléchir aux effets négatifs d’une telle hausse. Un gouvernement tellement convaincu de la justesse de ses positions – malgré les cuisants échecs de l’idéologie néolibérale à l’échelle mondiale – qu’il se fout éperdument de ce qui arrivera ensuite.

Pourtant, il n’y a que peu de doutes sur l’évidence qu’une augmentation des frais de scolarité réduit l’accessibilité et donc augmente le décrochage. On parle de 50 $ par session. Mais c’est 50$ par session de plus par année pendant cinq ans, ce qui dans les faits résultera en une augmentation de 33% des coûts. Déjà en ce moment, il y a des jeunes qui ne poursuivent pas leurs études car ils doivent travailler pour assurer leur subsistance. Des jeunes qui gaspillent leur potentiel dans des emplois dévalorisants. Ou d’autres qui s’endettent avec l’incroyable racket qu’est le système de prêts et « bourses » du gouvernement.

On entend déjà tous les chantres du néolibéralisme dire à quel point nous sommes choyés ici par rapport au reste du Canada. Mais pourquoi toujours se comparer à pire? En France, l’aide financière aux études constitue en des bourses (et non des prêts) et le loyer est souvent payé par l’État pour permettre aux étudiants de poursuivre leurs études. J’ai connu une Française qui a pu faire un post-doctorat grâce à ces mesures, et elle était offusquée de voir à quel point les étudiants ici ont la vie difficile, devant souvent cumuler emploi et études à temps plein pour boucler leur budget.

L’éducation, c’est un investissement. Un investissement dans le futur. Une clef pour un meilleur monde; plus une société se constitue d’une population éduquée, meilleure est sa santé, plus ingénieuse elle est, plus démocratique, plus libre. L’éducation, c’est aussi la liberté. Car les gens éduqués n’admettent pas les reculs démocratiques.

On dira que c’est utopiste de penser ainsi. Peut-être. Mais n’est-ce pas utopiste d’avoir une foi aveugle en un système économique qui prouve déjà ses faillites un peu partout et a déjà contribuer à réduire le niveau de vie d’une large partie de la population dans de nombreux pays, y compris les États-Unis? N’est-ce pas utopiste de croire qu’on peut augmenter le fardeau des étudiants sans croire que ceux-ci ne vont pas quitter les bancs d’école pour aller travailler?

Le voilà le grand problème avec l’empressement de ce gouvernement à augmenter les frais de scolarité: son choix n’est pas motivé par le bien commun, mais par une utopie et une idéologie qui ne servent qu’une minorité de la population.

Une minorité qui a étudié dans les écoles publiques et qui aujourd’hui crache sur un système qui l’a engraissée.

La chasse est ouverte
25 avril 2007

L’histoire au début ressemblait à un banal fait divers monté en épingle par Quebecor et ses médias. Mais faut croire que puisque TVA est le seul poste qui ne griche pas en région, le fait divers a fini par devenir politique. De quoi je parle? De la libération du violeur Clermont Bégin, considéré comme dangereux et à haut risque de récidive.

De quelle génération êtes-vous? Moi quand j’étais jeune, on me parlait du bonhomme sept heures qui allait venir me manger si je ne rentrais pas assez tôt à la maison. Aujourd’hui, on a le pédophile de service qui joue le même rôle. Mais au fait, cet individu est-il réellement un pédophile?

La pédophilie, c’est du sexe avec des enfants prépubères. Qu’on se comprenne bien: ce type est une foutue ordure et je ne voudrais en aucun cas le voir habiter près de chez moi. Il a violé sauvagement une adolescente de 16 ans et il n’a pas éprouvé le moindre remord. Ceci dit, à cet âge, il me semble qu’on devrait davantage parler d’agression sexuelle que de pédophilie.

Alors, pourquoi l’utilisation de ce mot?

Pour faire PEUR! Un pédophile, ça fait peur. Ça guette les enfants dans les cours d’école, n’attendant que le bon moment pour en prendre un, le violer, ou même le tuer. Et c’est irrationnel: les gens arrivent à comprendre qu’on puisse détester un autre adulte, en venir au coup, et peut-être même au meurtre. Mais comme accepter qu’on s’en prenne à un enfant, si naïf, si étranger à ce monde adulte?

C’est de l’incompréhension, et celle-ci alimente la peur.

Il y a dans nos rues des milliers de criminels. Des gens pas très fréquentables. Des gens qui nous font peur. On ne les voit pas, mais les médias sont là pour nous rappeler qu’ils existent. On sent une augmentation de la violence; on lit dans les journaux tout ce qu’il y a de plus sordide sur le sujet. Et on a peur. Et on cherche un coupable.

Et quand on en trouve un, c’est la chasse qui est ouverte. Que ce soit pour Homolka ou pour Bégin, c’est la même histoire qui recommence. On va interroger des badauds qui disent ne pas en vouloir dans leur quartier. On invite des spécialistes pour parler du risque de récidive. On répète les mêmes conneries du matin au soir sans que rien ne change à rien. On exploite le filon aussi longtemps que possible.

Et on oublie qu’en s’attaquant au criminel lui-même on ne réglera rien. C’est à la société de trouver de meilleurs moyens de réhabilitation. Des programmes plus inventifs, plus performants.

Mais dans le cas de Clermont Bégin, il n’est pas réhabilitable. Oui, oui, c’est TVA qui le dit. Et si TVA le dit, ça doit être vrai.

La vraie question, c’est de savoir ce qu’on fait du criminel quand il a officiellement payé sa dette à la société. Et la réponse en dit parfois plus long sur la personne qui l’affirme que sur le sujet lui-même…

Se mettre les pieds dans la bouche
24 avril 2007

Comment qualifier les dernières déclarations du ministre de l’Emploi et de la Solidarité Sociale, Sam Hamad, qui affirmait que « les BS qui n’ont pas de contraintes sévères à l’emploi ne sont pas intéressés à aller travailler. Ils ont tout : les soins dentaires, les médicaments, ils ont même trois jours de garderie »? J’hésite entre la stupidité et le mépris.

La stupidité, parce que les bénéficiaires de l’aide sociale sans contraintes sévères à l’emploi reçoivent environ 540$ par mois. Quand on tient compte de coût des logements (surtout à Montréal), de la nourriture, des vêtements, comment peut-on sérieusement espérer joindre les deux bouts? 540$ par mois, c’est une incitation à la fraude. Personne ne peut vivre avec ça.

Le mépris, car affirmer que d’avoir des soins dentaires, des médicaments ou un accès à la garderie ce serait tout avoir. Le mépris, car il regarde de haut, se pose en juge d’une situation qu’il ne connaît pas. Quel est l’intérêt des soins dentaires gratuits si on n’a même pas de quoi manger dans le frigo?

Le bureau du ministre a tenté de réparer les pots cassés en insinuant que le ministre était tout simplement trop stupide pour faire la différence entre un journaliste et un ami: « Il a reçu l’appel directement chez lui. Possiblement que mon ministre a confondu les genres. Il pensait que c’était peut-être plus son ami qu’un journaliste qui lui plaçait un coup de fil. »

Êtes-vous rassurés? Ou bien on a un ministre de la Solidarité Sociale totalement incompétent et insensible à la situation des plus démunis, ou bien on a un ministre de la Solidarité Sociale trop idiot pour faire la différence entre un ami et un journaliste.

Voilà qui s’appelle se mettre les deux pieds dans la bouche. Et c’est un signe de plus de l’incompréhension totale de ce gouvernement à propos de la situation des plus pauvres de notre société.

La mort du ploutocrate
23 avril 2007

Ploutocratie: (du grec ploutos : richesse ; kratos : pouvoir) consiste en un système de gouvernement où l’argent constitue la base principale du pouvoir. D’un point de vue social, cette concentration du pouvoir dans les mains d’une classe sociale s’accompagne de fortes inégalités et d’une faible mobilité.

De l’homme aspirant à davantage de libertés et ayant contribué à l’éclatement de l’URSS ou de celui qui a plongé la Russie dans un tel chaos économique et social qu’elle est presque retournée au Moyen-Âge, que retiendra-t-on de Boris Eltsine, décédé aujourd’hui à 76 ans?

Un peu partout, on se rappelle le « grand » homme, comme si c’était lui qui personnifiait le changement vers la soi-disant démocratie. Mais pourtant, le mouvement était déjà en marche, avec la Perestroïka de Gorbatchev. Tous les efforts déployés par les États-Unis pour attirer l’URSS dans le piège de l’Afghanistan, de même que les propres incohérences d’un régime ayant perdu ses idéaux auraient provoqué le changement de toute façon.

Eltsine aurait pu être l’homme de ce changement; il aurait pu transformer la Russie en douceur, ne pas avoir peur d’un capitalisme plus social, d’une dénationalisation partielle de certains secteurs importants de l’économie.

Au contraire, il a livré la Russie sur un plateau d’argent à quelques intérêts privés qui ont de fait pris le vrai pouvoir entre leurs mains.

Suite aux années Eltsine, 50% de la population russe vivait sous le seuil de la pauvreté (un seuil beaucoup plus bas qu’ici, notons-le). La dette a explosé; l’inflation aussi. Cette dernière a monté jusqu’à des niveaux de l’ordre de 1500% en 1993, et la vaste majorité de la population a vu ses conditions de vie se dégrader à une vitesse jamais observée dans le monde moderne. De la deuxième puissance mondiale, ce qui restait de l’URSS n’avait plus rien à envier au Tiers-Monde, gangrénée qu’elle était non seulement par la pauvreté, mais également par la violence, la mafia, et la corruption.

Et Eltsine, qui jouait le jeu des privatisations en remettant aux mains de petits seigneurs ce qui appartenait à la collectivité, a donné le change, faisant office de président alors que dans les faits il avait davantage l’air d’un alcoolique désabusé que d’autre chose. Désespéré à s’accrocher au pouvoir, il n’a pas hésité à s’entourer d’Alexandre Lebed, en 1996, ce général russe ayant réussi à mettre fin à la première guerre de Tchétchénie, un idôlatreur d’Augusto Pinochet, dont le célèbre coup d’État au Chili a coûté la vie à des milliers de personnes pour permettre la première expérimentation du néolibéralisme.

Aujourd’hui, Poutine ramasse les pots cassés. Certes, il y a eu un recul démocratique par rapport aux premières années Eltsine, mais que vaut une apparente démocratie quand on n’a même pas de quoi manger à sa faim?

Eltsine a détruit son pays au lieu de l’améliorer, et son plus grand héritage est celui d’un pays éclaté, divisé, où les inégalités sociales sont telles qu’il sera difficile pour quiconque de rétablir une plus juste redistribution de la richesse sans avoir à affronter une véritable armée de propriétaires corrompus alliés à des multinationales complices.

L’idéal de Eltsine avait peut-être du bon, le rêve était beau. Mais son application a été nulle, et du grand démocrate qu’il aurait pu être, plusieurs en Russie et ailleurs ne se rappeleront que du grand ploutocrate qu’il est devenu, au service de la grande finance et du crime organisé, dont on ne sait plus trop qui est qui.

Lock-out méprisant à Québec
23 avril 2007

Le lock-out au Journal de Québec démontre une fois de plus le peu de respect pour les médias de masse (ici Quebecor) pour leurs employés et leurs lecteurs. À leurs yeux, les journalistes ne sont que des gens qui apportent du contenu pour attirer les lecteurs, qui eux consommeront les vrais produits: la publicité. Le but, c’est évidemment de faire de l’argent.

Et le Journal de Québec en fait. Et Quebecor aussi. Et Pier-Karl Péladeau nage littéralement dans l’argent.

Il y a quelque chose de profondément pathétique dans cette espèce de vindicte populaire consistant à blâmer les journalistes, à suivre tranquillement la petite rhétorique simpliste de Luc Lavoie, vice-président de Quebecor, qui a divulgué les salaires de journalistes au réseau LCN (autre propriété de Quebecor).

On entend des gens se fâcher, dire que ça n’a aucun sens que des journalistes soient payés 80 000$ par année, qu’ils ne travaillent pas assez, qu’ils sont gâtés… Mais ces mêmes personnes, comment font-elles pour être si durs à l’égard de ceux qui écrivent leurs nouvelles tout en ignorant volontairement ceux qui se remplissent les poches?

En effet, comment oublier les profits de Quebecor; comment oublier que le Journal de Québec est le plus lu de la région?

Ce sont les nouveaux habits du capitalisme; désormais on ne veut plus entendre parler de redistribution de la richesse. « Tout le monde au salaire minimum et 40 heures par semaine, et ça presse! » Devant une détérioration progressive des conditions de travail depuis une quinzaine d’années, la jalousie et le mépris sont en train de remplacer la solidarité. Au lieu de pointer les vrais coupables, ceux qui font des millions et refusent de les partager, on préfère se trouver un bouc-émissaire facile, le travailleur qui se tient debout et espère de se faire respecter.

C’était la même chose avec Olymel. Quelqu’un va-t-il encore croire Quebecor et ses créatures lorsque ceux-ci feront semblants d’être impartiaux lorsqu’une situation semblable se reproduira? Quelle crédibilité a l’entreprise désormais qu’elle s’est montrée sous son vrai jour?

Face au mépris de la direction, à l’indifférence et à la jalousie d’une certaine droite, le plus bel espoir vient de ces pressiers, qui, par solidarité, devraient déclencher la grève cet après-midi en soutien aux journalistes.

Car des compromis et des concessions de la part des employés, personne n’est contre quand la situation est difficile. Mais quand une entreprise fait de l’argent comme de l’eau et est la première de son marché, elle se doit au contraire de redistribuer cette richesse au lieu d’être avare et de s’en prendre aux honnêtes travailleurs.

Des travailleurs sans qui cette richesse n’existerait pas.

L’idéologie et le pragmatisme
22 avril 2007

Le premier tour de la présidentielle française ne constituait que la répétition générale; il était déjà acquis que le choc aurait lieu au second tour entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Bayrou, avec son soi-disant centrisme qui n’est dans les faits qu’un ramassis d’idées plus ou moins cohérentes glanées à gauche ou à droite, termine loin derrière les deux autres, quelques points à peine devant Jean-Marie Le Pen.

C’est Sarkozy qui a le mieux exprimé la situation, en disant que c’est un véritable choc entre la droite et la gauche, entre deux conceptions de la France, entre deux visions du monde.

Ce résultat, au fond, est une claque à la figure à tous ceux qui croient que la droite et la gauche n’ont plus leur place, qui pensent qu’on peut, tel Bayrou, se tenir au centre et ne jamais dévoiler sa vision profonde de la société. Ceux qui pensent qu’on peut tout à la fois considérer l’homme comme un loup pour l’homme de par nature ou comme un être qui naît bon mais que la société corrompt.

On ne peut pas tout croire en même temps. Ceux qui disent le contraire sont confus et sous-estiment la puissance et la cohésion de chacune des deux visions.

C’est donc dès aujourd’hui que commence le grand jeu des appuis, de la modération des extrêmes en fonction du désir surtout d’empêcher l’autre vision du monde de prendre le pouvoir. C’est le temps du pinçage de nez; le moment où on vote à contre-cœur davantage contre un des candidats que pour l’autre.

Et dans ce jeu, c’est Bayrou qui pèse le plus lourd. S’il parvient à convaincre les 17-18% des Français qui ont voté pour lui de faire un choix plutôt qu’un autre, il sera pratiquement celui qui aura choisi le prochain président.

Et s’il réussit ce coup de maître, ça démontrera non seulement l’importance de l’idéologie au premier tour, mais surtout celle du pragmatisme et de la realpolitik au second.

La vraie question : sera-t-il capable de démêler ses électeurs à temps pour le second scrutin?

La couleur de la compétence
22 avril 2007

Un petit encadré dans le journal « Métro » de cette semaine: pour mettre en place les brigades de la propreté, la Ville de Montréal s’oblige à engager 35% de jeunes des communautés culturelles.

Pas de quoi s’énerver? Pas si sûr. Car cette mesure est clairement raciste.

Le racisme, selon Wikipedia, est « une idéologie basée sur une croyance qui postule une hiérarchie entre les êtres humains selon leur origine ethnique ». En d’autres mots: prenez deux individus identiques, et le raciste jugera de la meilleure personne en se basant sur son appartenance à un groupe ethnique.

Sous couvert de discrimination positive, c’est exactement ce que fait la ville de Montréal. Sur les 189 brigadiers, elle a décidé qu’il y en aurait au moins 66 (35%) qui seront originaires de communautés ethniques, ce qui laisse grosso modo 123 postes pour les « autres ».

Cependant, que se passe-t-il si on prend la pile de demandes d’emploi, qu’on l’épluche, qu’on juge de la qualité de chaque demande, et qu’on se rend compte par la suite que sur 189 personnes qui ont les compétences pour être engagées il y en a davantage que 123 qui n’appartiennent pas à une communauté culturelle?

Et bien oui, vous l’avez deviné, on va engager quelqu’un de moins compétent. « Excuse-moi le jeune, tu as toutes les qualités requises, tu es motivé, tu serais un excellent employé, mais tu es né avec la peau blanche et donc on ne peut pas t’engager. » Quel beau message à envoyer à la jeunesse! Autant prendre la Charte des droits et libertés, déchirer le passage où il est question de l’interdiction de la discrimination basée sur l’origine ethnique et le jeter dans le feu.

On objectera que ce n’est qu’un emploi étudiant et qu’il faut aider les communautés ethniques défavorisées. Mais aide-t-on vraiment quelqu’un en lui donnant des passe-droits, ou ne le conforte-t-on pas plutôt dans une image de lui-même où tout lui est dû et où il se considère supérieur aux autres, puisque engagé en dépit de compétences moindres. Et oui, il ne s’agit que d’un emploi étudiant, mais à partir de où trace-t-on la ligne de ce qui est assez important pour qu’on engage les gens sans discrimination, seulement en fonction de leurs compétences?

Ne nous leurrons pas: ce n’est que la pointe de l’iceberg. Il y a des hommes blancs qui sont exclus de la police avec une moyenne de 80% alors qu’une femme noire est admise avec 75%. Résultat? De moins bons policiers et un sentiment de frustration latent qui peut, lui aussi, se transformer en racisme s’il est canalisé dans une mauvaise direction.

Pour aider les communautés culturelles, on doit cesser de leur donner des avantages en fonction de leur origine ethnique, mais il faut plutôt les intégrer dans un projet mobilisateur et émancipateur. Un projet dont ils feraient partie intégrante et auraient l’impression d’avoir un rôle à jouer.

Un projet qui s’appelle le Québec, une société qui peut devenir plus juste, égalitaire et humaine, et où on juge les gens en fonction de leur valeur, et non pas de la couleur de leur peau.

Le mur
21 avril 2007

Il y a quelque chose de terriblement malsain dans ce mur que construisent les forces d’occupation étatsuniennes en Irak, pour diviser quartiers sunnites et chiites et, supposément, réduire les risques d’attentats.

N’est-ce pas là le plus grand constat d’échec qui soit, d’en arriver à construire un mur séparant ainsi les gens? Quelle sorte de société est-ce, celle qui n’arrive tellement pas à établir de cohésion sociale qu’elle doit séparer les gens par un mur?

Il y a eu le mur de Berlin, séparant les « gentils socialistes » des méchants capitalistes qui pouvaient les corrompre.

Il y a le mur de la honte, en Israël, isolant les Palestiniens, séparant parfois leurs terres en deux et les laissant croupir dans leur misère.

Mais il y a aussi tous ces murs dans nos sociétés, ces villas privées qui se construisent de plus en plus, protégées par de hautes clôtures, par des gardes de sécurité, par des caméras. Des cités privées où « enfin » les plus riches peuvent jouir de tout ce qu’apporte leur richesse sans avoir à s’encombrer du regard des plus démunis, victimes de cette soi-disant opulence.

Mais ce n’est pas un phénomène nouveau, loin de là! Dans les années 20 et 30, il y avait une telle palissade séparant la ville de Longueuil (aujourd’hui le vieux-Longueuil) et Ville Jacques-Cartier (le reste de Longueuil avant les fusions, à l’exception de la partie allant vers Boucherville et des environs du métro de Longueuil). À Longueuil, on avait l’électricité, les égoûts, des rues propres. Les bourgeois vivaient en paix et prospéraient. De l’autre côté, la misère, la saleté, l’exclusion, la pauvreté, la violence.

De plus en plus, depuis quelques années, on voit réapparaître ces vieilles « solutions ». Devant l’incapacité d’un système politico-économique d’assurer une certaine forme de redistribution de la richesse et de cohésion sociale, on ressort le concept d’exclusion volontaire des boules à mites et on tente de nous faire croire que c’est une solution.

Mais un mur n’est toujours qu’un mur, et ça ne règle jamais les problèmes fondamentaux. Ça n’empêche pas les gens de désirer le traverser. Ça n’empêche pas les gens de fomenter des idées de violence et de chaos. Ça n’empêche pas les défavorisés de rester dans leur pauvreté et de se sentir rejetés par ceux à qui on a permis de s’enrichir.

Un mur, c’est un constant d’échec. L’échec d’une façon de concevoir le monde axé sur la division, sur l’individualisme et sur la croyance erronée que le libéralisme économique sans contrôle de l’État peut améliorer une société.

La première priorité
21 avril 2007

Lorsqu’un parti politique arrive à l’Assemblée, c’est toujours un moment solennel: on se drape de ses plus beaux discours et on annonce au peuple – ce peuple souverain qui a choisi ses représentants – quelles seront les plus grandes priorités du parti. À plus forte raison quand le parti participe aux prises de décisions.

Il y a eu le beau risque de Lévesque. La résolution du problème constitutionnel de Bourassa. La quête référendaire de Parizeau. Le déficit zéro de Bouchard. La santé de Charest.

Et maintenant, voici la première priorité de l’ADQ: aller chercher le vote des régions où on n’a pas voté pour le parti.

Il y a quelque chose de profondément insultant dans ce mépris le plus total pour les électeurs qu’affiche si ouvertement l’ADQ. La population vote pour un gouvernement pour qu’il prenne des décisions, adopte des politiques améliorant ses conditions de vie, change les choses. Pas pour qu’il fasse de son accession définitive au pouvoir sa seule et unique priorité!

Un peu comme si un politicien disait: « Votez pour moi, car si je suis élu je ferai tout pour me faire réélire encore et encore ». C’est du vide ça. Et personne ne vote pour du vide; du moins on le souhaite.

Il serait peut-être temps pour Mario Dumont de cesser de jouer au roi de la montagne et de se mettre au travail.

Car depuis le 26 mars, on a beaucoup entendu parler de son plan pour prendre le pouvoir, mais très peu de ce qu’il entendait faire de celui-ci.