Cannibalisme inc.

On dit qu’il ne faut pas juger quelqu’un sur ses paroles, mais sur ses actions. Dans le conflit entre le Journal de Québec et ses journalistes, c’est on ne peut plus vrai. Au sein de l’empire Quebecor, on voit qui sont les « lucides » et qui sont les solidaires.

Parmi les « lucides », il y a Richard Martineau, cet éternel blasé, qui se cache derrière son contrat stipulant que ses articles écrit dans le Journal de Montréal peuvent être publiés dans le Journal de Québec. Pendant que ses confrères de Québec se font mépriser et insulter par Quebecor, cet homme de la ville, cet homme se revendiquant de l’urbanité et du béton, les laisse tomber et décide de profiter du conflit pour étendre toujours un peu plus son emprise. Martineau, la petite PME pour qui les journalistes de Québec en lock-out sont un obstacle de moins à ses rêves de notoriété et de puissances narcissiques.

De l’autre côté, il y a Lise Payette. L’ancienne ministre péquiste a le courage de ses convictions. Lorsqu’elle a été confronté à la même clause de contrat que Martineau, elle a décidé d’agir concrètement: elle a quitté le Journal en signe de solidarité. On dira ce qu’on veut sur la femme et sur ses idées, mais ça c’est du courage. Ça c’est joindre l’action aux paroles.

Ne se le cachons pas: un journaliste de Montréal qui remplace un journaliste de Québec en lock-out sous la protection d’une clause dans un contrat, c’est la même chose qu’une compagnie qui fait venir des briseurs de grève dans des camions escortés par des gardes armés. C’est une insulte pour tous les travailleurs et, dans ce cas-ci, pour les lecteurs de Québec, dépourvus de leur relation de proximité avec leurs journalistes.

Pour une fois, on aura raison à Québec de se plaindre de la montréalisation de l’information. Merci à Quebecor.

Pendant ce temps, l’entreprise a déposé une requête en cour – refusée – pour empêcher les journalistes en lock-out de publier leur propre journal. Quels arguments a-t-on invoqué, je l’ignore. Mais Quebecor a agi comme elle a toujours agi: en petite princesse a qui tout est dû.

Mais est-ce si surprenant, quand on pense que Péladeau lui-même a bâti son empire en écrasant les autres, puis qu’il s’est laissé engraisser par des politiciens vendus au concept du Québec inc. dans les années 80? Quebecor, depuis sa formation, est une entreprise qui cannibalise les autres et qui a grandi en s’abreuvant aux mamelles de l’État. Une telle entreprise peut-elle réellement changer?

Aujourd’hui on a la réponse. Mais que peut-on faire?

Beaucoup.

À une ère de convergence médiatique et de concentration de l’information, il est tout à fait possible d’agir nous-mêmes. Pas besoin d’avoir le courage de Lise Payette. Il suffit simplement de ne plus lire le Journal de Québec, le Journal de Montréal et toutes les publications de Quebecor. De ne plus synthoniser TVA et LCN. De rejeter tout ce qui vient de Quebecor. De dire « non » je ne participe pas à celà. De signifier aux entreprises publiant des annonces dans le Journal de Québec qu’ils perdront des clients. D’écrire à Quebecor pour se plaindre. De contacter son député pour qu’il propose une loi contre la concentration des médias.

De ne plus lire ceux qui, comme Martineau, jouent les briseurs de grève.

Parce que c’est facile de parler, de dénoncer. C’est facile de se plaindre que l’information au Québec est centrée sur Montréal et qu’il y a peu de place pour un point de vue divergent.

Mais qui osera agir?

22 Réponses

  1. Louis,

    De dire que Martineau est un briseur de grève, ce de ne pas connaître quelques faits:

    Ce dernier est un pigiste et, à ce titre, il n’est pas sujet à la convention collective et n’est donc pas un briseur de grève. Toute comparaison sur ce thème ne tient pas et le syndicat n’en parle même pas. S’il a accepté le fait que l’employeur puisse faire appel à des chroniqueurs, la situation actuelle n’en est que le résultat.

    Il n’est pas non plus un « voleur de job » puisque sa chronique est publiée dans les deux journaux simultanément; il ne « vole » donc pas la job d’un journaliste; il est chroniqueur à la pige et a toujours été publié dans les journaux du groupe Québecor.

    Madame Payette, qui est aussi pigiste, a pris la décision de ne plus publier sa chronique par « solidarité »; le contraire aurait été très surprenant étant donné ses convictions et croyances. On peut la saluer bien bas pour ce geste.

    Tu parles aussi de Péladeau père et du Québec Inc. des années 80; je te rappellerai qu’à cette époque, c’était le PQ qui était au pouvoir alors les coquinages avec la grande entreprise n’est pas seulement l’apanage des Libéraux.

    Ceci étant dit, je suis d’accord avec toi sur le thème de la convergence des médias; le marché médiatique québecois étant très petit, il n’y a vraiment que deux groupes de presse: Québecor et Gesca. Le problème, de mon point de vue, en est plutôt un d’attitude. Québecor agit en sauvage alors que Gesca est un peu plus « civilisé » et se concentre majoritairement dans les médias écrits.

    C’est au consommateur d’agir et surtout pas aux élus; ce serait entre-ouvrir une avenue très insidieuse et très tentante pour le politique de s’engager dans une telle relation avec les organes de presse.

    Laissons le consommateur et les lois du marché décidés de ce qu’ils pensent de la convergence.

  2. Louis, j’invite tes lecteurs et commentateurs à venir identifier à partir des dents d’un cadavre, une personne dont la seule pièce d’identité est ses dents.

    J’espère aussi ne pas interrompre trop longtemps le fil des commentaires sur ton blog.

  3. C’est pas la bouche à Dumont ça?

  4. Céline Dion ?

  5. Retour à la vie sérieuse…
    Lagacepisette défend bien son petit nami Richard, ils marchent main dans la main.
    Lavoie est un enculeur de première. PKP en jouit…
    Je ne comprends pas qu’il n’existe pas qu’un seul syndicat des journalistes dans les quotidiens de Péladeau…

  6. DJ Lordee et Le poursuivi (et Louis bien sûr!), j’ai lu le commentaire de Lagacé là-dessus hier soir et je me sens ambivalent. C’est juste qu’en partant, la décision de Martineau, on aurait pu la deviner, c’est de la logique pure et simple. Et le pire, c’est que je ne crache sur aucun des deux en ce moment, il y a plus dangereux pour la démocratie…

    Dans le meilleur des mondes, Martineau « aurait » pu prendre la décision contraire, même au risque d’avoir des représailles : avoir sa notoriété, je pense que je serais un peu plus frondeur. Sauf qu’en même temps, il est sûrement du bord de son boss parce qu’il reçoit des cigares de sa part et aussi, en restant solidaire à son propre salaire, il montre exactement ce qu’il y a à y voir.

  7. Qu’il le fasse ou non, moi je trouve quand même que cette histoire de lock-out en est une de mauvaise foi. C’est pas normal qu’une entreprise comme Quebecor ait fait 3 lock-outs en 4 ans, dont un qui a duré un an, ayant en même temps fait appel à des sous-traitants.

    Moi je suis d’accord avec Jordee à ce niveau: ce n’est pas une intervention gouvernementale qu’il faut, c’est une intervention citoyenne. Qu’on regarde la façon dont cette entreprise utilise l’information comme un bien de consommation qui doit être uniformisé et qu’on se pose la question sérieusement: « Est-ce cela que je veux écouter? Est-ce que ce genre de personnes mérite mon appui? » Pour le reste, il y a encore d’autres chaînes, d’autres médias et d’autres journaux qui existent.

    Et les blogs ^^

  8. @ Louis,
    Si je t’ai bien compris, être lucide et solidaire ça ne peut se retrouver chez un même individu. Intéressant, je n’avais jamais envisagé ça. Dans sa demande d’injonction Quebecor arguait que les journalistes étant ses employés ils ne pouvaient pas lui faire concurence. Mais ou est la concurence quand on ne tire pas un profit monétaire de ses actions? Le journal est gratuit.
    S.V.P. pourrais-tu convaincre Le Poursuivi de monter le niveau de ses commentaires.

  9. Longue vie à Québécor. Longue vie à PKP.

    J’espère que le fond de grève s’épuisera le plus rapidement possible et que lorsqu’ils commenceront à avoir faim, ils feront comme les tatas de vidéotron et retourneront au travail la tête basse en se disant qu’ils gagneraient cent fois moins ailleurs…

  10. Clap clap clap clap clap!…

  11. Venez-vous juste de vous rendre compte qu’on pouvais boycotter Québécor? Ça fait un méchant bout que je le fais et croyez moi je ne me sens pas plus mal. J’évite les dépenses qui risqueraient d’en mettre plus dans les poches à Péladeau. C’est comme Star Académie les gens se font fourrer bord en bord et de haut en bas et ils en redemandent… C’est a n’y rien comprendre mais bon chacun ses goûts

    Ça me désole toujours de voir la popularité de TVA et du reste du groupe. Mais que pouvons nous y changer, si ça pogne autant c’est que les gens s’y reconnaissent.

  12. @Laplante le nombril de Québec ou du…Québec

    Tu dois être de ceux qui dorment au gaz à Québec et qui ne savent même pas lire le nom du quotidien de PKP.
    Montréalais, quand vous êtes en visite à Québec, ne demandez pas le Journal de Québec mais plutôt Le ptit journal du Québec.
    Pour éclairer tes 2 watts incandescentes (qui sera banni sous peu) Louis a le choix de me bloquer sur son site, c’est lui qui décide, pas toé.
    Je commente de façon crue, que veux-tu?

  13. @ le Poursuivi

    « Tu dois être de ceux qui dorment au gaz à Québec et qui ne savent même pas lire le nom du quotidien de PKP.
    Montréalais, quand vous êtes en visite à Québec, ne demandez pas le Journal de Québec mais plutôt Le ptit journal du Québec. »

    Est-ce nécessaire?

    @ Jacques

    Juste rappeler que c’est un lock-out, pas une grève.

    @ tous

    Effectivement, Martineau est publié à Québec depuis le premier jour où il a commencé à écrire pour Québécor. Donc, il continue à écrire pour Montréal et par la bande, il est publié à Québec. Pourquoi aurait-il démissionné? Cette chronique est devenue son principal gagne-pain et son ex et sa blonde actuelle doivent lui coûter cher donc…

    Pour Madame Payette: bon débarras. C’était illisible ce qu’elle écrivait et ce, depuis le début. Elle était la risée du courrier des lecteurs donc elle vient de rendre service aux abonnées. Son activisme féministe la rendait complètement aveugle.

    Finalement, bravo à l’initiative des journalistes de publier un journal gratuit pendant le lock-out.

    Ça prouve que lorsqu’on fait affaire avec des syndiqués hautement scolarisés, et bien l’intelligence remplace le vandalisme comme moyen de pression: un gros salut aux techniciens de Videotron en passant!

  14. @ Le Poursuivi
    Louis parlait du niveau douteux d’un autre blogue dans un autre texte. Tu es l’exemple parfait jusqu’ou on peut descendre. Évidemment que Louis peut l’accepter mais ça ne remonte pas sa moyenne.

  15. @au Bum,
    ou c’est vrai que ça coûte cher pour baiser, Martineau n’a donc pas le choix. Pour Payette, elle a le courage de ses idées. Par contre c’est vrai qu’elle ne baise plus…
    @au planté
    tes propos Laplante sont dans un bon langage mais complétement nombrilistes. Vive les Nordiques!

  16. @Gilles: Je ne suis pas responsable de ce que vous écrivez ici. Je suis pour la liberté de parole, et je ne vais pas commencer à censurer quelqu’un. La section « commentaires » est votre section; à vous de la rendre la plus vivante et agréable possible!

    Je ne suis pas plus tolérant ou intolérant pour quelqu’un qui partage mon point de vue que pour un autre. J’ai même accepté qu’on m’insulte gratuitement ici à plusieurs reprises.

    Les blogues sont une alternative aux médias de masse justement à cause de la pluralité des points de vue qui s’y trouvent.

    Le début de la censure sur un blogue c’est la fin du blogue.

    Merci de vos commentaires! Et n’oublions pas: rien ni personne ne peut nous atteindre que ce que nous avons de fragile en nous.

  17. @Le bum intello.

    Pas que je sois maniaque de sémantique, mais puisqu’il le faut: je parais de fond de grève, car c’est comme ça que ça s’appelle, un fond de grève, même s’il est utilisé lors d’un lockout.

    Et quand je parle de retour au travail, je veux dire lorsqu’ils n’en pourront plus, ils vont retourner négocier, et y retourner, la tête basse.

    Je ne croyais pas avoir à expliquer chacune de mes entrelignes. Et imagines-toi donc que je connais la différence, du syndicat, j’ai déjà donné plus que ma part.

    Et, en terminant, petit fait important: lorsque votre enfant se roule par terre au centre d’achat, vous le mettez en lock-out, c’est à dire que vous le sortez de là et qu’il n’aura pas ce qu’il veut.

    C’est ce que PKP fait sans doute avec eux. Car, souvent, avec les syndicats, on fait face à un illogisme et une mauvaise foi hallucinants.

  18. […] Jacques Saint-Pierre: @Le bum intello. Pas que je sois maniaque de sémantique, mais puisqu’il le faut: je parais de fond de grève, car c’est comme ça que ça s’appelle, un fond de grève, même s’il est utilisé lors d’un… […]

  19. @le Poursuivi, vive les nordiques certain… Du temps ou ils étaient on aura vécu les plus belles années de hockey de toute l’histoire du Québec. Jamais plus on ne revivra ce que la rivalitée canadien / nordique nous aura fait vivre

  20. @Richard
    t’as entièrement raison, mais c’est aussi vrai qu’ils se sont faits « planter » à plusieurs reprises.

  21. @ Louis,
    Je suis bien d’accord avec ton dernier commentaire. Je suis pour la liberté d’expression et mon premier message ne s’adressait pas à Le Poursuivi que peut s’exprimer comme il le veut mais à toi. Il l’a mal pris mais bon… Toi qui fait des montés de lait contre ce que tu appel la radio-poubelle de Québec et le blogue de MisterP, je m’attendais à ce que tu tente un rappel à l’ordre mais si tu est d’accord avec tous les styles d’expressions arrête de faire la morale.

  22. Intéressant sujet que celui-là. D’ailleurs, Martineau n’arrête pas de se vanter de son statut de pigiste, laissant entendre par là que ça lui permet de faire ce qu’il veut. Quelle nouille! Du temps où il trônait sur Voir, j’ai toujours pensé que cette personne-là aimait lancer le pavé dans la mare dans le seul espoir de justement soulever la vague, rien d’autre. Parce que question idées et positionnement, Martineau incarne le vide sidéral. Ironie, c’est maintenant devenu une vedette de l’opinion sur la planète Québec. C’est Falardeau qui a eu presque raison au sujet de Martineau: « Tu finiras éditorialiste chez Power », à la seule différence qu’il travaille plutôt pour Péladeau…

    Quant à Mme Payette, est-ce vraiment du courage? Oui, un beau geste, mais quand on a occupé tous les créneaux de la radio, de la télé et de l’écrit durant autant d’années, il était peut-être temps qu’elle se repose.

    ps: Pierre-Karl Péladeau n’a pas écrasé grand monde: il n’a qu’hérité de l’empire de papa et profité des subventions du Québec dans l’acquisition d’une machine à pomper du fric, à savoir Vidéotron, la compagnie ayant un quasi monopole dans le net diffusé par fibre optique…

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