Le mur

Il y a quelque chose de terriblement malsain dans ce mur que construisent les forces d’occupation étatsuniennes en Irak, pour diviser quartiers sunnites et chiites et, supposément, réduire les risques d’attentats.

N’est-ce pas là le plus grand constat d’échec qui soit, d’en arriver à construire un mur séparant ainsi les gens? Quelle sorte de société est-ce, celle qui n’arrive tellement pas à établir de cohésion sociale qu’elle doit séparer les gens par un mur?

Il y a eu le mur de Berlin, séparant les « gentils socialistes » des méchants capitalistes qui pouvaient les corrompre.

Il y a le mur de la honte, en Israël, isolant les Palestiniens, séparant parfois leurs terres en deux et les laissant croupir dans leur misère.

Mais il y a aussi tous ces murs dans nos sociétés, ces villas privées qui se construisent de plus en plus, protégées par de hautes clôtures, par des gardes de sécurité, par des caméras. Des cités privées où « enfin » les plus riches peuvent jouir de tout ce qu’apporte leur richesse sans avoir à s’encombrer du regard des plus démunis, victimes de cette soi-disant opulence.

Mais ce n’est pas un phénomène nouveau, loin de là! Dans les années 20 et 30, il y avait une telle palissade séparant la ville de Longueuil (aujourd’hui le vieux-Longueuil) et Ville Jacques-Cartier (le reste de Longueuil avant les fusions, à l’exception de la partie allant vers Boucherville et des environs du métro de Longueuil). À Longueuil, on avait l’électricité, les égoûts, des rues propres. Les bourgeois vivaient en paix et prospéraient. De l’autre côté, la misère, la saleté, l’exclusion, la pauvreté, la violence.

De plus en plus, depuis quelques années, on voit réapparaître ces vieilles « solutions ». Devant l’incapacité d’un système politico-économique d’assurer une certaine forme de redistribution de la richesse et de cohésion sociale, on ressort le concept d’exclusion volontaire des boules à mites et on tente de nous faire croire que c’est une solution.

Mais un mur n’est toujours qu’un mur, et ça ne règle jamais les problèmes fondamentaux. Ça n’empêche pas les gens de désirer le traverser. Ça n’empêche pas les gens de fomenter des idées de violence et de chaos. Ça n’empêche pas les défavorisés de rester dans leur pauvreté et de se sentir rejetés par ceux à qui on a permis de s’enrichir.

Un mur, c’est un constant d’échec. L’échec d’une façon de concevoir le monde axé sur la division, sur l’individualisme et sur la croyance erronée que le libéralisme économique sans contrôle de l’État peut améliorer une société.

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4 Réponses

  1. Les fameuses « Gated Society » ou on peut fuir les problèmes de la terre et se féliciter entre riches… d’être riche!

    Au lieu de règler les problèmes on les mets de l’autre bord du mur.

    Ériger un mur revient à dire « Une vraie solution serait trop complexe et trop couteuse ».

    Tiens, à quand le mur entre nous et l’environnement?

  2. Un mur en Irak, un mur sur la frontière du mexique, un mur pour protéger Israël … Ils construisent des murs partout pour repousser des ennemis potentiels ou des envahisseurs, mais ils n’ont pas été assez brillants pour solidifier les digues de la Nouvelle Orléans; ce qui aurait pu éviter bien des morts lors du passage de Katrina. Je connais pas grand chose en ingénierie, mais d’après moi, le gros mur que je vois sur la photo aurait p-e pu arrêter une partie de l’eau qui a submergé la Nouvelle-Orléans …

  3. @Emmanuel, très bonne observation, ça aurrait sûrement pu aider effectivement.

  4. Il y a un excellent article avec de nombreuses photos sur le mur entre les États-Unis et le Mexique de même que sur les murs en général dans le National Geographic de mai, pour ceux que ça intéresse. Vraiment très intéressant.

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