Un homme d’idées

On juge souvent très durement les politiciens: ce seraient tous des opportunistes, prêts à n’importe quoi pour tirer un peu les ficelles, pour s’abreuver quelques secondes aux mamelles du pouvoir et faire leur show devant les caméras. Est-ce si surprenant que ceux-ci soient si souvent méprisés?

Pourtant, un homme vient de prouver qu’il n’est pas en politique pour le pouvoir, mais bien pour défendre ses convictions. Cet homme, c’est Thomas Mulcair, dont le passage du purgatoire du PLQ au NPD est comme un puissant coup de tonnerre dans un ciel bleu.

Peut-on sérieusement douter des convictions de Mulcair? Il était dans l’anti-chambre du pouvoir, au cabinet, en tant que ministre de l’environnement, et il aurait pu aspirer à des porte-feuilles encore plus intéressant s’il avait accepté de signer les documents permettant la privatisation du parc national du Mont-Orford. Mais Mulcair a choisi de ne jamais apposer sa signature, du quitter le conseil des ministres, puis le parti. Il a préféré partir pour garder sa fierté que de s’avilir en continuant à militer pour un parti assez insouciant pour vouloir vendre un parc national à des intérêts privés.

Et voilà que Mulcair rejoint le seul parti de centre-gauche au pays, un parti qui n’a jamais fait élire un seul député au Québec dans une élection générale.

Pourquoi?

Parce qu’il y croit! Parce qu’il se reconnaît dans les positions social-démocrates du NPD, dans les politiques environnementales proposées par Jack Layton. Mais aussi parce que la donne politique a changé.

En effet, le NPD apparaît de plus en plus comme une alternative aux Libéraux pour le Québécois fédéraliste et progressiste. Ceux-ci sont complètement désorganisés depuis les dernières élections, écartelés entre des positions environnementalistes semblant sortir de nulle part après treize années de laissez-faire au pouvoir et des politiques économiques presque calquées sur celles des Conservateurs. Sans oublier Stéphane Dion, un chef ayant à peu près autant de charisme qu’une lampe de chevet, la lumière en moins.

Dans ce contexte, Jack Layton et le NPD peuvent espérer une percée au Québec. Le parti va jouer à fond sur l’impopularité de Dion et il va proposer des mesures concrètes – la marque de commerce du NPD – qui plairont aux Québécois; il a déjà commencé, en proposant d’éliminer les frais aux guichets automatiques.

En ce sens, l’alliance entre Mulcair et Layton est une situation gagnante-gagnante: Mulcair se joint à un parti qui a le vent dans les voiles et qui propose des solutions respectant ses valeurs et Layton accueille un candidat convaincu qui jouit d’une énorme crédibilité auprès des électeurs québécois.

Dans cette situation, on voit mal comment le NPD ne pourrait pas augmenter significativement son appui au Québec lors des prochaines élections.

Mais peu importe que le NPD obtienne davantage de députés, ou même que Mulcair soit élu ou pas. Les vraies gagnantes, aujourd’hui, ce sont les idées. Celles qui devraient être à la base de l’engagement politique, mais qui malheureusement le sont tellement rarement que lorsqu’elles inspirent un homme à renoncer au pouvoir pour les respecter on est porté à considérer cela comme une anomalie.

Ne serait-ce pas aussi notre devoir de citoyen que d’encourager ce genre d’anomalie?

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9 Réponses

  1. Moi j’aime bien le type. J’ai jamais aimé les libéraux mais lui m’a toujours eu l’air smatt.
    Et pas seulement pour son refus très honorable de signer pour le mont Orford.

    J’ai trouvé que pour un politicien, il avait pas peur de faire des apparitions publiques, et que contrairement à la majorité de ses congénères, il n’a pas peur de répondre aux questions.

    Je suis content de le voir se rallier à la cause du NPD qui tant qu’à moi est la seule option véritable au fédéral (en excluant le parti vert, mon éternel choix de secours!).

  2. J’ai rencontré Mulcair à quelques reprises et je peux t’avouer que c’est un type décidé et débrouillard. Tes propos m’éduquent et j’aime bien.
    Allons, sortons dehors il fait beau!

  3. Bravo! Ça change des hommes d’affaires opportunistes, en somme la quasi-totalité des politiciens libéraux, qui se lancent dans l’arène politique en vérité pour être simplement des lobbyistes pour la cause de leurs poches…

  4. Tout à fait d’accord avec le texte et les commentaires ci-haut.

    Rares sont les policitiens qui vont au bout de leurs convictions. Mulcair m’a toujours semblé être plus « honnête » que la moyenne, si je peux m’exprimer ainsi. Je lui lève mon chapeau.

  5. Bravo monsieur Mulcair.

    Je me rapelle avoir déjà dit par le passé , à des amis dans le salon que c’était bien le seul libéral qui risquerait de me faire voter pour son parti. Un homme de principe, ça transpire dans son attitude.

    Reste à voir si d’autres le suivront dans sa démarche et si le NPD a effectivement un soupçon de chance autre que dans le compté de monsieur Mulcair.

  6. Mulcair deteste Stephane Dion, avec qui il a eu de nombreux accrochages quand il etait a l’environnement. Donc: il peut pas aller au PLC.

    Mulcair deteste Jean Charest, son ancien boss qui l’a largue: il allait donc pas lui faire le cadeau d’aller au PC chez Harper, l’ami de Charest.

    Le Bloc: impensable, Mulcair est federaliste.

    Donc: reste le Parti Vert et le NPD. Mulcair connaissait deja Layton, avec qui il s’entendait bien. Donc: ce sera le NPD.

  7. Mmmh… Officiellement, c’est Mulcair qui a choisi de ne pas se représenter, et non Charest qui l’a foutu à la porte. Ils s’entendaient bien, hormis la bisbille d’Orford. Pour Layton, je crois les avoir vu une fois ensemble avant qu’il ne quitte le PLQ… Mais bon, c’est vrai que par élimination c’était le choix logique.

  8. Je me vois d’accord avec vous tous, Thomas Mulcair était le seul candidat du PLQ pour qui j’aurais voté.

  9. Thomas Mulcair est le symbole de ce qui m’écoeure en politique!

    Il change de chemise parce qu’il serait incapable de survivre à la pression d’une entreprise privée, c’est tout!

    N’en faites surtout pas un héros, de grâce!

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