Négritude

Le couperet vient de tomber sur Don Imus, ce célèbre animateur de radio étatsunien qui avait tenu des propos racistes il y a huit jours, insultant inutilement des joueuses de basketball noires à propos de leur apparence.

Le fait que ce genre de commentaires racistes soit parfois utilisé par des Noirs eux-mêmes, se qualifiant les uns les autres de nègres, en poussent certains à se demander ce qu’il est possible de dire, et par qui. Le Juif peut insulter le « maudit » Juif, ok. Le Noir peut se payer la tête du « nègre ». D’accord. Le gai peut faire dans l’insulte « tapette », ça dérange pas trop. L’immigrant peut insulter le Québécois de souche. Mais pas l’inverse.

Mais pourquoi accepte-t-on ce double langage, comme si ce qu’une personne est change quoi que ce soit à ce qu’elle dit? Objectivement, une insulte est une insulte. Et si ce n’est pas une insulte, alors pourquoi seulement s’en offusquer quand on en est victime?

Le mot « nègre », selon Wikipedia:

Nègre est un substantif masculin et un adjectif, désignant des personnes à la peau noire.[…] C´est un mot pseudo scientifique qui rapproche les Noirs des animaux, introduit dans la langue française pour cautionner l´esclavage.

Puisqu’il a été démontré que l’Homme est lui-même une race, et que les différentes caractéristiques humaines ne nous divisent pas, mais sont simplement des différences (un gros nez, des yeux bleus, la peau noire, les cheveux bouclés, etc.), ne faudrait-il pas délaisser le rapport à la couleur pour plutôt se concentrer sur le comportement humain?

À mes yeux, des nègres, il y en a des noirs, des blancs, des jaunes. Un nègre, c’est quelqu’un qui se comporte comme un animal. Un gang de rue, par exemple, où le groupe apparaît comme une meute de loups assoiffés de sang, prête à s’attaquer à son prochain. Le nègre, il n’a pas nécessairement les cheveux boudinés ou la peau foncée: c’est celui qui refuse d’agir comme un homme et préfère vivre en animal, terrorisant la population et adoptant un comportement primitif de peu de mots mais empli de petits signes distinctifs. Celui qui vit encore enfermé dans l’enfance, prenant ses désirs pour des réalités, refusant le moindre compromis et se complaisant dans une image narcissique pétrifiée de lui-même.

Traiter quelqu’un de nègre, c’est bel et bien une insulte. Mais ça devrait en être une pour tous, pas juste quand un Blanc insulte un Noir. Et j’espère que tous les organismes de défense des Noirs qui ont demandé la démission de Imus monteront au front la prochaine fois qu’une personne innocente sera victime des gangs de rue.

Parce qu’on voit plus facilement la paille dans l’œil de son voisin que la poutre chez soi; on est tous le nègre de quelqu’un d’autre.

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11 Réponses

  1. Quand j’entends quelqu’un se traiter lui-même de «con», j’en suis choqué. C’est inconscient, mais une insulte est toujours plus négative lorsqu’on se la sert à soi-même.

    D’ailleurs, il suffit de chercher la définition de «con» dans le dictionnaire pour y «penser à deux fois» avant de se traiter à nouveau de con.

  2. Hm, je te conseillerais de changer ta manière d’utiliser le mot nègre…Ne serait-ce que parce que ta définition ne correspong à celle de personne.

    Sinon, c’est joyeusement DÉBILE qu’un noir puisse appeler un noir un nègre mais que moi, par exemple, ne puisse pas sans me faire taxer de racisme. Je ne suis pas raciste, je n’ai pas participer à l’exclavage des noirs et je n’oppriment personne. Maintenant, qu’on vienne m’expliquer la pertinence du tabou s’il vous plait.

    J’utilise parfois « nigga » pour saluer des gens. Parait que c’est insultant…

  3. @Gradlon: D’accord avec toi. Le cerveau enregistre surtout le négatif; c’est le processus évolutif, semble-t-il, qui marque au fer rouge les erreurs pour éviter de les répéter!

    @Honorius: Je comprends que tu ne te sens peut-être pas interpelé par ma définition d’un nègre, mais c’est bien la mienne… À mes yeux, un nègre devrait surtout concerner une manière d’agir et non la couleur de la peau. Oui, je dénature le mot, mais c’est que dans le plus profond de moi-même je crois à l’égalité des humains et qu’il faut s’attaquer aux comportements et aux attitudes et non à l’essence des gens.

    Ajout (23h15): J’ai remplacé l’ancien titre « Le Nègre » par celui-ci, car il me semble moins accusateur envers qui que ce soit en particulier. C’est un sujet assez délicat; j’espère que vous comprenez.

  4. En fait, Imus n’a pas utilisé le terme « nigger » et ce n’est pas ce qu’on lui reproche non plus. Il a utilisé d’autres expressions, typiquement américaines, qui elles ont choqué la communauté noire. Il me semble que celle-ci est la mieux placée pour juger, certainement pas nous.

  5. En tout cas, Honorius, je trouve assez spécial que tu puisses utiliser le terme « nigga », pour saluer des gens. Mais bon, ça doit avoir rapport avec la culture hip-hop qui m’effraie un peu, je l’avoue (entre autres à cause des gangs de rue et de la misogynie véhiculée par plusieurs artistes, cette même misogynie dans laquelle les jeunes femmes semblent se complaire, ce qui pour moi est d’une absurdité sans nom — bah… je dérape un peu là…).

    Bon, j’ai peut-être un préjugé vis-à-vis des gens qui adhèrent à ce mouvement musical et qui sont visibles surtout par leur code vestimentaire, mais, rien à voir avec les races : mon meilleur ami est un métis, il aime le heavy métal…

    Je pense que je vais continuer à déraper là-dessus, car ce n’est pas si loin que ça du sujet apporté par Louis. Vous avez sûrement déjà vu dans votre vie des skinheads, même si le mouvement n’est plus très visible? Eh! bien quand je vois une bande de gars habillés dans le genre de 50 cent me croiser, ça me fait le même effet que de croiser une bande de skinheads. J’ai comme l’impression que c’est la même énergie qui s’en dégage. C’est peut-être juste moi…

    @Gradlon

    C’est drôle, j’ai cette fâcheuse habitude de me traiter moi-même de con. J’aime penser que je ne me prends pas trop au sérieux si je suis capable de me rabaisser. Sauf que pour moi c’est un mot passe-partout, j’aime bien aussi taquiner mes amis en les traitant gentiment de cons.

    @ Louis

    Ton utilisation du terme « nègre » nous ramène aussi historiquement à « Nègres blancs d’Amérique » de Pierre Vallières : un des dirigeants du Front de libération du Québec. (C’est drôle, sur Wikipédia, l’article sur ce livre et son auteur n’est disponible qu’en anglais… – tiens, je dérape encore!) Alors, tant qu’à déraper, j’insère un extrait du livre en question:

    « Car les nègres d’Amérique sont solidaires des nègres du monde entier. Solidaires dans la servitude. Solidaires dans la lutte de libération. Solidaires, éventuellement, dans l’assaut final contre l’impérialisme et dans la victoire définitive de l’humain sur l’inhumain. Solidaires dans cette révolution de l’homme par l’homme, dans ce grandiose événement qui balayera toute la pourriture du vieux système et rendra l’humanité, c’est-à-dire tous les hommes, aptes à commencer une nouvelle histoire, sans maîtres ni esclaves, sans guerres ni racismes, sans banques ni voleurs. »

    Bon, il faudrait le dépoussiérer un peu de son utopisme irréaliste, mais, ça reste d’actualité…

  6. @ Renart

    Le cerveau est à ce point complexe qu’il serait inapproprié de prétendre que cette théorie s’applique à tous. Il semble toutefois que le cerveau de beaucoup de gens interprète cette «fâcheuse habitude» comme de l’autosuggestion.

  7. C’est pourtant pas compliqué à comprendre. Je peux moi-même me nommer « le gros » et j’accepte que certains copains m’appellent « le gros » mais je refuse que des inconnus ou des gens que j’aime pas m’appellent « le gros ». Ce qui d’un côté est affectueux devient une insulte de l’autre.

    La plupart des gens acceptent volontiers de retourner une insulte pour la dédramatiser et lui enlever toute charge négative. Par contre, une insulte reste une insulte et, venant de quelqu’un d’autre, on est jamais trop sur de ce que ça veut dire.

    C’est vrai aussi des groupes spécifiques. C’est fréquent de voir des groupes marginalisés et opprimés reprendre à leur compte une insulte traditionnelle et l’utiliser positivement. Une façon comme une autre de démontrer que le mépris leur passe par dessus la tête et qu’ils sont fort. Ceci dit, ça reste une insulte et, venant de « l’autre » c’est inacceptable.

    Je n’accepterais pas qu’un anglophone me traite de frog ou de peasoup. Je comprends donc que les noirs refusent que les blancs les traitent de nègres.

    Nègre c’est un mot extrêmement chargé qui, pour l’immense majorité des gens, a une connotation raciste évidente. Un blanc qui l’utilise, c’est plus que douteux. À proscrire. Ne serait-ce que parce que ça porte à confusion sur le sens qu’on y donne.

    Vous ne voulez pas que les noirs pensent que vous êtes racistes, ben utilisez pas un terme qui a une connotation raciste évidente.

    Si je ne veux pas qu’on m’appelle « le gros » parce que je trouve ça blessant, la moindre des choses c’est de ne pas m’appeler « le gros ». T’aura beau me dire que pour toi c’est affectueux, si pour moi c’est blessant, alors tu m’appelle pas « le gros ». Si tu continue quand même de m’appeler « le gros », on va finir par s’engueuler et ça pourrait mal virer (surtout si je ne te connais pas plus qui faut). Les noirs –l’immense majorité des noirs– veulent pas qu’un blanc les traitent de nègre. S’il y a une chose qui est clair c’est ça. La moindre des choses c’est de le respecter. Autrement on s’expose à des claques sur la gueule (méritées en plus!).

  8. Fait attention Louis,

    Je comprend ton analyse mais il faut savoir qu’au États-Unis comme ici d’ailleur, il y a cette mode des trash-radio qui innonde le bon peuple pendant des années de propos limites flirtant avec le racisme, le sexisme, l’anti-pauvre, ect…

    Tout ceci au nom de la sacro-sainte liberté d’expression…

    Puis peu à peu, les gens s’acclimatent à l’insulte, à l’injure, puis les propos racistes sont de moins en moins « tabou », puis soudainnement une vague de députés de droite est élue au gouvernement, puis soudainnement on entend des petites-dames pas éduqués dire à la télé qu’on en a marre des « ethnies », puis le gouvernement engage en catiminie son pays dans une guerre en orient pour appuyer les États-Unis, puis soudainnement …
    c’est juste un paragraphe

    Imaginez le reste…

  9. La Trash-Radio à Québec nous a fait perdre le Référendum, à fait élire les conservateurs à Ottawa, l’ADQ à Québec, André Arthur à Ottawa, La Mairesse Boucher à Québec (celle même qui interdisait que les employés des mairies de St-Foy de mettrent des photos de leurs enfants sur leur bureau sous pretexte que ça fait baisser la productivitée… vous voyex le genre…)

    Maintenant le raciste est socialement acceptable, le projet de nation Québécoise est en déroute, la droite mène dans les parlements et sur les ondes…
    Liberté, je cris ton nom partout 😦

  10. Je sais quelles dérives mon propos peut engendrer… mais il a quand même une tête de raciste ce gars non?

  11. L’insulte caractérise aussi celui qui la prononce. Il n’empêche qu’insulter une personne à partir de la couleur de sa peau, de son orientation sexuelle concourt chez le destinataire à une identité (Cf Didier Eribon: « la question gay »).
    Mais on ne peut nier l’évolution du langage, et aussi l’appropriation par les « insultés » de ces insultes comme pour leur faire perdre leur caractéristique péjorative. Ainsi chez les gays il n’est pas rare qu’ils emploient le mot « pédé » pour le banaliser et lui retirer sa charge stigmatisante.
    En tous les cas il est bien utile de rappeler le sens premier et l’étymologie de ces mots.

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