Le long calvaire de Stéphane Dion

Il y a de ces gens qu’on croirait les yeux fermés, qu’on suivrait jusqu’en enfer s’ils le demandaient. Puis, il y a les autres, tel Stéphane Dion, qui nous laisse indifférent au mieux, et nous repousse dans le pire des cas. Un homme tellement dépourvu de charisme et au tempérament si intransigeant que même lorsqu’il dit la vérité on ne veut plus l’entendre de sa bouche.

Par exemple, Dion affirme que la montée de l’ADQ n’est qu’un simple mécontentement populaire. C’est une analyse qui se défend, quand on sait que beaucoup on simplement voté contre les deux autres partis. Mais que ce soit Dion qui soumet cette idée et déjà on a l’impression qu’elle est moins crédible.

Au PLC, on a voulu faire une course à la direction sur la base des idées. Dans un monde du clip et de l’image tout-faite, on a voulu choisir un homme pour ses projets, pour ce qu’il pense et non pas pour son image. C’est louable, noble, grand… mais une terrible erreur! Nous ne vivons pas dans un monde rose-bonbon ou au pays des merveilles: un chef doit avoir du charisme. Il doit avoir aussi des idées, sinon il pourrait avoir l’air aussi opportuniste et niais que Mario Dumont, mais il faut tout de même du charisme!

Et Dion n’en a pas du tout.

Quand j’ouvre la télévision et qu’il est là, j’ai le goût de changer de poste. Si je suis en train de manger, il me coupe l’appétit. Si par un grand hasard je trouvais que le PLC proposait une quelconque mesure intéressante, juste d’imaginer que c’est lui qui la mettrait en oeuvre me laisse un goût amer.

Pas facile d’être un mal-aimé. Dion a voulu traiter les Québécois de haut suite au dernier référendum; aujourd’hui ceux-ci se vengent en éliminant presque le PLC de la carte.

Au fond, on aimerait ça aimer Stéphane Dion. On aimerait croire à ses politiques un peu plus centristes et à sa rhétorique environnementale. Mais pour beaucoup de gens, voter pour un parti c’est voter pour un chef, et on préfère voter pour un chef charismatique comme Harper, même si celui-ci a des valeurs à mille lieux de celles des Québécois.

N’existerait-il pas un entre-deux, soit un politicien charismatique avec de bonnes idées?

Lors des dernières élections, le Parti Libéral a été cherché plusieurs votes au NPD pour contrer Harper et sa bande. Avec un chef comme Dion, il ne serait pas surprenant d’observer le contraire, alors que Jack Layton apparaît de plus en plus comme le meilleur des compromis pour de nombreux Libéraux déçus.

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6 Réponses

  1. Salut Louis, belle lecture de ce que Dion représente pour plusieurs (serait-ce la majorité des gens?). En tout cas moi, je ne suis pas capable, il représente trop le nerd à lunettes qu’on a le goût de taquiner méchamment…

    Autre sujet, j’aimerais bien avoir un commentaire de ta part sur mon blogue, j’ai écrit un texte sur l’apparition de Hervé Kempf deux fois hier à la télé de Radio-Canada. (Et je parle d’Un homme en colère!)

  2. Prendre ce texte en y remplaçant Dion par Boisclair et PLC par PQ et vous avez exactement ce que je pense d’André Boisclair.

    Quand on le voit, on change de poste car il est inintéressant, son timbre de voix est empreint de mépris et ses politiques sortent de nulle part et n’intéressent personne.

    En plus, on ne sait pas encore qui il veut charmer comme électorat. Il me semble avoir du Facal dans le nez, mais il a trop peur de se mettre les extrêmes-gauchistes du parti à dos.

    Ce qui a pour effet qu’à vouloir plaire à tout le monde, il ne plaît à personne.

    Que Boisclair cesse de jouer des « games » et qu’il redevienne ce qu’il est vraiment: un souverainiste de centre-droit!

    Pour Dion, autant je le hais, autant que je me dis qu’il est le parfait chef pour le moment: un chef de transition entre l’ancienne garde corrompue et un nouveau parti Libéral que l’on souhaite plus « clean » si c’est possible… Un peu comme Benoit XVI au Vatican qui ramène la rigidité à Rome après la « mollesse » (selon l’Église à tout le moins) de Jean-Paul II.

    Dumont est niais? Que dire des autres chefs dans ce cas-là?

  3. Chose certaine, après le fédéralisme d’ouverture de Harper, le centrisme de Dion serait un pas en arrière. Ça devrait pourtant plaire aux souverainistes puisque ça ramènerait l’affrontement fédéraliste/souverainiste de plus belle.

    Mais en fin de compte, je suis d’accord avec toi Louis. Dion m’endort plus rapidement qu’une valium.

  4. 1. À la dernière cours à la cherferie du PQ, les militants ont votés pour un chef qu’ils croyaient charismatique, on a vu ce que ça a donné

    2. L’affirmation que les Québecois se vengent du PLC à cause du référendum semble plus être un des tes espoirs qu’autre chose. J’aurais eu plus tendence à dire que c’était le « bon » travail des conservateurs et la toujours présent scandal des commandites.
    Le monde s’en fiche un peu du référendum

    3. Dire que tu trouve Dion anti-charismatique et que tu veux changer de poste à chaque que tu le vois, sachant que tu es un péquiste, ben ça paise pas très lourd.

  5. Intéressante discussion. S’il m’est permis d’ajouter mon grin de sel, je ferais les commentaires suivants.

    Un bon chef politique doit maintenir un équilibre entre le charisme et les idées. Boisclair avait un certain charisme, mais n’a pas projeté l’image d’un homme de substance; le problème de Dion est exactement l’inverse.

    Je serais d’accord avec Louis en affirmant que depuis l’apparition de la télévision, et la place graduellement essentielle prise par les chefs au détriment de leur parti, le chef constitue souvent un aspect non-négligeable du choix d’un électeur. En revanche, l’exemple de Harper comme chef ‘charismatique’ n’est pas le meilleur: Harper est un intellectuel plutôt cérébral, mais il a l’avantage d’avoir un message plutôt simple et un style assez ‘contrôlant’ qui projette l’image rassurante d’un père de famille hyper-protecteur, ce q

  6. … ce qui plaît à une partie de l’électorat.

    Pour poursuivre ce qu’Honorius et Louis ont respectivement affirmé, je dirais que le problème des libéraux avec le Québec va au-delà de la quesiton du référendum, du chef ou des commandites.

    Prenez en considération que lors des élections de 1980, Pierre Trudeau alla chercher plus de 68% du vote au Québec, ce qu’aucun parti n’a réussi à faire depuis.

    En revanche, depuis 1982, soit depuis le rapatriement unilatéral de la constitution canadienne, jamais le PLC n’a été chercher une majorité de sièges au Québec lors d’une élection générale. En 2000, le PLC s’en rapprocha et alla chercher une pluralité de voix, mais c’était trop tard: les commandites s’en venaient et le parti allait subir des reculs électoraux en 2004 et surtout 2006, où le PLC s’effondra à 20%, ce qui est le pire score de son histoire dans la province.

    SEPT élections sans majorité au Québec après une longue période de quasi-monopole électoral: on a là une tendance lourde qu’il serait bien illusoire d’associer à une simple conjoncture. Comme en fait foi sa quasi-disparition dans l’Ouest (à l’exception de la Colombie-Britannique), le PLC est devenu progressivement une machine ontarienne.

    La faiblesse de l’aile québécoise du PLC fut notamment visible lors de la dernière course à la chefferie, où son candidat Ignatieff n’a pu remporter la mise, et où tout s’est joué lorsque Stéphane Dion, dont les appuis au Québec étaient faibles, a reçu l’appui de Gerald Kennedy, candidat de L’establishment ontarien n’ayant reçu qu’un maigre 1.8% au Québec lors de la sélection des délégués du congrès de la chefferie.

    La faiblesse chronique du PLC au Québec est dnc un phénomène structurel assez fort qui ne sera sans doute pas corrigé en une seule élection. L’avenir nous dira si le parti de Trudeau est prêt à faire de réels efforts pour reconquérir ce qui a déjà été sa terre de prédilection. Sinon, le pouvoir majoritaire risque de lui échapper longtemps.

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