L’échec des PPP

On apprend aujourd’hui que les frais d’exploitation d’un hôpital construit en partenariat public-privé (PPP), à North Bay, vont doubler d’ici la fin du contrat. Pourquoi? Principalement à cause des intérêts.

En effet, quand une banque prête à une entreprise privée, c’est bien souvent à des taux désavantageux comparativement à un gouvernement, qui lui est plus solide. On se retrouve donc avec un scénario inacceptable mais trop souvent commun: le privé prend sa part de profit et le public, soit monsieur et madame Tout-le-monde, paie de sa poche les dépassements de coûts et la location des équipements.

Ainsi, l’idée même que la construction d’une infrastructure par le privé soit moins cher défie la logique: le privé a démontré à de maintes occasions qu’il est plus cher. Car non seulement une corporation se trouve désavantagée face à la banque, mais en outre les profits se ramassent dans les poches des actionnaires au lieu de revenir à la collectivité. De juteux profits. Et quand on arrive à sauver quelques piastres ci et là, c’est souvent en réduisant drastiquement le salaire de travailleurs auparavant de classe moyenne ou en lésinant sur la sécurité, comme le démontrent les nombreux accidents de trains en Angleterre depuis les privatisations massives.

Devant l’échec des PPP, il ne reste plus qu’une seule raison de les défendre: l’idéologie. En d’autres mots: on se met la tête dans le sable, on se croise les doigts, et on répète ad nauseam que le privé est bien, que le privé est mieux, que le privé doit être partout.

Malheureusement, ceux qui nous proposent le privé pour se substituer au public n’ont guère d’exemples positifs à nous proposer et leur position tient davantage de la pensée magique que de l’observation objective des faits.

10 Réponses

  1. La notion de PPP est tout de même plus vaste que celle des simples contrats de construction « sous-traités » au privé. Il peut s’agir de céder des pans de prestation de service au communautaire ou au privé (je suis allé renouvellé mon permis au bureau du CAA l’autre jour et je n’y ai pas pris moins de plaisir que d’habitude). Que les draps d’un hôpital soient lavé par un privé ou qu’une société d’État fasse entretenir son réseau informatique à l’externe plutôt que de se créer un secteur informatique ne heurte pas mes valeurs, si les gestionnaires ont jugés qu’il était plus avantageux de faire comme ça. Dans n’importe quel cas, ce qu’il faut éviter, c’est le dogmatisme. Entre créer une agence qui a pour mandat de « faire la promotion de PPP » comme Charest l’a fait et de dire « les PPP ne fonctionnent PAS », il y a un juste milieu que j’aime bien recherché. 😉

  2. Pour moi qui vit temporairement à Ottawa, je peux vous dire que les PPP ont au contraire été à la base de nombreux projets dans la ville qui ont très bien fonctionné, et dont la municipalité n’aurait pu assumer le coût seule.

    Le PPP permet également au secteur privé d’offrir dans ces installations des services complémentaires qui, le plus souvent, ne relèvent pas du mandat de la ville. Les projets PPP visent à faire une utilisation optimale de l’argent des contribuables en trouvant des solutions novatrices en matière de conception, de construction, de financement, d’exploitation et d’entretien des installations publiques.

    Exemples de PPP, uniquement à Ottawa?

    -Le Superdôme, un terrain de soccer et de sport intérieur à toit gonflable situé dans l’Est de la ville, terminé en octobre 2004 et maintenant ouvert.

    -Le Sensplex Bell, une installation située dans l’Ouest de la ville et comprenant quatre patinoires intérieures, un terrain de soccer et de sport intérieur et d’autres installations de pointe, achevée en décembre 2004 et maintenant en utilisation.

    -Quartier général du Service paramédic d’Ottawa , un centre d’administration du personnel et de l’équipement d’urgence situé dans le sud-est de la ville, achevé en décembre 2005 et maintenant complètement opérationnel.

    -L’agrandissement du Centre Ray-Friel, situé dans l’Est de la ville, consistant en l’ajout de deux patinoires et de locaux pour les activités, terminé en juillet 2005. Les nouvelles installations du Centre sont ouvertes au public.

    -Le réaménagement du Foyer de soins de longue durée Garry J. Armstrong et de la Maison Allan, le premier étant un établissement de soins de longue durée pour personnes âgées, maintenant fonctionnel, et l’autre, une nouvelle résidence de dix étages qui devrait pouvoir accueillir les aînés au printemps 2007. Les deux installations sont situées au centre-ville.

    Et j’en passe. Comme dans n’importe quoi, les PPP doivent être évalués au cas par cas.

    Le cas de cet hôpital a L’air de ce que j’appellerais un PPPPP: Partenariat Public Privé Particulièrement Pourri.

  3. Les PPP au Québec est d’une hypocrisie monstre. Le déneigement des rues par exemple, les refractions des routes, les écoles privées etc… Ce sont tous des exemples à différent pourcentage de participation publique privé.

    Pour ce qui est des soins de santé c’est la seule chose dans le sytème socialiste français qui fonctionne bien. Au lieu de vouloir importer de la France tout ce qui ne marche pas, pourquoi ne pas s’inspirer de ce qui marche pour une fois?

  4. Je change une phrase, d’accord?

    « Malheureusement, ceux qui nous proposent le public n’ont guère d’exemples positifs à nous proposer et leur position tient davantage de la pensée magique que de l’observation objective des faits. »

    Voilà pourquoi je suis de centre-droit! Le gouvernement peut tellement emprunter de l’argent qu’il s’en fout si les coûts dépassent ou non.

    Pour les partenariats public-privé, c’est normal que ça n’aille pas toujours bien car dans public-privé, on retouve le mot « public » !

  5. Dum dee dum… Là le bum, c’est que tu te fermes de beaucoup les yeux.

    -La Régie de l’Énergie nous permet de sauver énormément d’argent, en achetant de l’électricité ailleurs quand elle est moins cher et en la vendant quand elle est plus cher.

    -La nationalisation de l’industrie pharmaceutique en Australie a permis de sauver 70% du coût de médicaments, non pas en sacrant les pharmaceutiques dehors, mais simplement en négociant le prix des médocs à l’échelle nationale.

    -Hydro-Québec ou « notre pétrole à nous », alors que l’on voit que la gestion de l’éolien par des entreprises privées met en danger la population autour et ne rapporte que 1% à la collectivité, le reste du montant allant aux actionnaires (notez que le potentiel éolien du Québec est le plus élevé en Amérique).

    -La Bibliothèque Nationale qui, malgré les problèmes au départ, est très belle et fonctionne très bien.

    Oui, le public peut emprunter de l’argent au point où il se fout à moitié des coûts. C’est un avantage, car le privé tentera toujours de réduire ces coûts pour augmenter sa marge de profits. Cela peut aller dans un salaire moins grand pour les employés, l’usage de matériaux de moindre qualité, un travail plus rapide et moins bien fait pour réduire le nombre d’heures de travail et des délais irréalistes. Le privé ne sert pas la collectivité, quand il bâtit quelque chose; il sert ses actionnaires.

    Que ce soit privé ou non, est-ce important? Ce qui importe le plus, c’est que le constructeur gère de façon responsable un projet et s’assure que cela profite à la population qui l’utilisera. Je crois que le privé a tendance à négliger cet aspect plus que le domaine public, c’est pour ça que je préfère voir de grands projets administrés par le gouvernement.

  6. Manx, privé ou publique les normes sont là pour être respectées. La ou il y a une différence c’est qu’au privé pour enrichir des actionaires comme tu dis, on s’arrange pour diminuer les couts de prodution en respectant les délais, et en étant moins tolérant envers les traines pieds. Dans le privé chaque dollars compte, tandis qu’au publique on s’en fout car c’est les autres qui payent.

  7. Alliances public-privé: des résultats concrets

    http://www.canoe.com/infos/quebeccanada/archives/2007/04/20070409-092401.html

    La Ville de Lévis devient un véritable laboratoire de partenariats publics-privés (PPP) avec des projets d’investissements frôlant 130 millions qui servent d’exemples dans toute la province.

    Les autorités municipales de Lévis sont actuellement considérées comme des chefs de file dans la concrétisation de projets de PPP, qui n’ont pas encore pris tout à fait leur envol dans le reste de la province.

    Il y a effectivement bien longtemps qu’on entend parler de cette volonté gouvernementale de réaliser des alliances entre le public et le secteur privé afin de réaliser des projets d’immobilisations majeurs sans en faire porter le fardeau aux contribuables.

    Or, aucun projet d’importance n’a encore vu le jour, reconnaît l’Agence québécoise des PPP, créée spécialement, en 2005, à la suite de l’adoption de la loi 61.

    Il est vrai que cette agence n’est en place que pour les investissements supérieurs à 40 millions, ce qui est le cas pour les deux méga-hôpitaux de Montréal, les parachèvements des autoroutes 25 et 30, les nouvelles haltes routières, un CHLSD de la Montérégie et la nouvelle salle de concert, toujours à Montréal.

    «Les processus sont en branle afin de trouver un partenaire privé qualifié pour chacun de ces projets. L’étude des critères de sélection se poursuit», explique Karla Duval, conseillère en communications de cette agence.

    De l’avance

    Mais Lévis a pris une longueur d’avance et au moins trois projets de construction majeurs sont présentement en cours grâce à la signature de partenariats publics-privés qui ont permis la venue de ces investissements de près de 130 millions.

    «Lévis est effectivement considéré comme un chef de file dans les PPP. Nous venons de faire des présentations auprès de l’Institut des partenariats public-privé et nous servons d’exemple à plusieurs niveaux», raconte Philippe Meurant, directeur du développement économique de la ville de Lévis, qui est à l’origine de ce nouveau phénomène.

    D’ailleurs, ce dernier dit que, sans les PPP, jamais Lévis n’aurait pu bénéficier du nouveau campus de l’UQAR, d’un centre de congrès avec hôtel et d’un stade de soccer couvert.

    Les trois projets, qui ont convaincu des investisseurs privés, intéressent aussi les représentants du milieu des affaires, dit M. Meurant.

    Ceux-ci commencent à miser énormément sur ce concept d’unions entre les fonds privés et publics qui ont des avantages et des inconvénients propres à chaque partie.

    Un centre des congrès de 100 millions
    Annie Saint-Pierre

    http://www.canoe.com/infos/quebeccanada/archives/2007/04/20070409-092402.html

    Sans un PPP, jamais Lévis n’aurait eu son centre des congrès avec hôtel et édifice à bureaux qui sera même jumelé à un projet commercial et résidentiel totalisant un investissement de 100 millions.

    Parmi les projets de PPP analysés, jusqu’ici, par le Journal, celui du centre des congrès de Lévis est parmi les plus complexes.

    Les premiers pourparlers ont débuté il y a plusieurs années, mais ce n’est que le mois dernier qu’a eu lieu le début des travaux de ce nouvel édifice.

    Le projet prévoit d’abord la construction d’un centre des congrès au coût de 14,3 millions, assumés, à parts égales, par les gouvernements fédéral et provincial ainsi que par la Ville de Lévis.

    Une seconde phase comporte l’aménagement d’un hôtel-boutique de 15 millions sous la bannière Sheraton.

    Une troisième phase prévoit un projet commercial de grandes surfaces ainsi qu’un projet résidentiel devant à réaliser par le promoteur privé, Groupe Faubourg-Touristicom.

    Ce dernier est formé, à parts égales, par la société immobilière SITE, que préside M. Florent Fortier, ainsi que par le promoteur Pierre Gagné.

    Partenariat

    Le principe de ce partenariat permet à la Ville de Lévis d’être propriétaire de l’immeuble qui abritera le centre des congrès et l’hôtel.

    Le promoteur privé détient les terrains et doit assumer la gestion des activités liées au centre des congrès et à l’hôtel.

    Ce dernier a toutefois confié ce rôle à la bannière Sheraton, qui sera retenue comme exploitant.

    Selon la Ville de Lévis, les six millions consentis dans ce projet seront entièrement remboursés avec les recettes fiscales perçues avec la venue de l’édifice.

    De plus, la Ville s’est assuré de confier à l’exploitant des lieux la tâche d’éponger d’éventuels déficits d’exploitation.

  8. Manx, tu as raison presqu’à 100%.

    Parce qu’il y a beaucoup de projets et de façons de faire qui fonctionnent très bien ailleurs mais pas ici. Les Québécois sont des magouilleurs qui n’aiment pas que les choses soient simples et logiques.

    Exemple: une île une ville. Je me rappelle très bien d’avoir dit à mon père bien avant que cela ne se fasse que c’était une maudite bonne idée mais que vu qu’on est au Québec, ça ne fonctionnera pas et les économies d’échelle, oublie ça! Ils ne couperont aucune job et les syndiqués vont tous gagner le plus élevé des taux horaires parmi les villes fusionnées.

    Et ben, le temps m’a donné raison.

    Les PPP, c’est logique n’importe où, sauf au Québec.

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