Croisements

Il y a quelque chose de fondamentalement malsain dans toute cette attente autour du budget fédéral qui doit être dévoilé aujourd’hui. On sait déjà qu’il sera très généreux envers le Québec, avec des transferts pouvant atteindre 2,2 milliards $.

Jean Charest et le PLQ misent sur celui-ci pour relancer une campagne moribonde. Mario Dumont et l’ADQ lancent des compliments au Parti Conservateur en disant que eux, contrairement au PLQ, respectent leurs promesses, et attendent au lendemain de son dévoilement pour dévoiler leur cadre financier. André Boisclair et le PQ ont la tâche plus difficile d’expliquer que cet argent était déjà à nous et que dans un Québec souverain on n’aurait pas à le quémander et à l’attendre constamment.

Mais pourtant, on oublie le plus important: ce budget est hypothétique.

En effet, celui-ci n’a autant de chance d’être mis en action que le Parti Conservateur en a d’être réélu aux prochaines élections fédérales. C’est donc un budget électoral, qui dépend des prochains résultats électoraux pour sa mise en oeuvre. Rien ne garantie qu’il sera respecté. Même si le Parti Conservateur était réélu dans un autre gouvernement minoritaire, il pourrait toujours dire qu’il a eu à faire des concessions aux autres partis et qu’il n’a pu offrir son budget dans l’intégralité.

Nous sommes pris dans un croisement entre deux campagnes électorales de deux structures correspondantes. Celle qui englobe l’autre – le Canada qui comprend le Québec – se sert de ses pouvoirs pour garder le contrôle sur l’autre. Harper espère que les Québécois voteront pour le PLQ, ou au pire pour l’ADQ, deux partis fédéralistes aux idées économiques semblables et qui vont dans le sens des siennes.

Et le Québec des indépendantistes, ces vrais autonomistes, cherche à se libérer de l’emprise de cette seconde campagne électorale qui pourrait brouiller les pistes.

On ne peut prévoir quelles seront les conséquences du budget Flaherty sur les intentions de vote des Québécois le 26 mars prochain. Ce sera au camp fédéraliste (PLQ et ADQ) de démontrer que le cadre fédéral fonctionne bien pour le Québec et au camp indépendantiste-autonomiste (PQ et QS) d’expliquer que cet argent était déjà à nous.

Reste à savoir qui aura le dernier mot. Une petite idée, comme ça: je crois qu’à La Presse et chez Gesca inc. on travaillera fort dans les prochains jours pour nous convaincre que ce sont les premiers qui ont raison…

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3 Réponses

  1. Pas tout à fait d’accord avec toi Louis. C’est vrai que le budget de Flaherty va être brandi à raison d’ailleurs, par le PLQ et l’ADQ comme étant le résultat tangible du fédéralisme d’ouverture. Le gouvernement de Stephen Harper se montre beaucoup plus réceptif aux demandes des provinces que ses prédécesseurs, et il espère probablement gagner des votes au Québec à cause de ça. Je dout fort que les libéraux puissent faire de gros gains sur le budget fédéral. Ça fait trop longtemps qu’on le voyait venir. Ça n’aura pas eu d’effet de surprise. À moins que les libéraux ont quelque chose qu’ils comptaient faire avec le $1 Milliard qu’ils ont de plus pour leur budget qu’ils n’ont pas encore annoncé. Quant au principe avancé par le PQ que l’argent du déséquilibre fiscal est l’argent des Québécois, ce n’est pas tout à fait vrai. Les montants qu’on reçoit pour la péréquation vient essentiellement de l’Ontario et de l’Alberta qui sont les deux seules provinces qui paient plus au fédéral qu’elles ne recoivent. Cet argent, nous le perdrons si nous devenons souverains.

    Au moins on n’a pas à s’en faire pour les élections fédérales, puisque le BQ va appuyer le budget. S’il veut déclencher une éléction, M. Harper aura besoin d’une autre excuse…

  2. J’espère que tu as raison, mais souvent les Québécois suivent le momentum. Charest peut aller grapiller quelques votes selon moi, et dans une course aussi serrée… Qui peut deviner le résultat?!

  3. Selon moi, la réaction de Charest et sa déclaration concernant la façon dont il se servira de cet argent (baisse d’impôts) lui nuira plus qu’autre chose.

    Il n’a cessé de marteler que la priorité des priorités était la santé et les versements fédéraux additionnels visaient la santé et l’éducation, ce qui devait donc aider Charest. Il a tout misé sur des baisses d’impôts et a ainsi, je crois, donné partiellement raison à Chrétien qui disait souvent que le problème des provinces était très souvent relié à leur façon de dépenser leur argent et non pas à un manque d’argent.

    Et tu as bien raison sur La Presse et Gesca; André Pratte l’a clairement dit aujourd’hui.

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