Voyage au coeur la bureaucratie selon Dumont


Mario Dumont passe son temps à blâmer les syndicats et la bureaucratie. Quand il est à court d’arguments, comme dans le débat des chefs, sa seule façon de s’en sortir c’est de dire des phrases-chocs vides du genre « le pouvoir au citoyen, pas dans les mains de la bureaucratie ».

Et bien, j’ai une petite démonstration à vous faire en relation aux syndicats et à la bureaucratie.

Alors voilà, j’ai été passé des tests fin janvier pour des problèmes de bassin. Rien de bien problématique, sinon que depuis une certain temps je n’arrive pas à m’asseoir sans douleur. Je travaille debout sans problème, ou je me couche, et je peux endurer la position assise pour quelques minutes, sans plus. Bref, fallait y voir clair. Après un rendez-vous avec un physiatre, j’obtiens une ordonnance pour plusieurs tests, dont un CT SCAN et une Imagerie de Résonnance Magnétique (IRM).

Alors donc, j’ai appelé Maisonneuve-Rosemont et obtenu un rendez-vous pour le CT SCAN il y a deux semaines, et l’IRM pour aujourd’hui. Mais voilà, il y a deux semaines j’ai eu un empêchement. Est-ce que ça a été difficile d’avoir un autre rendez-vous? Pas du tout. On me l’a mis la semaine dernière. Mais comble du malheur, j’avais mal planifié mes activités (c’était mon anniversaire mercredi dernier) et j’ai dû ré-annuler le rendez-vous. Et bien non seulement on a pu me le déplacer pour aujourd’hui, mais on a même pu s’arranger pour que je puisse passer le CT SCAN et l’IRM en une seule visite, le premier à 21h00 et le deuxième à 22h00, aujourd’hui.

Pas de chichi, pas de niania, deux rendez-vous collés et merci bien. Et vlan pour la bureaucratie.

Ce soir, je me présente donc à l’hôpital vers 20h35. Difficile le stationnement? Pas du tout; j’ai trouvé une place en face de l’entrée. À l’entrée, il y a du gel aseptique pour les mains. Bravo! Et ensuite, quoi, un vieil hôpital désuet avec du personnel blasé? Niet! Un hôpital moderne, avec des couleurs vives, des escaliers automatiques, de grandes fenêtres partout, du stainless, du bois… Et une agente de sécurité assez gentille pour m’accompagner jusqu’à la radiologie (après que j’eus fait faire ma carte de l’hôpital, ce qui a pris un gros cinq minutes). Une agente syndiquée. Gentille, aimable, souriante. Et oui.

De la radiologie, on me dirige vers l’attente pour le SCAN directement. Pas de niaisage. Parfait, j’ai amené mon livre. Je n’ai pas fini une première page qu’on me dit d’aller me changer. J’y vais, et après on m’installe sur une table qui s’enfonce dans un espèce de houla-houp géant radioactif qui tourne sur lui-même. J’avais des craintes, mais l’employée (syndiquée elle aussi) a pris le temps de m’expliquer que c’était pas dangereux, pas pire que prendre l’avion, etc. Deux-trois minutes et 75 rayons x plus tard, je suis ressorti.

Ensuite, je retourne à la radiologie pour savoir comment aller à l’IRM. Pour y aller, je devais passer par l’urgence, et après 21h00 il est impossible de ressortir par les couloirs. Une caméra m’observe et un homme me demande de faire un grand détour. Je fais donc marche arrière et j’explique à une préposé que je dois simplement me rendre en IRM, soit à peu près 100 m. plus loin l’autre côté de la porte. Elle appelle donc le responsable de la sécurité, me sourit, et on me débarre la porte. Bureaucratie, vous dîtes? Moi j’appelle cela flexibilité.

En IRM, on m’accueuille tout aussi cordialement, et on m’envoit me changer. Là j’ai un peu attendu. Un gros 2-3 minutes. J’ai eu le temps de tourner la page de mon livre. Oui, oui, je vous jure. Après ça une fille dans la vingtaine hyper-sympa m’accueille et me dirige vers l’appareil magnétique où un technicien m’explique la procédure.

En gros, on me couche sur le dos, me met des écouteur avec de la musique classique pour couvrir le bruit de la machine, et on me met un espèce de masque de football (probablement pour éviter que le plomb qu’on m’a tellement mis dans la tête étant petit ne projette ma tête contre les parois de la machine). Puis, je glisse vers l’antre du monstre, dans un espace ressemblant étrangement aux tunnels qu’on pouvait faire dans la neige, mais avec un bruit ressemblant à celui d’une mauvaise discothèque. Le test est assez long, soit à peu près 15 minutes. Mais c’était relaxant avec la musique classique, et le technicien (un autre bureaucrate syndiqué) m’expliquait dans les écouteurs tout ce qui se produisait en temps réel à chaque fois que la machine émettait des sons ou des vibrations différentes.

Après cela, je ressors, je me rhabille, on me souhaite la bonne soirée.

Je retourne sur mon chemin, salue le garde de sécurité (syndiqué) qui me salue pareillement, je sors dehors, je traverse la rue, je rentre dans mon char, et constate qu’il est 21h45. J’avais un rendez-vous à 21h00, un autre à 22h00, et à 21h45 tout était fini. Oui, oui, je vous jure.

Non, monsieur Dumont, je n’en veux pas de vos privatisations et vos attaques anti-syndicales. Je ne veux pas que vous détruisiez ce système. Le problème, c’est le sous-financement. Mais ça peut marcher, et des fois ça marche, et j’ai passé une excellente soirée à l’hôpital, avec des employés sympathiques et compétents (des gens qu’on paie assez humainement pour qu’ils aient le goût de sourire) et un système de santé public auquel je tiens beaucoup.

Il faut le vivre pour le croire.

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5 Réponses

  1. Comme vous l’avez peut-être remarqué, le site a planté ce matin, et j’ai dû faire un backup personnel (puisque celui du serveur datait de plus de 24 heures) des deux derniers textes. Conséquemment, tous les commentaires ont disparu.

    Toutes mes excuses à ceux qui ont pris la peine de laisser un commentaire et qui a malheureusement été effacé par le crash du serveur.

  2. Je ne sait pas à quel hôpital tu es allé, mais ils ne sont pas tous aussi bien malheureusement. Ceci étant dit, J’ai eu une expérience similaire quand j’ai accompagné ma conjointe à l’hôpital Pierre Boucher pour une échographie. L’attente a été un peu plus longue, mais pas tant que ça. Notre rendez-vous était pour 11h15 le matin et j’imagine que le département de radiologie a moins d’achalandage en fin de soirée. Honnêtement, le plus grave problème du système de santé, c’est le manque de personnel et ce problème devrait s’alléger dans les 4-5 prochaines années, peu importe qui est élu.

  3. Quel farce!

    Pas capable de tenir un agenda, le journalisme c’est trop stressant!

    Merci. Ça m’aide beaucoup pour « sizer » le genre de personne que tu es.

    Tout ce qui faut pour être le parfait gauchiste.

  4. […] ailleurs, concernant les rendez-vous, il faut mettre un bémol. Comme je l’expliquais dans un texte publié il y a quelques semaines, j’ai moi aussi eu l’occasion de recevoir des […]

  5. […] À lire aussi: mon expérience du système public de soins de santé. Voyage au coeur de la bureaucratie selon Dumont […]

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