Archive for mars 2007

Les suiveux
31 mars 2007

Expo 67C’est bizarre comme les gens changent, et les peuples aussi, à leur image. Quand les baby-boomers avaient une vingtaine d’années, le Québec était jeune, original; nous étions les leaders et les autres nous suivaient. Nous imposions nos idées, nous expérimentions. Nous analysions une situation problématique et nous nous demandions: « pouvons-nous faire preuve d’audace pour régler ce problème? ». Et nous sommes sortis de la Grande Noirceur, nous avons lancé le Québec dans la modernité avec des programmes sociaux humanistes, nous avons innovés avec la Baie James, avec l’éducation, avec l’assurance-emploi…

Aujourd’hui, nous sommes une bande de suiveux. Une bande de frileux qui a peur du futur, qui est davantage préoccupée par notre petite personne que par le sort de la société. Nous avons la chienne. Nous ne voulons plus imaginer de nouvelles solutions; nous ne désirons plus tracer le chemin pour les autres en étant créatifs; nous suivons.

Dix ans plus tard, le Québec décide qu’il désire suivre la « révolution du bon sens » à la Mike Harris, même si celle-ci a plongé une grande partie de la population ontarienne dans la pauvreté. Nous avons perdu la capacité d’analyser rationnellement ce qui ne fonctionne pas et nous cherchons plutôt des solutions clef en main. Résultat? Des incohérences.

Pendant que le coût des médicaments augmente de 15% par année, enrichissant des pharmaceutiques croulant déjà sous les profits, la solution rationnelle serait d’encourager les médicaments génériques et d’en produire une partie nous-même. Mais non, nous préférons augmenter les primes et faire payer davantage les gens les plus vulnérables.

L’énergie éolienne produite par le privé coûte environ 50% plus cher que celle qui serait produite par Hydro-Québec. Malgré tout, on décide de suivre le courant et de confier au privé.

L’éducation est la plus grande richesse d’une société et permet d’améliorer le bien-être général d’une population; alors que déjà le décrochage scolaire est une plaie, on décide d’augmenter les frais, ce qui aura comme conséquence de pousser davantage de jeunes à quitter les bancs d’école.

On se plaint que l’État manque d’argent, mais on refuse de taxer les entreprises et on réduit les impôts des plus riches.

Les exemples sont nombreux. Nous sommes des suiveux. Nous avons décidé de suivre le courant de ce qui se fait en Amérique du Nord, et de dépecer l’État au profit du plus offrant en refusant toute solution rationnelle qui pourrait réellement régler les problèmes.

Et comment appelle-t-on un choix soi-disant réfléchi mais qui refuse systématiquement de regarder certaines options? Un choix idéologique.

Nous sommes des suiveux. Mais nous ne sommes pas que ça: nous sommes aussi des lâches qui avons décidé de faire le CHOIX de laisser pourrir la situation en refusant de s’attaquer aux vrais problèmes, préférant les petites chicanes et attaques contre les syndicats et la classe moyenne aux véritables solutions.

Des solutions qui sont souvent un peu plus à gauche et qui demandent du courage politique. Et un minimum d’imagination.

Deux poids, deux mesures?
30 mars 2007

Julie DorvalUne femme de 32 ans agresse sexuellement un jeune adolescent de 12 ans, et elle écope de 15 mois de prison. Imaginez le contraire; si un homme de 32 ans avait agressé une jeune adolescente de 12 ans, qu’aurait-on dit? On aurait évidemment vu tous les Gilles Proulx du monde se déchirer la chemise, crier au meurtre, parler de « sentences bonbons », alléluia.

Mais quand l’agresseur est une femme, c’est moins pire.

Dans un reportage à Enjeux il y a quelques mois, je me souviens des commentaires de victimes de tels sévices, qui expliquaient qu’en plus des séquelles de l’agression ils devaient subir les préjugés d’un entourage disant parfois des trucs comme « chanceux, tu as été initié au sexe très tôt ».

Comme si parce que la victime est un garçon c’était moins pire.

Quel est ce deux poids, deux mesures, où une femme agresseure obtient une sentence plus légère que si c’était un homme? Et serait-il possible d’imaginer un scénario inverse (homme agresseur, fille victime) où l’avocat se défendrait en disant que l’accusé ne pensait rien faire de mal?

La solution n’est évidemment pas des sentences plus sévères, mais plutôt une application plus juste de la justice, indépendamment du sexe de l’accusé ou de la victime.

La chasse aux phoques
29 mars 2007

Chasse aux phoquesC’est ce soir à 20h. à RDI que sera présenté le documentaire « Phoques: le film » de Raoul Jomphe, qui était présent la semaine dernière à Tout le monde en parle. Celui-ci a tenté dans son reportage d’offrir une alternative au discours soi-disant écologiste qui démonise la chasse aux phoques. Et ce qu’il dit fait beaucoup de sens.

On se sert encore de l’image du blanchon (le bébé phoque) pour dénoncer cette chasse, mais celui-ci n’est plus chassé depuis des années. Mais ce qui choque beaucoup certains animalistes, c’est la méthode selon laquelle on tue les phoques: avec un gros coup de maillet sur la tête. Pour certains, c’est de la pure barbarie, mais en fait c’est autre chose: c’est le retour à l’arme blanche et au contact « un contre un » de la chasse, bref c’est une désindustrialisation de la chasse.

Est-ce plus cruel de tuer d’un seul coup un phoque avec un gros marteau ou d’engraisser des poulets dans des cages trop petites pour ensuite les égorger? Mais il n’y a pas de caméra quand on tue les poulets. Et ça nous fait plaisir de se faire un petit BBQ au poulet. Alors on se ferme les yeux. Mais le phoque, il faut le tuer à mains nues, il faut que le chasseur s’habille et parte à la chasse sur son bâteau, comme on le faisait depuis des temps immémoriaux.

Et puis, un phoque, ça mange du poisson. Une tonne par année. Et il y a environ trois millions de phoques. Faites le calcul: ça en fait du poisson en moins dans nos assiettes! Ça fait des revenus de moins pour les pêcheurs des Îles-de-la-Madeleine et des Maritimes en général. Je ne dis pas qu’il fasse tous les exterminer, mais ça me semble être une excellente politique que de contrôler la population de phoques.

Finalement, il y aura toujours cet argument de ces végétalistes qui écrivent « Meat is murder » sur le métro Laurier ou « Manger un animal est un crime » sur un immeuble de la rue Jarry. Et bien, savez-vous quoi? Ma salade aussi était vivante, mon concombre aussi, mon piment, mon avocat, mes germes de luzerne (quel génocide!), le pain dérivé du blé, le tofu dérivé du soya, et j’en passe!

Et oui, nous sommes vivants, nous mangeons la vie. Au lieu de s’offusquer et de traiter de criminel celui qui s’en va tuer un phoque avec un marteau, il faudrait peut-être se demander si le vrai crime ce n’est pas plutôt d’en être arrivé à ne plus voir l’animal derrière le T-Bone ou le végétal derrière la salade César.

La chasse au phoque est peut-être cruelle. Mais la vie ne l’est pas moins.

Boisclair doit partir
28 mars 2007

Pierre Dubuc a raison: André Boisclair n’est plus l’homme de la situation à la tête du Parti Québécois. Le secrétaire général du SPQ-Libre et éditeur de l’excellent mensuel de gauche l’Aut’Journal connaît bien Boisclair; il a même eu l’occasion de l’affronter lors de nombreux débats dans la course à la direction du parti. Et selon plusieurs militants péquistes, il a été un des meilleurs débatteurs.

On dira ce qu’on veut bien, mais Boisclair n’a jamais réussi à connecter avec la population. Les gens ne s’identifient pas à lui. Si dans une campagne électorale, les idées sont importantes, l’image du chef n’est pas à négliger. Mario Dumont a réussi à aller chercher une quarantaine de sièges sans équipe, sans cadre financier et sans programme crédible; qu’aurait pu accomplir le PQ avec à sa tête un chef charismatique et populaire?

Parce qu’à la fin, dans l’isoloir, ça se résume souvent à ça: « est-ce que je fais confiance à ce parti et à celui qui le dirige, oui ou non? ». Et pour monsieur ou madame Tout-le-monde, Boisclair n’inspirait pas la confiance, mais plutôt le doute. Il a beau être intelligent, il n’a commencé à être en mesure à faire passer ses idées qu’une ou deux semaines avant le vote, soit beaucoup trop tard. Il a beau avoir de l’expérience politique, il s’est mis à dos l’aile progressiste du parti avant même le début de la campagne électorale.

Comme je l’écrivais dans mon billet Continuité, le vote de la gauche a augmenté lors de cette élection. Comment se fait-il que le PQ ne peut pas aller en chercher une plus grande partie, surtout chez les souverainistes qui ont voté Québec Solidaire? Boisclair a hérité d’un parti survolant littéralement les intentions de vote et en quelques mois la division s’est installée et il a perdu la confiance d’un peu tout le monde.

Un chef, c’est important. C’est celui qui incarne l’image de l’équipe. C’est celui qui fait dire « je ne suis pas sûr de telle ou telle proposition, mais je lui fais confiance à lui ». Un chef charismatique, c’est celui qui peut convaincre l’aile-gauche de rester au PQ et les gens de certaines régions de ne pas succomber à la plainte adéquiste.

Un chef charismatique, c’est le ciment qui solidifie les fondations d’un parti. Et André Boisclair n’est pas cet homme. Malgré tout le respect que j’ai pour lui, pour son combat, pour sa fierté, sa combativité, il doit céder sa place et le PQ doit se lancer dans une nouvelle course à la direction en prévision des prochaines élections.

Des élections où le parti devra absolument se montrer plus fort, car il n’aura plus affaire à un populiste seul, mais à une équipe adéquiste beaucoup plus solide et déterminée à jeter aux ordures notre social-démocratie.

La révolution du bon sens
28 mars 2007

Liberté, je crie ton nom!Dans sa navigation quotidienne, votre humble serviteur est tombé sur le site suivant: Le Pire. M’inspirant de leur plate-forme électorale, et désireux de protéger notre belle nation de la dégénérescence socialisante péquisto-syndicaliste, j’ai décidé de donner quelques conseils à notre Maurice Dumont national afin qu’il puisse contre-carrer leur influence en accélérant lui-même son programme de droite. Et qui sait, peut-être éventuellement une union PIRE-ADQ?

Quelques mesures que Mario Duplessis doit absolument tenter de faire passer:

La semaine de travail de 70 heures: il est tout à fait aberrant de donner des congés à des gens qui en profitent pour boire de la bière et qui coûtent cher au système de santé ensuite. Il faut travailler 10 heures par jour 7 jours sur 7 afin de devenir plus productif. Cette mesure serait imposée par le ministre de la productivité, Lucien Bouchard.

Le remplacement du B.S. par le travail forcé: Ah les maudits B.S.! Qu’on les mette au travail! Il y a des nids de poules dans les rues? Les arbres doivent être élagués? Nous devons faire rouler l’économie? Qu’à celà ne tienne! Il faut se débarasser de la maudite bureaucratie qui gère ce système de paperasse et on force les B.S. à travailler à 25 cents de l’heure dans des travaux d’intérêt public. S’ils sont sous-alimentés et crèvent de faim, on les laisse crever et comme ça ça va réduire notre taux de chômage.

Le Conseil du patronat remplace le sénat: On en a assez des vieux grincheux au Sénat canadien. En bon autonomiste, Dumont devrait instaurer un sénat québécois qui aura la particularité suivante: tous ses membres seront issus du Conseil du patronat. Finies les maudites lois de castristes et de socialistes qui veulent tuer l’économie en proposant des choses aussi ridicules qu’un minimum de richesse pour les plus pauvres. Qu’ils travaillent les plus pauvres! Et s’ils ne se trouvent pas un emploi, qu’ils crèvent!

Le concept d’utilisateur-payeur appliqué au système d’éducation: Ça coûte un montant « x » pour aller à l’école, et bien tu paies ce montant et tu prends ton trou. C’est ça que la classe moyenne veut, et on en a assez des bureaucrates qui coûtent cher et de la paperasse et moi je vous dis qu’il faut pas mettre la charrue devant les boeufs et que pierre qui roule n’amasse pas mousse.

Une prison du « vrai monde »: On pourrait sauver de l’argent en utilisant le stade olympique et le transformer en prison. Quand un pédophile commet un crime on le met au centre de la pelouse et les citoyens sont invités à venir lui lancer des roches. Avec le corps, on peut nourrir les animaux du biodôme à côté. Fini le gaspillage des fonds publics avec des avocats bureaucrates, des juges bureaucrates et des palais de justice de fonctionnaires.

Fusion de l’armée et de la police: Non, mais c’est n’importe quoi ces dédoublements de structure! La classe moyenne travaille assez fort pour ne pas qu’on gaspille l’argent de ses impôts! Alors demandons à l’armée canadienne de remplacer notre police, et ils utiliseront leurs propres voitures et leurs propres armes au lieu que l’État dépensent pour eux. Chaque nouveau policier aura la liberté d’appliquer la loi comme il le veut, puisque ça coûte trop cher d’avoir des protections pour les dangereux criminels qui dépassent la vitesse permise!

Déménagement du centre-ville de Montréal vers Rivière-du-Loup: Ça va faire les régions qui font vivre Montréal. On demandera aux B.S. de déménager Montréal en plein hiver et ceux qui auront survécu rebâtiront le centre-ville à Rivière-du-Loup, et les autres ce sera ça de moins à dépenser!

Réécriture des livres d’histoire: On remplace le terme de « révolution tranquille » par « grande noirceur », on renomme la période de Maurice Duplessis « L’Éden » et on nomme le présent « Révolution du bon sens ».

On instaure un comité de réduction de la langue française: Le français, c’est bien trop compliqué! Il y a des tas de mots qui sont presque pareils. C’est de la perte de temps, c’est du travail de plus pour les bureaucrates et ça coûte cher à la classe moyenne. Il faudrait donc réduire le nombre de mots dans la langue française en éliminant tous les synonymes et en interdisant tout mot de plus de trois syllabes.

On élimine les élections: Des élections, ça coûte cher! À terme, ce sera le sénat du Conseil du patronat qui prendra toutes les décisions. Pourquoi gaspiller 100 millions $ pour des élections? 100 millions $, ça peut faire vivre 100 membres de l’ADQ pour un an ça! Non, nous ne permettrons pas de gaspiller ainsi l’argent de la classe moyenne pour un exercice de fonctionnaires et de bureaucrates.

Une médecine à deux vitesses: Ça va faire l’attente! Ceux qui ont les moyens de mettre 15000$ cash pour une opération auront toute la place. Pour les pauvres, on réquisitionnera quelques cliniques vétérinaires administrés par quelques généreux donateurs (que dieu les bénisse!). Si on n’en trouve pas assez, on euthanasiera tous les chiens du Québec (un chien, c’est pas productif ça!) pour libérer de l’espace pour les maudits B.S. qui sont trop niaiseux pour être en santé.

Vous avez d’autres idées à suggérer à Dumont pour accélérer le passage vers sa société de rêve? Laissez un commentaire!

Continuité
28 mars 2007

Gauche ou droite?Le choc de la montée vertigineuse de l’ADQ passé, il faut prendre le temps de regarder les chiffres. J’ai moi-même parlé de retour aux périodes de noirceur puisqu’on se retrouve avec une opposition officielle aux idées d’un autre temps. Mais est-ce que la population exprime un tel désir de changement? En d’autres mots: l’ADQ et le PLQ ont-ils le support moral pour imposer des réformes drastiques?

Rien n’est moins sûr.

2003:

PLQ: 46%
PQ: 33%
ADQ: 18%
UFP: 1%
Autres: – 1%

2007:

PLQ: 33%
PQ: 28%
ADQ: 31%
PV: 4%
QS: 4%
Autres: -1%

En 2003, la gauche (PQ et UFP – avant de me lancer des roches, je considère le PQ de centre-gauche dans ses idées et son programme et peu m’importe s’il a appliqué des politiques de droite quand il était au pouvoir; c’est sur leurs plate-forme que je juge les différents partis) a obtenu environ 34% des voix: 33% pour le PQ et 1% pour l’UFP. Aux élections de lundi dernier, la gauche a obtenu 36% des voix.

En 2003, la droite a obtenu environ 64% des voix. Aux élections de lundi dernier, la droite au obtenu le même score, 64%.

Selon ces calculs rapides, c’est la division du vote de gauche et le système parlementaire britannique ne laissant pas de place à la proportionnalité du vote qui a causé la vague adéquiste. Car si on regarde les chiffres de près, cette volonté d’aller plus à droite est inexistante; seule existe une légère volonté de retourner vers des valeurs plus sociales.

En somme, d’un point de vue idéologique du vote, il y a une continuité presque parfaite: la gauche progresse très légèrement, la droite maintient ses acquis, les indécis sont toujours aussi nombreux et c’est le système parlementaire britannique qui donne l’impression d’une boîte à surprises.

Avec une telle distortion du nombre de sièges face au désir réel de la population (la gauche a perdu une dizaine de sièges même si son poids dans la société a augmenté), l’implantation de la proportionnelle me semble de plus en plus nécessaire.

La petite noirceur
27 mars 2007

Duplessis(Mon dernier texte a été largement critiqué par plusieurs. Je suis désolé si j’en ai heurté certains en exprimant aussi crûment mon opinion « à chaud », et je tenterai ici de me reprendre en expliquant davantage mon point de vue. Je tiens simplement à réitérer que je n’ai rien contre les gens des régions, que j’adore la campagne, que je respecte leur choix puisqu’il est démocratique. Je crois cependant que c’est une grave erreur, et c’est ce que j’ai tenté d’expliquer – peut-être maladroitement.)

La vague adéquiste qui a balayé le centre du Québec et les banlieues éloignées de Montréal change profondément la compréhension qu’on peut avoir du Québec moderne.

Historiquement, le peuple canadien-français a toujours été un peuple rural, attaché à son terroir. Dépossédé de ses élites dès le lendemain de la Conquête, c’est un peuple de travailleurs acharnés, souvent hostiles à trop d’intellectualisme et qui valorise l’action concrète au détriment des idées.

Des bonnes gens, qui aiment leur pays. Des gens fiers. Mais des conservateurs au plus profond de leur âme: depuis la défaite de 1760, l’idéologie dominante, appuyée par l’Église, était celle d’un conservatisme où tout ce qui était urbain était perçu comme menant à la débauche et où l’étranger était vu comme une menace.

Avec la Révolution tranquille, on aurait pu croire que tout avait changé, que le Québec était devenu plus ouvert, plus progressiste, plus apte à vivre ensemble grâce à une social-démocratie qui, encore aujourd’hui, fait l’envie du monde entier.

Les résultats d’hier sont le coup de poignard qui achèvent de détruire cette idée. Aujourd’hui, le Québec a changé, et c’est un retour au conservatisme et à la division entre la ville et les campagnes. C’est un retour des vieilles idéologies de droite alliant un conservatisme social avec un libéralisme économique.

Est-ce nouveau? Non. Le Québec était l’endroit le plus conservateur d’Amérique du Nord jusqu’aux années 1960. La pauvreté urbaine était telle que bien des gens n’arrivaient pas à manger à leur faim. La ville qu’on appelle aujourd’hui Longueuil était divisée entre d’un côté le beau Longueuil, pavé, avec l’électricité, et de l’autre, Ville Jacques-Cartier, un ghetto cloturé, dans la terre et la boue et les immondices. C’était ça la ville à l’époque.

Une époque de division, qui avait ses points positifs, principalement à la campagne, et sa pauvreté urbaine.

Donc, le Québec est passé en quelques années de l’endroit le plus conservateur au plus progressiste. D’une idéologie du terroir et de la valorisation des ancêtres, de la terre, de la campagne, nous sommes passés à un valorisation de la ville, de l’urbanité, de la différence, de l’individualisation.

Et aujourd’hui nous vivons le retour du balancier. Toutes ces personnes des régions en ont assez de percevoir le monde via les yeux de Montréal. La « Main » avec ses Squeeges, ses drogués, ses travestis et ses originaux, ce n’est pas leur univers. Ce n’est pas leur monde. Ils ne s’identifient pas à toutes ces émissions de télévision qui se passent sur le Plateau et qui mettent en scène des gens à mille lieues de leur quotidien.

De la même façon, ces gens ne sont pas en contact quotidiennement avec la vraie pauvreté. Ils ont peut-être oublié ce qu’est une société plus à droite, ce que ça veut dire une plus grande inégalité sociale. Montréal n’a pas oublié, mais en région, on n’a pas vécu ça.

Mario Dumont a senti ce phénomène et il le représente bien. Il n’apporte aucune argumentation crédible, aucun chiffre, aucune légitimité intellectuelle; en fait il aurait peut-être été choisi même s’il n’avait pas sorti son cadre financier. Non, l’appui des gens à Dumont est émotif. Une sorte de cri collectif: « nous en avons marre de la ville et de ses idées; nous voulons nous sentir représentés! »

En ce sens, l’opinion des régions est tout à fait légitime et on doit – je dois – la respecter.

Ceci dit, il n’en reste pas moins qu’à mes yeux c’est le début d’une période de noirceur. Quand on choisit ses représentants non pas pour leur capacité à administrer l’État mais plutôt parce que le chef du parti dit « les vraies affaires » (ne cherchez pas à savoir ce qu’elles sont, ces « vraies » choses), on fait un choix qui donne carte blanche aux pires méfaits. Quand on accepte de voter pour quelqu’un qui ne peut même pas donner de chiffres, qui n’a pas d’équipe, quand on lui fait confiance seulement pour ce qu’il incarne et non pour ses idées, c’est là le germe d’un totalitarisme, au pire, ou d’une petite noirceur, au mieux.

C’est renoncer à sa capacité d’être critique et de juger un gouvernement pour ses réalisations. C’est l’homme ou la femme des années 40 qui se dit « je n’ai aucune idée de ce que fait Duplessis, mais je l’aime parce qu’il dit les « vraies » affaires ». C’est renoncer à son pouvoir et à son devoir de citoyen.

Pour toutes ces raisons, il y a de quoi être particulièrement inquiet devant les résultats des élections d’hier. Les électeurs ont demandé du changement, mais le changement pour du changement n’est jamais gage de prospérité. Et ce n’est pas en votant pour un parti mettant en place des politiques économiques plus à droite que les Québécois vont améliorer une situation pourrie par dix années de politiques économiques de droite.

Mais les mots et les idées valent-ils encore quelque chose?

La Grande Noirceur
27 mars 2007

DuplessisLorsque le Québec a décidé de tourner le dos au populisme de droite de Duplessis et à son mélange de politiques économiques libérales et de politiques sociales conservatrices, le mouvement est parti des villes vers les campagnes. C’était la ville, Montréal surtout, qui avait connu les désastres de la révolution industrielle, et qui souffrait le plus de politiques encourageant la division et la fracture sociale. Et c’était aussi de Montréal, l’éduquée, la politisée, qu’était née la flamme du changement, qui a embrasé le Québec et été à la source de la Révolution tranquille.

Aujourd’hui, c’est la revanche de la campagne. Toutes ces régions, qui ont été convaincues sur le tard de la nécessité de mieux partager la richesse, sur le désir de s’ouvrir à l’autre, ce sont aujourd’hui elles qui se referment sur elles-mêmes et tentent de réécrire le passé, se réenfermant dans de vieilles idées périmées d’un temps soi-disant idyllique où nous étions « entre nous » et où celui qui ne réussit pas était absolument un incapable.

Exit la redistribution de la richesse! Exit nos programmes sociaux! Exit notre capacité intégratoire et notre désir de vivre ensemble. Cette revanche des régions, c’est celle d’une population sous-scolarisée, dépolitisée, et à qui on a fait croire qu’un vote pour l’ADQ était le germe d’un meilleur futur alors que beaucoup de ces gens ne savent même pas ce qu’est une idéologie et n’a pas la moindre compréhension des « idées » adéquistes.

Avec le résultat de ce soir, il apparaît de plus en plus que Montréal est Montréal et quelques comtés en région sont un îlot de lumière au centre d’une grande noirceur. Comme si le temps s’était arrêté en région et qu’on se retrouvait à nouveau à l’aube des années 60 et que celles-ci avaient fait un choix différent. Au lieu d’embarquer dans le train du progrès social, de l’apprentissage à mieux vivre ensemble, à partager la richesse, elles ont choisi les préjugés, le conservatisme, la fracture sociale et la xénophobie. Aujourd’hui, il y a deux Québec: celui urbain, qui croit encore aux Lumières, qui veut se servir du progrès pour améliorer la vie de la population, et l’autre, le rural, qui aurait voté pour « Mario » même si celui-ci avait proposé un suicide collectif (en est-on si loin, avec ses politiques draconiennes?).

On parle ici de gens qui ont voté pour « Mario » par anticipation, avant même qu’il ne dépose le cadre financier de son parti. Des gens qui ont voté pour d’illustres inconnus sans la moindre expérience politique, des poteaux, des gens incapables d’expliquer leur programme (de 27 petites pages!) à une classe d’étudiants du secondaire. On parle de gens qui, malgré toute la sympathique que je peux avoir pour eux, mes amis Québécois, sont profondément en retard sur le progressisme de Montréal et se complaisent dans leur situation de retardataires du développement.

Aujourd’hui, ce n’est pas le retour complet à la Grande Noirceur – heureusement le PLQ a gagné et le PQ dispose de la balance du pouvoir – mais le Québec marque un grand recul en faisant passer les clips de préjugés et de haine devant le discours articulé et cohérent de Boisclair, par exemple.

Aujourd’hui, les gens des régions ont décidé de se peinturer dans le coin, de tourner le dos à ce qui fait la grandeur du Québec, et en ce sens ils sont la honte du Québec moderne, un anachronisme politique et une insulte à toute notion d’intelligence politique.

On dira que le Québec a choisi. Non. Une grande partie de la population a été manipulée par un démagogue populiste qui lui a promis mer et monde et qui, pour améliorer une situation pourrie par dix ans de néolibéralisme, a promis davantage de néolibéralisme.

Malgré tout, il y a du positif à voir l’ADQ se positionner si près du pouvoir: elle aura toute la chance du monde de prouver une fois pour toute que c’est le parti d’un seul homme, que cet homme n’a à coeur que son intérêt personnel, et que ce parti n’a rien de mieux à proposer aux Québécois qu’un Mike Harris en Ontario ou un George W. Bush aux États-Unis. Deux populistes conservateurs qui ont passablement fait reculer leurs entités d’un point de vue social. Et deux tristes personnages qui ont causé des torts qui prendront des années à se régler.

Mise à jour (mardi, 8h15):

Merci à Inkognitho de me ramener à l’ordre. Je n’ai rien contre les régions en général, et je ne les considère par comme des gens attardés d’une manière générale. De nombreuses régions ont résisté à la vague obscurantiste hier soir: Matane, Gaspésie, Chicoutimi, Charlevoix, Ungava, Abitibi, quelques comtés dans les Laurentides, un ou deux comtés en Montérégie, et plusieurs comtés en Estrie. Bravo à tous ceux qui ont refusé la vague obscurantiste et qui croient encore en un Québec progressiste, ouvert, pluraliste, égalitaire, et tourné vers l’avenir. Si Montréal est un ilôt de lumière, toutes ces régions sont comme des milliers de petits soleils dans la froide nuit adéquiste.

La fin
25 mars 2007

ParlementÊtes-vous comme moi, à avoir hâte que ça se termine? C’est un vrai marathon qui n’en finit plus cette campagne électorale. À tous les jours les mêmes phrases creuses, les mêmes discours, les mêmes stratégies, les mêmes idées, et la même couverture très peu objective des principaux médias.

L’émission Les Coulisses du pouvoir nous apprenait aujourd’hui que la couverture médiatique de la campagne de l’ADQ a été de près du double de celle du PQ, qui elle tirait largement derrière celle du PLQ. Faut-il se surprendre que des médias appartenant à de grosses corporations ou au gouvernement fédéral parlent davantage des partis les plus à droite et qui proposent des politiques économiques plus susceptibles de favoriser les plus riches?

Une chose est claire: il est temps que ça se termine. L’incertitude, ce n’est pas bon pour personne. Il faut que le rideau tombe, que les électeurs se prononcent, et qu’on reparte du bon pied. Le prochain gouvernement sera vraisemblablement minoritaire, et ce sera pour nous une occasion de mieux y voir clair et de répondre à trois questions fondamentales:

1) Jean Charest est-il capable de gouverner le Québec avec stabilité et d’assumer le désir identitaire du Québec?

2) André Boisclair est-il capable d’être rassembleur, de rallier les progressistes et les autres au sein de son parti et de mener à bien à la fois la quête indépendantiste et l’attachement des Québécois à leur social-démocratie?

3) Mario Dumont est-il capable d’être autre chose qu’un beau parleur et peut-il s’entourer d’une équipe? Est-il en mesure d’adoucir ses politiques quasi-extrémistes et de plaire autant aux régions qu’aux gens des grands centres?

Demain soir, nous serons fixés. Je crois que le PQ pourrait gagner ces élections avec près de 50 sièges, profitant de la division du vote fédéraliste et de droite entre l’ADQ et le PLQ. Mais même si c’était le cas, ce serait une victoire extrêmement fragile, qui ne pourrait être célébrée que parce que Boisclair revient de loin et qu’il a su mettre un frein à la montée adéquiste dans les dernières semaines de campagne.

Mes prédictions:

PQ: 50 sièges
PLQ: 49 sièges
ADQ: 26 sièges

Quelles sont les vôtres?

Mise à jour (20h30):

Le site Democraticspace vient de mettre à jour ses dernières prédictions. Le site ne s’est jamais encore trompé sur les résultats, et il prévoit un gouvernement libéral minoritaire, avec une très forte opposition du PQ et quelques sièges de moins que prévu pour l’ADQ.

Mise à jour (lundi, 9h00):

AUX URNES, CITOYENS!

Car comme le disait Vilain Pingouin, le droit de voter, c’est aussi le droit de chiâler! (Ok, ok, ça faisait longtemps que je voulais la ploguer celle-là! )
😉

Mise à jour (lundi, 13h30):

Il y a une rencontre de blogueurs ce soir organisée dans un bar du centre-ville. Les informations sont sur le site de Julie Bélanger. Mettez un petit 2$ que Philippe Schnob va y être. Pour ma part, je vais passer la soirée tranquille avec ma blonde et regarder les résultats à la télévision. N’hésitez pas à laisser vos commentaires tout au long de la soirée! Je vous reviens plus tard ce soir, quand nous aurons un nouveau gouvernement! (Au moins j’aurai quelqu’un pour me consoler si jamais le petit Mario obtenait trop de sièges… ) À bientôt!

« Casher » moi ce sein…
24 mars 2007

Château CartierUn nouveau cas d’accomodement raisonnable aujourd’hui. Se passe-t-il une journée sans qu’il n’y en ait, ou sommes-nous simplement plus attentifs? Toujours est-il qu’un hôtel de Gatineau va fermer son centre sportir à ses clients réguliers pour accomoder des clients juifs. Et comme si ce n’était pas suffisant, l’hôtel va placarder les fenêtres pour empêcher les deux sexes de voir l’autre nager, et les employés de l’hôtel devront être sélectionnés selon leur sexe pour accompagner leurs clients juifs.

Si le centre sportif n’était utilisé que par des clients de l’hôtel et que cet hôtel était complètement réservé par ces Juifs, il n’y aurait pas de problème, puisque aucun client ne serait lésé. Mais comment expliquer et accepter que des gens soient privés de leur club Santé Spa sous prétexte que d’autres ne veulent pas les voir et préfèrent rester « entre eux »?

Par ailleurs, n’est-ce pas du sexisme que d’exiger que les employés supervisant les différentes activités à la piscine soient choisis selon leur sexe? Au Québec, on a établi, après des décennies de luttes, que les hommes et les femmes sont égaux, et il est écrit dans la charte des droits et libertés que nulle discrimination ne doit être acceptée quand il est question du sexe d’un individu. Mais est-ce que la charte est suspendue sous prétexte qu’un groupe de Juifs vient séjourner à l’hôtel? Comment peut-on expliquer cela à un employé qui voit son nombre d’heures de travail diminuer à cause de cette décision? « Ah, désolé si tu n’arrives pas à boucler ton budget, mais ce sont les Juifs qui ont décidé… »

Peu importe qui sera le prochain premier ministre du Québec et quel sera son pouvoir réel au sein d’un parlement minoritaire. Il faudra que celui-ci fasse le ménage dans toutes ces histoires et qu’on trouve une manière adéquate de déterminer ce qui acceptable ou non.