À propos d’Olymel


On apprend aujourd’hui qu’Olymel fait une « ultime » offre à ses travailleurs de Vallée-Jonction. Cette offre « ultime » suit l’offre « à prendre ou à laisser » qui elle suivait l’offre « finale ».

Je ne sais pas pour vous, mais ça m’irrite cette manière de négocier, avec un fusil sur la tempe.

Tous ces patrons qui disent « il faut être compétitif » et qui réclament des baisses de salaire alors qu’eux font des millions, n’est-ce pas honteux? On nous dit qu’il faut faire face à la concurrence nord-américaine, puis européenne, puis asiatique, puis mondiale. Mais ça finit où la concurrence? Puisque des employés en Chine ne gagnent que 0,50$/heure, doit-on pour autant réduire le salaire minimum à ce taux au nom du sacro-saint dieu de la compétitivité?

Foglia l’a bien fait remarquer dans sa chronique du 3 février dernier quand il écrit:

« J’ai entendu des citoyens écoeurés qui disaient fuck l’économie. Fuck l’économie économique, à quand une économie sociale? »

N’en déplaise à Lucien Bouchard, aux propagandistes de l’IEDM ou aux fanatiques de l’ADQ, cette logique de la compétitivité ne peut que conduire à cette spirale infernale réduisant notre niveau de vie et nous mettant inexorablement sur le même pied que d’autres nations qui ne respectent pas leurs travailleurs.

Arrêtez de me dire « mais tu sais Louis, ils sont trop payés ces employés-là! ». Avoir assez pour payer sa maison, avoir des enfants, prendre deux semaines de vacances par année en Gaspésie ou aux ÃŽles-de-la-Madeleine, c’est ça être « trop payé »? Il faudrait que tous travaillent au salaire minimum, vivent dans la pauvreté et ne prennent jamais de vacances pour être enfin payés « juste assez »?

On parle de dénatalité et certains partis de droite, dont l’ADQ, en font leur cheval de bataille. Et bien, avoir des enfants, ça coûte cher. Et j’ai des nouvelles pour eux: ce sont les travailleurs de la classe moyenne, cette classe moyenne au nom de laquelle on propose à peu près n’importe quoi en général mais qui est toujours trop payée en particulier, qui a les moyens d’avoir des enfants et de faire rouler l’économie.

Des emplois d’honnêtes travailleurs de classe moyenne, il en faudrait davantage. Et ce n’est pas la concurrence internationale, le néolibéralisme, la globalisation, la déréglementation ou tous ces qualificatifs qui n’ont jamais permis à aucun pays les ayant appliqués de réduire la misère de ses plus pauvres, qui nous aideront nous, Québécois, à croître et prospérer.

Une négociation collective, ça se négocie honnêtement. Olymel a voulu s’appuyer sur des dogmes prétendument inébranlables pour mettre un fusil sur la tempe de ses travailleurs, mais ceux-ci ont répondu de la seule façon inattendue: ils ont lancé un gros « on vous emmerde » et ils se sont tenus debout. Pas seulement pour leurs emplois, mais aussi pour nous, pour notre mode de vie et pour tout ce au nom de quoi nous nous sommes battus depuis des décennies.

Publicités

6 Réponses

  1. As-tu deja pris un cours d’économie dans ta vie ?

  2. Louis, ici je crois qu’il faut faire attention. Je suis un syndicaliste modéré et la situation d’Olymel dans la Beauce est très précaire, chiffres à l’appui.Une saine gestion d’entreprise est primordial si tu veux demeurer en affaires. Dans ce cas- ci, dans l’usine de Beauce, les employés n’ont guère le choix de prendre une coupe de salaire. La compagnie ne joint pas les deux bouts et il faut agir!Il existe par contre plusieurs multi-nationales qui eux pratiquent le « outsourcing » et qu’il faut dénoncer. Ce n’est pas le cas de cette usine, elle veut être profitable et non charitable. Sinon on demandera au gouvernement de la subventionner?? Encore nous les contribuables qui paieront pour eux? Non merci. Bien entendu j’aimerais que tous les Québécois aient un salaire plus que décent. Pour ça il faut plus de créativité pour nous sortir du trou. Regardes Montréal avec ses cols bleus! C’est ça le syndicalisme? Ils vont même qu’à ériger une statue à leur ex chef! Je comprends, ils font des affaires d’or! Maintenant on apprend que Montréal est sur le bord de la failitte! Les propos de Foglia dans un monde idéal sont très à point, mais permets moi d’ajouter qu’il lui est très dur d’interpréter de telles situations quand tu gagnes quoi, $400 ou $600,000 ou plus par année. Lui, sa compagnie est capable de payer.

  3. C’est sûr, le justicier, qu’il y a des compagnies qui ont des difficultés, mais dans le cas d’Olymel ce n’est pas seulement aux employés de se serrer la ceinture… C’est tout le secteur qui est en crise, et Olymel aurait dû mieux prévoir la situation!Quant aux cols bleus de Montréal, je n’ai jamais rien eu à leur reprocher, sérieusement.1) Il y a une patinoire en face de chez moi et elle est très bien entretenue, malgré une réduction du nombre de travailleurs depuis quelques années;2) Le déneigement de la neige est très rapide dans mon quartier;3) L’an dernier, il y a eu une fuite d’eau en face de chez moi. L’employé municipal m’a offert de changer la conduite en fer pour une conduite en cuivre, et après que j’ai fait effectuer les travaux, j’ai appelé le responsable des cols bleus, et le lendemain le trou était rebouché.Il faut faire attention… Les Cols bleus font un travail extrêmement utile à la société. Oui, il y a eu des confrontations agressives lors de la négociation de conventions collectives, mais je peux te dire que ce n’est pas un travail facile. Ils travaillent par grand froid, ils font de l’asphalte pendant la canicule, ils vident les poubelles, ramassent les feuilles, coupent les arbres. Tout ça pour quoi… Pour un salaire de classe moyenne dans une ville où le logement est extrêmement cher! On ne parle pas de richesse ici, mais seulement de pouvoir vivre décemment!Pour Foglia, je suis d’accord avec toi. Je ne suis pas son plus grand fan non plus, mais quand il dit des choses intéressantes je crois que ça mérite d’être souligné… Encore plus si c’est rare! 😉

  4. «La Garde ne se rend pas, elle meure.»Je sens comme un relent de néomarxisme dans votre texte. En passant, pour quoi les adhérents de l’ADQ seraient-ils des fanatiques et non ceux du Bloc et/ou du PQ. Vous savez, une des propriétés des fanatiques, c’est de ne jamais changer d’idée parce qu’ils n’ont pas d’idées.J’aurais aimé que vous expliquiez comment une compagnie qui fonctionne à perte peut le faire indéfiniment. Olymel, comme toutes les entreprises de transformation, ne peut diminuer le coût de la matière première, le coût du transport, le coût de l’administration. Le seul coût sur lequel ces compagnies peuvent récupérer de l’argent c’est sur le coût de la main d’Å“uvre. On n’évalue pas si un employé est trop payé en fonction de ses vacances en Gaspésie ou du montant de son hypothèque mais en fonction de son travail comparé au salaire des autres employés du même secteur et en fonction de la compagnie à le payer. Tant qu’on essayera de sortir de cette logique on court vers des problèmes sérieux. Alors, oui ils sont trop payé. Vous vous interrogez sur où finit la concurrence, ça ne finit jamais.Petite anecdote lue dans une revue américaine. Il y a environ 150 ans, les outils d’ébénisterie étaient produits en Europe, principalement en Angleterre. Au début du 20ième siècle, ils étaient fabriqués sur la cote est des USA parce que la main d’Å“uvre était moins chère. Après WWII, la production a été transférée dans les états du centre parce que la main d’Å“uvre était moins chère. Maintenant, la production se fait en Asie parce que la main d’Å“uvre est moins chère. C’est bien malheureux pour ceux qui produisaient ces outils mais c’est tant mieux pour ceux qui se les procurent.Vous vous inquiétez, à juste titre sur le sort de la classe moyenne, mais se n’est pas en forçant des entreprises à fonctionner à perte qu’on la sauvera mais en obligeant les gouvernements à arrêter de la pressurer pour subventionner des systèmes sociaux universels qui ne servent qu’à amener plus d’électeurs vers certains partis politiques mais qui ne résolvent rien en pratique.Si on regarde le Japon qui n’est pas un pays gauchiste, on constate que ce pays est passé depuis la guerre de pays de fabrication à pays de conception. C’est vers ça que le Québec doit tendre et non vers des philosophies socialisantes qui ne mènent à rien. Au Québec, on ne produit pas assez de chercheurs de pointe et le gouvernement préfère subventionner des entreprises en perdition comme le chantier naval de Lévis plutôt que des centres de recherche ( évidemment, un centre de recherche ça fait tellement élitiste, ce n’est pas de gauche ça ).Il faudra bien vous y faire, la mondialisation est là pour rester et les habitants des pays en voie de développement ont aussi le droit de travailler.

  5. De mon expérience, il n’y a pas un seul pays ayant appliqué les réformes néolibérales (puisqu’il est bien question de cela, après tout) qui a vu le sort de sa population la plus pauvre s’améliorer.Alors on pourra m’expliquer ce que l’on veut de toutes les manières économiques du monde, de l’économie de pointe à l’économie du savoir en passant par la sous-traitance, l’important à mes yeux est et demeure d’avoir des gens qui vivent décemment et qui sont en mesure de se réaliser.Le reste, à mes yeux, doit se conformer à cette logique, et non pas le contraire.Merci de votre commentaire Gilles Laplante. Je ne suis pas d’accord avec tout ce que vous écrivez, mais j’apprécie vous lire.

  6. Salut, quelques commentaires factuels. Le principal actionnaire d’Olymel est La Coop fédérée. Comme la fédération des caisses Desjardins, c’est une fédération de coopératives. Les membres sociétaires des coopératives sont essentiellement des agriculteurs… qui vendent du porc. Ces derniers voient leur revenus annuel diminuer, bon an mal an et ce malgré les politiques de stabilisation agricole, 3% de leur revenus par année. Des agriculteurs, ce ne sont pas de riches actionnaires obscurs. Ils ont pas mal d’actifs, mais ils font pas beaucoup d’argent. Alors quand Olymel perd 50 millions par trimestre. Ce sont les agriculteurs du Québec qui perdent 50 millions par trimestre. Le marché porcin au Québec est très petit (nous sommes que 7 000 000 d’habitants). On produit actuellement, qu’on aime ça ou pas, 5 000 000 de porcs par année. Tu comprendras donc que le principal marché pour le porc se trouve au sud. Et là, évidemment, il faut se comparer avec le prix du porc du sud. Deux éléments « réels » font qu’il est moins cher aux US. D’un la main d’oeuvre est payée moins chère. De deux, je parierais (je suis pas sûr) que les porcs américains sont plus gros (donc plus de Kg de viande par opération mécanique, donc moins cher) que les porcs Québécois.Ces deux derniers éléments étaient cachés par le faible dollar dans les dernières années. Mais ce n’est plus le cas alors cet effet compétitif n’existe plus, d’où le problème actuel.On retrouve ce problème également dans le secteur forestier (la également, les « porcs » sont plus petits, mais aussi plus loins) et probablement d’autres industries qui font moins la manchette parce que moins organisés.

Comments are closed.