Excursion au parc des Îles-de-Boucherville

La journée avait commencé d’une manière on-ne-peut plus habituelle: par un petit tour au « marché public » des Halles d’Anjou, qui n’a de public que le nom et dont le moyen de locomotion le plus simple pour y accéder reste la voiture, entouré qu’il est de deux autoroutes et d’un méga centre d’achat. Je crois qu’on se sentait en vacances, mais puisque que Gaby travaillait le soir, que pouvions-nous faire? Nous avons opté pour les Îles de Boucherville.

Malheureusement, le traversier entre la promenade Bellerive et le parc national des Îles-de-Boucherville n’est en fonction que la fin de semaine - une aberration, surtout par ce magnifique vendredi au coeur des deux semaines de vacances de la construction. Nous avons donc dû nous prendre une odorante bouffée de gasoline dans ce foutu tunnel irrémédiablement bloqué pour avoir la chance d’accéder au parc, un gros huit minutes après être partis de l’appartement.


Personnellement, j’hésitais entre louer un vélo ou faire du kayak, mais puisqu’il y avait cette affiche à l’entrée disant qu’il n’y avait pas de location d’embarcations à cause du vent et du courant, et puisque la gentille employée à l’entrée nous a dit qu’on pouvait en louer si nous avions de l’expérience, nous avons pris ça comme un défi et c’est ce que nous avons décidé de faire.

Les tarifs pour la location d’embarcations étaient un peu plus dispendieux que ceux du parc des Milles-îles: si on dépasse l’heure de plus de quinze minutes, on charge trois heures complètes. Assez sévère, mais ça n’allait pas nous arrêter. Nous avons donc loué un kayak double, et c’est sans l’aide de personne que nous avons mis ce monstre de trois-quatre mètres de long à l’eau, dans le Chenal Grande Rivière (voir la carte).

Nous avons eu beaucoup de plaisir à remonter le courant vers l’ouest (photo 1), avec au loin le centre-ville de Montréal, le stade et le port, et nous avons presque manqué la très discrète entrée du Chenal du Courant, bordant l’île Saint-Jean et les grandes battures Tailhandier. Il faut le dire, cette entrée ne mesurait que deux mètres de large et était complètement cachée par de luxuriants phragmites communs, des herbes dont la texture ressemble au gazon, mais qui peuvent atteindre une hauteur de près de 1,50 mètres au-dessus de l’eau, nous donnant l’impression de naviguer en plein champ (photo 2)! Un endroit tout à fait romantique et calme!

Un peu plus loin, nous avons décidé de jouer les aventuriers et nous avons décidé d’essayer d’accoster sur l’île des Grandes Battures Tailhandier, une île appartenant au port de Montréal et qui porte bien son nom puisqu’une batture est une partie du rivage que la marée basse laisse à découvert. Sauf qu’ici ce n’est pas la marée basse, mais les inondations du printemps qui recouvrent cette île tellement basse que seuls deux ou trois bandes de terres de cinq ou dix mètres de largeur (mais de un ou deux kilomètres de longueur) peuvent accueillir autre chose que des herbes semi-aquatiques. Et atteindre cette île, c’était pagayer au travers d’une dense forêt de phragmites (photo 3), une tâche que nous n’avons néanmoins pas rechigné à effectuer, attirés par le goût de l’aventure.

L’île en tant que telle ne peut pas être accostée; il a fallu marcher sur une courte distance les deux pieds dans l’eau. Mais ça valait la peine! Une île pour nous deux; nous étions seuls au monde sur la terre « ferme » (tout de même relatif puisque le sol était jonché de branches entrecroisées rappelant les récentes inondations), nous frayant un chemin entre des herbes qui nous arrivaient jusqu’au menton, et parfois plus haut, jusqu’à une deux deux bandes de terre un peu plus consistante où il y avait de grandioses peupliers semblant protéger l’île de leurs branches massives. Jusque là, nous passions un bon moment, mais ce n’était rien à côté de ce que nous allions découvrir.

En effet, un peu plus loin, nous avons vu une… cabane dans un arbre (photo 4), dans cet endroit si reclus et sauvage qu’aucun bateau moteur ne pourrait s’en approcher sans risquer d’emmêler des plantes dans ses hélices. Et pourtant, la cabane était solidement arrimée à l’arbre avec de gigantesques vis et de solides solives de bois la soutenant et permettant à au moins trois ou quatre adultes de l’occuper. Il s’agissait peut-être d’une cabane de chasseurs, avec la toile de protection géothermique qui l’entourait, sauf à un petit endroit au centre plus bas où on pouvait peut-être y poser une arme de chasse, faisant face aux grandes étendues herbeuses entre les deux monticules où ne manqueraient pas de se mouvoir quelque bête sauvage. (photo 5)

Et c’était là, dans cette cabane à quatre mètres au-dessus du sol, seuls dans notre île et avec cette magnifique vue sur Montréal, que nous avons le plus apprécié cette excursion. Le soleil nous éclairait d’une lumière diffuse, milliers de petits cristaux de lumière feutrée entre les feuilles de peupliers, et nous avons savouré cet instant comme peu d’autres auparavant.

Et tout ça… à moins de trois kilomètres de mon appartement! Vous en connaissez beaucoup des villes, vous, qui vous permettent d’être seuls sur une grande île à moins de trois kilomètres de chez vous?

Et nous sommes repartis d’où nous venions, non sans que Gaby ne prenne une petite photo de moi (photo 6) du haut de cette cabane, que je vous déconseille fortement de chercher, puisque l’île des Grandes Battures Tailhandier, si elle est très mince, est longue de plus de trois kilomètres et la marche y est un peu pénible, avec des moustiques extrêmement agressifs et des mouches à chevreuil ne cherchant qu’à vous arracher un bout de peau.

Au retour, nous avons pagayé comme des bêtes pour ne pas que Gaby soit en retard, et de retour dans le Chenal Grande Rivière nous avons pu nous laisser porter un peu par le puissant courant, reposant un peu ces muscles qui avaient travaillé si fort.

Petit moment étrange de la journée: nous avions loué le kayak à exactement 14h21, et l’heure exacte à laquelle nous sommes revenus était 17h21. Si nous avions voulu faire exprès, nous n’aurions pas pu le faire. Tant qu’à dépasser l’heure réglementaire, nous en avons eu pour nos trois heures au complet!

Il y a vraiment tout un monde à découvrir aux îles de Boucherville. Nous n’avons qu’exploré la partie nord-ouest; même pas le tiers du parc. Il y a aussi l’île à Pinard (avec son golf), l’île de la commune (avec ses champs de maïs), l’île aux raisins (qui n’a pas de raisins mais une agréable piste de randonnée) et l’île Grosbois, la plus grande et la plus campagnarde, avec une fabuleuse vue sur le vieux-Boucherville et son église plus que centenaire.

Un parc à découvrir, à quelques minutes à peine de Montréal!

4 Réponses vers “Excursion au parc des Îles-de-Boucherville”


  1. 1 katerinartic 27 juillet 2008 à 9:51

    ton texte m’amène (par quelques détours) à penser à l’émission d’hier des REMARQUABLES OUBLIÉS diffusée à 20h00 sur Radio-can (95.1). on a traité du Capitaine Bernier, un passionné des voyages d’exploration en bateau, un extraordinaire remarquable oublié. peut-être est-il possible de reprendre l’émission sur le site internet? le Capitaine Bernier n’aurait pas eu l’appui et la reconnaissance du gouvernement fédéral parce qu’il était un ‘canadien-français’… c’est du moins ce qu’a avancé Serge Bouchard… cela fait beaucoup de sens quand on parcourt sa longue et fructueuse carrière. je ne peux m’empêcher de penser moi aussi que s’il avait été anglophone, il aurait été couvert de gloire.

  2. 2 Belz 28 juillet 2008 à 12:15

    Je ne connaissais pas le Capitaine Bernier… Qu’a-t-il fait comme explorations? Merci!

  3. 3 katerinartic 28 juillet 2008 à 6:06

    Sa contribution à la souveraineté canadienne dans l’Arctique est indéniable.

    suivez le lien suivant:
    http://www.radio-canada.ca/radio/profondeur/remarquablesoublies/bernier.htm

    où on peut y écouter la formidable histoire de Joseph-Elzéar Bernier

  4. 4 Belz 28 juillet 2008 à 7:49

    Merci pour le lien katerinartic! Ça donne envie d’écouter la radio un peu plus souvent!

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